28.08.2008
ALGUES VERTES
ALGUES VERTES. « C’EST UN CRI QUE NOUS LANÇONS »
« Si vous êtes capables d’agir pour une marée noire, vous devez le faire pour une marée verte » : c’est le message envoyé, la semaine dernière, par les membres de l’association Haltes aux marées vertes au préfet et aux responsables politiques locaux.
Le lieu du rendez-vous n’est pas anodin : la plage Saint-Maurice à Morieux (22), touchée de plein fouet par les algues vertes. Car, derrière les quatre militants associatifs qui ont fait le déplacement jeudi dernier, c’est une immense étendue verte qui se présente. « Les communes sont dépassées. Elles font le maximum, mais il faut les aider et les soutenir. Qu’on ne les laisse pas livrées à elles-mêmes », lance Michel Guillemot, le président de l’association Haltes aux marées vertes. « C’est un cri que nous lançons. Ce qui se passe ici est aussi catastrophique qu’une marée noire ». Deux jours plus tôt, la préfecture a remis en doute les conclusions d’une vétérinaire qui imputait aux algues vertes la mort de deux chiens (Le Télégramme du 13 août). Et les militants associatifs n’ont guère apprécié la sortie préfectorale : « Ils sont en train d’entretenir une polémique avec ces deux chiens. Il faut être sacrément culotté pour le faire. Surtout que nous avons d’autres témoignages de propriétaires qui ont perdu leurs animaux en raison de l’inhalation de gaz toxiques venant des algues vertes », continue Michel Guillemot.
Les militants de Haltes aux marées vertes (de gauche à droite : Joseph Cabaret, André Ollivro, Ginette Fumery et Michel Guillemot) veulent des « moyens » pour nettoyer les algues vertes.
L’armée en renfort ?
Mais aujourd’hui, les membres de Haltes aux marées vertes veulent élargir le débat. « Nous sommes dans une situation d’urgence. Nous pouvons considérer nos communes comme sinistrées. Nous sommes à plus de 5.000 tonnes enlevées contre 1.700 à la même époque l’an passé. Et la plate-forme de stockage de la Granville, à Hillion, est arrivée à saturation. Que fait-on des nouvelles algues enlevées ? », se désespère le président de l’association de défense de l’environnement, regrettant au passage l’absence de réactions des politiques. « Lorsqu’il y a une marée noire tout le monde se mobilise. Là, personne. Ce sont les services techniques des communes qui sont en train de s’occuper de cette merde. L’État doit mettre en œuvre de vrais moyens et créer de nouvelles plates-formes temporaires ». Et Michel Guillemot de questionner, sans rire : « L’armée est peut-être disponible ? ».
La venue du préfet vivement souhaitée
Sollicité par les membres de l’association pour constater sur place l’étendue des dégâts, le nouveau préfet des Côtes-d’Armor Jean-Louis Fargeas n’a, pour l’instant, pas répondu à l’invitation. Mais sa venue est toujours vivement souhaitée. « Nous sommes même prêts à le recevoir discrètement », suggèrent les militants associatifs. Et comme pour mieux réaffirmer cette urgence à agir, ceux-ci avaient également invité l’un de ses hommes qui, chaque matin, ramasse, avec son tracteur, les algues vertes sur les plages. Le but ? Qu’il relate sa mésaventure, lorsqu’un matin, il s’était retrouvé au bord de l’évanouissement sur sa machine. Selon cet homme, aucun doute, l’inhalation des gaz émanant des algues est à l’origine du malaise.
Julien Vaillant
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27.08.2008
QUE PENSEZ VOUS DE NOS COTES
CLIMAT. LA FIN DU GULF STREAM ?
Le Télégramme entame aujourd’hui une série consacrée au climat. Dans ce premier volet, il est question de la perte d’influence du Gulf Stream lié au réchauffement climatique. Mais la Bretagne ne devrait pas hériter pour autant du climat du Canada, qui se trouve à la même latitude!
La banquise du Pôle Nord et les glaciers terrestres, du Mont-Blanc à l’Antarctique, sont en train de fondre sous l’effet de l’augmentation de la température terrestre (près d’un degré en France durant le XX e siècle). Conséquence : des eaux douces et froides se déversent en masse dans les océans, perturbant le régime des courants.
Des eaux douces et froides, émanant de la fonte de la banquise du Pôle Nord et des glaciers, se déversent dans les océans et perturbent les courants. Ainsi, le Gulf Stream pourrait, d’ici la fin du siècle, perdre de sa force et remonter beaucoup moins au nord.
« Imaginez un tapis roulant géant qui fait le tour de la Terre. Son moteur - thermohaline - fonctionne sous l’effet de la rencontre entre les eaux chaudes et les eaux froides, mais aussi en fonction de la densité en sel. Ce système complexe et subtil se dérègle si on modifie l’un des paramètres », explique Jean Jugie, directeur de l’Institut Polaire de Brest. Le Gulf Stream, qui véhicule la chaleur accumulée au niveau de l’équateur jusqu’à la Norvège, commence ainsi à être touché et pourrait, à la fin du XXI e siècle, perdre de sa force et remonter beaucoup moins au nord.
Ni iceberg ni glacier en Bretagne
La Bretagne va-t-elle donc perdre sa légendaire douceur et connaître des hivers de type canadien ? « Non », répond catégoriquement Paul Treguer, chercheur à l’Université de Bretagne Occidentale, désolé de mettre fin au mythe de l’effet adoucissant du Gulf Stream, si présent dans l’imagination populaire et tant vanté dans les syndicats d’initiative : « Ce n’est que partiellement vrai. Ce courant ne joue un rôle qu’à hauteur de 20 %. Ce sont principalement les vents qui sont responsables de cette douceur. Ces vents, qui font le tour du Globe, sont déviés par les Rocheuses et traversent l’Atlantique en diagonale avant de remonter vers le Nord. Même si l’on tient compte d’une réduction d’impact du Gulf Stream estimée à 30 % en 2100, cela ne se traduirait que par un déficit global du système de 6 %. Et, dans le cadre d’un réchauffement global cela ne devrait pas trop se sentir en Europe de l’Ouest. Bref, ni glacier ni iceberg en Bretagne mais ce ne sera pas la même chose en Norvège. De même, la sécheresse généralisée n’est pas à envisager, mais plutôt des étés chauds ».
Montée des eaux : jusqu’à 60 m ?
Il n’en sera pas de même dans les régions du sud de la planète, d’ores et déjà marquées par une intensification des périodes et l’extension des zones de sécheresse. Mais d’autres dangers menacent la planète du fait de la fonte des glaces. Notamment la montée des océans. « La fonte de la banquise, qui est de l’eau de mer gelée, n’a aucune incidence sur le niveau général ; c’est comme un glaçon dans un verre d’eau ». En revanche, celle des glaciers continentaux - qui reculent de 250 m par an dans l’Antarctique - est plus préoccupante. « Si la calotte du Groenland disparaissait totalement, le niveau monterait de 6 m, et de 60 m en cas de fonte de celle de l’Antarctique. Mais à moyen terme, ce n’est pas envisageable car ces calottes mesurent respectivement 2 et 3 km d’épaisseur, l’Antarctique représentant 14 millions de m² (30 fois la France), ce qui représente 70 % des ressources en eau douce de la planète », explique Jean Jugie.
Les océans, puits à CO2
Mais à plus long terme, l’hypothèse d’une fonte totale n’est pas à écarter ; le Groenland (baptisé « terre verte » par les Vikings qui l’ont découvert au X e siècle) s’est déjà retrouvé sans glaces dans le passé. Mais, à l’horizon 2100, les experts prévoient une montée moyenne des eaux de 20 à 90 cm, correspondant à un réchauffement estimé entre 1,1 ° et 5,8° ; qui s’ajouterait aux 10 à 20 cm déjà constatés au XX e siècle. A ces désastres, qui toucheraient des millions d’hommes dans les zones littorales (les plus riches) s’ajoute un autre effet dévastateur du réchauffement sur l’océan : une baisse de sa capacité de puits à CO2. La moitié du dyoxide de carbone est, en effet, piégée par les eaux froides à de grandes profondeurs. Si le système se dérègle, ce CO2 va être dégazé dans l’atmosphère et réalimenter la pompe de la machine infernale. Une pompe à chaleur qui contribue aussi à acidifier les océans. D’où le blanchiment des coraux, ce qui réduit leur capacité d’épuration et à terme de refuges à poissons. Des poissons chassés aussi par la chaleur vers le nord à la quête de nourriture. On le verra dans la suite de ce dossier.
CLIMAT. LES POISSONS MIGRENT AU NORD
Pour résister au réchauffement des océans, le plancton et les poissons migrent vers le Nord ou s’enfoncent dans les profondeurs. Les poissons tropicaux et méditerranéens vont-ils s’installer sur les côtes bretonnes ?
Balistes et sars font désormais partie du paysage local. Il y a cinq ans, ils étaient rares dans nos contrées. Il y a dix ans déjà, Jean-Claude Quero, d’Ifremer, avait mis en évidence une remontée d’une douzaine d’espèces de poissons tropicaux vers nos latitudes. Phénomène que le chercheur mettait en relation avec un réchauffement d’environ 2°C des eaux atlantiques au niveau de l’Espagne et une hausse des températures moyennes de 1,4 °C dans le golfe de Gascogne. Samuel Iglesias, du laboratoire du Museum d’Histoire naturelle de Concarneau (29), reste prudent : « Il est difficile de faire la part des choses entre les faits ponctuels, la surpêche et les conséquences du réchauffement. On voit des espèces qui apparaissent dans un secteur et qu’on ne revoit plus l’année suivante ». Travaillant sur le recensement de tous les poissons de l’Atlantique européen, de la Méditerranée et de l’Afrique de l’Ouest, le chercheur a relevé des cas étonnants parmi les 260 espèces repérées (sur 1.500) : « Le cas de ce poisson volant (compère boune) capturé par un pêcheur à Concarneau durant la sécheresse de 2003 ou la première capture d’une calicagère blanche, en 2006, aux Glénan. Mais c’est insuffisant pour relier leur présence au réchauffement ».
Les pêcheurs retrouvent de plus en plus dans leurs filets des espèces auparavant rares en Bretagne.
Les pêcheurs retrouvent de plus en plus dans leurs filets des espèces auparavant rares en Bretagne.
La blennie, un bon indicateur
En revanche, selon Samuel Iglesias, la présence de blennies paon pourrait constituer un bon révélateur de modification du climat : « Inconnue en Bretagne jusqu’en 1986, cette espèce est devenue dominante au Poulduan près de Concarneau. C’est intéressant car c’est une espèce côtière qui progresse par petits bonds. C’est donc plus fiable que les gros migrateurs ». A suivre donc. Et si la tendance au réchauffement se confirme ? Les nouveaux venus prendront-ils la place des espèces locales, comme les poissons de la Mer Rouge qui ont envahi la Méditerranée orientale par le canal de Suez ? « La nature évolue en permanence et les poissons ont une capacité d’adaptation et de migration très rapide. Le problème, aujourd’hui, c’est que l’activité humaine fait accélérer le phénomène. Ce qui m’inquiéterait le plus, ce n’est pas la baisse des stocks ou le déplacement mais la disparition d’espèces car c’est irrémédiable ».
Plus assez d’oxygène ?
Cette hypothèse n’est pas écartée dans la Mer du Nord. Deux chercheurs allemands affirment que la survie des poissons dans cette zone « est menacée par le réchauffement climatique car il provoque une baisse de la quantité d’oxygène ». Ils ont démontré, en laboratoire, un taux de mortalité supérieur et un ralentissement de la croissance dès que l’eau dépasse les 17 ° C, la survie étant compromise au-dessus des 21 ° C. Inquiétant quand on sait que les prévisions évoquent une augmentation de 1, 5 ° C à 4° C de la température des eaux de surface dans ces parages d’ici à 2080. La hausse de 0,6 ° C constatée entre 1962 et 2001 a déjà entraîné une réaction des poissons. Une douzaine d’espèces, dont la morue, ont remonté de 50 à 400 km vers le Nord, selon les constats de biologistes britanniques, en 2005 (*). Ce qui conforte les travaux de Grégory Beaugrand (CNRS) affirmant « qu’il y a un lien entre le déplacement des poissons et la migration de certaines espèces de plancton vers les secteurs les plus froids ».
Les coraux sentinelles
Une fraîcheur que certains poissons, dont le carrelet, vont chercher dans les profondeurs ; là où la température restera, quoi qu’il arrive à 4 °C. Mais, là aussi, des menaces se font jour ; l’acidification des océans liée au CO2 pourrait attaquer les récifs de coraux qui se trouvent entre 500 et 1.000 m de profondeur au large de la Norvège. « On ne sait pas encore pourquoi mais ces coraux sont de grosses zones de reproduction de poissons. Peut-être parce qu’ils sont situés là où passent les courants les plus forts et donc les plus chargés en nutriments », s’interroge Norbert Franck, du CNRS. Quoi qu’il en soit, les experts s’inquiètent pour l’avenir de cette mer, jusqu’alors l’une des plus productives du monde, très riche en bons nutriments, mais surexploitée. L’avenir de la pêche est clairement posé dans le secteur. La tentation (ou l’obligation) serait alors d’aller pêcher dans les profondeurs. L’homme en a les moyens ; mais à quel coût ? A moins que, selon certaines prévisions, l’océan Arctique, débarrassé de sa calotte, l’été, dans dix-quinze ans, ne devienne une grande zone de pêche, mais aussi de trafic maritime et d’exploitation pétrolière...
* Le Monde du 21 mai 2005. A suivre : Le cormoran touché par la faim ?
Hervé Queillé
SAUMONS : LES MALES PLUS ASSEZ « SEXY » ?
Des saumons qui migrent vers la mer dès la première année ; d’autres, sexuellement mâtures mais qui n’intéressent pas les femelles, car trop petits... Conséquence du réchauffement du climat ?
Jean-Luc Baglinière, de l’Unité mixte de recherche « Ecobiologie et qualité des hydrosystèmes de l’INRA Rennes, n’en a aucune preuve : « Le facteur température n’est sans doute pas étranger mais les aménagements et pratiques agricoles sur les bassins-versants expliquent aussi ces comportements ; l’apport supplémentaire de nitrates améliore la productivité de la rivière en algues et invertébrés. Avec un taux de croissance plus rapide, le poisson raccourcit sa phase juvénile. Au lieu de rester deux ans en eau douce, il migre après une seule année, mais à une taille plus petite (13-14 cm au lieu de 16-18 cm) ce qui influe sur sa survie en eau de mer ». Ce taux de croissance induit aussi une augmentation de mâles sexuellement mâtures avant leur migration.
Des femelles de 70 cm pour les mâles de 15 cm
En revanche, la femelle, qui a besoin de davantage de nourriture, continue à aller en mer pour s’alimenter. « On risque de voir des femelles de 70 cm revenir en eau douce frayer avec des mâles de 15 cm ! Pour l’instant, il y a encore de gros mâles. Mais pondront-elles encore des œufs si les partenaires n’ont plus la taille requise pour les stimuler ? » D’autant plus inquiétant que le colmatage des fonds des rivières, dû à l’érosion des terres, réduit le taux de survie des œufs et alevins par manque d’oxygène. Les femelles sont aussi de moins en moins nombreuses à revenir de la mer (eaux plus chaudes, moins de nourriture ?). « On ne voit plus de saumon de trois ans revenir et de moins en moins de deux ans », souligne Jean-Luc Baglinière. Mais difficile de tirer des conclusions : « Certaines années, les précipitations sont si violentes qu’elles nettoient les fonds de rivières. On a alors des années de reproduction dignes de l’Ecosse ! » Pour autant, « l’espèce n’a-t-elle pas son avenir derrière elle ? Saura-t-elle s’adapter ? » Dans le cas contraire, l’alose, de plus en plus présente dans nos rivières, grosse pondeuse et résistant à la chaleur, aurait un boulevard tout tracé.
Hervé Queillé
PLUS DE PLUIES AU NORD, PLUS DE SECHERESSES AU SUD
Des précipitations plus importantes et plus violentes l’hiver au nord, et des saisons estivales plus sèches au sud du pays : telle est la tendance qui se dessine en France pour les prochaines décennies. « Il nous reste à affiner en fonction des impacts locaux », précise Alain Beuraud, responsable de la valorisation de la recherche à Météo France.
Le climat de Montpellier à Paris ?
« Ce n’est pas simple car le maillage de références n’est pas toujours très fin. Néanmoins, on sait qu’il n’est plus très judicieux de construire une station de ski à 1.500 m ou de cultiver du maïs dans le Sud-Ouest. On va devoir aussi construire des maisons bioclimatiques, pour rendre la vie supportable face à des périodes plus importantes de canicule ». Certains modèles prévoient, en effet, pour la région parisienne le climat de Montpellier, en 2080. Quoi qu’il en soit, selon Serge Planton, responsable du groupe de recherche climatique à Météo France, « en 2100, le nombre de jours à plus de 35º passerait en moyenne de un, aujourd’hui, (quatre dans le Sud-Est) à trente avec une canicule du type 2003 un an sur deux. Pour la sécheresse, on passerait de vingt jours, pour la période estivale la plus longue, à trente pour le scénario le plus pessimiste ». Ce qui aurait des répercussions sur la ressource en eau, les pluies d’hiver ne compensant plus le déficit estival.
Plus d’humidité en Afrique de l’Ouest ?
Les tendances sont identiques au niveau mondial, avec des précipitations hivernales plus importantes en Scandinavie et sur l’Equateur. Le bassin méditerranéen, lui, sera touché par la sécheresse. Sécheresse qui s’aggravera dans les zones déjà frappées par ce fléau, notamment le Sahel. « Mais des incertitudes demeurent sur l’Afrique de l’Ouest (Niger, Bénin). Ces pays bénéficieront-ils des courants porteurs d’un air plus chargé en humidité ? », s’interroge Alain Beuraud. Quant aux cyclones, « leur fréquence ne devrait pas augmenter significativement mais leur intensité moyenne, oui ».
H.Q.
CLIMAT. LE CORMORAN TOUCHE PAR LA FAIM
Le cormoran huppé se raréfie sur nos côtes faute de nourriture. Le début de la fin - et de la faim - pour cette espèce emblématique en Bretagne, mais aussi pour d’autres espèces d’oiseaux marins contraints de s’adapter rapidement... pour ne pas disparaître.
« On s’y attendait. Depuis 2004, les collègues britanniques sont confrontés à la disparition dramatique de dizaines de milliers de sternes, mouettes, cormorans et guillemots et ils s’attendent au pire chaque année. Chez nous, le manque de ressource se faisait sentir depuis trois ans. Cette année, c’est devenu critique pour le cormoran huppé qui ne trouve plus à manger et ne peut nourrir ses petits...». Gilles Bentz, responsable de la station de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de l’Ile Grande (22), n’est guère optimiste.
Petit réchauffement grosses conséquences
Avec les précautions d’usage, mais sans ambiguïté, les scientifiques relient cette fuite vers le Nord du plancton et des lançons, nourriture des oiseaux de mer, au changement climatique : « D’autres facteurs peuvent jouer. La tempête du 10 mars dernier a stoppé net le processus de reproduction des cormorans au Cap Fréhel. De même, la surpêche explique, en partie, la raréfaction de certaines espèces de poissons.
Le manque de ressource touche particulièrement le cormoran huppé qui est un oiseau casanier et ne s’éloigne guère de quelques milles pour aller chercher à manger.
Mais toutes les observations montrent qu’un faible réchauffement de l’eau de mer (1 °C) peut avoir des incidences prononcées sur la chaîne alimentaire », explique Bernard Cadiou, biologiste à Bretagne Vivante.
Menaces sur les Sept-Iles
Une rupture de chaîne clairement à l’origine du dépeuplement des rochers des Sept-Iles. « Il y a dix ans, nous avions 350 couples de cormorans huppés avec une moyenne de trois jeunes par nichée », souligne Gilles Bentz. « Il en reste 200 qui ont construit peu de nids, avec peu de jeunes à l’envol. La situation est également préoccupante pour le guillemot de Troïl... dont il ne reste plus que 200 couples en France, essentiellement au Cap Fréhel et un peu aux Sept-Iles. Idem pour le pingouin torda, avec 24 couples chez nous sur 40. Les macareux, eux, ne sont plus que 50 ». À cette allure, il estime que ces espèces sont menacées de disparition : « Particulièrement le cormoran huppé qui est casanier et ne s’éloigne guère que de quelques milles pour aller chercher à manger. Contrairement au fou de Bassan qui peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres dans la journée ».
Question de survie
« À un moment, lorsque la ressource est trop éloignée, l’oiseau est obligé d’assurer sa propre survie et d’utiliser le poisson pour son énergie. Soit il ne s’engage pas dans le processus de reproduction, soit il interrompt le cycle, abandonnant les œufs. Et même si le processus va au bout, on assiste à une très forte mortalité des poussins », confie Bernard Cadiou. Et ce ne sont pas les espèces qui remontent du sud, qui remplaceront les lançons : « Les syngnathes sont moins riches d’un point de vue nutritionnel. De plus, leur morphologie osseuse fait qu’ils sont quasiment impossibles à ingurgiter par les jeunes oiseaux ».
L’oiseau des éléphants à Goulven !
À plus ou moins long terme, ces espèces sont menacées et condamnées à s’adapter, à d’autres nourritures et à d’autres lieux de reproduction. Mais, « en auront-elles le temps, les changements se déclinant désormais en décennies et non plus en millénaires ? ». Cette accélération inquiète également Philippe Dubois. L’ornithologue relève, toutefois, des signes d’adaptation des espèces terrestres ; notamment la remontée d’oiseaux du Sud vers nos contrées : « Le héron garde-bœuf, que l’on voit sur le dos des éléphants ou des rhinocéros, est aujourd’hui présent dans la baie de Goulven ». À l’inverse, les canards, autrefois très nombreux en Bretagne, hivernent désormais en mer du Nord ou Baltique : « Avec 2.000 km dans les ailes, au lieu de 3.600 km, ils sont en meilleure forme pour revenir sur leurs terres arctiques et se reproduire ».
Les oiseaux : des alarmes
Migrer plus tôt, aussi, pour ne pas arriver après l’éclosion de la végétation et des chenilles, de plus en plus précoce au printemps. Tel est le défi de tous les migrateurs. Tous n’ont pas encore régulé leur horloge biologique (lire ci-dessous). Mais, à court terme, c’est le sort les oiseaux de mer qui tracasse Philippe Dubois : « On est forcément amenés à se demander si ce qui se passe avec les oiseaux ne préfigure pas ce qui pourrait nous arriver demain ». Quelle meilleure alarme, en effet, pour signaler que l’homme, en bout de chaîne alimentaire, pourrait, lui aussi, se retrouver en déficit de nourriture. Surtout si l’augmentation de température de 3 à 4 °C se confirme à la fin du siècle.
À suivre : La révolution silencieuse de la faune et de la flore
Hervé Queillé
LE GOBE-MOUCHES NOIR ARRIVE APRES LA BATAILLE
Le gobe-mouches noir est-il condamné à disparaître s’il n’arrive pas à remonter assez tôt d’Afrique de l’Ouest où il hiverne ? Parviendra-t-il à recaler son horloge interne sur des printemps de plus en plus précoces ?
L’exemple de ce petit passereau constitue un véritable cas d’école témoin du changement climatique, estime Philippe Dubois. Quand il arrive dans nos forêts, l’activité de la végétation est déjà bien engagée, de même que le pic d’émergence des insectes ; notamment les chenilles qui sont prêtes à se transformer en papillon ou qui ont déjà franchi le pas. Résultat : le gobe-mouches n’a plus grand-chose à gober pour manger et nourrir ses petits. Certes, selon une étude réalisée aux Pays-Bas, il a avancé sa date de ponte d’environ dix jours. Mais, du coup, il ne bénéficie plus de période de repos.
S’adapter ou disparaître
Fatigué, stressé, moins nourri, le passereau a du mal à assurer sa reproduction. Les chercheurs néerlandais ont démontré qu’en 16 ans (entre 1987 et 2003), 90 % d’une population de gobe-mouches noirs avait disparu là où le pic d’abondance des insectes était plus précoce (début mai). C’est donc une course contre la montre qui est lancée pour la survie du gobe-mouches noir, comme bon nombre de migrateurs. « Ce sera s’adapter ou disparaître », affirme Philippe Dubois, « mais on ne sait pas si une telle évolution peut se faire en si peu de temps. Et c’est d’autant plus complexe qu’il semble que le problème ne soit pas à considérer par espèce, mais par population. Il a ainsi été démontré que des mésanges charbonnières, les unes en Grande-Bretagne les autres aux Pays-Bas, ne réagissent pas de la même manière face à la précocité du pic des insectes ; et ce à 250 km de distance ! ». D’autant moins simple à réguler que les dates de retour sont aussi influencées par les conditions météo, notamment de température, durant le voyage.
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26.08.2008
MERS MOURANTES
Mers mourantes
LE MONDE | 16.08.08 | 13h40 • Mis à jour le 16.08.08 | 14h13
Le mot "désert" est associé aux terres, jamais aux mers. Pourtant, les océans sont menacés de se transformer en déserts liquides, par la faute de l'activité humaine. La surpêche est la cause la plus voyante de cette grande vidange de la vie marine. Mais un autre phénomène délétère, plus discret, monte en puissance : l'eutrophisation, qui prive les eaux d'oxygène. Aujourd'hui, plus de 400 zones côtières dans le monde étouffent, ainsi que le décrit une étude publiée dans la revue Science du vendredi 15 août. Les auteurs le précisent, "le nombre de zones mortes a approximativement doublé chaque décennie depuis les années 1960".
A l'origine de ces asphyxies océaniques, on trouve une nouvelle fois l'homme, via ses eaux usées, ses rejets industriels dans les fleuves, la pression de son tourisme sur les côtes et surtout ses engrais. Pour faire bonne mesure, on pourrait ajouter à ce sombre tableau les effets à venir du réchauffement climatique. Ce phénomène favorise l'eutrophisation par l'augmentation de la température, renforce la stratification des eaux - et donc empêche qu'elles se mélangent. Il risque aussi de lessiver les sols par des pluies plus importantes et d'apporter aux mers encore plus de matière organique... et encore plus d'engrais.
Le temps semble par conséquent venu, tant pour l'avenir des terres qui s'épuisent que pour celui des mers qui se vident, de reconsidérer certaines pratiques de l'agriculture intensive. Plusieurs exemples, notamment après la disparition de l'URSS, ont montré que l'arrêt des fertilisants entraînait rapidement une réoxygénation des eaux côtières. Dans un rapport d'expertise scientifique rendu en juillet à la demande des ministères de l'agriculture et de l'écologie, l'Institut national de la recherche agronomique reconnaît que, pour une meilleure prise en compte de la biodiversité, il faut tâcher de "diminuer l'utilisation des engrais et des produits phytosanitaires". Ce qui peut se faire sans perte notable de rendement.
Si l'on en croit un document prospectif de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) publié cette année, le mouvement est timidement enclenché : d'ici quatre ans, la consommation de nitrates et de phosphates devrait diminuer en Europe de l'Ouest. Mais augmenter partout ailleurs dans le monde...
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