28.07.2009
Ouïghours: "Une haine viscérale des Hans"
Ouïghours: "Une haine viscérale des Hans"
Propos recueillis par Nicolas MOSCOVICI
leJDD.fr
Officiellement, les troubles qui secouent la province chinoise du Xinjiang, et notamment sa capitale, Urumqi, ont fait 156 morts. Un bilan qui pourrait toutefois se révéler bien plus lourd. Contacté mercredi par leJDD.fr, Didier Chaudet, spécialiste de l'Asie centrale à Sciences-Po, explique cette flambée par "la haine" que voue la minorité ouïghoure à l'ethnie Han, ultra-majoritaire dans le pays.
Comment expliquer la flambée de violences qui secoue actuellement le Xinjiang?
On retrouve aujourd'hui une situation de tension ethnique, je dirais classique si ce n'était le nombre important de victimes, entre la minorité ouïghoure - tout juste majoritaire au Xinjiang - et l'ethnie Han, dominante en Chine. Contrairement à ce qui peut se dire, les Ouïghours, qui sont musulmans, ne sont pas une ethnie à la religiosité exacerbée. En revanche, ils sont habités par une haine viscérale des Hans, qui sont considérés comme les colonisateurs de la région, un peu comme ce que peuvent ressentir les Palestiniens à l'égard des Israéliens. De leur côté, les Hans sont eux un peu surpris par cette révolte car ils considèrent avoir apporté la modernité à la région. Pour eux, les Ouïghours devraient être heureux de leur situation, alors qu'il est clair qu'ils ne bénéficient absolument pas de ce développement économique.
On peut craindre un bain de sang?
Oui, comme ce fut déjà le cas en 1997 par exemple. On peut d'autant le craindre que Pékin va vouloir réprimer cette insurrection le plus rapidement possible afin qu'elle ne provoque pas une trop forte résonance médiatique, à l'étranger notamment.
"Certains Ouïghours sont extrêmement sinisés"
Une résonance qui pourrait atteindre celle par suscitée en Occident par la situation au Tibet?
Non. La diaspora ouïghoure possède certes une certaine influence aux Etats-Unis où elle est aujourd'hui nettement mieux organisée que par le passé, mais contrairement au Tibet et au dalaï-lama, les Ouïghours n'ont pas de leader clairement identifié. En outre, les moines tibétains bénéficient d'une image positive à l'étranger en raison du principe de non violence qu'ils prônent. Ce n'est pas le cas des Ouïghours. Mais, en tout état de cause, Pékin ne peut pas prendre le risque de voir la situation s'envenimer au Xinjiang. Contrairement aux années 1990, il existe aujourd'hui des outils de communication qui nous permettent d'avoir des informations sur ce qui se passe là-bas.
Le Xinjiang est une région autonome de Chine. Qu'est-ce que cela veut dire?
Cela ne veut surtout pas dire que les rouages du pouvoir local sont ouïghours. Ils le sont peut-être en façade, mais en réalité, à l'intérieur du Parti communiste chinois, ce sont bien les Hans qui décident. Toutefois, dans les troubles qui secouent le Xinjiang, on oppose un peu trop facilement les Hans des Ouïghours. La réalité est plus subtile: chez les Ouïghours, il existe certes une jeunesse sans réel avenir qui se tourne vers l'économie informelle, un peu à la manière de la mafia tchéchène en Russie, mais il existe également des Ouïghours extrêmement sinisés, qui occupent surtout des postes de fonctionnaires et qui parlent même mieux le mandarin que le ouïghour.
Les Ouïghours sont toutefois victimes de discriminations...
Les Hans, qui représentant 91% de la population globale de Chine, affichent souvent leur mépris pour les autres ethnies, surtout pour les Ouïghours finalement. On est donc très loin d'une société multi-ethnique comme on présente parfois la Chine. Les discriminations qui en découlent sont souvent liées à des positions différentes au sein de la structure du pouvoir. Il existe par exemple un très fort travail de sinisation, à l'école notamment, où il est très difficile d'atteindre un haut niveau d'étude si l'on ne maîtrise pas le mandarin. Or, les Ouïghours n'ont pas exactement accès à un enseignement convenable de la langue. Dans l'administration, il existe effectivement des doutes très forts sur l'égalité des chances pour un poste à responsabilité. Entre un Ouïghour et un Han, le Han sera plus facilement choisi...
"Il existe au Xinjiang une potentialité de terrorisme"
Mardi, le président chinois Hu Jinato a écourté son voyage en Europe pour rentrer à Pékin. Quelle signification peut-on donner à ce retour précipité?
Le retour en Chine de Hu Jintao est à mon sens motivé par un sentiment d'incompréhension assez fort de la part du pouvoir central. Une incompréhension qui se transforme en peur: le Xinjiang est en effet une zone de contact avec l'Asie centrale. Du pétrole et du gaz venus de l'étranger y transitent. En outre, afin de préserver ses relations en Asie, la Chine ne peut pas se permettre de voir le terrorisme se développer dans la région.
Justement, le Xinjiang est-il concernée par le fondamentalisme religieux?
On se trompe souvent lourdement sur cette question. Des Ouïghours ont combattu avec les moudjahidine afghans contre l'URSS. Ils sont restés dans le pays et certains se trouvent aujourd'hui aux côtés des taliban dans la zone tribale pachtoune pakistanaise. Ils ne sont pas très nombreux, en revanche ils bénéficient de structures et de réseaux qui pourraient leur permettre d'attirer à eux une partie de la jeunesse nationaliste ouïghoure. Présenter aujourd'hui les Ouïghours comme des terroristes est une erreur. En revanche, il existe effectivement pour l'avenir une potentialité de terrorisme, islamiste notamment. Surtout si la Chine s'enferme dans une logique répressive.
Cette situation peut-elle être source de tensions entre la Chine et les autres puissances mondiales? Les Etats-Unis notamment?
Il peut y avoir certaines tensions entre la Chine et les Etats-Unis, Pékin n'appréciant sans doute pas que Washington soutienne indirectement ou au moins laisse faire le lobby ouïghour américain. Maintenant, les deux pays ont d'autres sujets d'importance à traiter et la question ouïghoure ne me semble pas, pour le moment au moins, être un point de focalisation très fort.
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07.07.2009
Les Trois Gorges, un barrage à haut risque
Les Trois Gorges, un barrage à haut risque
C'est cet automne que le barrage des Trois Gorges, en Chine, doit devenir complètement opérationnel. Lancé en 2003, ce gigantesque projet a engendré de nombreuses pollutions et déstabilise, au plan géologique, le delta du Yangtsé où est située Shanghai. Plus d'un million de personnes ont été déplacées et connaissent aujourd'hui un sort incertain.
Les Trois Gorges, un barrage à haut risque
Le niveau d’eau pourra atteindre jusqu’à 175 mètres. Le barrage des Trois gorges est à la dimension des ambitions chinoises : 18 milliards d’euros investis selon les chiffres officiels, 2 309 m de longueur, 27 millions de m3 de béton, un bassin de retenue long de 660 km. Fin 2008, les 26 turbines doivent permettre de produire 84,7 milliards kWh annuellement, soit l’équivalent de la production d’une dizaine de centrales nucléaires françaises et environ 10% de la production électrique chinoise. Six turbines supplémentaires seront installées d’ici 2012. Un énorme atout énergétique dans la région qui souffrait de pénuries.
Le début d’une catastrophe écologique?
Mais depuis le début de la mise en eau en juin 2003, de nombreux incidents se sont produits, venant confirmer les craintes de nombreux experts chinois et étrangers. Les berges se sont écroulées sur une centaine de sites, et durant la saison pluvieuse en été, toute la région est désormais sujette à de dangereux glissements de terrain. Comme le note Florence Padovani du Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po, « ces phénomènes existaient déjà avant la construction du barrage mais il semble que le poids de la masse d’eau du réservoir n’a fait qu’accentuer la fragilité des sols ». La montée des eaux accélère les phénomènes d’érosion résultant de déboisages antérieurs. Les autorités régionales ont admis en novembre 2007 lors d’un forum à Wuhan que le barrage pourrait conduire à une « catastrophe environnementale » en l’absence de mesures préventives. En juillet 2008, la prolifération d’algues toxiques sur le fleuve Yangtsé et certains affluents a empêché l’approvisionnement de milliers de personnes. L’apparition des algues résulte de la pollution d’usines chimiques et de mines riveraines dont les eaux riches en composés azotés et phosphorés, rejetées directement dans les rivières, sont désormais arrêtées par le barrage. Ce dernier diminue la vélocité de nombreuses rivières dans la région, affaiblissant la capacité de purification des eaux.
Plus inquiétant encore, des géologues chinois indiquent que les variations de pression gigantesques dues à l’alternance de périodes de stockage et lâchage des eaux déstabilisent les terrains, créant un grave risque sismique. La liste des impacts écologiques ne s’arrête pas là : perte de biodiversité, blocage des sédiments, augmentation des risques sanitaires dus à la prolifération de parasites, déstabilisation du delta du Yangtsé où est située Shanghai…
Des migrations forcées sans précédent
Si ses partisans affirment que le barrage, générateur d’énergie et d’emplois, va améliorer la vie d’un grand nombre d’habitants de cette région très pauvre, le sort des déplacés est incertain. 1,2 million de personnes selon les autorités, 1,8 million selon certaines ONG. Or certains paysans ayant déjà dû migrer vont devoir à nouveau partir. Les terrains qui leur ont été attribués sont souvent peu fertiles, situés dans des zones à risque, et un règlement datant de 2001 leur interdit de toute façon de cultiver sur les terrains très pentus. Certaines familles habitent aujourd’hui dans des maisons dangereuses sans que des mesures aient été prises pour les reloger. « Il n’a pas été prévu de fonds spécial pour venir en aide aux premiers déplacés qui vivent aujourd’hui à flan de montagne dans la peur que leur maison s’effondre », déplore Florence Padovani. Elle résume les dangers menaçant ces populations : « appauvrissement, perte de la terre, de son travail, de sa maison, marginalisation sociale, insécurité alimentaire, augmentation du taux de mortalité, etc. ». De nombreuses contestations ont vu le jour car une part importante de l’argent destinée aux indemnités a disparu dans les poches des fonctionnaires locaux. Certains détracteurs du barrage considèrent que trois petits barrages auraient permis de fournir autant d’électricité en évitant des migrations massives.
Participation de sociétés françaises
Tandis que de nombreuses sociétés étrangères ont refusé de s’impliquer, des entreprises françaises ont travaillé sur le chantier pour la China Yangtze River Three Gorges Project Developpement Corporation, en charge de la construction de l’ouvrage. Alstom a notamment fourni plusieurs turbines, EDF a supervisé la construction d’équipements. Sébastien Godinot, dont l’ONG les Amis de la Terre a fait pression sur ces groupes industriels, indique qu’elles répondent que « s’agissant du plus grand chantier du monde, elles se doivent d’y être » et que « la Chine a besoin d'énergie ». Mais aujourd’hui, « la situation est même pire qu’on ne le craignait initialement en termes de pollution des eaux, d’érosion et d’impacts sur les populations déplacées », résume Dai Qing, journaliste et militante pour la liberté d’expression qui a publié dès 1989 l’ouvrage Yangtzé Yangtzé présentant les risques du barrage. Il sera cependant difficile à la Chine de se passer des grands barrages. Selon son plan de lutte contre le changement climatique, la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique doit passer de 7,2% aujourd’hui à 15% en 2020. Un tiers au moins de cet effort proviendra des centrales hydroélectriques. Fin 2007 les autorités déclaraient que la production électrique du barrage des Trois Gorges avait permis d’éviter l’émission de 191,3 millions de tonnes de CO2.
NOVETHIC 16/06/2009
04:05 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
17.04.2009
Le rat : nouvelle arme de pointe
Le rat : nouvelle arme de pointe pour nettoyer les champs de mines, découvrez les images
LE 03/04/2009
Maxisciences
• Grande-Bretagne - La lutte contre les champs de mines antipersonnel dispose d'une nouvelle arme surprenante. Le rat de Gambie, au flair prodigieux, est venu grossir les rangs des animaux traqueurs d'explosifs.
• Son poids, dépassant le kilogramme, confère au rat de Gambie le statut de plus gros rat du monde. Mais celui-ci s'avère être un vrai poids plume lorsqu'il s'agit de renifler les bombes. Une caractéristique qui fait de ce rongeur la dernière arme de pointe dans la bataille contre les champs de mines antipersonnel, vestiges des guerres qui polluent toujours une partie de l'Afrique et tuent ou mutilent des milliers d'adultes et d'enfants chaque année.
• Mais c'est sans conteste le flair sans pareil de l'animal, lui permettant de sentir les explosifs à plus de cinquante pas, qui a convaincu les autorités compétentes de mettre au point un entraînement spécial à son intention.C'est le cas de "Kofi", un rat de cette espèce entraîné pour la première fois en Grande-Bretagne, dans une réserve au coeur des Cornouailles. A raison de 20 minutes d'entraînement journalier, le rat a débuté l'exercice à l'âge de cinq semaines, à la suite de son sevrage.Le dressage des rats dans la lutte contre les mines a lieu depuis quelques temps : les animaux apprennent à reconnaître l'odeur des explosifs, en contrepartie d'une récompense alimentaire.
• Une fois l'entraînement rodé et achevé, ils repèrent les mines, s'assoient et grattent le sol jusqu'à ce qu'ils reçoivent la nourriture, tandis qu'un expert en explosifs détruit la mine.
• Le rat encourt d'infimes risques de déclencher la bombe du fait de son poids léger.Wendy Winstanley, la dresseuse de "Kofi", s'insurge contre les personnes qui associent trop vite le rat à une vermine qu'il faut exterminer à tout prix et galvanise l'intelligence supérieure de l'animal : « Ils ont un odorat plus développé que celui des chiens et, parce qu'ils sont plus légers, ils ont moins de chance de déclencher les explosifs ».
• Actuellement les canidés détiennent le monopole en matière de traque dans les champs de mines, néanmoins la piste du rat est de plus en plus exploitée. Un rat a en effet la capacité de nettoyer 100 mètres carrés de terrain en trente minutes, tâche qui demande deux jours de travail à un être humain.Wendy Winstanley espère offrir prochainement les services de son protégé à l'armée, ainsi qu'à l'unité de police anti-terroriste, une fois qu'il aura gagné ses galons.Trente rats renifleurs ont déjà effectué des missions d'assainissement de champs au Mozambique.Découvrez les images : http://www.maxisciences.com/rat/des-rats-utilises-pour-le-deminage_art1432.html
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30.01.2009
Le climat est-il devenu fou ?
Le climat est-il devenu fou ?
Propos recueillis par Patrice de Méritens LE FIGARO MAGAZINE
23/01/2009 | Mise à jour : 15:52
«Le réchauffement est l'une des formes perverses de la croissance économique», observe Emmanuel Le Roy Ladurie. «Et c'est maintenant qu'il faut passer à l'action», répond Jean Jouzel.
Le Figaro Magazine - On ne cesse de parler du réchauffement de la planète et on est tout surpris de se retrouver avec un hiver glacé...
Jean Jouzel - Même dans un contexte de réchauffement climatique, il est normal d'observer des hivers plus froids que d'autres. Sur les deux prochaines décennies, la tendance moyenne du réchauffement devrait être de 2/100e de degré par an, donc difficilement perceptible d'une année sur l'autre. Il faut regarder le phénomène dans la durée, avec une véritable perspective historique. Le réchauffement est patent depuis un demi-siècle, mais il y aura toujours des hivers froids. De même, un été très chaud ne constitue-t-il pas à lui seul le témoignage d'un réchauffement climatique.
Emmanuel Le Roy Ladurie - On observe en effet un espacement plutôt qu'une disparition des hivers rudes. Leur dernière grande série date de 1985-1986-1987.
Jean Jouzel - Les hivers très froids s'espacent dans une perspective de réchauffement climatique lié à l'activité humaine, lequel se superpose à la variabilité naturelle. Les gaz à effet de serre ont abouti à une accumulation de chaleur dans les basses couches de l'atmosphère. Ajoutez à cela les mécanismes d'amplification : quand l'océan se réchauffe, il y a plus d'évaporation, plus de vapeur d'eau - un gaz à effet de serre - dans l'atmosphère, ce qui accentue le réchauffement global. Nous sommes dans un mécanisme non pas vertueux mais d'aggravation, qui aboutit à l'inéluctabilité du réchauffement climatique.
Emmanuel Le Roy Ladurie - Cela étant, la fonte des glaciers a commencé assez tôt. Quoi qu'en dise un grand cinéaste qui prétendait les Suisses incapables d'invention, ces derniers, excellents en matière de glaciologie, estiment qu'il y a eu des vagues de chaleur dès la décennie 1860 : elles ont déclenché le retrait gla ciaire. Le véritable ré chauffement, pourtant, n'est devenu flagrant qu'à partir de la canicule de 1911. On le voit sur la courbe mondiale, qui est sérieuse même si d'aucuns déclarent qu'il y avait trop peu de thermomètres en fonction à l'époque. Par ailleurs, on a connu un rafraîchissement climatique entre 1950 et 1975...
Jean Jouzel - Oui, le léger refroidissement des années 60 a pu avoir pour origine l'activité de volcans importants : leur éruption a projeté dans l'atmosphère d'immenses nappes de poussières qui ont bloqué les rayons du soleil, influant sur la température. Ce type de refroidissement est assez bref. Il s'étend sur un à deux ans, et peut atteindre quelques dixièmes de degré.
Emmanuel Le Roy Ladurie - L'un des plus célèbres exemples date d'avril 1815, avec l'explosion du volcan de Tambora, dans une île indonésienne. Des flammes mêlées de cendres et de gaz se sont élevées à près de 50 km de hauteur. Outre les 80 000 morts sur place, le réveil de ce volcan a eu des répercussions dramatiques sur le climat terrestre : une « année sans été » (1816) en Amérique et en Europe, causant dans certains pays des disettes et des émeutes de subsistance. Les Européens ont observé des couleurs inhabituelles lors des couchers de soleil, liées aux aérosols et aux dizaines de km3 de poussières dégagées à cette occasion. William Turner a-t-il immortalisé ce phénomène dans ses tableaux ? Cette année-là, Marie Shelley, enfermée sous la pluie dans un chalet près de Genève, accouchait du monstre le plus extraordinaire qui soit sorti de l'imagination d'une jeune femme : Frankenstein ou Le Prométhée moderne - pourrait-on parler d'un « complexe Tambora » ?
Jean Jouzel - Le deuxième facteur du refroidissement observé dans les années 60 est la pollution atmosphérique par le biais d'aérosols, facteurs eux aussi d'obscurcissement de l'atmosphère et de refroidissement. N'oublions pas que les Trente Glorieuses ont vu un développement industriel sans précaution. Dans les reconstructions climatiques, on explique assez bien cette pause.
Le Figaro Magazine - Pour autant, le réchauffement continue...
Jean Jouzel - Le problème est en effet devant nous. Si aucune mesure n'est prise, le réchauffement en Europe de l'Ouest pourrait atteindre de 4 à 6 °C dans la seconde partie du XXIe siècle. Si l'on souhaite le limiter à 2 °C par rapport au climat pré-industriel, ce qui est l'objectif de l'Europe, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre par deux, voire par trois, d'ici à 2050, puis poursuivre cet effort. C'est un véritable défi, surtout si l'on songe que ces émissions n'ont jamais augmenté aussi rapidement qu'actuellement. Il faut qu'elles soient stabilisées d'ici à 2015 au plus tard. Nous ne subissons pas encore les conséquences adverses du réchauffement, c'est pourquoi le message a du mal à passer. Pourtant, c'est maintenant qu'il faut passer à l'action.
Emmanuel Le Roy Ladurie - Il est possible que le premier cycle de réchauffement sérieux, de 1911 à 1952, soit d'origine naturelle. C'est un vrai débat. Le deuxième cycle, qui démarre avec la canicule de 1976, pourrait bien être dû aux activités humaines, même si certains auteurs pensent que l'activité solaire, elle aussi, contribue à réguler notre climat.
Jean Jouzel - Oui. C'est la thèse notamment de Claude Allègre. Les variations de l'activité solaire ne se chiffrent qu'en quelques dixièmes de watts par mètre carré, alors que les activités humaines ont apporté plus de deux watts pour la même surface. En termes d'é ner gie, nous dépassons le facteur 10. Si l'activité solaire régulait notre climat actuel, le réchauffement serait à la fois dans les basses couches et dans la haute atmosphère. Toute la colonne d'air se réchaufferait ou se refroidirait au ryth me des variations solaires. Dans le cas de l'effet de serre, c'est différent : on piège de la chaleur dans les basses couches, ce qui est autant de pris dans les hautes couches. On doit s'attendre en conséquence à un réchauffement là où l'on vit, et à un refroidissement dans les hautes couches de l'atmosphère. Or c'est très précisément ce que l'on observe. C'est la signature de l'effet de serre et donc des activités humaines. Conclusion : ce n'est pas l'activité solaire qui gouverne notre climat actuellement.
Le Figaro Magazine - Quelles découvertes nous apporte votre dernier livre sur l'histoire du climat ?
Emmanuel Le Roy Ladurie - J'ai précisé la chronologie en montrant l'entrelacement des cycles de réchauffement. Décennie 1911-1920 : certains hivers deviennent plutôt doux et les étés parfois frais, mais la canicule de 1911 provoquera, elle, 40 000 morts. Le très rude hiver de 1917 sera « l'hiver des rutabagas » en Allemagne. Complexité météo que ne renierait pas Edgar Morin. Les années 40, par exemple, ne constituent pas un bloc. Du point de vue histo rique, les trois grands hivers 1940-1941-1942 ont aggravé les conséquences de l'Occupation en France ; mais ils ont également contribué à la défaite allemande. Décembre 1941 et janvier 1942 ont été très durs : en Russie, les températures furent nettement plus froides que d'ordinaire. Vin rent ensuite les étés caniculaires : l'étonnante année 1943 ; l'été 1945 (Mouton-Rothschild 45 !) ; la canicule de 1947 ; l'incendie estival des Landes en 1949. Les grands millé simes sont liés souvent aux très beaux étés. On constate aussi de remarquables différences entre les évolutions saisonnières. Les automnes, par exem ple, se réchauffent au XXe siècle mais ils prennent de l'avance, calorifique, additionnelle, depuis 1980. Sont engendrés, de ce fait, des « étés indiens » en assez grand nombre à partir de 1981. Le tiercé vinico le 1988-1989-1990 est contemporain de superbes millésimes à Bordeaux. La chaude décennie 1990 a-t-elle expérimenté de la sorte une certaine douceur de vivre ? Néanmoins, on peut s'inquiéter pour le prochain siècle de l'occurrence d'un certain nombre de catastrophes qui sont loin d'être entièrement imaginaires.
Jean Jouzel - Et, fort de cela, passer à l'action. Il est indispensable qu'elle soit conduite.
Emmanuel Le Roy Ladurie - Qu'est-ce que le réchauffement, sinon l'une des formes perverses de la croissance économique, à laquelle tiennent tant nos hommes politiques, pour des raisons bien com préhensibles. On a parlé du take off, du décollage de la croissance, mais il est désormais impos sible de ne pas tenir com pte du doublet de celle-ci ; autrement dit, jusqu'à présent, la hausse de longue durée des températures. Le paradoxe des Trente Glorieuses aura été que les aérosols aient rempli le rôle de parasols...
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15.01.2009
Les 6 domaines prioritaires pour WWF
Les 6 domaines prioritaires pour WWF
Introduction
En ce début de siècle, nous sommes confrontés à des défis majeurs. Les enjeux de conservation de la nature n’ont jamais été aussi importants, et on assiste à une prise de conscience des problèmes environnementaux dans presque tous les secteurs de la société.
Les domaines prioritaires du WWF :
1. Les changements climatiques
2. L'eau douce
3. Les espèces menacées
4. Les forêts
5. Les océans et côtes
6. Les toxiques
Les changements climatiques
La quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère a fortement augmenté au cours du dernier siècle en raison des activités humaines (industries, transports, chauffage…). Le climat va se dérégler brutalement si nous ne maitrisons pas nos pollutions.
1 million d'espèces sont menacées par le réchauffement de la planète.
Les scientifiques estiment que la température moyenne de la Terre s'élèvera de plusieurs degrés (jusqu'à près de 6°C selon les hypothèses), mettant en danger la nature et provoquant désertifications, canicules, sécheresses et montée du niveau de la mer. Pour y remédier, il nous faut révolutionner nos énergies et inventer des modes de vie beaucoup plus propres !
L'eau douce
25% des cours d'eau d'Europe occidentale et méridionale sont pollués à un niveau extrême.
50% des zones humides françaises ont disparu au cours des 30 dernières années.
La France fait partie des mauvais élèves, notamment en matière de contamination de l'eau par les pesticides et les nitrates, utilisés en majorité par l'agriculture intensive.
Les espèces menacées
Après la dégradation ou la disparition de leurs milieux, le commerce des espèces est la deuxième menace qui pèse sur les plantes et les animaux sauvages.
Les activités humaines, là où elles sont importantes, accroissent les conflits avec les animaux (comme c'est le cas en France pour l'ours et le loup).
L'intérêt commercial peut aussi entraîner la raréfaction ou la disparition d'une espèce comme le rhinocéros pour sa corne, le tigre pour sa peau et ses os.
1/4 des espèces de mammifères du monde sont menacés de disparition.
Les forêts
La forêt est le plus grand réservoir de biodiversité terrestre et elle joue un rôle vital dans la régulation des climats et du cycle de l'eau et de l'air.
15 millions d'hectares de forêt disparaissent chaque année sur la planète, soit l'équivalent de la surface forestière de la France métropolitaine.
Seulement 6% des forêts sont réellement protégées dans le monde.
Les forêts tropicales sont les plus touchée. Les zones tempérées et boréales subissent, elles aussi, des pertes importantes en biodiversités, notamment à cause des l'augmentation de plantations d'arbres de type résineux.
Les océans et côtes
70% de notre planète bleue est recouverte par les océans et les mers. Pendant des siècles, l'humanité a considéré que l'océan était une ressource inépuisable, à même de nous nourrir et d'absorber nos déchets sans discontinuer.
Mais depuis 50 ans, nous mettons la vie des océans en péril par la pêche abusive, la pollution, l'urbanisation du littoral, la destruction des récifs de coraux. Partout sur le globe, les populations de poisson sont en chute libre.
Seulement 0.6% des océans sont aujourd'hui protégés tandis que 10% serait le minimum. Au rythme actuel nous atteindrons cet objectif en 2069 et non pas en 2012 comme les états s'y sont engagés.
Aujourd'hui, 70% des ressources de pêche sont surexploitées ou en passe de l'être.
Les toxiques
Au moins 300 produits chimiques toxiques sont présents dans notre corps !
Parce qu'ils sont nocifs pour la vie sauvage comme pour les hommes, il est impératif qu'une législation stricte concernant les produits chimiques toxiques soit adoptée afin de mieux évaluer leurs effets avant d'en autoriser l'utilisation. Un tel projet de loi existe au niveau européen, REACH. Pour aboutir à son vote, faire pression sur les députés européens et prouver que nous sommes tous menacés par des produits toxiques présents dans notre corps, le WWF a mené, à travers Detox, trois opérations de tests sanguins. Résultat : nous avons tous des toxiques dans notre corps, et nos enfants sont plus contaminés que leurs parents.
Les questions de santé publique et d'équilibre écologique sont également présentes dans les problèmes de traitement des déchets. C'est pourquoi le WWF mène en parallèle une bataille contre la politique du "tout incinérateur".
MSN
04:10 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : LOC MARIA PLOUZANE







