21.11.2009

Agrocarburants: l'Ademe va modifier son rapport controversé

Agrocarburants: l'Ademe va modifier son rapport controversé

12/11/2009 14:18 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
La synthèse du rapport de l’Ademe sur le bilan environnemental des biocarburants, mise en ligne le 8 octobre, a été retirée le 2 novembre, suite aux vives critiques émises par les ONG, et aussi par le pétrolier Total. Une version modifiée sera bientôt publiée.

La réalisation d’une expertise exhaustive et contradictoire sur le bilan écologique et énergétique des agrocarburants de première génération était un des engagements du Grenelle de l’environnement. Cette expertise est très attendue par les associations de défense de l’environnement qui contestent le bien-fondé de ces énergies renouvelables et s’inquiètent de leurs impacts sur les terres agricoles.

Publiée début octobre par l’Ademe (1), la synthèse de l’étude (2) concluait à un bilan positif des agrocarburants consommés en France (bioéthanol, biodiesel, huiles végétales pures) en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES), mais plutôt négatif en termes d’impact sur la santé (3). Or, à cette date, le comité technique de l’étude, regroupant divers acteurs (industriels, ONG, instituts techniques…) n’avait pas encore rendu son avis sur le rapport. Les ONG France nature environnement (FNE) et le Réseau action climat (RAC), mais aussi le groupe Total, tous membres du comité, ont alors fait part de leurs critiques à l’Ademe, dénonçant des erreurs de méthodologie et de calculs. Vendredi 6 novembre, le comité technique n’a donc pas validé le rapport. La synthèse avait été retirée du site internet de l’Ademe quelques jours auparavant, remplacée par l’explication suivante: «A la lumière des réactions des membres du comité technique (…) le travail de l'Ademe, du comité technique et des experts (BioIS & Ecointesys - 4) se poursuit afin d'apporter les compléments nécessaires à l'étude et à sa revue critique.» A l'issue de ce travail, seront mis en ligne le rapport intégral, sa synthèse, la revue critique et les commentaires des membres du comité technique, précise l’Ademe. Interrogé par le quotidien en ligne Rue89, Pierre Clément, responsable médias de l’agence, justifie ainsi cette situation: «puisqu’on veut être neutre, on doit tenir compte de toutes les remarques. (…) on devra donc revoir la méthodologie, préciser les chiffres et donc le rapport sera retravaillé. Mais on sait d’avance que les conclusions seront proches».

De quoi s’agit-il? Le rapport a pour objet de réaliser une analyse du cycle de vie (ACV) des agrocarburants en s’appuyant sur les recommandations du référentiel finalisé en 2008. L’enjeu? Prouver que les biocarburants de première génération satisfont aux exigences de la directive sur les énergies renouvelables (5) qui fixe l’objectif de 10% d’ENR dans le secteur des transports d’ici 2020, sous réserve de critères de durabilité. La réduction des émissions de GES d’au moins 35% par rapport aux équivalents fossiles est un de ces critères. D’où la nécessité d’une ACV.

Or les détracteurs de l’étude estiment que les calculs du rapport ont été optimisés en faveur des agrocarburants, dans un contexte de promotion de ces filières en France. Le plan Biocarburants français prévoit l’incorporation de 7% de biocarburants en 2010, un objectif supérieur à celui de 5,75% fixé par la directive de 2003 (6). «Le rapport s’appuie sur des données fournies par les industriels de l’éthanol, très différentes de celles que l’on trouve dans la littérature scientifique, mais non vérifiables au nom du ‘secret industriel’», explique Lionel Vilain de FNE. Pour lui, il s’agirait plus d’un rapport politique que d’un rapport scientifique. Il critique en outre le fait que les impacts des changements d’affectation des sols n’aient pas été suffisamment pris en compte. Plus étonnant, le groupe Total, qui vient de recevoir 7 millions d’euros pour un projet d’expérimentation de biocarburants de deuxième génération [dont l’impact environnemental devrait être meilleur] a également émis des réserves sur la méthodologie et les calculs du rapport. Le rendement énergétique des carburants fossiles aurait été «minimisé» pour augmenter artificiellement celui des biocarburants, évoque une source. «L'Ademe a fait savoir que différents points seront revérifiés. Ce travail est en cours et Total y est associé», souligne un responsable de communication du groupe.

«L’Ademe doit tenir compte des critiques. Un nouveau rapport doit être soumis au comité technique début décembre», indique Lionel Vilain qui souhaite «un rapport sérieux, honnête et transparent». La Confédération paysanne estime, dans un communiqué du 10 novembre, que la publication de l'étude «n'interviendra vraisemblablement pas avant janvier 2010». Elle dénonce le fait que «les partisans de l'éthanol et du diester» continuent pourtant de s'appuyer sur la synthèse de l’Ademe pour influencer les débats sur le montant de la défiscalisation des agrocarburants dans le cadre du projet de loi de finances, examiné cette semaine par les députés.

(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(2) Synthèse de l’Ademe «Analyses de cycle de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France» (septembre 2009)
(3) Dans le JDLE «Démonstrateur Bio-T-Fuel: 33 millions d’euros pour les agrocarburants»
(4) Deux sociétés de conseil spécialisées en analyses de cycles de vie
(5) Directive 2009/28/CE
(6) Directive 2003/30/CE

Comment le marché intégral peut tuer l'agriculture européenne

Comment le marché intégral peut tuer l'agriculture européenne

Roland Hureaux - Blog associé | Samedi 24 Octobre 2009 à 07:01

MARIANNE

La crise du lait de l'été dernier n'est qu'un des soubresauts du système agricole français. Roland Hureaux nous l'explique, les agriculteurs français sont, comme leurs collègues européens, étranglés par un système libéral qui méconnaît les particularités de la production alimentaire.

Elevage laitier et viande, fruits et légumes, céréales ; tous les secteurs de l’agriculture ou presque sont en crise comme peut-être jamais ils ne l’ont été.

Quand l’Union européenne négocia les derniers accords du GATT (1994), les adversaires de la politique agricole commune obtinrent largement gain de cause : la préférence communautaire, tenue pour une relique du passé,  devait être progressivement abolie et l’ensemble des filières ouvertes au marché mondial. 
La France,  plus réticente que d’autres, n’obtient que des délais d’application qui expirent aujourd’hui les uns après les autres : la catastrophique réforme du marché du lait acceptée par Michel Barnier n’a pas d’autre sens.

Il est vrai  que nos négociateurs n’alléguèrent à l’époque que des difficultés « politiques » à mettre en œuvre trop vite des décisions dont ils ne contestaient pas vraiment qu’elles fussent, quant au fond, bonnes.
Mais l’étaient-elles vraiment ?

L’idée que le marché est  le meilleur régulateur, même en matière  agricole, doctrine officielle de l’OMC, ne tient pas  compte de la spécificité des marchés de matières premières.
Presque tous  les agents économiques encaissent aujourd’hui assez facilement les impulsions du marché, en les répercutant à l’amont ou à l’aval, le cas échéant par un retrait. Les producteurs de produits primaires, notamment agricoles, seuls, prennent ces impulsions « en pleine gueule »: d’abord parce qu’ils sont en bout de chaîne , mais aussi parce que les marchés de produits primaires sont, selon le jargon des économistes, peu «élastiques», et parce qu’ils ont généralement du faire   des investissements lourds et spécialisés : il est moins facile de vendre, en cas de crise, une mine ou une ferme qu’un fonds de commerce ou des bureaux, voire de délocaliser des machines.

Cet inconvénient est neutralisé pour  la plupart des denrées primaires par l’existence de monopoles de droit ou d’ententes de fait entre grands groupes, contrôlant aussi bien les prix que les quantités : EDF, les « majors » pétrolières (et en amont les pays de l’OPEP), les multinationales minières etc. En définitive,  les seuls marchés « purs et parfaits », hors intervention de l’Etat, sont les marchés agricoles.
La commission européenne, impitoyable pour des producteurs de fruits et légumes exsangues dès lors qu’il s’agit de censurer une distorsion de concurrence, ne peut que fermer les yeux sur les ententes invisibles et de tout  autre portée des grands producteurs d’énergie.

Le mythe du libre-échange

L’hystérie disproportionnée déclenchée par  certaines épizooties (vache folle, grippe aviaire, grippe porcine) a encore accru la vulnérabilité de la profession agricole.
Cette situation particulière de l’agriculture n’avait au  XIXe siècle que des inconvénients limités du fait que les paysans pratiquaient alors une large autoconsommation, n’avaient ni charges fixes, ni  dettes. La grêle était alors plus redoutée que la mévente.
A partir des années trente, à la suite du drame américain des « Raisins de la Colère », prodrome (déf. signe annonciateur) de la grande dépression, on considéra assez naturellement, que, dans les grand  pays qui pouvaient se le permettre, le progrès social exigeait la mise en place d’amortisseurs institutionnels de ces secousses inhumaines, sous la forme de soutien des cours, de protections, voire de subventions directes.

Mis en pool au sein du Marché commun au cours des années soixante, ce système se perfectionna au fil des temps. Le monde agricole comprit que le contrôle des cours impliquait celui des quantités : ce fut le sens des quotas laitiers, puis des jachères.  
Au XXe siècle, tous les pays développés ont protégé leur agriculture : le Japon  beaucoup, les Etats-Unis moins, l’Europe entre les deux. Les accords de Lomé tentèrent timidement de faire profiter certains pays africains d’une protection analogue.

C’est au démantèlement de ces protections que, par idéologie et sous l’impulsion des Etats-Unis (qui n’hésitent pourtant pas à protéger fortement certains secteurs comme le coton) et de quelques autres pays (le groupe de Cairns), s’est attaché le GATT à partir de 1984. Non seulement la commission européenne fut en la matière son relais efficace (Pascal Lamy passa sans transition de la fonction de commissaire au commerce international à celle de directeur général de l’OMC), mais certains Etats comme la France avaient pris les devants avec la réforme de la PAC de 1992, fondée sur l’idée, elle aussi un peu courte, qu’au soutien des prix devait se substituer l’aide directe, pourtant  beaucoup  plus coûteuse.

De ces nouvelles orientations, on voit aujourd’hui les effets, notamment dans notre pays où les charges fixes de l’agriculture (sécurité sociale, impôt foncier, main d’œuvre) sont particulièrement lourdes.  25 suicides à France Télécom mais qui dénombrera ceux, encore plus nombreux,  des éleveurs du Massif central ?
Le consommateur, dit-on, y trouve son compte. Pas toujours. Doit-on au demeurant sacrifier les Antilles pour qu’il paye le kilo de bananes 0,50 € au lieu de 0,80 € ?

Les bons apôtres, généralement abrités du  marché par leur statut ou par des monopoles de fait, ont beau jeu de préconiser toujours plus de  progrès de productivité. Savent-ils que l’agriculture en a fait en soixante ans plus que toute autre branche ?  Ou que dans des pays supposés compétitifs, comme le Etats-Unis ou l’Argentine, l’endettement du monde agricole est aussi lourd que chez nous et sa déréliction aussi grande ?    

Il faut accepter le principe que la spécificité technique des marchés agricoles au sein du marché mondial exige une régulation. Il ne faut pas hésiter à le dire : la doctrine du marché intégral, appliquée au seul secteur qui soit pleinement exposé au vent du large, à la fois en bout de chaîne et non contrôlé par des oligopoles, a un caractère inhumain. C’est dans les années 1960-1990, au temps de la préférence communautaire, que l’Europe était dans la vérité, et aujourd’hui qu’elle est dans l’erreur.

20.11.2009

Algues vertes : leur odeur fait fuir les derniers touristes

Algues vertes : leur odeur fait fuir les derniers touristes

Paru le 2009-11-11 17:08:00 MAXISCIENCES

Bretagne, France - Si l'État a reconnu sa responsabilité dans la prolifération des algues vertes qui jonchent les plages de la baie de Saint-Brieuc, les collectivités et riverains se sentent impuissants et abandonnés face à ce phénomène qui fait fuir les touristes, donnant à la Bretagne l'image d'une région toxique et nauséabonde.

La toxicité des algues vertes a été révélée cet été suite à la mort d'un cheval. Mais ce phénomène est loin d'être récent, la prolifération saisonnière d'algues vertes est en effet dénoncée par les riverains et élus locaux depuis une trentaine d'années.

Alors qu'une mission interministérielle, chargée d'étudier les moyens de lutter contre cette prolifération, doit rendre ses conclusions le 8 décembre prochain, le préfet des Côtes d’Armor, Jean-Louis Fargeas, est très pessimiste, estimant que le phénomène des algues vertes est "voué à perdurer".

Outre leur grande toxicité, les algues qui jonchent les plages bretonnes l'été dégagent un gaz extrêmement nauséabond lorsqu'elles se décomposent : l’hydrogène sulfuré (H2S). Cette très forte odeur fait fuir les derniers touristes.

En septembre dernier, un huissier appelé par des riverains est venu constater les mauvaises odeurs qui envahissent la plate-forme de compostage d'Hillion. "Il est clair qu'il y a des gaz qui s'échappent du bassin. Il y a des odeurs nauséabondes, cela sent l'oeuf pourri et l'excrément. Ce sera marqué dans un constat" avait-il alors conclu.

Le mea culpa de l'État ne suffit pas à apaiser la colère des riverains qui subissent ce phénomène depuis plusieurs décennies. Et alors que la Bretagne, grâce à l’agriculture intensive, abrite sur son sol 60 % des élevages de porcs de France et 45 % de ceux de volailles, le préfet des Côtes d'Armor estime que "la diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés".

Les agriculteurs refusant d'être désignés comme seuls responsables de la prolifération des algues vertes, comme d'intensifier leurs efforts, Jean-Louis Fargeas estime que "cette évolution n’est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer".

18.11.2009

Les fermes ne sont pas sorties de l'auberge

Les fermes ne sont pas sorties de l'auberge

Créé le 12.11.09 à 05h13
Mis à jour le 12.11.09 à 10h00

20MINUTES

AGRICULTURE - Nicolas Sarkozy va défendre ce jeudi son plan de soutien aux exploitations en difficulté...

Ils remplissent nos assiettes, mais n'arrivent pas à en vivre. Le président de la République se déplace ce jeudi dans la Drôme pour défendre son plan de «soutien exceptionnel pour l'agriculture» présenté le 27 octobre dans le Jura. Après une chute de 20% de leurs revenus l'an dernier, de nombreux paysans s'attendent à une nouvelle perte de pouvoir d'achat en 2009. Souvent surendettés, ils peinent à faire face à la baisse des cours mondiaux et à la réduction des aides agricoles. Hier, des producteurs laitiers ont manifesté en Haute-Vienne, au Nord-Pas-de-Calais et dans la Manche tandis que lundi, une dizaine d'agriculteurs syndiqués ont tagué le siège local de l'UMP et la trésorerie générale à Toulouse avec les inscriptions «Sarko menteur», «agriculteurs en faillite» ou encore «Voleurs».

La politique agricole privatisée

L'inquiétude reste palpable malgré le milliard d'euros de prêts et les 650 millions d'aides directes débloqués par Nicolas Sarkozy. «Bien que ces mesures apportent une bouffée d'oxygène aux paysans français, ces derniers ont besoin de prix qui leur permettent de vivre!», s'exclame le premier syndicat agricole, la FNSEA. Or, c'est là que le bât blesse. Les négociations sur la politique agricole commune (PAC), qui protège les agriculteurs des variations des cours mondiaux, reprennent ces prochaines semaines. Et le gouvernement français ne rassure pas les exploitants lorsqu'il évoque «des mesures qui ont fait leur temps et qui irritent nos partenaires». «Le problème de la dérégulation du marché reste entier», confirme Michel Portier, gérant d'Agritel, société de conseil sur les matières premières agricoles. Pour Hervé Plagnol, rédacteur en chef de l'agence spécialisée Agra, le Président a même renforcé la privatisation de la PAC, entamée depuis des années, en donnant aux banques un rôle inédit. Pour que les aides soient distribuées plus vite, «on oublie les procédures d'instruction de dossiers par l'administration» pour donner la main aux établissements financiers, s'étonne le spécialiste sur le site lesantennes.org, le gratuit citoyen de la région grenobloise.

Vigilants, les syndicats ont annoncé qu'ils mettraient en place «des cellules de veille et de conseil dans les départements». Reste à voir, s'interroge Hervé Plagnol, si une telle politique agricole permettra aux agriculteurs de «répondre aux demandes de la société».

Angeline Benoit

16.11.2009

Algues vertes: une note du préfet accuse les agriculteurs

Algues vertes: une note du préfet accuse les agriculteurs

«La diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n'est pas prête à accepter pour le moment», écrit le préfet des Côtes d'Armor.

21/10/2009 LIBERATION

Le phénomène des algues vertes en Bretagne ne peut que "perdurer" car la profession agricole "n'est pas prête" à "accepter un changement profond des pratiques", écrit le préfet des Côtes d'Armor, Jean-Louis Fargeas, dans une note révélée par Le Télégramme et Ouest-France.

Cette note "confidentielle" datée du 4 septembre, publiée par les sites internet des deux quotidiens, a été adressée au Premier ministre, au ministre de l'Intérieur, et à la secrétaire d'Etat à l'Ecologie.

"La diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n'est pas prête à accepter pour le moment", écrit le préfet. Le phénomène des algues vertes, apparu dans les années 70, est dû à l'apport de nitrates issus de l'agriculture.

"Il s'agit de révolutionner sur ces secteurs (...) les pratiques agricoles et changer complètement le modèle économique existant", ajoute cette note. "Cette évolution n'est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer", poursuit la note.

Pointés du doigt depuis des années, les agriculteurs bretons ont récemment redit qu'ils refusaient d'être les seuls "boucs émissaires" et insistent sur l'évolution de leurs pratiques et les efforts réalisés.

Une mission interministérielle sur la prolifération des algues vertes est en cours et devra remettra ses conclusions à François Fillon en décembre.

"Afin d'éviter que l'Etat soit de nouveau mis en cause (il a été condamné par le tribunal administratif en 2007, ndlr) et pour obtenir des résultats en la matière, il importe néanmoins d'afficher une politique volontariste pérenne" pour stabiliser ou limiter ce phénomène, écrit encore le préfet.

La mission avait été décidée après la confirmation fin août par un rapport que l'hydrogène sulfuré, un gaz qui émane notamment des algues vertes en décomposition, pouvait être "mortel" en cas de concentration importante. Ce rapport faisait suite à la mort d'un cheval fin juillet sur une plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d'Armor).

(Source AFP)

L'engouement pour les agrocarburants n'est plus ce qu'il était

L'engouement pour les agrocarburants n'est plus ce qu'il était

Par Catherine Gouëset, publié le 20/10/2009 16:30 L EXPRESS

Parés de toutes les vertus il y a quelques années, les agrocarburants sont aujourd'hui accusés d'affamer la planète et d'encourager la déforestation. Et leur bilan éco-environnemental ne serait pas si "vert" qu'on a bien voulu le dire, comme le concède un récent rapport de l'Ademe. Comment en est-on arrivé là?

L'engouement

Septembre 2004: le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin annonce un plan de développement des carburants d'origine végétale, qui doit aboutir d'ici à 2007 au triplement de leurs capacités de production en France.

Mai 2005: le gouvernement  lance une nouvelle phase du plan biocarburants, pour la période 2008-2010, avec des agréments supplémentaires portant sur 700 000 tonnes dans la filière diester et 250 000 tonnes dans la filière éthanol.

Octobre 2005: l'Assemblée nationale décide, lors de l'examen du projet de loi d'orientation agricole, de porter la part des biocarburants dans les carburants à 5,75 % au 31 décembre 2008, à 7 % au 31 décembre 2010 et à 10 % au 31 décembre 2015. Une accélération de deux ans sur le calendrier prévu initialement par les autorités européennes.

Novembre 2005: un rapport intergouvernemental intitulé "Optimisation du dispositif de soutien aux biocarburants" montre que les 26 000 créations d'emploi prévues dans la filière des biocarburants sont "largement surestimées".

Février 2006: le Premier ministre, Dominique de Villepin, annonce au Salon de l'agriculture la création de dix nouvelles usines de fabrication de biodiesel et bioéthanol.

Juin 2006: le ministre délégué à l'Industrie, François Loos, confirme l'expérimentation en France du carburant "vert" E85.

Septembre 2006 : le ministre de l'Economie Thierry Breton annonce que la France disposera d'ici à la fin de 2007 de 500 pompes pour distribuer de l'E85.

Octobre 2006: le Parlement vote un amendement instaurant un régime fiscal dérogatoire pour le biocarburant superéthanol E85.

Janvier 2007: la fabrication et la commercialisation de l'E85 sont officiellement autorisées en France. Ce nouveau biocarburant est composé à 85 % d'éthanol, alcool extrait de la distillation des céréales (blé, maïs), et à 15 % d'essence classique

Mars 2007: le Brésil, les États-Unis, la Chine et l'Union européenne annoncent, à l'ONU, la création d'un forum international des biocarburants visant à augmenter la production, la distribution et l'utilisation de produits alternatifs aux carburants fossiles.

Les doutes

Juillet 2007: Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce, dénonce l'impact des biocarburants sur la déforestation et sur la hausse des prix des produits agricoles, au moment où le président brésilien Lula Da Silva fait une tournée en Europe pour promouvoir les agrocarburants.

Août 2007: une étude parue dans la revue Science cosignée par Renton Righelato, du World Land Trust, une organisation de conservation des écosystèmes, et Dominick Spracklen, de l'université de Leeds (Grande-Bretagne) souligne que les agrocarburants ne permettront pas systématiquement de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Septembre 2007: un rapport de l'OCDE souligne les risques que font peser les agrocarburants pour la production alimentaire mondiale.

Selon les calculs du Nobel Paul Crutzen publiés dans la revue Atmospheric Chemistry and Physics Discussions, la production de carburants à partir de plantes, utilisatrice d'engrais, pourrait accroître les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Octobre 2007: le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation critique cette politique subventionnée par de nombreux pays.

Décembre 2007: deux sénateurs membres de l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques rendent public un rapport consacré à l'effondrement de la biodiversité. Ils réclament un moratoire sur les agrocarburants.

Des experts de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires appellent à ralentir le développement des biocarburants.

Janvier 2008: la Commission européenne  présente une proposition de directive pour que, en 2020, les biocarburants représentent, dans chaque pays de l'Union, 10 % du carburant utilisé par les véhicules des Européens.

Avril 2008: Nicolas Sarkozy réaffirme à Nantes, dans son discours de politique agricole, la nécessité de poursuivre les efforts engagés. "Nous avons fixé un objectif de 7 % d'incorporation de biocarburants dans le diesel et l'essence en 2010. Cet engagement sera maintenu". Quelques jours plus tard, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Environnement, plaide en faveur d'une "une pause sur de nouvelles capacités" pour la première génération d'agrocarburants (à base de céréales et de colza) à Rome, en marge du Forum international de l'énergie.

L'Allemagne, qui produit deux fois plus d'agrocarburants que la France renonce au développement massif des biocarburants. Angela Merkel  inaugure à Freiberg la première raffinerie au monde de biocarburants de deuxième génération qui va produire du biodiesel à partir de chutes de bois, de la paille, des mauvaises herbes. Plus question donc d'utiliser des denrées alimentaires comme les céréales.

Juillet 2008: selon le Guardian, un rapport interne de la Banque Mondiale estime que l'essor des biocarburants est le principal responsable du bond de 140 % des prix d'un panel de produits alimentaires constaté entre 2002 et février 2008.

L'OCDE remet en cause, dans un nouveau rapport, les politiques de soutien aux biocarburants des pays de l'hémisphère Nord, dont le coût est élevé et l'impact environnemental limité.

Une commission du Parlement européen, celle de l'environnement, appelle l'Union européenne à revoir à la baisse ses objectifs en matière d'agrocarburants. De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) conseille de revoir les subventions accordées pour leur développement, "surtout dans les pays développés" affirmant qu' il y a "de plus en plus d'indications que la première génération de biocarburants encouragée par ces politiques ne constitue pas une alternative écologique ni compétitive en termes de prix aux carburants tirés d'hydrocarbures".

Septembre 2008: les députés européens décident finalement de limiter la part des agrocarburants dans l'essor programmé des énergies renouvelables, au profit de ressources moins controversées comme l'éolien, le solaire, l'hydrogène ou l'utilisation de la biomasse.

Une étude du ministère de l'Agriculture montre un recul des cultures énergétiques du à la flambée des prix des oléagineux et céréales destinés à l'alimentaire.

Octobre 2008: le projet de loi de finances 2009 réduit les exonérations de taxe TIPP. En 2009, la réduction passe de 0,22 à 0,135 euro par litre pour le biodiesel et de 0,27 à 0,17 euro pour l'éthanol. Avec un objectif de suppression totale de ces aides dès 2012.

Janvier 2009: le Sénat adopte un amendement dans le projet de loi Grenelle 1 pour remplacer le terme de biocarburant par celui d'agrocarburant, afin d'éviter toute confusion avec l'agriculture biologique.

Avril 2009 : lancement du nouveau carburant E10 contenant 90 % de combustible de source pétrolière et 10 % de biocarburant provenant de la distillation de céréales ou de betteraves sucrières.

Août 2009: le rapport annuel sur l'industrie pétrolière montre que le succès des carburants verts a entraîné un manque à gagner fiscal de 720 millions d'euros en 2008, soit 44 % de plus que l'année précédente.

Octobre 2008: dans son rapport annuel sur l'alimentation mondiale, la FAO appelle à une révision des politiques et des subventions des pays de l'OCDE pour les agrocarburants, afin de maintenir l'objectif de sécurité alimentaire mondiale et de garantir un environnement durable.

7 octobre 2009: le conseil d'administration de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) valide un plan de développement des agrocarburants de deuxième génération, baptisé BioTfuel, d'un montant total de 112 millions d'euros.

8 octobre 2009 : l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) diffuse un rapport d'évaluation des biocarburants mitigé. Il indique notamment que la filière dite "ETBE" (mélange d'éthanol avec de l'isobutène, qui représente 50% du bioéthanol français) ne respecte pas les exigences de la directive européenne sur les énergies renouvelables.

Le pionnier brésilien

Le Brésil lance dès 1975, au moment de la première crise pétrolière, un plan pour généraliser l'usage du gasohol, essence coupée à l'éthanol. Cette décision de la junte militaire qui dirige alors le pays n'est pas justifiée économiquement: il s'agit surtout de résorber la surproduction de sucre. Mais cet engagement est maintenu au fil des années.

En 2005, les ventes de voitures " flex-fuel ", pouvant fonctionner aussi bien à l'alcool qu'à l'essence, dépassent celles des voitures classiques. La surface actuellement occupée par la canne à sucre pour la production du bioéthanol au Brésil est de 3,5 millions d´hectares en 2008.

Selon les écologistes, cette politique est désastreuse pour l'environnement -déforestation croissante de l'Amazonie, pollution des eaux par des engrais...- et pour la production d'aliments.

Les agriculteurs malades des pesticides

Les agriculteurs malades des pesticides

vendredi 13 novembre 2009

OUEST France

En 2009, l’observatoire Phy’attitude a enregistré une nette progression des signalements de cas d’intoxications aux pesticides chez les agriculteurs et leurs salariés. 215 d’entre eux ont composé le numéro vert 0800 887 887 pour signaler des symptômes en lien avec l’application de traitements phytosanitaires. Ils n’étaient que 167 en 2008.

Maladies chroniques


Sur la période 2005-2006, la Mutualité sociale agricole (MSA) a établi un lien direct entre exposition aux pesticides et troubles de la santé pour 130 dossiers. Les viticulteurs et arboriculteurs sont les premiers concernés. Par ailleurs, selon la MSA, on compte actuellement en France 27 cas de maladies chroniques (maladie de parkinson, maladies du sang, cancers…) reconnus comme maladie professionnelle imputable aux pesticides.


Pas seulement ceux qui traitent


Enfin, l’étude Agri can livre ses premières conclusions. Elle est conduite par l’Université de Caen, la MSA et les centres de recherche de lutte contre le cancer. Elle porte sur 180 000 personnes (agriculteurs et salariés agricoles, actifs et retraités) de douze départements.


Principal enseignement : les personnes exposées aux pesticides ne sont pas seulement celles qui traitent et qui préparent les bouillies. La contamination aux pesticides peut se produire lors du nettoyage du matériel, lors de la récolte ou lors d’intervention (taille effeuillage) sur des cultures préalablement traitées.

14.11.2009

Lait : la "poule aux oeufs d'or" plumée au maximum (UE)

Lait : la "poule aux oeufs d'or" plumée au maximum (UE)

CHALLENGES le 19/10/2009

C'est ce qu'a annoncé la commissaire européenne à l'Agriculture après l'annonce d'une aide de 280 millions d'euros pour aider le secteur en crise.

Comme dévoilé vendredi de source diplomatique, le secteur laitier va bien recevoir une aide de 280 millions d'euros. La commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel a ainsi affirmé, lundi 19 octobre, que "la poule aux œufs d'or a été plumée au maximum, il ne me reste rien". "Donc c'est fini, il n'est plus question pour une délégation de venir demander un euro de plus", a-t-elle averti à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'Agriculture à Luxembourg.
La commissaire danoise, qui il y a encore peu de temps refusait catégoriquement toute aide financière nouvelle au secteur, a reconnu avoir réagi à la colère des producteurs laitiers.
La commissaire a précisé que l'enveloppe qu'elle propose serait répartie au niveau national en fonction "de la production" des différents Etats, en ne dépassant pas toutefois le niveau des quotas (plafonds) de production qui leur ont été alloués. Ce système favorisera mécaniquement les grands pays de production que sont la France, l'Allemagne, le Danemark ou la Pologne.
D'emblée, la solution proposée par la Commission a été critiquée par l'ensemble des associations paysannes françaises qui l'ont qualifiée d' "insuffisante" et même de "supercherie".

L'Europe doit choisir "la voie de la régulation"

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a lui affirmé que l'Europe doit choisir "la voie de la régulation" du marché du lait et renoncer "à poursuivre la dérégulation" dans un entretien aux Echos de lundi. "Nous sommes désormais 21 sur 27 à le demander", a rappelé Bruno Le Maire et "le Parlement européen nous soutient". "Je viens de recevoir l'appui de la Cour des comptes européenne, qui est convaincue que la dérégulation ne peut que conduire à des productions excédentaires".
Par ailleurs, le ministre s'est dit prêt à assumer "une divergence ouverte avec la présidence suédoise et avec la Commission européenne" si cette dernière n'entendait pas le message des 21.
En France, première puissance agricole européenne, le monde paysan est descendu vendredi dans la rue pour demander d'urgence un plan général massif de soutien du gouvernement, les exploitants ayant vu leur revenu s'effondrer avec la chute des cours de leurs produits.
Quelque 1.500 à 2.000 producteurs laitiers, selon la police, ont bloqué à la mi-journée le quartier européen de Luxembourg, déversant du purin et jetant des oeufs sur les forces de l'ordre pendant une réunion des ministres de l'Agriculture de l'UE.

13.11.2009

Faut-il manger moins de viande pour sauver la planète ?

Faut-il manger moins de viande pour sauver la planète ?

LEMONDE.FR | 15.10.09 | 12h25  •  Mis à jour le 16.10.09 | 19h03

L'intégralité du débat avec Fabrice Nicolino est l'auteur de Bidoche (Editions LLL, 2009), vendredi 16 octobre 2009

Fabrice Nicolino, auteur de Bidoche, L'industrie de la viande menace le monde, aux éditions Les Liens qui libèrent, a répondu, vendredi 16 octobre, aux questions des lecteurs du Monde.fr sur les effets nocifs de l'augmentation massive de la consommation mondiale de viande pour l'environnement et la santé.

ours : En quoi la production de viande a-t-elle des conséquences sur le changement climatique ?

Fabrice Nicolino : C'est une question complexe, mais on dispose d'un document officiel, institutionnel, un gros rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) qui date de 2006. En fait, il s'agit d'une analyse globale de tout le cycle de production de l'élevage au niveau planétaire. Pas seulement les animaux, mais leur alimentation, les moyens de transport utilisés [pour les mener aux abattoirs]. Ce rapport estime que l'élevage planétaire émet 18 % des gaz à effet de serre d'origine humaine, et ce total est supérieur à celui concernant les transports utilisés par les êtres humains (voiture, bateau...).

Pharrell_Arot : Bonjour. Etant moi-même un amateur de viande, je m'interroge sur les conduites à adopter pour conjuguer plaisirs alimentaires et développement durable. Quelles sont, selon vous, les précautions qu'un consommateur lambda peut prendre immédiatement ?

Fabrice Nicolino : La première chose, c'est de rappeler que la consommation de viande en France a été multipliée par 4 environ depuis l'entre-deux-guerres. On mange beaucoup trop de viande, pour des raisons économiques et politiques.

Je n'ai pas vraiment de conseil à donner. Mon avis est qu'on peut manger beaucoup moins de viande, manger du coup une viande de meilleure qualité. Personnellement, je mange de la viande, de moins en moins, et c'est de la viande biologique, car dans cette façon de produire, on s'interdit quantité de produits médicamenteux et chimiques.

Pharrell_Arot : Y a-t-il des consommations d'espèces moins dangereuses que d'autres pour la planète ? Quid du porc par exemple ?

Fabrice Nicolino : Le plus mauvais transformateur d'énergie, ce serait le bovin. Moins un animal consomme de végétaux, moins sa consommation nuit aux équilibres de la planète. Et de ce point de vue, il y a une certaine hiérarchie qui va du poulet au bovin en passant par le porc. Le moins mauvais, c'est le poulet.

Herve_Naturopathe : Y a-t-il un lobby français des bouchers/éleveurs aussi important qu'aux Etats-Unis ?

Fabrice Nicolino : Je crois vraiment que non. Il existe un lobby de la viande industrielle en France, puissant, mais qui n'a rien à voir avec l'extraordinaire importance qu'a pu prendre la "bidoche" aux Etats-Unis. Dans ce pays, il y a une histoire passionnante derrière le lobby de la viande. Cela fait un siècle qu'on dénonce les méfaits de ce formidable lobby américain de la viande. Un livre remarquable, La Jungle, est paru en 1906, d'Upton Sinclair, qui décrit l'univers des abattoirs de Chicago. C'est une très belle œuvre.

Aux Etats-Unis, le lobby est vraiment surpuissant ; des secrétaires d'Etat à l'agriculture, notamment sous Reagan, étaient eux-mêmes d'anciens industriels de la viande. Sous les administrations républicaines, mais pas seulement, il y a une espèce de consanguinité entre politiciens et lobby de la viande.

Pour en revenir à la France, oui, il existe un lobby de la viande, qui est représenté par le Comité d'information des viandes, qui a des liens étroits avec l'industrie de la viande, bien sûr, mais aussi avec l'appareil d'Etat, le ministère de l'agriculture et le syndicat ultramajoritaire dans la paysannerie française, la FNSEA.

Romain : Quels substituts peut-on utiliser pour la viande rouge en matière d'apports nutritionnels et de saveurs ?

Fabrice Nicolino : Il n'y a pas de réponse à une telle question... La saveur de la viande rouge est la saveur de la viande rouge. Je ne vois pas quel substitut on pourrait imaginer sur le plan de la saveur. Sur le plan nutritionnel, aussi curieux que cela paraisse, un grand nombre d'études montrent que les régimes végétariens ou les régimes extrêmement peu carnés sont les meilleurs pour la santé humaine. Je cite rapidement un nom, très connu dans les milieux de la nutrition : c'est un Américain qui s'appelle Colin Campbell. Il a réussi à mener une étude comparée de l'alimentation dans des cantons chinois d'un côté, et d'autre part dans des comtés américains. Une étude énorme qui a duré vingt ans. Il note que le régime chinois, très largement basé sur les végétaux, est infiniment meilleur pour la santé.

cocoparis : Pensez-vous qu'il faille aussi réduire notre consommation de lait ?

Fabrice Nicolino : C'est un débat ouvert, y compris sur le plan scientifique.
La chose certaine, c'est que l'hyperconsommation de lait, qui est parallèle à l'industrialisation de l'élevage, est très néfaste pour la santé des humains.
Mais on est passé d'une vache en 1945-1946 bien nourrie qui devait fournir environ 2 000 litres de lait par an, à des vaches qui en donnent 8 000, 10 000, voire 12 000 litres par an.
Il est clair que quand on produit de telles quantités de lait, il faut absolument que ce lait soit consommé ensuite. Il faut que les gens en boivent. Il y a là une logique d'airain, très contraignante. Si on produit, il faut un marché, il faut des débouchés. Dans le domaine de la santé, le lait n'est pas un si bon aliment qu'on l'a cru ou feint de le croire pendant longtemps.

Apis88 : A ce jour, il est clairement démontré que les pays qui s'enrichissent voient la consommation de viande augmenter par habitant. Ce constat peut-il s'inverser ?

Fabrice Nicolino : C'est une question décisive, une question-clé. Il existe un modèle de consommation de la viande, le modèle occidental, basé sur une consommation très forte de viande. Or produire de la viande nécessite des quantités industrielles de céréales. Et les surfaces agricoles dans le monde ne sont pas extensibles à l'infini. Beaucoup d'agronomes de premier plan se demandent comment on pourra, dans les années qui viennent, satisfaire cette étonnante augmentation de la demande de viande dans des pays dits émergents, au premier rang desquels l'Inde, mais surtout la Chine, où 200 à 300 millions de Chinois réclament de la viande, car ils ont pour la première fois de l'argent pour en consommer et veulent rejoindre le modèle occidental.

Le problème, c'est que les terres agricoles qui permettraient de nourrir ce bétail manquent actuellement, et il paraît extrêmement difficile d'en trouver de nouvelles sur la Terre telle qu'elle est. Ce que je veux dire, c'est qu'à mon sens, le modèle de consommation de la viande qu'on connaît chez nous n'est absolument pas généralisable à la planète. Autrement dit, il me paraît hautement probable qu'il va falloir rapidement se poser la question centrale, essentielle, de notre modèle alimentaire. Faute de quoi, on pourrait sans doute passer de 1 milliard d'affamés chroniques actuellement à peut-être 2 ou 3 milliards à l'horizon 2050.

br : Pensez-vous que les politiques, dans leur réponse à la crise agricole actuelle, vont prendre en considération ce phénomène ?

Fabrice Nicolino : Clairement, non, non, non et non. Je vais faire un parallèle avec la situation en France en 1965.

Le ministre de l'agriculture du général de Gaulle s'appelle Edgard Pisani. En 1965, celui-ci fait une tournée triomphale en Bretagne, et il déclare, sous les acclamations : la Bretagne doit devenir l'usine à lait et à viande de la France. C'est très important, parce qu'on voit bien là que les politiques suivent bien entendu des objectifs, mais que par définition, ce sont des objectifs politiques. Or nous sommes en train de parler de questions d'une autre nature, qui appellent des décisions beaucoup plus réfléchies, beaucoup plus pensées, sur un terme beaucoup plus long que le temps des politiques. J'ajouterai que l'écologie, la crise écologique et tout ce qui y est associé imposeraient des visions, des points de vue, des décisions dont la classe politique, toutes tendances confondues, de l'extrême droite à l'extrême gauche, est incapable.

GrandGousier : D'accord, il faut stopper cette orgie de viande, pour toutes les raisons recensées dans votre livre. Mais par quoi commence-t-on ? En France, quelles seraient les premières actions à mener, les premiers objectifs à se fixer ?

Fabrice Nicolino : Je ne suis pas là pour donner des leçons à qui que ce soit. Mais en tant que personne, je pense qu'il serait bon de s'atteler à la construction d'un mouvement de consommateurs tel qu'on n'en a encore jamais vu. Je pense, dans le droit fil de ce que je viens de dire sur la classe politique, que malgré leur intérêt et leur vaillance, les mouvements de consommateurs qui existent en France, par exemple l'UFC-Que choisir ou 60 millions de consommateurs, expriment en grande partie des préoccupations d'un autre temps. Je pense qu'il serait utile, nécessaire pour tous qu'un mouvement de consommateurs naisse, qui intègre les nouvelles données de base sur la crise écologique, qui est fondamentalement une crise des limites physiques. Et ce mouvement, s'il apparaissait, très certainement, lancerait des actions collectives contre la viande industrielle. Selon moi, un tel mouvement passerait nécessairement par des formes de boycott.

Herve_Naturopathe : Etre "consommacteur", n'est-ce pas la réponse ? Consommer avec réflexion et respect...

Fabrice Nicolino : Sûrement. Mais la question est quand et comment, car des mouvements, il y en a déjà eu. Je rappelle le boycott du veau aux hormones en 1980, mouvement lancé par UFC-Que choisir. La consommation de la viande de veau a été divisée par 6 ou 8, c'était très impressionnant. Et le système s'est adapté, puis s'est renforcé. Donc la question est vraiment de savoir comment trouver une efficacité en face d'une industrie qui est reliée par quantité de fils à tous les pouvoirs en place. Qu'ils soient administratif, politique, industriel, syndical. C'est une question que je m'adresse à moi-même : comment devenir "consommacteur" réellement, et plus seulement dans les propos.

hadadada : Devra-t-on dans le futur arrêter totalement de consommer de la viande ?

Fabrice Nicolino : Je ne vois pas ce point-là à l'horizon de ma vie. J'ai découvert en tout cas, en écrivant ce livre, qu'on pouvait se passer de viande. Je l'ignorais vraiment. Je crois qu'en fait, on a moqué trop longtemps les végétariens, on a prétendu parfois contre l'évidence que leur santé était très mauvaise. Certains lobbyistes dont je parle dans mon livre rappellent, pour disqualifier les végétariens, que tant Hitler que Jules Bonnot, l'anarchiste, étaient végétariens tous les deux. Ce que j'ai vu, c'est qu'on peut vivre sans manger du tout de viande. Pour les grands équilibres, pour affronter les grands problèmes qui sont devant nous, à commencer par la faim, il me paraît vital que nous changions à nouveau de régime alimentaire et que nous renoncions à une grosse partie de la viande que nous ingurgitons chaque année. Mais plus de viande du tout, je n'y crois pas trop, je pense que c'est une question anthropologique, qui en amène beaucoup d'autres. Je ne suis pas sûr que l'humanité soit vraiment destinée à ne plus manger de viande.

cocoparis : Et que dit-on aux éleveurs ? changez de métier ? devenez céréaliers ?

Fabrice Nicolino : C'est une question terrible. J'aime les paysans. C'est vrai que je préfère les paysans vivriers du Sud à ceux gorgés de subventions du Nord, mais le monde de l'élevage est un monde où j'ai rencontré des tas de belles personnes, même dans l'élevage intensif. Mais je vais essayer d'être direct : je pense que l'élevage industriel est condamné. Je pense que la France, la société française, a contracté une dette envers ses éleveurs, car on a tout organisé pour que l'élevage devienne industriel, et il serait insupportable de dire brusquement aux éleveurs de changer de métier. Je crois qu'on pourrait imaginer un plan de transition, un peu sur le modèle du plan de transition de sortie du nucléaire en Allemagne. On pourrait imaginer un plan de transition d'une quinzaine d'années pour permettre un atterrissage en douceur, pour permettre à un certain nombre d'éleveurs de prendre dignement leur retraite, et pour inciter les plus jeunes à se lancer dans un élevage plus respectueux des animaux, des équilibres naturels, et des humains qui sont en bout de chaîne.

Scheatt : Les transformations nécessaires vers un mode de vie plus sobre sont-elles compatibles avec l'organisation actuelle de la distribution et de l'élevage ?

Fabrice Nicolino : Non, car il faut comprendre qu'il s'agit d'un système extrêmement efficace dans son registre, très complexe, très rodé, qui exclut par exemple tout droit des animaux à exister. Moi, au risque d'en choquer certains, je suis très sensible au sort des humains, je suis un humaniste, mais j'estime que les animaux ont un droit à l'existence. J'ai dédié mon livre aux animaux morts sans avoir vécu. J'y tiens beaucoup, car dans un passé pas si lointain, pendant huit mille à neuf mille ans, les humains ont vécu un compagnonnage avec les animaux, qui n'était pas sans cruauté, violence, dureté. Les animaux donnaient leur chair, leur peau, leur force de travail, mais ils demeuraient des êtres vivants, sensibles.

Et l'industrie a totalement transformé les bêtes, à qui on doit tant. Je rappelle que sans l'existence des animaux d'élevage, il n'y aurait pas eu de civilisation humaine. On est donc passé à une situation d'industrialisation où l'animal est devenu une chose, une marchandise, un objet d'échange, du matériel. Je crains que cette rupture dans l'histoire de notre relation avec l'animal nous enlève une part considérable de notre humanité. Je crains que cette manière de traiter cet "autre" qu'est l'animal ouvre la voie à un gouffre moral.

Vaincre la faim

Vaincre la faim

LE MONDE | 16.10.09 | 14h51  •  Mis à jour le 16.10.09 | 19h03

Un milliard de personnes souffrent de la faim et il va quasiment falloir doubler la production de céréales pour nourrir les 9 milliards d'êtres humains en 2050. Rappelées par la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la faim, vendredi 16 octobre, ces deux données ne doivent pas prêter à confusion. Croire que la crise économique est responsable de la faim ou que la Terre ne peut pas nourrir 9 milliards de personnes constituerait une double erreur.

Certes, la crise a aggravé la situation des plus pauvres. Mais la malnutrition n'est pas conjoncturelle. Si elle a diminué dans les années 1980 et 1990, la faim regagne du terrain depuis le début du siècle, malgré la croissance économique sans précédent que le monde a connue de 2002 à 2007. Aujourd'hui, 3 milliards de personnes ne mangent pas à leur faim, 2 milliards souffrent de malnutrition et 1 milliard de la faim. Les raisons sont multiples, mais il en est une qui domine : le mépris affiché pour l'agriculture depuis trente ans. La part de l'agriculture dans l'aide publique au développement est passée d'environ 20 % dans les années 1970 à 4 % au tournant du siècle. Jusqu'à ce qu'elle reconnaisse son erreur, en 2008, la Banque mondiale jugeait qu'aider les agriculteurs à produire était moins utile que de les transformer en citadins. Cruelle myopie : non seulement les pays les plus pauvres ne disposent pas d'industries qui justifient l'urbanisation, mais 75 % des personnes qui souffrent de la faim sont des paysans ou des travailleurs agricoles incapables de vivre de leur travail. Pour réduire la pauvreté, il faut aider le paysan à produire.

De même, pour nourrir demain 9 milliards de personnes, il faudra non seulement changer les comportements - si un milliard de personnes souffrent de la faim, un autre milliard souffrent de surpoids ! - mais, changement climatique oblige, il faudra aussi promouvoir une agriculture à la fois intensive et écologique. L'accroissement des rendements ne pourra plus, demain, passer par une augmentation des engrais et de l'irrigation. Trente ans après la première révolution verte, les scientifiques doivent, bien au-delà des OGM, inventer l'agriculture de demain. La plupart des spécialistes sont optimistes. Encore faut-il qu'ils disposent de moyens. Les chefs d'Etat et de gouvernement avaient affirmé en juin 2008, lors d'un sommet de la FAO, à Rome, en pleine crise alimentaire, qu'ils seraient au rendez-vous. La Journée mondiale a au moins le mérite de leur rappeler leur engagement.

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