16.12.2008
Alimentation. L’état d’urgence ?
Alimentation. L’état d’urgence ?
Bon nombre de maladies seraient liées à notre alimentation. C’est en tout cas le constat que tire Jean-Paul Jaud dans son documentaire « Nos enfants nous accuseront », que le réalisateur viendra présenter, ce soir, à Saint-Renan.
« Cette nouvelle génération d’enfants est la première de l’histoire moderne à être en moins bonne santé que celle de ses parents ». Ainsi démarre le documentaire de Jean-Paul Jaud. C’est le Dr John Peterson Myers, chercheur en sciences pour la santé environnementale, qui tire cette sonnette d’alarme, à l’occasion d’un colloque organisé en 2006 à la Maison de l’Unesco de Paris et capturé par l’œil du cinéaste. « Les plus grands experts mondiaux étaient présents à cette occasion », explique le professeur Belpomme, professeur de cancérologie au centre hospitalier Necker de Paris et à l’origine de l’organisation du colloque. « Il me paraissait tout à fait naturel d’apparaître dans ce film, continue le fondateur de l’Association française pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac).
Car le film de Jean-paul Jaud ne fait que retracer la réalité des choses. Je suis tout à fait en accord avec le message qu’il délivre. Nous épuisons les ressources de la terre et nous créons la maladie ».
Des points de vue divergents
Bon nombre de cancers, de cas de diabète ou de stérilité seraient ainsi liés à des questions alimentaires, et plus particulièrement aux pesticides et autres produits chimiques que l’on retrouverait dans certains produits issus de l’agriculture. Ce point de vue, Philippe Lucas, chercheur à l’unité mixte de recherche biologique des plantes au centre Inra-Agrocampus de Rennes, ne le partage pas forcément. « La réglementation concernant l’usage de ces produits est très stricte. Si les bonnes pratiques sont respectées, normalement, il n’y a pas de problème de transmission à l’homme », assure le chercheur, considéré comme « l’expert » en pesticides de l’institut.
Démarche pédagogique
À Brest, cela fait déjà plusieurs années que les décideurs politiques ont entamé cette réflexion. « Tout est parti de la question de l’eau servie dans les cantines, explique Alain Jouis, aujourd’hui vice-président chargé de la cohésion sociale et éducative à BMO et ancien adjoint à l’éducation de la ville. On avait travaillé avec la fac de médecine, mais nous nous sommes rapidement rendu compte que le problème ne venait pas de l’eau mais de la concentration de nitrates retrouvée dans certains aliments, comme les crudités notamment ». D’où la décision, prise en 2007, d’intégrer 11 options « bio » au menu des 5.000 enfants qui mangent quotidiennement dans les cantines scolaires de la ville. « Le pain, les carottes, les pommes de terre, les salades, les agrumes ou encore les fromages frais sont tous issus de l’agriculture biologique », assure Thierry Vély, directeur des services périscolaires de la ville. « Soit environ 20 % du menu des enfants. C’est déjà pas mal, mais nous sommes encore loin du 100 % bio que l’on retrouve dans d’autres collectivités », enchaîne Alain Jouis. « La démarche est aussi éducative. Que les enfants apprennent à apprécier des pommes moins sphériques, moins lisses, est important. Car la pédagogie est double : c’est autant d’enfants qui, une fois rentrés chez eux, peuvent ensuite éduquer leurs parents ».
Thierry Dilasser
J.-P. Jaud : « Il nous reste vingt ans pour agir »
Avec « Nos enfants nous accuseront », Jean-Paul Jaud signe un film à la fois militant et engagé. Sans équivoque possible. Un film à l’image de son discours.
Quel est le message principal du film ? Le message du film ? Il est très simple : il est impératif d’arrêter de manger de la nourriture chimique issue d’une agriculture mortifère. Une agriculture responsable à elle seule de 30 % du réchauffement climatique. Rien que ça...
Quels exemples donnez-vous dans votre documentaire pour illustrer ces propos ? Il y a des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Un exemple : pour produire une tonne d’engrais chimique, il faut 2,5 tonnes d’énergie fossile. Chaque année, ce sont 148 millions de tonnes de nitrates qui sont fabriquées de par le monde. Je vous laisse faire le calcul... Sachant qu’à cela, il faut ajouter les dépenses énergétiques liées au transport de ces matières... On a réussi à détruire vingt siècles de biodiversité en un demi-siècle : 30 % des espèces du vivant ont déjà disparu. Il nous reste vingt ans pour agir.
Dans quelles conditions s’est déroulé le tournage ? Nous avons tourné une année scolaire complète, entre 2006 et 2007, à Barjac, un petit village de 1.500 habitants situé dans le Gard où la municipalité a eu le courage de prendre des mesures fortes (voir le résumé du film). Le cœur de ce documentaire restant la nature et le mal qu’on lui fait.
Sorti le 5 novembre, votre documentaire semble faire de plus en plus parler de lui... Il est sorti dans 21 salles pour commencer. On doit en être à 28 aujourd’hui. Elles se remplissent de jour en jour. Je pense que c’est normal que les gens s’accaparent le film, car il traite de faits qui concernent tout le monde.
Finis Terra : la culture du débat
Partenaire de la diffusion de « Nos enfants nous accuseront », le réseau Biocoop est également à l’origine des débats organisés en marge des projections. « La décision d’organiser des discussions nous revenait entièrement », explique Gwenaëlle Robert, du réseau Biocoop Finis Terra. « Ce soir, outre le réalisateur Jean-Paul Jaud, la maison de la Bio, les Verts, les faucheurs et plusieurs agriculteurs bio prendront part au débat ».
À Lesneven mardi
La soirée débutera, à 20 h 30, avec la projection d’un court-métrage, suivie de la présentation du réalisateur et des intervenants. « Nos enfants nous accuseront » (1 h 47) sera diffusé à 20 h 45 et donc suivi du débat. Une soirée similaire (sans, toutefois, la présence du réalisateur) sera organisée au cinéma L’Even de Lesneven, mardi, à 20 h 30. À noter que le cinéma Les Studios de Brest fait partie des 28 salles de France qui diffusent le film militant de Jean-Paul Jaud.
LE TELEGRAMME
05:30 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : LOC MARIA PLOUZANE









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