31.01.2009

MEXIQUE • Mexico sonne l'heure écolo

MEXIQUE • Mexico sonne l'heure écolo

La ville de Mexico, l'une des grandes mégapoles du monde avec ses 20 millions d'habitants, veut lutter contre la pollution en créant notamment des murs de verdure sur les façades d'immeubles, note El País

Mexico est tellement polluée qu'il y a presque trente ans, dans le parc de l'Alameda, on a trouvé les corps de centaines d'oiseaux morts, empoisonnés par la pollution atmosphérique. Après cet épisode alarmant, les autorités avaient pris, dans les années 1980, une série de mesures, telles que la fermeture d'une raffinerie, la réglementation des industries polluantes et la mise en œuvre d'un contrôle technique pour les voitures. Aujourd'hui, cette capitale surpeuplée, située dans une vallée entourée de chaînes de montagnes, veut faire peau neuve. Décidée à faire de Mexico une ville verte, la mairie du District fédéral [autre dénomination de Mexico] vient de lancer le plan "Unités d'habitation durables", qui consiste à installer sur les bâtiments des quartiers populaires des "jardins verticaux", des panneaux solaires et des systèmes de récupération des eaux pluviales.

L'agglomération de Mexico abrite environ 20 millions d'habitants et génère à elle seule 1,5 % des gaz à effet de serre de la planète. Selon des organisations de défense des droits de l'homme, chaque année, dans la vallée de Mexico, quelque 4 000 décès sont imputables à la pollution. Le programme de la municipalité coûtera au total près de 113 000 euros. La première unité d'habitation à en bénéficier est La Valenciana, située dans la delegación [arrondissement] d'Iztapalapa. Dix panneaux solaires y ont déjà été installés et 700 mètres carrés de murs seront transformés en d'impressionnants jardins verticaux. Iztapalapa, qui s'étend sur 105 kilomètres carrés, abrite 2 millions d'habitants [approximativement la taille et la population de Paris intra-muros], et, dans ses environs, on trouve la plus grande décharge de la ville, Borde Poniente de Xochiaca, dont la capacité approche les 17 millions de tonnes.

A une autre extrémité d'Iztapalapa, on trouve l'aéroport international de Mexico, qui enregistre quelque 800 vols quotidiens. "Ce nouveau projet pour l'environnement est esthétique et nous aide à réduire les mauvaises odeurs, se réjouit Rebeca Enciso, une habitante de La Valenciana. Nos enfants vont enfin pouvoir vivre dans une zone protégée où, en ouvrant la fenêtre, ils respireront un air pur." A en croire Rebeca, ces jardins auront aussi pour avantage d'attirer les oiseaux en un lieu qui était autrefois une étendue désertique. De fait, outre les jardins verticaux, les autorités ont installé à La Valenciana 800 mètres carrés de gazon et de plantes. Celles-ci poussent dans un sol de pierres poreuses assurant le passage de l'eau de pluie dans le sous-sol.

Le responsable du projet, Roberto López, explique qu'il s'agissait de réduire la pollution tout en améliorant la qualité de vie des habitants de la capitale. Les panneaux solaires destinés à réchauffer l'eau et à alimenter les cuisinières électriques permettront également aux habitants de La Valenciana de réaliser des économies.

L'ingénieur agronome Marco Antonio Hernández, responsable de l'entreprise chargée de la mise en œuvre du projet, a déclaré que celui-ci concernerait une trentaine de quartiers du District fédéral, où circulent 4 millions d'automobiles. Hernández assure que ce programme bénéficiera à environ 500 000 immeubles de la capitale.

L'année dernière, la commission des droits de l'homme du District fédéral (CDHDF) a estimé que la mauvaise qualité de l'air dans la vallée de Mexico constituait une "violation du droit à un environnement sain" pour des millions d'habitants de la capitale et de ses environs. Cet organisme a présenté en décembre dernier un rapport sur la qualité de l'air dans la mégapole, où il souligne que 80 % des émissions proviennent du secteur des transports, et surtout des voitures particulières. Le rapport rappelle que, chaque année, on déplore "4 000 morts dues à des affections respiratoires et cardiovasculaires liées à la pollution de l'air" dans l'agglomération.

Réchauffement: des zones sans poissons dans les océans faute d'oxygène

Réchauffement: des zones sans poissons dans les océans faute d'oxygène
LE 25/01/2009 AFP

Le réchauffement climatique pourrait multiplier au moins par 10 les zones océaniques à l'oxygénation déficiente, préjudiciables à la vie des poissons et des crustacés, estiment des chercheurs danois dans une étude à paraître en ligne lundi dans la revue Nature Geoscience. Lire la suite l'article
L'augmentation des températures provoquée par les émissions de gaz à effet de serre accélérerait la désoxygénation de vastes zones des océans, ce qui "accroîtrait la fréquence et la sévérité de phénomènes de grande mortalité de poissons et de crustacés, comme par exemple au large des côtes de l'Orégon (Etats-Unis) ou du Chili", souligne le principal auteur de l'étude, Gary Shaffer, de l'Université de Copenhague.
Les chercheurs ont modélisé les effets du réchauffement induit par les gaz à effet de serre pour les 100.000 ans à venir et ont trouvé qu'une augmentation de la température produirait une perte d'oxygène dans les eaux de surface des océans en diminuant la solubilité de ce gaz dans l'eau salée.
Or, ajoute Gary Shaffer dans un communiqué, "si l'on peut éventuellement faire revivre des zones côtières en contrôlant les rejets d'engrais, les zones en manque d'oxygène du fait du réchauffement planétaire le resteront pour des milliers d'années, affectant négativement les pêches et les écosystèmes pendant très longtemps", a-t-il ajouté.
Par ailleurs, si une augmentation des températures devait restreindre la circulation planétaire des océans, comme le suggèrent des modélisations réalisées par les chercheurs, "ces zones mal oxygénées s'étendraient encore en surface, et même en profondeur". Les eaux oxygénées proches de la surface seraient en effet entraînées vers les très grands fonds.
Les chercheurs en concluent que "des réductions substantielles doivent être faites par les futures générations dans l'utilisation de fuel fossile si l'on veut éviter une sérieuse baisse de l'oxygénation des océans pour des milliers d'années".
De tels phénomènes de perte d'oxygène des océans seraient historiquement à l'origine de grandes extinctions, comme à la fin du Permien, il y a 250 millions d'années.

Les Vingt-Sept trouvent un compromis sur le climat

Les Vingt-Sept trouvent un compromis sur le climat
LE 26/01/2009
LeMonde.fr
Serrer les rangs pour être exemplaire dans la lutte contre le réchauffement de la planète : l'Union européenne a partiellement rempli son cahier des charges lors du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, vendredi 12 décembre à Bruxelles. A l'issue de négociations menées tambour battant par Nicolas Sarkozy, les Vingt-Sept sont parvenus à un accord destiné à mettre en musique le triple objectif agréé en mars 2007 : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 %, consommer 20 % d'énergies renouvelables et économiser 20 % d'énergie, le tout d'ici à 2020. 'Aucun continent n'est doté de règles aussi contraignantes', a lancé M. Sarkozy. A ses côtés, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a invité le prochain président des Etats-Unis, Barack Obama, à tenir ses promesses électorales pour 'suivre l'exemple' du Vieux Continent.
La crise économique et les pressions des industriels ont néanmoins incité la présidence française à multiplier les concessions pour rallier les pays les plus réticents, l'Allemagne, l'Italie, et les nouveaux pays membres, dont la Pologne. Les objectifs contraignants sont certes maintenus, ce qui doit conduire à une baisse progressive des émissions autorisées de CO2, de 20 % entre 1990 et 2020. Mais le fonctionnement du mécanisme d'échange des quotas d'émission a été assoupli par rapport aux projets initiaux. Or, ce marché des droits à polluer doit être le principal instrument au service de l'ambition européenne, en forçant les industriels à moderniser leurs usines, tout en finançant les investissements colossaux qui attendent les Vingt-Sept s'ils veulent 'verdir' leur économie. Au bout du compte, les sommes générées par ce dispositif se situeront dans la fourchette basse estimée par la Commission européenne, soit une trentaine de milliards d'euros par an entre 2013 et 2020. Loin des cinquante milliards espérés avant les négociations entre les Vingt-Sept, en janvier.
Au nom de la défense de la compétitivité européenne, il a tout d'abord été convenu, à la demande expresse de l'Allemagne, de poursuivre d'ici à 2020 l'allocation gratuite de quotas aux secteurs, comme la chaux et le ciment, les plus polluants. Ces industries, dont la liste sera dressée en fonction de critères précis, craignaient de souffrir de la concurrence d'autres régions du monde, nettement moins regardantes sur la protection de l'environnement
Par souci de solidarité avec les nouveaux Etats membres, ces derniers verront également leurs efforts allégés, que ce soit en matière de renouvelables, ou d'émission de gaz à effet de serre afin de ne pas entraver leur rattrapage économique. Des dérogations sont prévues au bénéfice des centrales au charbon installées en Europe centrale.

En dépit de ces ajustements, Yvo De Boer, le plus haut responsable des Nations unies pour le climat, a salué un signe "de détermination et de courage" qui "contribuera à propulser le monde vers un accord fort, ambitieux à Copenhague en 2009", a-t-il dit depuis la Conférence de l'ONU sur le climat, à Poznan (Pologne). Mais du côté des ONG, l'accueil est moins enthousiaste : c'est "un échec", un "renoncement" ont estimé Greenpeace, le Fonds mondial pour la nature et les Amis de la Terre.

Le compromis doit encore être approuvé par le Parlement européen, lors d'un vote prévu mercredi 17 décembre, à Strasbourg. Les Verts critiquent un "accord a minima", tandis que les deux principales familles politiques de l'hémicycle, les conservateurs et les socialistes, saluent l'"équilibre" trouvé entre protection de l'environnement et défense des emplois. Les eurodéputés ont le pouvoir d'amender le texte, mais des retouches ne peuvent se faire qu'à la marge tant la négociation a été étroite en amont entre le Conseil et le Parlement.

Dès samedi, Philippe Léglise-Costa, le représentant adjoint de la France auprès de l'UE, qui a enchaîné les nuits blanches ces derniers mois pour rapprocher les points de vue, devait retrouver les parlementaires, pour faire en sorte que le vote en première lecture concorde avec l'accord "historique" arraché par M. Sarkozy.

Philippe Ricard

Les centres de données, de plus en plus gourmands en énergie

Les centres de données, de plus en plus gourmands en énergie
LE MONDE | 24.01.09 | 14h45 • Mis à jour le 24.01.09 | 18h15
La chasse au "gaspi" dans les centres de données est ouverte. Ces immenses salles, appelées aussi "data centers", composées de multiples serveurs informatiques qui stockent les informations nécessaires aux activités des entreprises, sont devenues de véritables gouffres énergétiques.
Selon une étude menée par des chercheurs européens dans le cadre du programme de l'Union européenne "Energie intelligente - Europe", les 7 millions de centres de données recensés dans les pays de l'Union européenne consommeraient, chaque année, 40 milliards de kilowattheures, soit l'équivalent de l'énergie utilisée annuellement par une grande agglomération française pour son éclairage public. Si rien n'est fait, cette consommation électrique pourrait, d'ici à 2011, augmenter de 110 % par rapport à 2006, estime l'enquête qui sera complétée au printemps par des études de cas en entreprises.
"Dans les prochaines années, la croissance des nouveaux data centers sera faramineuse. Si on ne prend pas des mesures maintenant, on va dans le mur !" s'alarme Alain Anglade, chercheur au sein de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et membre de l'équipe de chercheurs. Encore modeste à l'échelle de l'Hexagone, l'énergie utilisée par les centres de données (4 à 6 milliards de kilowattheures) représente 1 % de la consommation d'électricité du pays. Un pourcentage appelé à croître rapidement en raison de la diffusion rapide des nouvelles technologies informatiques. Les banques, par exemple, soumises à des réglementations croissantes en termes de stockage et traitements de leurs données informatiques, sont déjà contraintes d'agrandir leurs centres de données.
Le gouvernement français a saisi l'occasion du plan France numérique 2012, lancé en octobre 2008, par le secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique pour créer un observatoire des centres de données. A horizon de dix-huit mois environ, il permettra aux entreprises de se comparer entre elles et de les aider à prendre des mesures pour qu'elles diminuent la consommation énergétique de leurs machines, explique en substance Alain Anglade, un des responsables du projet pour qui "les entreprises sont déjà sensibilisées car ce gaspillage commence à leur coûter beaucoup d'argent". Cette mise en commun devrait également permettre aux entreprises d'anticiper sur la création de nouvelles normes environnementales plus contraignantes au niveau européen.
Parallèlement, le ministère de l'économie et des finances vient de lancer un groupe de réflexion. Baptisé "Green ITW" et dirigé par Michel Petit, membre de l'Académie des sciences, il doit proposer, d'ici à mai, des solutions pour une "utilisation éco-responsable" des centres de données. En clair, comment faire des économies d'énergie sans pénaliser les entreprises dans l'utilisation de leurs outils informatiques. Selon l'étude européenne déjà citée, près de 12 milliards d'euros pourraient être économisés grâce à de nouveaux équipements moins gourmands en électricité et des techniques plus efficaces de ventilation des salles.
L'Allemagne a, de son côté, déjà entrepris de lutter contre le gaspillage énergétique des "data centers". Depuis l'été dernier, un guide est à disposition des entreprises pour leur faire prendre conscience du problème et les pousser à investir dans des équipements plus efficaces. Bien décidé à montrer l'exemple, le ministère fédéral de l'environnement a annoncé en novembre 2008 avoir baissé la consommation d'électricité de ses propres serveurs de 60 %, soit une économie de CO2 de 44 tonnes.
Particulièrement concernés, les géants de l'informatique cherchent eux aussi déjà à réduire la facture énergétique de leurs data centers devenus gigantesques pour stocker e-mails, vidéos et autres documents disponibles en un seul clic. Récemment, Google, Yahoo ! ou encore Microsoft ont installé certains de leurs sites informatiques sur les bords de grands cours d'eau américains. Ils souhaitent pouvoir refroidir plus facilement leurs machines et utiliser les centrales hydrauliques proches pouvant leur fournir de l'électricité moins chère.
Jouant la carte du développement durable, Google affirme avoir investi 45 millions de dollars dans les énergies renouvelables. Le mastodonte américain a même déposé un brevet pour pouvoir installer des centres informatiques alimentés par l'énergie des vagues et refroidis par l'eau de mer sur des plates-formes flottantes.
Lilian Alemagna

30.01.2009

Le climat est-il devenu fou ?

Le climat est-il devenu fou ?
Propos recueillis par Patrice de Méritens LE FIGARO MAGAZINE
23/01/2009 | Mise à jour : 15:52
«Le réchauffement est l'une des formes perverses de la croissance économique», observe Emmanuel Le Roy Ladurie. «Et c'est maintenant qu'il faut passer à l'action», répond Jean Jouzel.


Le Figaro Magazine - On ne cesse de parler du réchauffement de la planète et on est tout surpris de se retrouver avec un hiver glacé...

Jean Jouzel - Même dans un contexte de réchauffement climatique, il est normal d'observer des hivers plus froids que d'autres. Sur les deux prochaines décennies, la tendance moyenne du réchauffement devrait être de 2/100e de degré par an, donc difficilement perceptible d'une année sur l'autre. Il faut regarder le phénomène dans la durée, avec une véritable perspective historique. Le réchauffement est patent depuis un demi-siècle, mais il y aura toujours des hivers froids. De même, un été très chaud ne constitue-t-il pas à lui seul le témoignage d'un réchauffement climatique.

Emmanuel Le Roy Ladurie - On observe en effet un espacement plutôt qu'une disparition des hivers rudes. Leur dernière grande série date de 1985-1986-1987.

Jean Jouzel - Les hivers très froids s'espacent dans une perspective de réchauffement climatique lié à l'activité humaine, lequel se superpose à la variabilité naturelle. Les gaz à effet de serre ont abouti à une accumulation de chaleur dans les basses couches de l'atmosphère. Ajoutez à cela les mécanismes d'amplification : quand l'océan se réchauffe, il y a plus d'évaporation, plus de vapeur d'eau - un gaz à effet de serre - dans l'atmosphère, ce qui accentue le réchauffement global. Nous sommes dans un mécanisme non pas vertueux mais d'aggravation, qui aboutit à l'inéluctabilité du réchauffement climatique.

Emmanuel Le Roy Ladurie - Cela étant, la fonte des glaciers a commencé assez tôt. Quoi qu'en dise un grand cinéaste qui prétendait les Suisses incapables d'invention, ces derniers, excellents en matière de glaciologie, estiment qu'il y a eu des vagues de chaleur dès la décennie 1860 : elles ont déclenché le retrait gla ciaire. Le véritable ré chauffement, pourtant, n'est devenu flagrant qu'à partir de la canicule de 1911. On le voit sur la courbe mondiale, qui est sérieuse même si d'aucuns déclarent qu'il y avait trop peu de thermomètres en fonction à l'époque. Par ailleurs, on a connu un rafraîchissement climatique entre 1950 et 1975...

Jean Jouzel - Oui, le léger refroidissement des années 60 a pu avoir pour origine l'activité de volcans importants : leur éruption a projeté dans l'atmosphère d'immenses nappes de poussières qui ont bloqué les rayons du soleil, influant sur la température. Ce type de refroidissement est assez bref. Il s'étend sur un à deux ans, et peut atteindre quelques dixièmes de degré.

Emmanuel Le Roy Ladurie - L'un des plus célèbres exemples date d'avril 1815, avec l'explosion du volcan de Tambora, dans une île indonésienne. Des flammes mêlées de cendres et de gaz se sont élevées à près de 50 km de hauteur. Outre les 80 000 morts sur place, le réveil de ce volcan a eu des répercussions dramatiques sur le climat terrestre : une « année sans été » (1816) en Amérique et en Europe, causant dans certains pays des disettes et des émeutes de subsistance. Les Européens ont observé des couleurs inhabituelles lors des couchers de soleil, liées aux aérosols et aux dizaines de km3 de poussières dégagées à cette occasion. William Turner a-t-il immortalisé ce phénomène dans ses tableaux ? Cette année-là, Marie Shelley, enfermée sous la pluie dans un chalet près de Genève, accouchait du monstre le plus extraordinaire qui soit sorti de l'imagination d'une jeune femme : Frankenstein ou Le Prométhée moderne - pourrait-on parler d'un « complexe Tambora » ?

Jean Jouzel - Le deuxième facteur du refroidissement observé dans les années 60 est la pollution atmosphérique par le biais d'aérosols, facteurs eux aussi d'obscurcissement de l'atmosphère et de refroidissement. N'oublions pas que les Trente Glorieuses ont vu un développement industriel sans précaution. Dans les reconstructions climatiques, on explique assez bien cette pause.

Le Figaro Magazine - Pour autant, le réchauffement continue...

Jean Jouzel - Le problème est en effet devant nous. Si aucune mesure n'est prise, le réchauffement en Europe de l'Ouest pourrait atteindre de 4 à 6 °C dans la seconde partie du XXIe siècle. Si l'on souhaite le limiter à 2 °C par rapport au climat pré-industriel, ce qui est l'objectif de l'Europe, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre par deux, voire par trois, d'ici à 2050, puis poursuivre cet effort. C'est un véritable défi, surtout si l'on songe que ces émissions n'ont jamais augmenté aussi rapidement qu'actuellement. Il faut qu'elles soient stabilisées d'ici à 2015 au plus tard. Nous ne subissons pas encore les conséquences adverses du réchauffement, c'est pourquoi le message a du mal à passer. Pourtant, c'est maintenant qu'il faut passer à l'action.

Emmanuel Le Roy Ladurie - Il est possible que le premier cycle de réchauffement sérieux, de 1911 à 1952, soit d'origine naturelle. C'est un vrai débat. Le deuxième cycle, qui démarre avec la canicule de 1976, pourrait bien être dû aux activités humaines, même si certains auteurs pensent que l'activité solaire, elle aussi, contribue à réguler notre climat.

Jean Jouzel - Oui. C'est la thèse notamment de Claude Allègre. Les variations de l'activité solaire ne se chiffrent qu'en quelques dixièmes de watts par mètre carré, alors que les activités humaines ont apporté plus de deux watts pour la même surface. En termes d'é ner gie, nous dépassons le facteur 10. Si l'activité solaire régulait notre climat actuel, le réchauffement serait à la fois dans les basses couches et dans la haute atmosphère. Toute la colonne d'air se réchaufferait ou se refroidirait au ryth me des variations solaires. Dans le cas de l'effet de serre, c'est différent : on piège de la chaleur dans les basses couches, ce qui est autant de pris dans les hautes couches. On doit s'attendre en conséquence à un réchauffement là où l'on vit, et à un refroidissement dans les hautes couches de l'atmosphère. Or c'est très précisément ce que l'on observe. C'est la signature de l'effet de serre et donc des activités humaines. Conclusion : ce n'est pas l'activité solaire qui gouverne notre climat actuellement.

Le Figaro Magazine - Quelles découvertes nous apporte votre dernier livre sur l'histoire du climat ?

Emmanuel Le Roy Ladurie - J'ai précisé la chronologie en montrant l'entrelacement des cycles de réchauffement. Décennie 1911-1920 : certains hivers deviennent plutôt doux et les étés parfois frais, mais la canicule de 1911 provoquera, elle, 40 000 morts. Le très rude hiver de 1917 sera « l'hiver des rutabagas » en Allemagne. Complexité météo que ne renierait pas Edgar Morin. Les années 40, par exemple, ne constituent pas un bloc. Du point de vue histo rique, les trois grands hivers 1940-1941-1942 ont aggravé les conséquences de l'Occupation en France ; mais ils ont également contribué à la défaite allemande. Décembre 1941 et janvier 1942 ont été très durs : en Russie, les températures furent nettement plus froides que d'ordinaire. Vin rent ensuite les étés caniculaires : l'étonnante année 1943 ; l'été 1945 (Mouton-Rothschild 45 !) ; la canicule de 1947 ; l'incendie estival des Landes en 1949. Les grands millé simes sont liés souvent aux très beaux étés. On constate aussi de remarquables différences entre les évolutions saisonnières. Les automnes, par exem ple, se réchauffent au XXe siècle mais ils prennent de l'avance, calorifique, additionnelle, depuis 1980. Sont engendrés, de ce fait, des « étés indiens » en assez grand nombre à partir de 1981. Le tiercé vinico le 1988-1989-1990 est contemporain de superbes millésimes à Bordeaux. La chaude décennie 1990 a-t-elle expérimenté de la sorte une certaine douceur de vivre ? Néanmoins, on peut s'inquiéter pour le prochain siècle de l'occurrence d'un certain nombre de catastrophes qui sont loin d'être entièrement imaginaires.

Jean Jouzel - Et, fort de cela, passer à l'action. Il est indispensable qu'elle soit conduite.

Emmanuel Le Roy Ladurie - Qu'est-ce que le réchauffement, sinon l'une des formes perverses de la croissance économique, à laquelle tiennent tant nos hommes politiques, pour des raisons bien com préhensibles. On a parlé du take off, du décollage de la croissance, mais il est désormais impos sible de ne pas tenir com pte du doublet de celle-ci ; autrement dit, jusqu'à présent, la hausse de longue durée des températures. Le paradoxe des Trente Glorieuses aura été que les aérosols aient rempli le rôle de parasols...

Les forêts de l'Ouest américain souffrent du réchauffement

Les forêts de l'Ouest américain souffrent du réchauffement
LE MONDE | 23.01.09 | 15h39 • Mis à jour le 23.01.09 | 15h39
Le taux de mortalité des arbres des forêts de l'Ouest américain a plus que doublé en quelques dizaines d'années, probablement du fait du réchauffement climatique, selon une étude parue le 23 janvier dans la revue Science. Toutes les classes d'âge, toutes les espèces et toutes les altitudes sont concernées.
L'étude a porté sur 76 parcelles de forêts âgées d'au moins 200 ans, réparties dans plusieurs Etats : Oregon, Washington, Californie, Arizona, Colorado, Nouveau Mexique et Colombie-Britannique au Canada. L'état de santé de ces parcelles est suivi depuis 1955. C'est la plus vaste étude de ce type entreprise sur les forêts tempérées.
Une équipe de chercheurs de l'US Geological Survey, spécialisée dans l'étude de l'environnement aux Etats-Unis, et de plusieurs universités américaines a mis en évidence une corrélation entre l'augmentation moyenne des températures dans la région et la hausse du taux de mortalité des arbres. Ce taux a doublé en seulement dix-sept ans dans le nord-ouest des Etats-Unis, et moins de trente ans dans les autres régions. Dans le même temps, l'apparition de jeunes arbres est restée stable. Le renouvellement de ces forêts à long terme n'est donc pas assuré.
Les conséquences seront importantes si cette tendance se poursuit, affirment les chercheurs, ce qui est probable au vu des prévisions des modèles climatiques. "Les forêts deviendront plus clairsemées et les arbres seront plus jeunes et plus petits", explique Philip van Mantgem, auteur principal de l'étude. "La structure même de ces forêts pourrait être en train de changer, selon Jerry Franklin, l'un des auteurs. Elles pourraient se stabiliser à des niveaux de biomasse inférieurs à ceux que nous connaissons. Elles stockeront donc moins de carbone." Ces changements auront également un impact sur toutes les espèces animales et végétales dont la survie dépend des forêts.
SÉCHERESSES PLUS LONGUES
Les chercheurs ont écarté plusieurs causes possibles : dynamique interne des peuplements (compétition accrue entre les arbres par exemple), fragmentation du paysage, pollution atmosphérique par l'ozone, incendies, etc. Même les forêts protégées des parcs nationaux sont touchées.
L'augmentation des températures et le manque d'eau qui en résulte seraient les principaux responsables. Une neige moins abondante et une fonte printanière plus précoce entraînent un allongement des sécheresses estivales.
Or les arbres sont capables de résister à des sécheresses isolées, mais pas à un manque d'eau répété. En outre, des températures plus élevées favorisent la prolifération des insectes ravageurs, responsables de mortalités massives. "Les attaques se sont multipliées depuis le milieu des années 1990, rappelle Thomas Veblen, l'un des auteurs. Les forêts apparaissent de plus en plus vulnérables."
Selon l'équipe, ces résultats doivent conduire à repenser la gestion des forêts, notamment en favorisant la migration des espèces par la création de couloirs reliant les espaces naturels. C'est ce principe qui guide la création d'une trame verte en France, où l'impact du réchauffement sur la forêt est également constaté.
Gaëlle Dupont

Cinquante pays créent l'Agence des énergies renouvelables

Cinquante pays créent l'Agence des énergies renouvelables
LE 26/01/2009
LeMonde.fr
Des années d'atermoiements et de multiples obstacles politiques n'ont pas eu raison du projet d'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) : elle a été officiellement créée, lundi 26 janvier à Bonn, par une cinquantaine de pays notamment l'Allemagne, l'Espagne et le Danemark, qui se sont engagés de longue date en faveur des énergies 'vertes'. Au total, une centaine de nations sont présentes à cette conférence inaugurale, même si certains grands pays (Etats-Unis, Chine, Japon, Brésil...) ne s'y associeront pas dans l'immédiat.
La signature de la France était encore incertaine lundi matin, malgré la volonté du ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, d'engager Paris dans l'aventure de la première agence mondiale exclusivement consacrée à ces énergies. L'hostilité du ministère des affaires étrangères était forte, notamment en raison du choix de l'anglais comme seule langue de travail de l'Irena, et l'Elysée n'était pas enthousiaste.
L'agence, dotée d'un budget annuel de 25 millions de dollars, a pour mission de promouvoir le solaire, l'éolien, la biomasse, les biocarburants ou la géothermie (comme l'Agence internationale de l'énergie atomique, AIEA, l'avait fait en son temps pour le nucléaire) afin de sortir la planète d'une économie 'tout-carbone' alimentée par le pétrole, le gaz et le charbon.
Ses promoteurs veulent aussi jeter des ponts entre le Nord et le Sud en favorisant les transferts de technologie, l'assistance technique et le montage de financements, l'électrification étant une des clés du développement des pays pauvres.
'IL Y A ENCORE AUJOURD'HUI DES RÉSISTANCES'
La nomination des dirigeants de l'Irena interviendra en juin, comme le choix du siège. Fer de lance du projet, l'Allemagne défend la candidature de Bonn, mais l'Autriche, l'Espagne, le Danemark, le Kenya et d'autres sont intéressés. Y compris Abu Dhabi. 'Nous souhaitons que l'Irena s'installe à Masdar City', dit Sultan Al-Jaber, patron de la société Masdar, promoteur de l'écocité 'zéro carbone' qui ouvrira ses portes dans l'émirat en 2016
"Pendant longtemps, il n'y a pas eu de consensus. Nous nous sommes heurtés à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole [OPEP] et à certains pays industrialisés. L'administration Bush était contre. Et il y a encore aujourd'hui des résistances", note Hermann Scheer, député au Bundestag et président de l'association Eurosolar. A quoi bon une nouvelle organisation, puisqu'il existe déjà l'Agence internationale de l'énergie (AIE), assurent ses détracteurs.

"L'Irena devra apporter une vraie plus-value pour justifier son existence, tous les pays signataires sont d'accord sur ce point", prévient néanmoins Didier Houssin, directeur des marchés de l'énergie à l'AIE. A ceux qui l'accusent de ne pas en faire assez, il rappelle la position son agence : "Le développement des énergies fossiles au rythme actuel n'est pas soutenable." Pour Hans Jorgen Koch, secrétaire d'Etat adjoint au ministère danois de l'énergie et ancien directeur à l'AIE, une nouvelle instance est nécessaire pour lancer un mouvement ambitieux, l'AIE restant le porte-voix des pays industrialisés.

L'avenir énergétique plaide en faveur d'une structure ad hoc, a souligné M. Scheer lors du deuxième sommet mondial sur les énergies du futur d'Abu Dhabi. La fusion nucléaire est hypothétique et "toute énergie nouvelle devra provenir des renouvelables". Elles sont, à ses yeux, indispensables si l'on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique et fournir du courant aux 9 milliards d'habitants que comptera la Terre en 2050.




Jean-Michel Bezat (à Abu Dhabi) et Marie de Vergès (à Berlin) LE MONDE

Les Maldives changent de terre

Vendredi 23 Janvier 2009
Les Maldives changent de terre
Par Marie VARASSON
Eco-Life.fr, le journal de l’économie durable
Adieu, calme, beauté et plages de sable fin des îles des Maldives. Face à l'imminence de la montée des eaux, le président maldivien veut déplacer la population de l'archipel avant qu'il ne soit trop tard. Il veut ainsi taxer la principale ressource du pays (avec le patrimoine marin): le tourisme. Objectif: éviter que les 340 000 habitants ne deviennent des réfugiés climatiques.
Paradis des touristes, les Maldives sont plus que jamais menacées par la montée des eaux. Les 1192 îlots, habités, pour 250 d'entre eux, par 340 000 locaux voient déjà l'océan grignoter leur espace. Selon le Giec, d'ici à la fin du siècle, le niveau moyen des eaux s'élèverait de 18 à 59 cm, sachant que l'archipel ne culmine qu'à 2,3 mètres. "Cela pourrait atteindre 1 mètre avant cette échéance et les Maldives sont loin d'être les dernières touchées par ce phénomène", explique François Gemenne, chercheur de l'institut du développement durable des relations internationales (IDDRI).

Pour éviter à ses 340 000 habitants de devenir des réfugiés climatiques, Mohamed Nasheed, nouveau président du pays, a décidé de taxer l'industrie touristique. "Nous ne voulons pas quitter les Maldives, mais nous ne voulons pas non plus devenir des réfugiés climatiques vivant dans des tentes durant des dizaines d'années", a-t-il confié dans une interview au Guardian.

Grâce aux séjours de plus de 500 000 touristes par an, le pays engrange plus de 230 millions d'euros chaque année. De quoi acheter des terres en Inde, au Sri Lanka, à Zanzibar ou en Australie, pour permettre aux Maldiviens de s'installer ailleurs? Un déménagement forcé par le réchauffement climatique a déjà débuté sur certaines îles. A Hulu Male, près de la capitale, les habitants des zones les plus proches de l'eau se sont réfugiés à l'intérieur des terres. 80% d'entre elles sont situées à moins d'un mètre du niveau de l'eau.

50 millions de personnes devront migrer d'ici à 2010

Elu en octobre 2008, le président n'a pas encore dévoilé les détails de son plan de financement. "Réunir assez d'argent pour partir est un pari difficile", commente François Gemenne. Les pays du monde ne se bousculent pas à l'annonce de ce projet. Au Sri Lanka, la guerre civile fait rage, tandis que l'Inde regarde cette initiative d'un oeil circonspect. Si les deux voisins des Maldives venaient à refuser au gouvernement l'achat de terres sur leur sol, Mohamed Nasheed a annoncé qu'il chercherait en Australie ou à Zanzibar. "Construire des îles artificielles pourrait être une ultime solution, mais le financement manque dans la plupart des cas", poursuit-il.

En 2005, une étude publiée par les Nations Unies avait déjà tiré la sonnette d'alarme. La moitié de l'île de Bhola, au Bangladesh avait été engloutie. Bilan: 500 000 réfugiés. L'Institut pour la sécurité environnementale et humaine de l'Université des Nations Unies à Bonn, estime que la dégradation de l'environnement et les changements climatiques obligeraient 50 millions de personnes à migrer dans le monde d'ici à 2010. Faute d'instances internationales dédiées, certains pays devront pourtant accueillir les réfugiés climatiques, qui toqueront à leurs portes.

29.01.2009

La mise sur le marché d’un OGM suspendue en Inde

La mise sur le marché d’un OGM suspendue en Inde
23/01/2009 12:37
La mise sur le marché d’un nouvel organisme génétiquement modifié (OGM), l’aubergine Bt, a été suspendue en Inde suite à la révélation d’une étude conduite par le professeur français Gilles-Eric Séralini, concluant à un effet néfaste potentiel pour la santé.

L’aubergine Bt, produite par la société Mahyco, partenaire du groupe Monsanto en Inde, actuellement testée en champ à grande échelle, fait l’objet d’une demande de mise sur le marché auprès des autorités indiennes.

Paralèllement, depuis 2005, des poursuites ont été engagées auprès de la Cour suprême indienne par un groupe d’environnementalistes, menés par Aruna Rodrigues de l’association Sunray Harvesters, afin d’obtenir un moratoire de 5 ans sur les cultures GM. En août 2008, sous la pression des associations, le comité d’autorisation du génie génétique (GEAC en anglais), l’instance régulatrice, a rendu publique l’intégralité des tests réalisés sur l’aubergine Bt par Mahyco et restés jusqu’alors confidentiels.

Gilles-Eric Séralini, professeur de biochimie à l’université de Caen, a alors été mandaté par Greenpeace afin de conduire une analyse indépendante de ces données scientifiques au regard des impacts sur la santé et sur l’environnement. Dans son rapport, le chercheur conclut que «l’aubergine Bt peut présenter un risque grave pour la santé humaine et animale et que sa commercialisation devrait être refusée en l'état». Principal grief: l’OGM serait capable d’induire une résistance à l’antibiotique kanamycine. «Le maïs MON 863 et un soja au Roundup autorisés à la consommation en Europe contiennent également un gène de résistance à un antibiotique», rappelle Gilles-Eric Séralini.

Le rapport montre par ailleurs que chez les animaux (chèvres, lapins, vaches, rats) ayant consommé cet OGM, différents paramètres biochimiques (taux de protéines et de sucre dans le sang, appétit, production laitière) sont modifiés par rapport à ceux des animaux contrôles. En outre, «les tests de toxicité les plus longs, d’une durée de 90 jours, ne permettent pas d’évaluer les effets à long terme tels que le développement de tumeurs ou de cancers», souligne Gilles-Eric Séralini.

Ces résultats, repris dans la presse indienne, ont eu un retentissement important puisque le GEAC n’a finalement pas autorisé, le 14 janvier dernier, la commercialisation de l’OGM. Selon un article publié dans l’Hindustan Times le 18 janvier, il aurait décidé de mettre en place un comité chargé de répondre aux questions soulevées par l’étude française. Le chercheur aurait également été invité à présenter ses résultats devant le GEAC. Selon la presse indienne, Mahyco s’est défendu en indiquant que les tests incriminés ont été réalisés par des instituts public réputés.

L’aubergine, cultivée en Inde depuis 4.000 ans, est un légume très utilisé dans la cuisine indienne. A l’heure actuelle, le coton Bt est le seul OGM commercialisé en Inde

Rude bataille autour de six antennes de téléphonie mobile à Rennes

23/01/2009
Rude bataille autour de six antennes de téléphonie mobile à Rennes
SOCIETE - Alors que l’implantation de six antennes relais Bouygues et SFR, sur le clocher de l’Eglise Saint-Melaine à Rennes attend le feu vert de la municipalité, le collectif opposé à cette installation ne désarme pas. Et annonce de nouvelles actions (lâcher de ballons, "happening" sur le marché des Lices) pour alerter sur les risques que ces antennes pourraient faire courir à la santé des enfants, âgés de 3 à 11 ans, de l’école Jean Zay, située à seulement 88 mètres de là. Symptomatique des inquiétudes grandissantes vis à vis des dangers des ondes électromagnétiques (1), cette affaire met également en avant deux visions diamétralement opposées.

Adjoint au maire chargé du dossier, Yves Préault met en doute des études où l’on “croise des disciplines qui n’ont rien à voir entre elles” et estime que la question des antennes est “un faux problème”. “Le vrai combat, c’est le téléphone portable et l’usage qui en est fait”, insiste t-il. Il défend en outre la multiplication des antennes-relais qui permettrait d’en limiter d’autant la puissance. Pour ce qui est du cas de l’école Jean Zay, la ville est en tout cas allé selon lui au delà des précautions strictement nécessaires.
“Les ondes électromagnétiques sont des ondes à hautes fréquences qui sont stoppées au niveau du corps humain et ne présentent pas de dangerosité, affirme t-il. Nous avons néammoins demandé qu’aucun des faisceaux de ces antennes ne soit dirigé vers l’école. De plus, alors que les seuils d’émission sont de 41 V/m et 61V/m selon les technologies, j’ai demandé aux opérateurs qu’elle soit limitée à 1 V/m”.
Autant d’arguments qui font bondir Pierre Le Ruz, biophysicien, président du Criirem (2) et une des références du collectif Jean Zay-Saint Melaine.
“Mr Préault raconte des énormités, s’insurge t-il. Le terme parfois utilisé de radiofréquences prête à confusion mais, comme le montre clairement les tableaux de l’INRS (3), organisme scientifique reconnu, il ne s’agit pas d’ondes à hautes fréquences mais d’hyper-fréquences, lesquelles, comme toute la famille des micro-ondes, pénètrent à différents degrés le corps humain. Par ailleurs, compte tenu de leur implantation, on voit mal comment le faisceau de l’antenne située du côté de la maternelle, avec une émission à 120 degrés, pourra l’éviter. Quant aux normes de 41 V/m et 61V/m, elles ne concernent que les effets thermiques et non les effets à long terme des rayonnements électro-magnétiques. Dans ce cas la dernière recommandation du Parlement Européen, en 1999, est de 1V/m pour l'ensemble des ondes radio-électriques et de plus en plus de voix réclament un seuil de 0,6 V/m pour les technologies sans fil (4). Pour l'église Saint-Melaine, on attend toujours de connaître la puissance réelle des antennes prévues.”
Difficile en tout cas de croire à l’inocuité totale de ces appareils après les exemples de Saint-Cyr l’Ecole et plus récemment de l’école Victor Hugo à Lyon, qui avaient ce type d’antennes sur leur toit et où ont été constatés des cas de tumeurs cérébrales et de leucémies suspects. Sans parler des centaines d’études faisant état de risques avérés et sur lesquelles s’est appuyé le Parlement européen (5) pour réclamer en septembre une réglementation plus sévère.
“Les effets des micro-ondes sur la santé sont connus par les militaires depuis les années soixante-dix, mais les opérateurs ont tout fait pour qu’on n’en parle pas”, remarque Pierre Le Ruz.
A Rennes, le nombre d’antennes dédiées à la téléphonie mobile a doublé en une demi-douzaine d’années, pour atteindre le chiffre d'une centaine aujourd’hui. Les nouvelles technologies 3G (internet, agenda ou vidéos sur le portable), GSM, Wi-Fi, Bluetooth, etc., en exigent il est vrai toujours plus. Mais au fait, tout celà est t-il vraiment indispensable?
“Ce sont des besoins qui ont été créés artificiellement, estime Pierre Le Ruz, qui ne possède pas de téléphone portable. On va savoir où vous êtes, ce que vous faites, combien vous dépensez. Si l'on y prend garde, ces technologies pourront devenir un puissant outil d’espionnage commercial et industriel.”
Yves Préault, qui montre avec enthousiasme son téléphone 3G où il peut consulter ses mails à tout instant, en est au contraire persuadé: “C’est un formidable outil de services qui va se développer rapidement. Tout le monde travaille déjà avec ça”.
Décidément, ces deux-là resteront irréconciliables.
Pierre-Henri ALLAIN

(1) Un autre collectif rennais, comme il en existe dans d’autres villes en France, prosteste contre l’implantation d’une antenne SFR dans le quartier du Haut-Sancé.
(2) Centre de Recherche et d’Informations Indépendantes sur les Rayonnements Electromagnétiques.
(3) Institut National de Recherche et de Sécurité.
(4) Le 13/07/2005 l’ex-secrétaire d’état à l’écologie Nathalie Kosciusko-Moriset avait déposé un projet de loi retoqué, en ce sens.
(5) Le Parlement s’est dit “vivement interpellé” par le rapport international Bio-Initiative qui en fait la synthèse.

(Photo: DR, Pierre Le Ruz)
LIBERATION

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