30.04.2009

Mathis Wackernagel, co-inventeur de l'empreinte écologique, veut croire à la fin prochaine du PIB


Mathis Wackernagel, co-inventeur de l'empreinte écologique, veut croire à la fin prochaine du PIB
LE MONDE | 14.04.09 | 15h11 • Mis à jour le 14.04.09 | 15h11
Mathis Wackernagel est tombé dans l'écologie quand il était petit : "Mon père avait été très frappé par le rapport réalisé en 1972 par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour le club de Rome sur "les limites de la croissance". Quand j'avais à peu près 10 ans, il m'a montré les graphes de ce livre en m'expliquant ce qu'ils signifiaient. Cela a fondé mon intérêt pour la question."
Un intérêt qui ne s'est jamais démenti et a conduit Mathis Wackernagel à devenir le co-inventeur de l'empreinte écologique, une méthode de mesure de l'activité humaine qui pourrait concurrencer le produit intérieur brut (PIB). Celui-ci ne prend pas en compte la dégradation environnementale causée par l'activité économique. Le principe de l'empreinte écologique vise au contraire à calculer la surface d'écosystèmes nécessaire pour fournir les éléments requis par l'activité d'un pays ou d'une région et absorber ses pollutions.
Basé à Oakland, en Californie, Mathis Wackernagel est venu à Paris au début du mois d'avril pour rencontrer des statisticiens du ministère de l'écologie, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que ceux de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, créée début 2008 à l'initiative de Nicolas Sarkozy et présidée par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie. Mission de cette dernière ? Définir de nouveaux indicateurs capables de remédier aux lacunes du système statistique mondial actuel. Son rapport est attendu pour la mi-mai.
Mathis Wackernagel est-il entendu ? "De plus en plus par les experts, estime-t-il. Mais quand l'on regarde les dirigeants du G20, ils abordent tous la récession comme le simple recul du PIB et ne pensent qu'à trouver le moyen de le faire croître encore..." Un postulat que le gamin tombé dans la marmite du rapport au club de Rome s'est juré de mettre à bas.
SCIENTIFIQUE MILITANT
Né en Suisse, à Bâle, en 1962, le jeune Mathis étudie à l'Ecole polytechnique de Zürich, d'où il s'envole en 1990 pour préparer son doctorat au Canada, à Vancouver. Il vient étudier la capacité d'un environnement à supporter l'impact de l'aménagement des territoires. Des mots compliqués, que Mathis Wackernagel, avec son professeur David Rees, cherche à simplifier. "On discutait, une fois de plus, et un jour, David a dit : "Regarde cet ordinateur, il a une faible empreinte au sol"." La remarque paraît simple mais elle sera féconde. Elle conduit les deux compères à formaliser le concept d'empreinte écologique. Après un premier article de David Rees, en 1992, l'idée devient une méthode de calcul validée par de nombreux articles scientifiques.
Mathis Wackernagel a adopté la stratégie d'un scientifique militant. "Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance a été tué par le débat académique, faute de soutien populaire", explique-t-il. Pour s'assurer que le milieu des statisticiens, par définition conservateur - "Ils doivent maintenir des séries de chiffres dans la durée" -, n'enterrera pas l'empreinte écologique, il fait alliance avec des associations puissantes, trouve son principal appui au Fonds mondial pour la nature (WWF) et fonde, en 2003, le Global Footprint Network (Réseau de l'empreinte écologique).
Un scientifique pressé ? "C'est une erreur de croire que l'on peut attendre pour adapter nos sociétés à la crise écologique", dit-il. "Nous sommes en train d'atteindre le pic du pétrole, mais aussi celui de la nourriture, de la pêche, de la biodiversité." Mesurer les dégâts sur l'environnement lui paraît le meilleur moyen de changer la mentalité des politiques.
L'empreinte écologique présente des défauts, qu'il connaît bien, "mais cet indicateur, c'est terrible, est le seul qui permette d'appréhender la dégradation écologique". Dans plusieurs pays (Suisse, Japon, Emirats arabes unis, Belgique), l'empreinte écologique commence en tout cas à être prise au sérieux par les services statistiques.
Hervé Kempf

Produits alimentaires. Plus légers, mais aussi chers


Produits alimentaires. Plus légers, mais aussi chers
15 avril 2009 -
Depuis samedi dernier, les industriels peuvent réduire le poids des aliments dans leurs emballages. Ne serait-ce pas une façon d'augmenter le prix? La question est posée!
Riz, café, farine, fromage, beurre, huile, sucre, jus de fruit, bière, eau minérale, dentifrice, mousse à raser... Une centaine de produits pré-emballés sont concernés par l'arrêté ministériel. Ce dernier transpose en droit français la directive européenne de septembre2007 visant à stimuler la concurrence et le choix des consommateurs. Mais comment comparer le prix au kg d'une nouvelle plaquette de beurre de 240g à celui de la plaquette de 250g qui fait référence aujourd'hui?


«Gare à l'arnaque!», lance une consommatrice lorientaise, qui pousse son chariot dans un hypermarché. C'est sa première réaction, à froid, à la nouvelle mesure qu'elle ignorait totalement. Concrètement, les volumes et les poids de ces aliments ne seront plus encadrés. Jusqu'à présent, par exemple, les industriels laitiers pouvaient conditionner leurs beurres en plaquettes de 125, 250 ou 500 grammes. Désormais, rien ne les empêche d'en proposer en conditionnements de 230 grammes.

Vigilance sur les prix

Les services du secrétariat d'Etat à la Consommation répondent laconiquement qu'ils ont décliné la directive européenne. La Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), affirme qu'elle sera «vigilante sur l'affichage des prix au kg, qui est le point de comparaison entre produits similaires». Mais comment le consommateur va-t-il s'y retrouver puisque rien n'interdit à un industriel ou à un distributeur de pratiquer des prix au kg différents sur des conditionnements différents. Le magazine 60millions de consommateurs a déjà constaté quelques anomalies dans ce domaine.

Industriels réticents

Apparemment, la mesure ne correspond pas aux attentes des industriels, ni des distributeurs. Lactalys, le géant laitier de Laval avec sa marque Président, se montre clairement réticent. «Sur un marché laitier en légère décroissance, ce n'est pas le moment de déstabiliser le consommateur, affirme-t-il. Nous n'avons pas l'intention de nous lancer là-dedans, nous restons sur nos fondamentaux». Il estime que la politique des changements de conditionnements intéresserait davantage les produits à marques distributeurs et les premiers prix. Pas question non plus de changer de politique à la Sill de Plouvien (29) pour ses jus-de-fruit ou ses potages.

«Le prix apparent»

Un industriel breton des plats cuisinés, qui tient à garder l'anonymat, reconnaît qu'une baisse de poids en période de flambée des cours des matières premières peut préserver «le prix apparent». Dans les hypermarchés Carrefour de Langueux (22) et Leclerc de Lannion (22), les responsables du secteur alimentaire ne perçoivent pas l'intérêt de cette mesure. «Les consommateurs ont leurs repères». Ainsi, ils continuent d'acheter le paquet de riz Lustucru à 500g, et boudent celui de 450g appelé à le supplanter. Mais au final, ils seront mis au pied du mur.

• Yves Drévillon

LE TELEGRAMME

Les Français prêts à moins consommer


Environnement. Les Français prêts à moins consommer
15 avril 2009 -
Pour préserver la planète, plus de neuf Français sur dix se déclarent prêts à réduire leur consommation. Le résultat d'un sondage qui témoigne d'une prise de conscience, même si, des bonnes intentions aux actes, il peut y avoir un décalage.
Laisser plus souvent sa voiture au garage au profit du vélo ou des transports en commun, moins éclairer la maison, se priver de quelques degrés en hiver, ne pas laisser couler inutilement le robinet, utiliser moins de sacs en plastique... A en croire un sondage OpinionWay pour Terra Economica (*), ce sont des gestes que les Français, dans leur grande majorité, se disent prêts à faire pour contribuer à préserver l'environnement. Globalement, ils sont 92% à être d'accord pour baisser leur consommation ou limiter certains usages.

Des nuances

Les motivations des Français varient cependant, selon les usages et les consommations. Il y a des nuances. Pour les sacs en plastique, pas de problème: 91% sont prêts à s'en passer. Il faut dire qu'on en distribue de moins en moins aux caisses. La même proportion (42% fortement, 48% modérément) est disposée à économiser l'énergie en éclairant moins la maison. Ils sont aussi près de 90% à dire qu'ils pourraient utiliser moins de produits ménagers... Pour le chauffage et l'eau, ils sont respectivement 84 et 87% à se déclarer prêts à réduire «dès maintenant» leur consommation.

La voiture résiste

Les Français tous écolos? Pas si vite. Pour la voiture, les résultats sont moins nets. 75% se disent, certes, disposés à en réduire son usage mais, en regardant de près le sondage, on constate que les choses ne sont pas si simples. La motivation en ce domaine est toute relative: seulement 23% accepteraient de s'en passer très souvent. On remarquera que c'est dans les villes de 20.000 à 100.000habitants où les usagers de la voiture sont prêts à faire le plus d'efforts. Motivation toute relative également pour l'avion: ils ne sont que 43% à répondre qu'ils accepteraient de diminuer la fréquence de leurs voyages. Les jeunes seraient les moins enclins à le faire.

Produits bio et commerce équitable

Ce sondage confirme, par ailleurs, la nette percée du bio. 58% des consommateurs interrogés ont acheté un produit bio au cours de ces trois derniers mois, principalement des fruits et des légumes. Mais des produits auxquels n'ont pas encore accès toutes les catégories: si 73% des cadres supérieurs en achètent, il n'y a que 44% d'ouvriers et les 18-24 ans sont moins nombreux que leurs parents à se dire concernés par le bio. Le commerce équitable connaît également une sensible montée en puissance. 52% des sondés disent avoir acheté, au cours de ces trois derniers mois, un produit qui en est issu. Le prix reste l'explication la plus souvent avancée par ceux qui n'achètent pas de produits bio ou issus du commerce équitable.

(*) Etude réalisée les 11et 12mars auprès d'un échantillon de 1.014 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L'ensemble du sondage et un dossier complet sont disponibles sur www.terraeco.net

A son tour, l'Allemagne suspend le maïs transgénique de Monsanto


A son tour, l'Allemagne suspend le maïs transgénique de Monsanto
LEMONDE.FR avec AFP | 14.04.09 | 14h11 • Mis à jour le 14.04.09 | 16h35
Après l'Autriche, la France, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg, l'Allemagne a annoncé, mardi 14 avril, qu'elle suspendait la culture du maïs génétiquement modifié MON810 de Monsanto, rejoignant ainsi cinq autres pays européens, contre l'avis de la Commission européenne.
La ministre de l'agriculture, Ilse Aigner, a justifié cette décision par la possibilité que cette semence OGM, fabriquée par le géant agro-industriel américain Monsanto, puisse présenter des dangers pour l'environnement. "Ce n'est pas une décision politique. Elle a été prise dans l'intérêt de l'environnement (...) nous avons mené une étude rigoureuse pour peser le pour et le contre", a-t-elle argumenté au cours d'une conférence de presse.
La ministre a notamment expliqué cette décision par "de nouveaux éléments scientifiques", en l'occurrence "deux nouvelles études" qui avaient amené le Luxembourg à prendre une décision comparable fin mars. Ces études mettaient en évidence des incidences de la culture du MON810 sur des organismes "non cibles", qui n'avaient pas été étudiés jusque-là, a ajouté le responsable des technologies génétiques au ministère de l'agriculture, Wolfgang Köhler, citant en exemple les papillons et les coccinelles.
En 2008, 4 000 hectares de maïs transgénique ont été cultivés en Allemagne, et des cultures sur 3 700 hectares avaient été autorisées pour 2009, soit environ 0,2 % de la surface de maïs cultivée dans le pays. Le MON810 est le seul OGM cultivé dans l'UE. Il y a été homologué en 1998, pour dix ans. Le renouvellement de cette autorisation est en cours d'évaluation.
Seule une décision de la Commission, soutenue par une majorité qualifiée d'Etats de l'UE, pourrait mettre fin à la décision allemande. Or les ministres de l'environnement ont mis leur veto, début mars, à une proposition de la Commission visant à contraindre l'Autriche et la Hongrie à revenir sur des interdictions semblables. Ce vote était une très bonne nouvelle pour la France et la Grèce : elles peuvent maintenant espérer que leurs interdictions de cultiver ce maïs, qui doivent être soumises prochainement au vote des pays de l'UE, seront maintenues.
Pour en savoir plus:
- Le Spiegel Online rappelle que cette décision est également très politique. Le CSU, l'allié bavarois du CDU, était en effet fermement opposé au MON810, contrairement à son grand frère conservateur. A quelques mois des élections européennes et législatives en Allemagne, les arguments des Bavarois en faveur d'une interdiction soutenue par la majorité des Allemands semblent donc l'avoir emporté.
- Pour le Tageszeitung, cette interdiction est une nouvelle défaite pour la Commission européenne, qui milite pour la levée de toutes les interdictions de MON810 au sein de l'UE.

29.04.2009

Les terres agricoles, de plus en plus convoitées

Les terres agricoles, de plus en plus convoitées
LE MONDE | 14.04.09 | 15h09 • Mis à jour le 14.04.09 | 17h45
Cet article est le premier d'une série sur la ruée vers les terres arables, qui a amené Le Monde à enquêter au Mali, aux Maldives, en Arabie saoudite et au Kazakhstan.
Pas un jour sans que de nouveaux hectares ne soient cédés. Les petites annonces de terres agricoles à vendre passent maintenant dans la presse financière internationale. Et les clients ne manquent pas. "Fin 2008, constate Jean-Yves Carfantan, auteur du Choc alimentaire mondial, ce qui nous attend demain (Albin Michel, 2009), cinq pays se distinguaient par l'importance de leurs acquisitions de terres arables à l'étranger : la Chine, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, le Japon et l'Arabie saoudite. Ensemble, ils disposent aujourd'hui de plus de 7,6 millions d'hectares à cultiver hors territoire national, soit l'équivalent de 5,6 fois la surface agricole utile de la Belgique." Le phénomène d'accaparement des terres n'est certes pas nouveau, remontant aux premières colonisations. Mais, de l'avis de nombreux observateurs, économistes et ONG, il s'accélère.

La flambée des cours des matières agricoles de 2007 et 2008, à l'instar de ce qui s'était passé lors de celle des années 1970, a décidé beaucoup d'investisseurs privés à se tourner vers le foncier. La chute des prix ne les a pas fait fuir. Comme le note Grain - une ONG internationale qui cherche à promouvoir la biodiversité agricole -, dans un rapport publié en octobre 2008 et intitulé "Main basse sur les terres agricoles", "avec la débâcle financière actuelle, toutes sortes d'acteurs de la finance et de l'agroalimentaire - fonds de retraite, fonds spéculatifs, etc. - ont abandonné les marchés dérivés, et considèrent que les terres agricoles sont devenues un nouvel actif stratégique".

Ils ne sont pas les seuls. De nombreux Etats font la même analyse, pas pour trouver des sources de plus-values, mais pour des raisons de sécurité alimentaire. "Le but est clairement de parer aux conséquences d'une stagnation de leur production intérieure provoquée, entre autres, par une urbanisation galopante et la diminution des ressources en eau", explique M. Carfantan. Les terres arables se font de plus en plus rares au Proche-Orient, par exemple. Les monarchies pétrolières investissent donc depuis trois ans dans la création d'annexes extraterritoriales. Le Qatar dispose de terres en Indonésie ; Bahreïn aux Philippines ; le Koweït en Birmanie, etc.

"DÉLOCALISATION AGRICOLE"

Rien d'étonnant à ce que le gouvernement chinois ait, de son côté, fait de la politique d'acquisition de terres agricoles à l'étranger l'une de ses priorités : le pays représente 40 % de la population active agricole mondiale mais ne possède que 9 % des terres arables du globe, rappelle M. Carfantan. Quant au Japon et à la Corée du Sud, ils importent déjà 60 % de leur alimentation de l'étranger.

La prospection des responsables politiques des pays du Sud s'intensifie. Fin 2008, Mouammar Kadhafi, le chef de l'Etat libyen, est venu en Ukraine pour proposer d'échanger du pétrole et du gaz contre des terres fertiles (en location). L'affaire serait en passe d'être conclue. Jeudi 16 avril, c'est une délégation jordanienne qui se rendra au Soudan pour renforcer un peu plus sa présence agricole initiée depuis dix ans déjà. Mais le mouvement concerne aussi l'Europe. Selon l'hebdomadaire La France agricole, 15 % de la surface totale de la Roumanie, soit plus de 15 millions d'hectares, seraient entre les mains de propriétaires originaires d'autres pays européens.

Cette stratégie de "délocalisation agricole" n'est pas sans conséquences. Quid des populations locales directement menacées par cette marchandisation de la terre dont elles vivent ? La planète compte aujourd'hui 2,8 milliards de paysans (sur une population totale de 6,7 milliards d'habitants) et les trois quarts des gens qui ont faim habitent dans les campagnes. Les cadastres sont souvent inexistants. Comment se fait et se fera l'indemnisation de ceux qui exploitent et vivent de la terre s'ils n'ont pas de titres de propriété ?

"Les organisations de producteurs nous alertent de plus en plus sur la question de la concentration du foncier et sur les conflits entre les petits paysans et l'agrobusiness qui exploite pour exporter", explique Benjamin Peyrot des Gachons, de l'ONG Peuples solidaires qui a choisi d'organiser un Forum international sur l'accès à la terre (à Montreuil, les 18 et 19 avril) pour célébrer la Journée mondiale des luttes paysannes du 17 avril. Des agriculteurs d'Inde, d'Equateur, du Brésil, du Burkina Faso et des Philippines viendront témoigner.

L'ONG milite pour le développement du droit d'usage - les terres restant à l'Etat -, et non pour celui du droit de propriété, qui a la faveur de la Banque mondiale. Si l'attribution de titres de propriété peut permettre de faire coexister agriculture familiale et présence d'investisseurs étrangers, Peuples solidaires "estime que les paysans n'auront pas les moyens d'acquérir des terres". Et même si on leur en attribue, "ils seront vite contraints à vendre en cas de difficultés". Selon l'ONG, le droit de propriété privilégierait donc les gros exploitants, étrangers ou non.

Autre difficulté provoquée par cette course aux terres arables : la cohabitation entre pays investisseurs et la population locale. "Regardez ce qui s'est passé à Madagascar après l'annonce de la location de 1,3 million d'hectares au groupe sud-coréen Daewoo, reprend M. Carfantan. Ce fut l'explosion. Je crois que les tensions seront inévitables où que ce soit, faisant des enclaves agricoles étrangères de véritables forteresses assiégées." A moins, analyse-t-il, que partage des récoltes et transfert de technologies soient organisés, afin de tabler sur le long terme.


--------------------------------------------------------------------------------
Prochain volet : le Mali.


Marie-Béatrice Baudet et Laetitia Clavreul

Retourner à la terre ne serait pas très écolo


Retourner à la terre ne serait pas très écolo

10 avril 2009. - Aux Pays-Bas, la dispersion des cendres dans les bois et l'enterrement à même le sol ont fait l'objet d'une étude détaillée, commandée par le ministère de l'Environnement. Les phosphates et le calcium seraient nocifs pour les sols.

Depuis des siècles, les Néerlandais pratiquent la mise en terre et la dispersion des cendres dans les bois. Une tradition qui bénéficie d'un retour en grâce sur fond de mode écolo et préoccupe les scientifiques du pays, au point que le ministère de l'Environnement se penche sur la question et commande une étude intitulée : "Retour à la nature". Selon ses auteurs, les phosphates et le calcium, qui émanent des corps, enterrés à même le sol seraient néfastes pour la flore et la faune, en particulier pour les insectes. Car sur un plan strictement scientifique, la décomposition des corps embaumés, ainsi que les cendres qui en résultent génèrent des matières organiques nuisibles qui entament la croissance des arbres. Les phosphates en trop grande quantité endommagent la qualité des eaux, jusque dans les nappes phréatiques.
Aux Pays-Bas, le sujet reste délicat. Le rapport appelle à une imminente réglementation de ces pratiques et à la "définition d'un cadre juridique strict sur cette question". Pour répondre aux demandes croissantes de cérémonies dans les bois, le gouvernement a décidé de créer deux nouveaux cimetières naturels. Il en existe déjà deux dans le pays, d'une capacité de 1 800 à 20 000 emplacements. En France, la dispersion des cendres en pleine nature est autorisée, excepté sur les voies publiques, après avoir fait préalablement une déclaration à la mairie de la commune du lieu de naissance du défunt.
- Une urne biodégradable disposée dans les racines d'un arbre -
Tandis que l'étude néerlandaise dévoile les effets néfastes de ces pratiques funéraires prétendument green, le secteur des pompes funèbres s'adapte aux attentes d'un nombre croissant des clients qui souhaitent un dernier voyage dans la nature. Des cercueils biodégradables sont désormais accessibles à la vente et offrent la garantie d'une conception écologique, sans matériaux toxiques, à base de carton, de pin ou de bambou. Les prix sont d'ailleurs moins élevés, une centaine d'euros contre plusieurs milliers pour les traditionnels cercueils en pin ou chêne, et peuvent être peints et décorés à l'aide de peintures écologiques. Aux Etats-Unis, certains sont confectionnés à basse de papier journal recyclé.
En France, les "Arbres de mémoires" offrent une alternative à l'enterrement sauvage. Les cendres des disparus sont transférées dans une urne biodégradable disposée au sein des racines d'un arbre choisi parmi douze essences. Plusieurs dizaines de défunts ont choisi cette pratique et reposent dans un parc de 4,5 hectares inauguré en 2004, situé à Pruillé, près d'Angers. Dans ce cas, l'interaction ne serait pas nocive pour la nature. "La crémation en elle-même n'est pas un procédé écologique, mais en plantant un arbre et en évitant les produits toxiques nous souhaitons laisser un message positif et respectueux aux générations futures", explique Reginald Freuchet, Directeur des Arbres de mémoires.
Plébiscités par de plus en plus de fidèles, les enterrements écolos doivent être encadrés, afin d'éviter les excès. A Zurich, un arbre commun a été érigé pour respecter les souhaits des défunts, mais aucune plaque n'est apposée dans le souci de respecter l'environnement.
Par Marie Varasson
ECO LIFE

Produits phytosanitaires: difficile d’évaluer leur impact sur la santé


Produits phytosanitaires: difficile d’évaluer leur impact sur la santé
14/04/2009 11:40
Suite au Grenelle de l’environnement, le plan Ecophyto 2018 prévoit une réduction de 50% de l’utilisation des produits phytosanitaires en 10 ans. Cette mesure, jugée ambitieuse par les métiers de l’agriculture, répond à une forte inquiétude de la part de la population. Pour éclairer le débat autour de ces produits, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a auditionné plusieurs acteurs du secteur.
«En 2008, selon un sondage Ifop, 80% des Français se sont déclarés inquiets de la présence de pesticides dans leur alimentation», a rappelé François Veillerette, co-auteur du livre «Pesticides: révélations sur un scandale français» (2007). L’accès à une impressionnante quantité d’informations pose en effet de nombreuses questions quant à l’impact de ces produits sur la santé. «Aujourd’hui, nous souhaitons faire un point scientifique et distinguer la réalité objective du ressenti qui, lui, est basé sur l’idée que l’on peut avoir de la réalité», a donc déclaré Jean-Claude Etienne, sénateur de la Marne et premier vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), en introduction au débat qui s’est tenu à l’Assemblée nationale jeudi 9 avril. Intitulée «Les effets des phytosanitaires sur la santé humaine», cette audience publique a réuni une quinzaine de personnes, représentant des scientifiques, des industriels, et des agences gouvernementales. Elle alimentera le rapport de l’Opecst qui devrait voir le jour à l’automne prochain.

Premier constat: malgré les très nombreuses études qui portent sur les résidus de pesticides, l’impact de ces produits sur la santé humaine est finalement peu connu.
Chez les usagers de pesticides, qui représentent pourtant la catégorie la plus étudiée, les scientifiques cherchent encore à faire le lien entre exposition et pathologies. «Toutes localisations confondues, il y a moins de cancers chez les exploitants agricoles que dans la population générale», a indiqué Pascal Gauduchon, directeur du Grecan (Groupe régional d’études sur le cancer). En revanche, il existe «un excès de risque, limité mais confirmé, de cancers de la prostate et d’hémopathies malignes comprenant des lymphomes et des leucémies». Problème: «Si on exclut le tabagisme, 86% des cancers mortels restent inexpliqués», a-t-il précisé. Il faudrait donc améliorer la qualité des données d’exposition aux pesticides et la puissance statistique des études. C’est l’objectif d’Agrican, une étude portée par le Grecan, qui s’est donné comme objectif de rechercher le lien entre agriculture et cancers. Avec 182.000 participants, Agrican porte sur la plus large cohorte agricole existante. Les données sont en cours d’analyse et les premiers résultats devraient arriver en 2010.

Concernant la population générale, la situation est plus floue encore. «95% des résidus de pesticides proviennent d’un usage agricole. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’exposition personnelle vient d’abord de l’usage particulier de certains produits», a rappelé Martin Guespereau, directeur général de l’Association française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). «Il y a beaucoup moins d’études, et les difficultés méthodologiques rendent l’interprétation difficile: multiples expositions, pathologies multifactorielles, évaluation de l’exposition peu précise, etc.», a estimé Florence Coignard, épidémiologiste en santé-environnement à l’InVS (Institut national de veille sanitaire). Ainsi, au vu des études déjà réalisées, il n’est pas possible de faire un lien entre cancer du sein et DDT (un pesticide aujourd’hui interdit en France), il existe des présomptions de lien entre utilisation de pesticide à domicile durant la grossesse et cancers de l’enfant, et certains pesticides présentent des effets délétères sur la fertilité. «Il reste beaucoup de lacunes. Une méthodologie de calcul de l’exposition est nécessaire pour tirer des conclusions», a affirmé Florence Coignard, prudemment.

Une chose est sûre cependant: les produits phytosanitaires laissent des traces dans l’environnement. Martin Guespereau a présenté un état des lieux de la présence de ces produits dans les différents milieux. Eaux de surface (le glyphosate est la principale cause de déclassement des eaux), eaux souterraines (DDT et lindane, un insecticide également interdit en France aujourd’hui), atmosphère, sols et air intérieur: dans tous ces milieux, l’Afsset a relevé la présence de nombreux produits. Les sols, notamment, en tant que réserves de polluants, peuvent présenter des concentrations importantes. «Nous devons aller plus loin dans la surveillance et la collecte de données, informer commune par commune, et travailler sur les cocktails de pesticides», a indiqué Martin Guespereau. Côté alimentation, «excepté dans le cas du chlordécone, aucune étude ne montre de dépassement de la DJA (dose journalière admissible) en termes d’apport sur les substances prioritaires», a rapporté Jean-Luc Volatier, responsable du pôle d’appuis scientifique à l’évaluation des risques à la Direction de l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments). Mais là encore, il faut réaliser d’autres études car les techniques analytiques ne permettent pas de quantifier assez finement les apports réels dans le cas de tous les régimes alimentaires.
Jean-Charles Boquet, directeur général de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) a lui aussi appelé à la poursuite des études. «Elles sont rassurantes. Mais il faut rester vigilant, et prendre en compte seulement celles qui sont soumises à un comité de lecture avant publication», a-t-il tenu à préciser.
Bref, «aujourd’hui, on n’a pas de démonstration de risque établie, mais on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de risques», a résumé Jean-Claude Etienne.

JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT

1 100 milliards, et ça repart?


1 100 milliards, et ça repart?
Par François SCHOTT
Eco-Life.fr, le journal de l’économie durable
A Londres, les pays du G20 ont promis un nouvel ordre mondial, tout en débloquant des milliards de dollars pour sauver un système en faillite. Un pari difficile, qui laisse les spécialistes du développement durable perplexes. Du côté des ONG, on s'inquiète du peu de cas accordé par le G20 aux pays pauvres, les plus touchés par les dérèglements du commerce international.
Il y a le scénario favorable, écrit par les dirigeants des pays les plus riches de la planète. Les plans de relance américain et européens amorcent la pompe de la consommation et de la croissance dans les pays industrialisés. Le plan de soutien à l'économie mondiale - 1 100 milliards de dollars dont la moitié allouée au Fonds monétaire international (FMI) - enraye la fuite des capitaux qui touche actuellement les pays émergents. Le commerce international reprend de plus belle, et avec lui, la croissance de l'économie. "1 100 milliards, c'est conséquent", souligne Christine Rifflart, économiste au Centre de recherches en économie de Sciences Po (OFCE). "Si on arrive à neutraliser les effets de la crise dans les pays émergents via les moyens accordés au FMI, à la Banque mondiale et aux autres banques de développement, on peut éviter une crise majeure".

Mais d'autres scénarios menacent. La reprise attendue début 2010 aux Etats-Unis pourrait se faire attendre. "On ne peut pas éliminer en un an une crise d'une telle ampleur", observe Christine Rifflart. Pour elle, 2009 et 2010 seront des années de récession. Ensuite, "le risque est que ça aille mieux aux Etats-Unis et en Europe sous l'effet des plans de relance nationaux, mais que les capitaux continuent à fuir les pays émergents". Du côté des ONG de développement, on s'inquiète du peu de cas accordé par le G20 aux pays pauvres, les plus touchés par les dérèglements du commerce international. "Quand on lit la déclaration finale, on voit que leur place est très faible. On n'a pas pris les mesures pour faire face à la crise dans ces pays", s'insurge Katia Herrgott, chargée de à la coordination Solidarité urgence développement, qui regroupe une quarantaine d'ONG françaises.

Pas assez d'aide publique au développement

Pour eux, pas de plans de relances nationaux et peu d'espoir d'avoir accès aux prêts du FMI, fussent-ils à des conditions moins strictes que par le passé. "Les pays pauvres, notamment africains, n'ont pas un grand poids dans les instances internationales", précise Christine Rifflart. A Londres, le président américain Barack Obama a pourtant eu une pensée pour ces pays. "Les États-Unis ont pour objectif de doubler leur soutien au développement de l'agriculture, soit plus d'un milliard de dollar, pour donner aux gens les moyens de se sortir eux-mêmes de la pauvreté", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet.

L'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime quant à elle qu'il faudrait 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde. A l'instar de Barack Obama, elle préconise d'accroître la production et la productivité agricoles dans les pays les plus pauvres. Mais, selon Katia Hergott, les sommes affichées au sommet de Londres cachent d'autres réalités. "Les pays riches donnent d'un côté et reprennent de l'autre", estime-t-elle. "Fin 2008, la France a suspendu 55 projets d'aide publique au développement, pour un montant de 468 millions d'euros. L'Irlande, elle, a réduit de 20% le montant de son APD depuis le début de l'année". La part de l'agriculture dans l'APD n'a cessé de baisser depuis 30 ans, observe pour sa part la FAO. En 2006, elle était de 3%, contre 17% en 1980.

Sans une hausse drastique de leur aide aux pays pauvres, les leaders de la planète n'atteindront pas les Objectifs du Millénaire pour le Développement, sur lesquels ils se sont pourtant réengagés à Londres, ajoute Katia Hergott. Parmi ces objectifs figurent notamment la réduction de moitié de la pauvreté dans le monde entre 1990 et 2015, la réduction des deux tiers de la mortalité infantile et l'accès à l'éducation primaire pour tous.

28.04.2009

Le CEA veut réduire le coût des panneaux solaires


Le CEA veut réduire le coût des panneaux solaires
Anne Jouan
10/04/2009 | Mise à jour : 12:33

Le photovoltaïque, cette énergie renouvelable qui permet de produire de l'électricité en transformant une partie du rayonnement solaire, souffre en France de deux handicaps majeurs.
L'Hexagone a longtemps été à la traîne de pays comme l'Allemagne, le Japon et les États-Unis en matière de recherche notamment. Il y a encore quatre ans, seule une soixantaine de personnes réparties dans une vingtaine de laboratoires travaillait sur ces sujets. «Or, si l'on veut être crédible, il faut être 200, comme en Allemagne», explique Didier Marsacq, directeur du CEA (Commissariat à l'énergie atomique)-Institut Liten (laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux).
Ensuite, l'énergie photovoltaïque est beaucoup trop chère. Ce qui signifie que sans incitation financière ni subventions, elle n'est pas compétitive par rapport aux autres énergies disponibles. «Le prix du photovoltaïque doit être divisé par trois», estime ainsi Jean-Pierre Joly, directeur général de l'Institut national de l'énergie solaire. L'objectif étant de franchir la barre de l'euro par watt. Scientifiquement, il est donc nécessaire d'augmenter les rendements de conversion des cellules, autrement dit leur capacité à récupérer et transformer la lumière reçue en électricité et de mettre au point des processus de fabrication moins chers. Sans oublier, bien sûr, de réduire la contrainte liée au caractère aléatoire et forcément intermittent de cette énergie.
Le silicium, utilisé depuis longtemps, comme composant essentiel du verre, est l'élément chimique le plus abondant dans la croûte terrestre, après l'oxygène. En tant que semi-conducteur, le silicium est le matériau clé des cellules photovoltaïques qui sont ensuite montées en panneaux solaires, tout comme il l'est dans l'industrie électronique. «La matière première est abondante, la technologie éprouvée et les rendements de production importants», explique Jean-Pierre Joly. Mais le prix du silicium est très élevé : entre le début 2007 et la fin 2008, le prix du kilogramme a triplé, passant de 40 à plus de 120 €.
La voie métallurgique
Outre les questions de coût, sa purification s'avère particulièrement consommatrice en énergie et productrice de gaz à effets de serre. Du coup, les chercheurs limitent leurs exigences en matière de purification en remplaçant par exemple les procédés chimiques par la voie métallurgique. Le CEA et le Liten espèrent ainsi obtenir un minerai de silicium aux alentours de 25 € le kg en réduisant notamment le temps de purification qui a été divisé par deux. L'objectif étant de faire baisser les coûts des systèmes photovoltaïques de 25 %.
«Il est important de travailler sur tous les maillons de la chaîne pour faire baisser les coûts», note encore Jean-Pierre Joly. L'objectif des chercheurs est de fabriquer les cellules photovoltaïques de «quatrième génération» en utilisant les caractéristiques électroniques des nanostructures.
Pour mener à bien ces recherches, le CEA a créé, avec EDF Énergies nouvelles et Photowatt, une société baptisée PV Alliance dont le laboratoire pilote devrait être opérationnel prochainement. «On a fait le pari de la recherche et du développement pour monter une industrie en France», explique son directeur, Éric Laborde.
LE FIGARO VERT

Mission difficile pour le Grenelle de la mer


Mission difficile pour le Grenelle de la mer
LE MONDE | 13.04.09 | 14h50 • Mis à jour le 13.04.09 | 14h50
Le Grenelle de la mer a débuté ses travaux. Près de 200 experts - représentants de l'Etat, des élus, des syndicats, des fédérations professionnelles et des écologistes - vont plancher pendant deux mois afin de formuler ce que pourrait être la future politique française de la mer. L'Hexagone détient le deuxième espace maritime au monde grâce à ses territoires d'outre-mer.
Le ministre de l'écologie Jean-Louis Borloo a demandé aux participants d'être "ambitieux et innovants". Le processus suivra ensuite les autres étapes déjà initiées par le Grenelle de l'environnement : consultation en ligne des Français et organisation de réunions publiques en région. Une table ronde finale est prévue au début de l'été.
Mais, entre une corporation des pêcheurs en crise et des organisations non gouvernementales (ONG) qui appellent à "un véritable changement de cap", le dialogue ne sera pas facile. L'exercice risque aussi de buter rapidement sur un obstacle de taille : la politique de la pêche se décide au niveau européen, à Bruxelles. La navigatrice Isabelle Autissier qui, avec d'autres personnalités, tel l'écrivain Erik Orsenna, pilotera les débats, pressentait le 10 avril, au lendemain des premières réunions de travail, que "ce Grenelle serait peut-être plus compliqué".
Le Grenelle de l'environnement était largement passé à côté des enjeux que représentent les milieux marins. Les océans et les zones côtières fournissent plus de 60 % des services rendus à l'homme par l'ensemble des écosystèmes. Plus d'un milliard de personnes dépendent des ressources halieutiques pour leur alimentation en protéines animales. Et les océans assurent un quart du stockage des gaz à effet de serre.
Le Monde a demandé à quatre experts d'éclairer quelques-uns des enjeux majeurs de la négociation.
Philippe Cury, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et membre du conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot
Il faut enrayer l'effondrement des stocks de poissons. Les principales espèces consommées sont dans une situation critique en Méditerranée, et 80 % des stocks de la mer du Nord sont surexploités. Certes, le thon rouge est le symbole de cette surexploitation, mais la lotte, le grenadier, le mérou sont aussi menacés. On exploite partout, à n'importe quelle profondeur.
Il faut stopper cette course folle pour reconstituer les stocks et, pour cela, il faudra restreindre les prises. La pêche actuelle n'est viable ni écologiquement ni économiquement. Les subventions accordées depuis trente ans n'ont fait qu'aggraver les choses. J'espère que le Grenelle va permettre de renouer un dialogue aujourd'hui rompu entre pêcheurs, politiques et scientifiques, et que nous pourrons nous entendre pour tester de nouveaux modèles de pêche.
Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l'union internationale pour la conservation de la nature (UICN)
Il est plus que nécessaire d'étendre les espaces protégés. La mer est la grande oubliée des politiques de protection de la nature. Les objectifs internationaux auxquels nous avons souscrit prévoient de placer d'ici à 2012 au moins 10 % des écosystèmes en aires marines protégées. Or, moins de 0,1 % des eaux marines françaises bénéficient d'un statut de protection, alors que la France, avec ses territoires d'outre-mer, a sous sa responsabilité 10 % des écosystèmes lagunaires et 20 % des atolls mondiaux.
La richesse des milieux marins est très liée à la qualité des massifs coralliens, qui sont un maillon essentiel de la chaîne écologique. Toutes les études confirment leur état de dégradation. Le Grenelle devra acter une politique ambitieuse de protection de ces milieux, qui sont de surcroît particulièrement sensibles au réchauffement climatique.
Jean-Claude Bonnafé, du Conservatoire du littoral
L'un des objectifs est de lutter contre la pollution et le mitage du littoral. Les côtes sont sous pression : urbanisation, développement d'activités en tout genre, mitage résidentiel et industriel. On a longtemps géré la mer et les espaces côtiers comme deux mondes séparés. Or les activités terrestres sont à l'origine de 80 % des pollutions en mer. Le Conservatoire du littoral s'est fixé pour objectif de racheter 220 000 hectares de rivages d'ici à 2050, afin de préserver ce "tiers sauvage" qui doit garantir la préservation de nos écosystèmes côtiers dans leur diversité.
Nous avons fait la moitié du chemin. Mais cela devient de plus en plus difficile de continuer. L'aménagement du littoral ne doit plus dépendre de logiques communales, mais être pensé à une échelle géographique plus large.
Julien Rochette, de l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI)
Le Grenelle doit être l'occasion de nous interroger sur notre politique extérieure et de redéfinir les règles du jeu international. On ne peut pas tenir un discours sur la pêche durable dans nos eaux territoriales et continuer à envoyer nos chalutiers piller les ressources des côtes africaines contre des compensations très insuffisantes pour les pays concernés.
Certes, cette problématique relève de choix européens, mais la France, compte tenu de l'étendue de son espace maritime, serait légitime à proposer une autre politique. La faiblesse des règles encadrant l'exploitation de la haute mer demeure un problème majeur. Les industriels s'y livrent à une véritable bataille pour s'approprier de nouvelles ressources génétiques. La négociation internationale sur ce sujet est bloquée, mais là encore, cela n'interdit pas à la France de se montrer plus active.
Laurence Caramel

Toutes les notes