24.05.2009
Antennes-relais: «la question du seuil ne résoudra probablement pas la controverse»
Antennes-relais: «la question du seuil ne résoudra probablement pas la controverse»
11/05/2009 10:56
Alors que la table ronde sur les impacts sanitaires des antennes-relais met en lumière les divergences entre les parties prenantes, Danielle Salomon, chercheur associé au Centre de sociologie des organisations et fondatrice du bureau d’études Risques & Intelligence revient sur les sources de la controverse et éclaire les enjeux du «Grenelle des ondes».
Quelle est l’origine historique des revendications des associations ?
Au départ il s’agit essentiellement de troubles de voisinage causés, par exemple, par le bruit des travaux d’installation des antennes, sans information des habitants. Mais les inquiétudes augmentent plus tard, en lien avec la généralisation des téléphones portables. Ainsi, lorsque la mobilisation associative démarre, à la fin des années 90, le territoire est déjà couvert par plus de 30.000 antennes. Les questions initiales des riverains (rôle des antennes, impact sur le prix du foncier, esthétique et effets sur la santé) demeurent toutefois sans réponses. Ce besoin d’information non satisfait a nourri la contestation. La stratégie de mise en réseau des informations opérée par les associations s’est en revanche révélée très efficace puisque les plaintes ne concernaient qu’un nombre très limité de localités.
La contestation est-elle similaire dans les autres pays européens?
Bien que les mouvements naissent à la même époque partout, la prise en charge du problème par les pouvoirs publics va différer en fonction de la structure administrative du pays -centralisée ou fédérale- de la définition officielle de la santé (prise en considération -ou non- de la notion de bien-être) et de l’intégration du principe de précaution dans la législation et dans l’application des politiques. Les pays à structures administratives fédérales et à définition large de la santé ont en général fait le choix de seuils plus bas, sans que cela n’empêche les mouvements locaux.
Quel a été le rôle de la justice ?
Dans tous les cas, les conflits se sont réglés devant les tribunaux. En France, les opérateurs ont, jusqu’à ce jour, systématiquement obtenu gain de cause devant la justice en faisant annuler les arrêtés municipaux d’interdiction d’implantation motivés par une invocation du principe de précaution. De fait, les magistrats qui s’appuient sur les compétences de l’Etat en matière de santé n’ont pu que constater l’absence de risque sanitaire sérieux mis en avant par les rapports d’expert. D’ailleurs les décisions judiciaires récentes ont justifié le démontage des antennes par un motif de trouble de voisinage et non pas sanitaire (1).
Quel est le rôle des différents acteurs de la scène médiatique?
Au-delà de certaines associations spécialisées, les ONG plus généralistes (Amis de la Terre, WWF) sont moins présentes sur la questions des antennes. De nouveaux alliés sont cependant apparus: les professionnels de santé et le professeur Belpomme. Ce dernier s’attache à démontrer la réalité physiologique d’effets des ondes sur la santé chez les personnes électrohypersensibles (EHS). La reconnaissance de ces souffrances -en tant que maladie et non pas trouble psychosomatique- est un enjeu important, car s’il n’est pas pris au sérieux, il peut nourrir la colère et un sentiment de déni. Je conduis justement deux études sur les professionnels de santé et les questions de santé-environnement.
Comment expliquez-vous la fracture entre la science «officielle» et les ONG ?
Le système de gestion sanitaire français s’est construit autour de la «science dure» des laboratoires. Or le discours désincarné de cette «science officielle» très éloigné de la réalité des situations vécues par la population a plus de chance d’être critiqué. Dans un contexte d’incertitudes, où la science ne peut répondre à tout, ce système est fragilisé. Il faut rappeler qu’au départ la question de l’impact sanitaire n’était pas centrale mais l’est devenue par construction ultérieure (2).
L’accusation de conflits d’intérêt à l’encontre des experts vous semble-t-elle justifiée ?
La recherche publique en France, pauvre en moyens, a besoin d’établir des partenariats privés, mais cela ne signifie pas que les chercheurs ne sont pas libres pour établir et réaliser leurs protocoles ! Par ailleurs, l’indépendance des experts dits «indépendants» et soutenus par les associations n’est pas toujours si claire. En outre, sur d’autres sujets sensibles comme les boues d’épuration par exemple, la recherche, même privée, n’est pas toujours ainsi stigmatisée.
Que peut-on attendre de la table ronde «Radiofréquences, santé et environnement» qui s'est ouverte le 23 avril dernier ?
Une concertation à 5 collèges ouvre le champ du débat, jusqu’alors confiné à une opposition entre associations, experts et Etat. La position du Medef dont les dirigeants ont une responsabilité vis-à-vis de la santé de leurs salariés serait intéressante à connaître. La prise de position des syndicats au côté des associations dans une décision de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) ainsi que les positions récentes de collectivités locales peuvent amener à une modification des rapports de force. Cependant, l’organisation assez improvisée et la position très maladroite du gouvernement contestant l’hypothèse d’un impact sanitaire des antennes, avant le début de la table ronde, ne sont pas du meilleur effet.
Par ailleurs, la question du seuil d’exposition [que les associations réclament d’abaisser à 0,6 volt par mètre (V/m)] est une fausse question qui ne résoudra probablement pas la controverse, même dans l’hypothèse où les politiques décident de l’abaisser à 3 ou 4 V/m. De fait, dans les pays ayant fait ce choix ou même dans la Ville de Paris qui garantit à tout habitant un seuil inférieur à 2V/m, toutes les contestations n’ont pas été évacuées. Pourtant, la mise en place de chartes locales entre opérateurs, élus et riverains a plutôt démontré leur capacité à apaiser les conflits en permettant une meilleure information, une confrontation des points de vue et l’établissement de règles communes (seuils, respect de distance avec les lieux sensibles) sur la base desquelles des décisions opposables sont prises. Mais le sujet,médiatique et politique, reste sensible, et ce faisant, évolutif. En poussant la logique, l’on pourrait dire que les principaux risques sont d’abord politiques !
(1) Dans le JDLE «Croisade judiciaire contre les antennes-relais»
(2) Dans le JDLE «C’est l’Etat qui a qualifié les antennes-relais de risque sanitaire»
JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
03:18 Publié dans Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane









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