02.06.2009

L'environnement fait son cinéma

L'environnement fait son cinéma

Par Anne de MALLERAY
Eco-Life.fr, le journal de l’économie durable

>>On ne peut pas dire que les festivités cannoises, qui mettent la Croisette sens dessus dessous, soient un modèle de sobriété. Pourtant, l'industrie du cinéma commence, en studio, à se préoccuper de son impact environnemental. Depuis Une vérité qui dérange d'Al Gore, paru en 2006, acteurs et réalisateurs se piquent de développement durable.

Avec son film La 11e heure, Leonardo Dicaprio tient le haut de l'affiche des acteurs engagés. A ses côtés, une flopée d'acteurs, de Brad Pitt et ses constructions écologiques à la Nouvelle Orléans, à Julia Roberts qui a investi 20 millions de dollars dans une maison 100% solaire et bien d'autres, en passant par Daryl Hannah ou Marion Cottilard. Si le cinéma se saisit de la cause, il est loin d'être une industrie modèle. En Californie, une étude de l'université UCLA de Los Angeles montre que le cinéma et la télévision sont à eux deux le second secteur le plus pollueur de l'Etat. Juste derrière l'industrie pétrochimique.

Quelques tournages se distinguent toutefois par des efforts largemement médiatisés, comme celui de Hulk, sorti en 2008, premier film à gros budget hollywoodien (125 millions de dollars) à bénéficier d'une éco-certification attribuée par l'Environmental Media Association organisme indépendant créé en 1989 à Los Angeles par des producteurs de la Warner pour pousser l'industrie américaine du cinéma vers le vert. Plus récemment, la série 24 heures chrono s'est distinguée en réduisant de 43% les émissions de carbone de la saison 7 et en compensant l'incompressible. Il a fallu remplacer les ampoules classiques par des ampoules CFL (Compact Fluorescent Lighting) qui consomment moins d'énergie et faire fonctionner groupes électrogènes et véhicules de production aux biocarburants. Ces ajustements ont entraîné un surcoût de 10%, un investissement conséquent mais que ces gros studios sont capables d'assumer.

"La priorité sur un tournage, c'est la qualité"

A ce jour, tous les grands studios américains ont leur charte verte, certains avec des objectifs ambitieux. News Corporation, le groupe de Rupert Murdoch qui détient la Fox, vise un bilan carbone neutre pour l'année 2010. En France, une initiative vient de voir le jour, issue d'un partenariat entre TF1, France 5, Audiens (protection sociale de la filière audiovisuelle), la Commission du film d'Ile-de-France et l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Ecoprod va d'abord chercher à sensibiliser la filière. "Nous avons listé les principaux postes d'émission: le transport, l'éclairage, la restauration, les décors, et nous allons travailler avec les professionnels et les fournisseurs pour leur proposer des solutions", souligne Yann Marchet, à la Commission du Film d'Ile-de-France. "L'idée est de vraiment s'adapter aux exigences du secteur, en tenant compte des exigences artistiquesans trop alourdir les budgets, ni remettre en cause la les priorités, Ecoprod veut entraîner une démarche collective qui fasse participer syndicats, fournisseurs, producteurs... Le premier film français issu d'un tournage respectueux de l'environnement, Lady Blood, qui sortira en juillet prochain utilise notamment "de l'hémoglobine recyclable", souligne Yann Marchet. Comme c'est un film d'horreur qui en fait grand usage, cela tombe bien. Néanmoins, cette expérience modèle relève encore de l'anecdote.

"Pour l'instant, la priorité sur un tournage, c'est la qualité et la gestion du risque", souligne Monica Fossati, consultante en environnement pour Ecoprod. "Par exemple, on ne peut pas du jour au lendemain remplacer les ampoules par des LED parce que la lumière en intérieur n'est pas satisfaisante pour éclairer les acteurs". Dans des conditions de tournages exigeantes, on raisonne à court terme en se fiant à un matériel fiable plutôt qu'écologique.

Mais certains tournages sont déjà contraints à de bonnes pratiques. "Les petites productions, qui ont recours au système D sont déjà assez vertueuses parce qu'elles cherchent à faire des économies. Elles font du covoiturage, réutilisent les décors...". Reste à élargir cette culture aux grosses productions et faire rentrer l'économie de moyens dans les moeurs. "Il y a des comportements indécents", souligne Monica Fossati, en désignant les caprices de stars. A ce propos, Ecoprod ira, entre deux fêtes, prêcher la bonne parole à Cannes.

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