23.06.2009
Cinq cents propositions pour sauver la mer et le littoral
Cinq cents propositions pour sauver la mer et le littoral
LE MONDE | 09.06.09 | 15h37 • Mis à jour le 09.06.09 | 15h37
Un port offshore, un permis de pêche pour les plaisanciers, un bateau plus économe en énergie... Le ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, avait demandé aux participants du "Grenelle de la mer", lancé mi-avril, d'être "ambitieux et innovants" pour réformer la politique maritime française. Mardi 9 juin, les quatre groupes - réunissant chacun l'Etat, les collectivités locales, le patronat, les syndicats et les organisations non gouvernementales (ONG) - ont remis au ministre le fruit de deux mois de travail, soit 500 propositions environ, consensuelles ou non. M. Borloo arbitrera parmi elles lors d'une table ronde finale, début juillet, après des débats en régions.
Les sujets conflictuels sont nombreux. L'enjeu est de concilier le développement des activités économiques en mer et sur le littoral, de plus en plus nombreuses, et la protection de ces zones, aujourd'hui menacées par la pollution et la surexploitation. La France est particulièrement concernée : grâce à sa présence outre-mer, sa zone économique exclusive (ZEE) - qui s'étend jusqu'à 200 milles (370,4 km) des côtes - est la deuxième au monde, avec 11 millions de km2.
A ce stade, le bilan de l'exercice est plutôt en demi-teinte. Côté positif, les discussions ont permis d'établir, pour la première fois, un dialogue entre des acteurs dont les positions sont souvent inconciliables. "La connivence se crée de façon étonnante, raconte Jérôme Bignon, député (Somme, UMP), et président du groupe de travail consacré au littoral. Les gens acceptent peu à peu de jouer le jeu de l'autre, et sont malheureux de se séparer."
Si le Grenelle a permis de "réelles avancées", selon les associations de protection de l'environnement, le "changement de cap" espéré n'est pas au rendez-vous. L'abondance de propositions, d'importance inégale, rend peu lisibles les priorités des participants. Rares sont les mesures phares assorties d'objectifs chiffrés et d'un calendrier de réalisation. "Dès qu'une mesure est contraignante, ça bloque, regrette Philippe Cury, chercheur à l'Institut de recherche et de développement (IRD), qui représentait la Fondation Nicolas Hulot. Vu l'état des ressources, il faut pourtant agir vite."
Les débats ont été particulièrement vifs dans le groupe chargé des activités économiques en mer, dont la pêche. Il s'est finalement contenté de reprendre un objectif fixé dans le Grenelle de l'environnement : le classement de 10 % de la ZEE en aire marine protégée d'ici à 2012 (contre 0,19 % aujourd'hui). L'objectif de 20 % en 2020 est contesté par les pêcheurs, tout comme le classement de la moitié de ces aires marines en réserves, où la pêche serait interdite.
Des propositions de moratoires sur le chalutage ou sur la pêche d'espèces menacées comme le thon rouge, ou le requin à l'île d'Yeu, ont été repoussées. "Le dialogue a été positif, mais il ne faut pas nous expliquer comment on doit pêcher", affirme Pierre-Georges Dachicourt, président du Comité national des pêches.
Le Grenelle a permis d'aboutir à deux consensus significatifs : la création de six zones pilotes pour la gestion concertée des pêches, qui associeraient les usagers de la zone à la réalisation d'objectifs sociaux, économiques, et environnementaux à long terme ; et la définition d'une méthode partagée de création d'aires marines protégées.
LE "PORT DU FUTUR"
Les participants se sont aussi accordés sur le renforcement du contrôle de la pêche de loisir, et le développement de la labélisation des produits de la mer. La réflexion sur le "port du futur", qui pourrait être offshore pour limiter l'impact sur le littoral, a été consensuelle. Les participants imaginent des "bateaux de pêche du futur", peu consommateurs d'énergie et capables de mieux sélectionner leurs prises. Mais sans objectifs chiffrés. Les tentatives d'encadrement des activités d'extraction de matières premières en mer ont créé d'importants désaccords entre les collèges.
En revanche, le groupe de travail chargé de travailler sur l'articulation entre mer et littoral a abouti à de nombreuses propositions partagées. Pour limiter les pollutions terrestres, responsables de 80 % de la pollution en mer, le groupe propose notamment de créer un comité de bassin hydrographique qui irait "du sommet de la montagne à la haute mer" et permettrait d'agir sur toutes les sources (industrielles, agricoles, urbaines).
Certaines pistes ont fait l'unanimité, comme la nécessité de renforcer la connaissance des océans, aujourd'hui parcellaire, et les liens entre les organismes scientifiques réfléchissant sur ce sujet. Autre constat : l'éclatement des lieux de décision entre de nombreux ministères et l'absence de véritable politique maritime en France. "Cela fait quatre ans qu'il n'y a pas eu un conseil interministériel de la mer, regrette Christian Buchet, directeur du centre d'études de la mer de l'Institut catholique de Paris, président du groupe chargé de la culture maritime. Le pays reste centré sur l'Hexagone et ne comprend pas le potentiel que représente son immense domaine en mer. Sa révolution maritime reste à faire."
Gaëlle Dupont
03:31 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane









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