30.06.2009
La reconversion urbaine des friches polluées fait débat
La reconversion urbaine des friches polluées fait débat
publié le 16 juin 2009
Le 16 juin, une journée technique de l'Ademe sur la reconversion urbaine des friches polluées a réuni près de 300 participants à Paris. "Une dizaine de milliers d'hectares de friches sont à réintégrer dans le tissu urbain. Souvent considérés comme des obstacles, ils peuvent constituer des opportunités pour repenser la cohérence des villes", a introduit Philippe Van de Maele, président de l'Ademe. Il a ajouté que le surcoût de leur dépollution, estimé de 1 à 1,5 million d'euros par hectare pollué, n'était pas forcément insurmontable. D'autant que l'Ademe peut appuyer des projets par le biais d'un fonds doté de 20 millions d'euros pour 2009-2011, qui doit être à terme étendu. Dès les prochains jours, l'agence mettra aussi en ligne sur son site un guide élaboré avec le ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire (Meeddat), qui identifie les quatre étapes d'une opération de reconversion, délivre une approche systémique et éclaire divers aspects tels que la gestion des terres excavées, la réglementation ou le financement. "Ce guide est plus un point d'étape, il s'étoffera progressivement et sera finalisé d'ici la fin de l'année", a précisé Fantine Lefevre du Meeddat.
Des études de cas instructives
Deux aménageurs public et privé ont détaillé leurs projets. Pour commencer, la Sem Innovia Grenoble a tiré des retours d'expérience de deux opérations de dépollution de friches industrielles menées avec la ville de Grenoble (quartier Vigny-Musset) et la région Rhône-Alpes (Zac Bouchayer Viallet). Principales leçons tirées : l'aménageur est le seul capable de piloter la dépollution à l'échelle d'une ZAC et d'en assumer la responsabilité financière. Le rapport de l'aménageur avec la Drire, tout comme son implication auprès de la maîtrise d'oeuvre, sont nécessaires pour animer le travail d'équipe et faire aboutir le projet.
"Sa réussite dépend de la qualité du dialogue entre services de l'Etat, collectivités, maîtrise d'ouvrage et experts", a confirmé André Sandt, vice-président de la Société française des urbanistes. Tout comme dans la seconde étude de cas présentée par Bouygues Immobilier, qui concernait la reconversion d'une friche à l'entrée de Toulouse, le potentiel de valorisation foncière du terrain à traiter compense les coûts de dépollution mais reste difficile à évaluer en amont des travaux. "C'est regrettable qu'on ne parvienne pas à intégrer dans le chiffrage du montant des travaux le calcul de ces futures retombées pour la collectivité", a dans ce sens observé Jean-Rémi Mossmann, directeur régional au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Cet expert du sujet est intervenu en appui de Bouygues afin de réhabiliter ce site en trois étapes : maillage du site, tri des terres polluées, puis confinement sur site de deux tiers d'entre elles (60.000 m3), le reste ayant été évacué. Dans d'autres cas de figure, par exemple celui de Sanofi-Aventis qui a démoli et réhabilité le site d'une filiale à Décines-Charpieu (69), le coût des travaux, de l'ordre de 18 millions d'euros, n'est pas compensable par le fruit de la vente du terrain.
Informer les habitants, s'appuyer sur les bons produits
L'accent a aussi été mis durant cette journée sur la nécessité d'informer les habitants sur le lancement et le suivi de tels projets, même si la communication est forcément délicate. "Face à ce type de terrain, l'évaluation des risques est l'étape essentielle même s'il subsiste toujours une part d'incertitude. Malgré cela, il faut créer à partir de là un climat de confiance avec les habitants", a insisté Guy Auburtin, directeur d'un institut d'hygiène au Conservatoire national des arts et métiers. C'est d'autant plus délicat que ces projets rencontrent souvent nombre d'aléas techniques et administratifs dont Yves Debris, directeur des services de la ville de Talange (Moselle), a pu témoigner. En effet, si près de 150 études ont été menées durant vingt ans afin de reconvertir un site actuellement occupé par le parc à thème Walygator, un permis d'aménager vient tout juste d'y être accordé afin de lancer sur place un projet de dépollution. Selon lui, il est essentiel d'avoir au plus tôt l'appui des élus concernés et de s'appuyer si besoin sur un syndicat intercommunal ou sur le savoir-faire d'un cluster régional. "Les outils de diagnostic et les méthodes de gestion environnementales existent, il reste toutefois à les optimiser et à mieux encadrer du point de vue réglementaire le statut des terres excavées qui entrent une fois sorties du site dans le champ de la réglementation déchets", a ajouté Patrice Philippe, responsable du dossier sur les sites pollués de l'Ademe.
Jacky Bonnemains, président de l'association Robin des Bois, a appelé quant à lui les collectivités à se méfier de ce type d'opération "qui n'élimine pas la pollution mais la remanie et ouvre la porte à des formes d'insécurité juridique". "Toute ville a des responsabilités et les outils juridiques pour mener une reconversion figurent entre autres au Code de l'urbanisme", a rétorqué Karine Le Roy-Gleizes, avocate au bureau de Paris. Et de conclure "qu'il importe que le promoteur joigne à sa demande de permis de construire une notice environnementale permettant de prendre en compte l'état environnemental du site dans le cadre du projet de réaménagement et que l'outil de restriction d'usage du site soit bien actionné au bon moment".
Morgan Boëdec / Victoires éditions
LOCALTIS
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L'ONU veut contrôler la ruée vers les terres agricoles
L'ONU veut contrôler la ruée vers les terres agricoles
LE MONDE | 15.06.09 | 18h04 • Mis à jour le 15.06.09 | 20h27
Bruxelles. Correspondant
Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, s'inquiète de l'extension rapide des acquisitions et locations de terres agricoles dans des pays en développement par des Etats riches et des fonds d'investissement. Cette pratique du land grabbing ("accaparement de terre") s'est accélérée à la faveur de la crise alimentaire de 2008.
M. De Schutter juge que la question doit figurer à l'agenda des discussions agricoles du G8, le sommet des huit pays les plus industrialisés, en juillet. Il avance onze principes liés aux droits de l'homme qui devraient, selon lui, servir de base aux contrats futurs ainsi qu'à une approche multilatérale, afin d'éviter les menaces qui planent sur les populations locales.
Selon les estimations, de 15 à 20 millions d'hectares (ha) - l'équivalent des terres arables françaises - ont fait l'objet de transactions depuis trois ans, essentiellement en Afrique. La Chine aurait acheté 2,8 millions d'ha en République démocratique du Congo pour y développer la plus grande exploitation mondiale d'huile de palme. La Corée du Sud, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont acquis, au total, plus de 1,5 million d'ha au Soudan. L'Arabie saoudite aimerait louer un demi-million d'ha en Tanzanie.
Les experts estiment que, d'ici à 2030, il faudra trouver 120 millions d'ha de terres agricoles supplémentaires pour répondre à la demande de produits alimentaires. "Ces investissements peuvent représenter une chance de développement, créer des infrastructures et de l'emploi, permettre à des agriculteurs d'accéder à la technologie et au crédit, note M. De Schutter. Ils peuvent aussi avoir des conséquences très négatives et menacer tant le droit à l'alimentation que les autres droits des populations concernées." Faute de règles négociées, des cultivateurs sont, et seront, expulsés et privés d'accès aux ressources indispensables à leur survie.
Le paradoxe, relève le représentant spécial, est que parmi les personnes les plus exposées au risque alimentaire se trouvent 500 millions d'hommes et de femmes dont dépend en grande partie l'avenir de la planète : ce sont les ouvriers salariés du secteur agricole. "Leur assurer une protection adéquate constituerait une contribution majeure", estime-t-il.
M. De Schutter réclame également que les investissements soient couplés à des projets à haute intensité de main-d'oeuvre, ce qui donnerait de l'emploi et des revenus aux groupes locaux. Ils devraient, en outre, se voir réserver une partie des récoltes, à mettre en vente sur les marchés locaux. Le représentant spécial demande encore que les principes du développement durable et d'une approche agro-écologique soient respectés partout.
Seule une approche multilatérale, conclut-il, permettra d'éviter la concurrence entre les pays pauvres désireux d'attirer des capitaux.
Jean-Pierre Stroobants (avec Antoine Le Bozec)
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"La crise n'empêchera pas la création d'emplois verts"
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Tandis que l'ANPE fait grise mine, les emplois verts sont loin d'être au point mort. Henri Micheron, Directeur Général de Quadra, société experte en recrutement et développement, revient sur l'évolution des métiers du développement durable.
(ECOlife) Quels types de profils recherchez-vous actuellement dans le secteur de l'environnement ?
(Henri Micheron) Depuis la création de Quadra en 1995, de nombreux bureaux d'étude, des sociétés d'ingénierie et des collectivités territoriales font appel à nous, à l'image de l'Ademe. Afin d'atteindre les objectifs du Grenelle de l'Environnement, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, nous a chargés du recrutement de cinquante professionnels de l'environnement : spécialistes de l'éolien, du photovoltaïque, ingénieurs experts, économistes et socio-économistes. Tous les métiers sont concernés. L'emploi vert est un gisement réel, crise ou pas crise. Ce n'est plus une vague de fond, mais un tsunami.
Les têtes que vous chassez ont-elles toujours été aussi vertes ?
Il y a vingt trois ans, le marché des énergies renouvelables émergeait à peine. Les activités de traitement, d'épuration et d'assainissement des eaux constituaient alors la majorité de la demande. Les sociétés françaises s'étaient placées judicieusement sur ce créneau porteur et avaient besoin de professionnels. Devenues expertes du recyclage et de la dépollution, d'autres ont suivi et fait appel à nous, comme Aliapur, société anonyme et acteur de référence dans la valorisation des pneus usagés. (Lire aussi : 300 000 tonnes de pneus usagés ont été recyclés en 2007) Mais aujourd'hui la demande est bien plus forte et récurrente.
Notre activité dans le secteur du développement durable a d'ailleurs doublé depuis nos débuts, à notre grande joie. Les industries ne peuvent plus pomper la planète, et les chefs d'entreprise qui continueront d'encourager ces pratiques vont être considérés comme des prédateurs. Cette conscience au sein des entreprises pousse les dirigeants à regarder et à agir dans le respect de l'environnement et à restructurer leurs activités.
Comment recrutez-vous les postulants ?
Nous recherchons des profils alternatifs. Certaines sociétés n'envisagent pas de recruter dans un secteur connexe et restent parfois trop rivées sur des compétences qu'elles connaissent. Nous leur proposons des professionnels capables de s'adapter, motivés par la perspective d'appliquer leurs connaissances au développement durable. Il vaut mieux créer de nouvelles vocations que de démarcher les salariés des entreprises concurrentes. Le développement durable permet de donner du sens à son travail. Les jeunes diplômés et les candidats plus expérimentés sont animés par le sentiment d'aller dans le bon sens. Les métiers de l'environnement sont d'autant plus populaires, qu'ils appellent à l'initiative et à la reconnaissance. Sur le plan managérial, c'est un réel avantage et cela fluidifie les relations et encourage la recherche de nouvelles idées.
Ressentez-vous une évolution des profils ces dernières années ?
Il y a encore quelques années, le développement durable était fortement tenu par les professionnels de la communication. La majorité des postes était occupée par des femmes jeunes, de 35 à 40 ans. Et même si la communication reste un secteur demandeur d'experts, de nouveaux métiers sont apparus, comme les poseurs de panneaux solaires ou les agents de maintenance sur les sites éoliens.
Quels postes sont les plus prisés actuellement ?
Les ingénieurs formés solidement sur le plan technique, et à la fois capables d'envisager les enjeux dans leur globalité, sont très recherchés. Dans le photovoltaïque, la demande ne désemplit pas et les formations dispensées dans les écoles ne suffisent plus. Le marché a connu un essor fulgurant l'an passé, et entraîné une pénurie de professionnels. Former vite et bien les futurs techniciens est un enjeu majeur. Parmi les postes clés, les directeurs d'achat dominent les secteurs à potentiel. Dans le solaire, 70% du coût d'une installation vient des panneaux. Les commerciaux sont très importants, la pérennité de certaines sociétés dépend de leurs choix. Et pourtant ce sont des postes qui n'existaient pas il y a encore dix ans. Même si elle ralentit l'économie, la crise n'empêchera pas la création d'emplois verts.
Propos recueillis par Marie Varasson
03:23 Publié dans DEVELOPPEMENT DURABLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
Plus de 100 000 emplois verts par an d'ici 2020
| Plus de 100 000 emplois verts par an d'ici 2020 | |
![]() Photos Libres | 15 juin 2009. - - Spéciale métiers durables - Tandis que le Salon de l'Environnement et des métiers durables ouvre ses portes à Paris cette semaine et en pleine crise de l'emploi, les experts assurent contre toute attente, que les emplois verts se compteront par milliers, d'ici à 2020. |
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| Mettre en route une station d'assainissement, poser des éoliennes ou dresser le bilan carbone® d'une entreprise sont autant de nouveaux métiers, méconnus il y a encore 15 ans. Destinés à réduire l'impact environnemental des entreprises et des secteurs économiques, les emplois verts sont considérés, avec de plus en plus d'insistance, comme l'une des réponses les plus plausibles à la crise économique mondiale. Selon les projections de l'Union européenne, de l'Organisation des Nations Unies ou encore de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), au moins 100 000 emplois seront créés par an d'ici 2020.
Un minima plutôt qu'un chiffre exact. "Calculer au millier près le nombre d'emplois créés ou supprimés, en France et ailleurs, par le développement durable, n'est pas possible", selon Emilie Salesse-Gautier, chargée des questions de formation et d'emploi au Comité de Liaison Energies Renouvelables (CLER). Ces cinq dernières années dans le monde, 2,3 millions de personnes ont trouvé du travail dans le seul secteur des énergies renouvelables, selon l'OIT.
"Des millions d'emplois naîtront très certainement du green business, mais il ne faut pas oublier ceux qui seront détruits", analyse Emilie Salesse-Gautier. Sous l'impulsion du développement durable, les secteurs de l'automobile, de la sidérurgie et des énergies fossiles risquent de restructurer leurs activités et de licencier des centaines d'employés. Intitulée "moins 30% de CO2 = plus 638 000 emplois, l'équation gagnante pour la France", l'étude publiée par WWF se base sur les objectifs à atteindre et y projette le marché de l'emploi d'ici à 2020. En pondérant les créations d'emplois par les disparitions, l'étude établit l'effet net sur l'emploi du développement durable. 684 000 emplois pourraient voir le jour si la France atteint ses objectifs et réduit de 30% ses émissions de CO2, d'ici 2020. - La transition mondiale vers les bâtiments économes en énergie verdira près de 111 millions d'emplois existants -
"Des secteurs en souffrance, comme l'automobile trouveront leur salut et des alternatives essentielles au renouvèlement de leurs activités grâce au durable", assure André Antolini, président du syndicat des énergies renouvelables (SER). Le nombre de postes dans les énergies alternatives pourrait dépasser, d'ici 2030, les 2 millions dans l'éolien et les 6 millions dans le solaire thermique. "Artisans et sous-traitants sont directement concernés par le développement des énergies propres", explique André Antolini.
Les profils BEP, CAP, Bac +2 seraient les plus recherchés ces derniers mois. "Ils correspondent à des postes manuels et répondent concrètement aux besoins des particuliers et des entreprises", décrit Emilie Salesse-Gauthier. Selon l'OIT, le marché mondial des produits et services écologiques devrait doubler et passer à 1 954 milliards d'euros d'ici à 2020, contre 975 milliards en 2008. Dans le bâtiment, la transition mondiale vers des bâtisses économes en énergie promet de verdir près de 111 millions d'emplois existants. Selon l'Organisation Internationale du Travail, les énergies renouvelables génèrent davantage d'emplois que les énergies fossiles, depuis 2008. Le Roi est mort, vive le Roi !
Par Marie Varasson | |
03:17 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
29.06.2009
La dépollution des fleuves crée un nouveau marché
La dépollution des fleuves crée un nouveau marché

15 juin 2009. - - Spéciale métiers durables - Le plan national d'actions sur les PCB, lancé en février 2008 par le gouvernement, stimule la recherche française et ouvre la perspective d'un marché porteur.
Les PCB, ou polychlorobiphényles, sont des polluants organiques persistants et volatiles qui se fixent aux particules fines des sédiments des cours d'eau et s'introduisent dans la chaîne alimentaire. Commercialisés par la firme Monsanto dans les années 30, ils ont été utilisés jusqu'à leur interdiction en 1987 comme isolant électrique dans l'industrie et dans les transformateurs. On estime que 1 200 millions de tonnes de PCB ont été produites dans le monde et environ 400 millions de tonnes sont dispersées dans l'environnement.
"Pendant 20 ans, le cas des PCB n'a pas vraiment suscité l'attention des pouvoirs publics", souligne Pascal Dauthuille, chef de projet chez Suez Environnement. "Mais en 2006, l'Union européenne a adopté les normes de l'Organisation Mondiale de la Santé sur la concentration limite de PCB dans les poissons. L'opinion a été alertée par les interdictions de pêche dans le Rhône et la Seine qui ont suivi.".
Le plan PCB stimule la recherche sur les techniques de dépollution des eaux. Le pôle de compétitivité Axelera, qui regroupe trente partenaires publics et privés sous la houlette de Suez Environnement, a lancé fin avril dernier un programme de recherche. Il bénéficie de 10,5 millions d'euros d'investissements, la moitié émanant de fonds publics, l'autre de fonds privés. Les résultats des recherches sont attendus d'ici 2012.
- 440 emplois et 250 millions d'euros de chiffre d'affaires par an -
Axelera veut faire mieux que les techniques existantes, déjà éprouvées aux Etats-Unis sur le fleuve Hudson, ou dans les fjords norvégiens. "On utilise actuellement le dragage des sédiments. Ils sont retirés de l'eau et asséchés pour isoler la matière polluée qui est ensuite incinérée", explique Laurent Galtier, responsable de la direction des grands projets chez SITA, filiale de Suez Environnement, qui mène quatre projets de recherche appliquée sur les PCB. Mais les coûts sont très élevés - 3 milliards de dollars pour traiter les 800 km2 de fjords contaminés - et le risque est de disséminer à nouveau la pollution en soulevant des quantités importantes de sédiments.
"Le dragage est indispensable, mais nous cherchons à mieux le cibler pour ne prélever que l'essentiel. Nous travaillons aussi sur des techniques de traitement de la pollution in situ, en la confinant ou en la dégradant par voie biologique grâce à des bactéries et des champignons", souligne Laurent Galtier.
Les recherches débutent et pourtant Axelera annonce déjà la création de 440 emplois par an à partir de 2012 pour un marché de 250 millions d'euros annuels. "C'est un pari", reconnaît Anne-Valérie Goulard, directrice de l'innovation chez Suez Environnement, "le marché dépendra de la volonté qu'auront les pouvoirs publics de financer la dépollution. Mais nos chiffres ne sont pas surestimés, nous pensons réellement qu'il y a des opportunités de marché".
Où se situent-t-elles ? Le transport fluvial en est une. "Pour traiter les problèmes d'envasement des canaux, les technologies de dépollution des eaux vont être essentielles or ce mode de transport propre est appelé à se développer, par exemple sur le canal Seine-Nord, qui va relier la France à l'Europe du Nord". L'envasement concerne aussi les ports. "Depuis 2000, on doit faire analyser les sédiments issus du nettoyage des ports et traiter les pollutions éventuelles avant de les rejeter au large", souligne Laurent Galtier. Il y a aussi un enjeu sanitaire crucial. L'évaluation de la pollution aux PCB est en cours dans le cadre du plan, mais l'on estime d'ores et déjà que 40% des fleuves français sont touchés. La suite dépendra de l'ampleur des financements accordés.
Par Anne de Malleray
ECOLIFE 16.06.2009
04:15 Publié dans ECOLOGIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
Hulot mise sur l'écologie participative
Hulot mise sur l'écologie participative
Par Anne-Sophie Ladonne, publié le 15/06/2009 12:39 - mis à jour le 15/06/2009 17:00
Vidéos, textes, musiques et images... Pour réagir face à la crise, la Fondation Nicolas Hulot fait appel aux idées et aux propositions multimédia des internautes.
Dans un contexte de crise économique et culturelle, la Fondation Nicolas Hulot veut proposer des solutions où l'écologie permettrait d'aller vers une nouvelle économie, plus "humaine". C'est pourquoi la FNH a réuni, samedi 13 juin, ses quelques 850 000 membres à la Cité des Sciences. Nouveau logo, nouveau site internet, nouvel objectif: "Prendre un nouveau cap". Nom de l'opération: Evolution Chapitre 2.
Pour Nicolas Hulot, "on ne peut pas se contenter de constater" les problèmes écologiques sans proposer de solutions. La crise que traverse le monde doit servir de point de rupture au système actuel. Et pour pallier cette "crise culturelle", la Fondation propose d'allier économie et écologie en "faisant preuve de solidarité et de partage".
Ecologie participative
Pour ce faire, la FNH a donc lancé une invitation à l'écologie participative. "Nous voulons tenter une approche plus sociale et solidaire, dans le but d'expliquer la complexité des enjeux, et d'enrichir la réflexion au niveau humain", explique Anabelle Jaeger, chargée du développement à la fondation.
Chacun est invité à apporter des réponses à cette question: "Comment voyez-vous le monde de demain ?", en utilisant toutes sortes de médias (textes, musique, vidéos etc.). Le but n'est pas d'apporter une réponse toute faite, mais d'"agréger des fragments de solutions" pour écrire le Livre des évolutions. Une initiative qui s'adresse à tous: adhérents, citoyens lambdas, personnalités politiques... Le moment d'ouvrir ce nouveau chapitre dans l'écologie par l'ouverture semble opportun, au vu du score réalisé par la liste Europe-écologie au scrutin européen, le dimanche 7 juin dernier.
03:52 Publié dans ECOLOGIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
Redevance incitative: mise en place compliquée, effets limités
Redevance incitative: mise en place compliquée, effets limités
15/06/2009 12:53
La mise en place de la redevance incitative n’est pas une sinécure, comme l’a montré le colloque réunissant à Tiercé (Maine-et-Loire), élus et responsables Déchets de collectivités. Pour des effets limités.
Pour l’économiste André Le Bozec, de l’unité de recherche Gestion environnementale et traitement biologique des déchets au Cemagref, la redevance incitative c’est «l’application du principe pollueur-payeur à l’usager. Cela permet de donner un signal économique aux ménages pour modifier leur comportement». Le rudologue (spécialiste des déchets) s’exprimait à l’occasion d’un colloque consacré à cette forme de financement de la filière des déchets ménagers, mercredi 3 juin à Tiercé (Maine-et-Loire).
Fin 2008, 25 collectivités avaient mis en place la redevance incitative. Une hausse non maîtrisée des coûts de traitement des déchets ménagers est le plus souvent à l’origine de cette initiative. Les collectivités n’auront bientôt plus le choix. En l’état, le projet de loi «Grenelle I» prévoit la généralisation du dispositif d’ici 5 ans. Il consiste à intégrer dans le budget Déchets des ménages une part variable prenant en compte la nature et le poids, ainsi que le volume ou le nombre d’enlèvements des déchets ménagers et assimilés. En produisant moins d’ordures ménagères résiduelles (OMR, 1), un ménage peut donc réduire son budget Déchets.
Ce nouveau mode de financement doit aussi permettre d’atteindre, pour les emballages, l’objectif de 75% de recyclage en 2012 (62% actuellement), ainsi qu’un taux de couverture des coûts de collecte, de tri et de traitement de 80% (59,8% aujourd’hui), fixés par le projet de loi Grenelle I, rappelait Romain Lebegue, chef de projet national Optimisation à Eco-emballages.
Condition préalable à la mise en place de la redevance: une forte volonté politique et beaucoup de concertation, ont martelé à l’envi les élus dont les collectivités ont franchi le cap. Puis, passer de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (Teom) à la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (Reom), payées par les usagers. Si la Reom est fonction du nombre de personnes dans le foyer ou du volume du bac, la Teom est assise sur le foncier bâti. Fixée indépendamment du volume de déchets produits, elle ne permet donc en rien d’encourager la baisse de leur production. Attention donc lors du passage de l’une à l’autre, qui peut faire varier fortement le budget des ménages, souvent à la hausse pour un ménage de plusieurs personnes, souvent à la baisse pour une personne seule.
Les élus présents conseillaient de faire monter progressivement la taxe, avant la redevance, pour que les administrés ne voient pas en la redevance incitative une charge supplémentaire, alors qu’elle est supposée les faire gagner financièrement. Actuellement, la collecte des déchets ménagers est financée à 85% par la Teom, et 10% par la Reom.
La Reom permet bien une baisse de la part des ordures ménagères résiduelles (OMR), variable selon les collectivités. En 10 ans, le syndicat mixte de Montaigu-Rocheservière (Vendée) a vu son tonnage d’OMR passer de 11.000 à 5.000 tonnes. Mais globalement, le bilan est différent pour la production de déchets ménagers totale. Sur 5 contrats Veolia, la production de déchets est passée de 500 kilogrammes par habitant et par an avant redevance incitative à 482 kg/hab/an après, a constaté Jean-Christophe Delalande, responsable Marketing collectivités chez Veolia propreté. La plupart des collectivités présentant un bilan de la mise en place de la redevance indiquaient une production totale de déchets ménagers relativement stable.
La redevance incitative n’allège pas systématiquement les frais de traitement pour la collectivité, du fait d’un report vers d’autres modes de gestion des déchets, dont il faut bien financer l’usage croissant (collecte sélective et déchèteries).
Penser aussi à anticiper la mise en place de la Reom. «La première année, nous avons eu une baisse de 1/3 de présentation des bacs, et de 30% dès la communication des tarifs», a constaté Claude Durand, président du syndicat mixte de Montaigu-Rocheservière. Soit une source moindre de revenus, ne permettant pas de couvrir les frais de collecte. «Notre part variable était trop importante par rapport à la part fixe, et nous avons dû recouvrer 65% du montant du coût de gestion de la filière.» Les collectivités doivent souvent faire face à des déficits pendant un ou deux ans, ensuite résorbés. Quant aux dérives (abandon des ordures dans la nature), elles sont à chaque fois minimes et rapidement résorbées.
Ensuite, prévient Nicolas Foin, responsable opérationnel chez Brangeon Environnement, «une baisse de présentation des bacs génère un gain de temps de 28% en milieu urbain pour le prestataire, mais de 7% en milieu rural. Cela ne génère pas forcément d’économies pour le prestataire.» Ni pour la collectivité…
Ce nouveau mode de financement nécessite une logistique bien huilée, ainsi que du matériel de pointe: sacs poubelles à code-barres ou bacs à puces RFID (2), informatique embarquée dans les camions-bennes pour lire les puces, service clients pour faire face au flux d’appels lors de la mise en service, constitution d’un fichier clients pour le paiement des factures. Il nécessite une réactualisation permanente car il «conditionne une bonne facturation, donc l’adhésion de la population», relève Marc Hussenot, responsable des systèmes d’identification Ouest chez Plastic Omnium. Le Sictom Loir-et-Sarthe (42 communes, 50.000 habitants) a dû embaucher trois «équivalents temps plein» pendant 5 mois pour constituer son fichier clients. Le thème de la protection des données personnelles, parfois confiées à des prestataires privés, n’a pas été abordé lors du colloque.
«La redevance incitative n’est pas une fin en soi, mais un outil économique», a rappelé André Le Bozec. Il faut donc lui associer une politique efficace de prévention des déchets, qui aurait pu par exemple être amorcée avec la taxe sur les produits fortement générateurs de déchets, abandonnée en septembre dernier, de manière à mieux partager les responsabilités entre producteur et consommateur.
(1) Part des déchets ménagers qui n'est pas collectée par la collecte sélective
(2) Radio frequency identification
Redevance incitative et habitat urbain
En France, aucune expérience significative n’est connue pour l’habitat urbain dense, même si les conteneurs au sol avec accès à carte à puce semblent être les plus capables de répondre aux exigences de la redevance incitative.
Plusieurs questions restent en suspens, tel le paiement des coûts: par immeuble, par personne? Dans ce cas, sera-t-il à la charge du bailleur, puis répercuté dans les charges locatives?
La question est si compliquée que les sénateurs, lors de l’examen du projet de loi Grenelle I, avaient repoussé la mise en place de la redevance à 10 ans pour cet habitat, contre 5 ans pour les zones rurales. La commission des affaires économiques de l’Assemblée a ramené l’entrée en vigueur à 5 ans, quel que soit l’habitat.
«Les zones urbaines sont les plus redoutées, alors que c’est là qu’il y a le plus fort potentiel d’amélioration de la collecte», selon Romain Lebegue, chef de projet national optimisation à Eco-emballages.
JOURNAL DE LENVIRONNEMENT
03:33 Publié dans COLLECTIVITES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
Ecologie politicienne en Corse
Ecologie politicienne en Corse
Par Gaël VAILLANT
leJDD.fr
A la surprise générale, le débat sur le Padduc, le plan d'aménagement de Corse, qui devait être discuté à l'Assemblée de l'île lundi, a été reporté à mars 2010, après les élections territoriales. Ce projet enflamme les passions depuis l'occupation de la villa de Christian Clavier, en août 2008. S'il était voté en l'état, il supprimerait 10% du littoral protégé au bénéfice de projets immobiliers.
Le rendez-vous était pris de longue date: lundi, le nouveau Plan d'aménagement et de développement durable (Padduc) de Corse devait être débattu puis voté par l'Assemblée de l'île. Jusqu'au coup de théâtre: Ange Santini, le président UMP de l'exécutif corse, a annoncé en début de séance le retrait de l'ordre du jour du projet de Padduc. L'étude de ce projet a été reportée après les élections territoriales de mars 2010. "L'annonce du report d'un sujet aussi brûlant a provoqué un véritable tollé dans l'hémicycle", raconte Jean Arrighi, membre du bureau de l'association U Levante, opposée au projet. Pour le nationaliste Jean-Guy Talamoni, interrogé sur la radio nationaliste Alta Frequenza, "on sombre dans le grotesque et c'est une marque de mépris envers l'ensemble des Corses".
Mais qu'est-ce que le Padduc? Avant tout, une réponse aux promoteurs immobiliers qui veulent construire sur le littoral protégé de l'île de beauté. Ce plan très controversé fixe les objectifs de développement économique, agricole, social, culturel et touristique de l'île. Pour son fervent défenseur, Ange Santini, il s'agit rien moins que d'un "projet de société" avec "une Corse ouverte à ceux qui veulent s'y installer pour devenir des résidents permanents". Ses détracteurs, écologistes ou nationalistes, estiment qu'en modifiant les limites des sites protégés, le Padduc livrera aux promoteurs les rives encore vierges de l'île. En effet, le plan supprime 10%, soit 7000 hectares, des espaces naturels remarquables du littoral corse. Alors qu'une partie non négligeable des électeurs a voté la semaine dernière en masse pour la liste Europe Ecologie, l'initiative d'Ange Santini semblait en décalage avec cette vague verte.
Un report politique
"Mais je ne crois pas que les bons résultats de François Alfonsi [représentant d'Europe Ecologie en Corse] aient eu un grand impact sur le report du Padduc", décrypte Jean Arrighi. Pour le militant écologiste, la prise de conscience du danger d'un tel plan d'aménagement remonte à l'affaire Christian Clavier: en août 2008, des nationalistes avaient occupé de force la villa de l'acteur, construite sur le littoral. Une action qui avait relancé le débat sur les projets immobiliers côtiers. "Au-delà de la prise de conscience écologiste, ce qui s'est passé ce matin à l'Assemblée de Corse était d'ordre politicien", affirme Jean Arrighi.
La question du Padduc divise également au sein des grands partis. L'UMP d'Ange Santini, qui a pourtant conçu le projet, compris. "Les dés étaient pipés dès le départ; ça ne pouvait pas passer compte tenu des positions des uns et des autres, annoncées avant même le débat", a ainsi déclaré Ange Santini, lors d'une conférence de presse. Une allusion aux nombreux rebondissements qui ont perturbé l'élaboration du texte. En plus de pétitions sur Internet, lancées par les associations U Levante et ABCDE, les rapporteurs du projet ont dû modifier près de 200 fois le texte avant ce lundi, jour qui devait être celui de sa présentation officielle. Pour Ange Santini, c'est une défaite à peine voilée: "Si nous étions devant un tribunal, nous pourrions dire que le verdict est déjà rendu avant même le début de l'audience", a-t-il déclaré. Jean Arrighi d'U Levante veut rester plus prudent: "Si l'UMP conserve sa majorité aux prochaines élections territoriales, nous savons que leur Padduc sera à peine modifié."
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28.06.2009
Les ordures, source de pollution et de matière secondaire
Les ordures, source de pollution et de matière secondaire
LE 13/06/2009
Plus on est citadin, plus on fabrique des ordures. Plus on est riche aussi. Rien ne vaut de se voir rappeler cette règle qui régit les montagnes de déchets que l'humanité produit en toujours plus grande quantité. Au minimum 4 milliards de tonnes ont été recensés sur la planète, en 2006, par Catherine Gallochet et Philippe Chalmin, du groupe Cyclope, qui publie Du rare à l'infini, panorama mondial des déchets (Ed. Economica, 456 p., 59 ) - 'mondial' pour la première fois - en partenariat avec Veolia, le numéro un du nettoyage.
Pas facile de recenser ces détritus. Catherine Gallochet reconnaît qu'il manque au tableau "le bâtiment et les travaux publics, l'agriculture, la forêt et les mines", ce qui n'est pas rien. Cantonnons-nous aux déchets "municipaux", c'est-à-dire des particuliers (1,7 à 1,9 milliard de tonnes) et des déchets industriels non dangereux (1,2 à 1,67 milliard), le reste n'étant qu'estimé en raison des innombrables décharges sauvages et des statistiques flageolantes du Caire à Tananarive et de Manille à Naples.
Ce sont les Etats-Unis qui jettent le plus, soit 760 kg de déchets municipaux par habitant et par an, et l'Inde le moins, avec 82 kg. En 2005, les Chinois sont devenus en chiffres absolus les premiers producteurs mondiaux de détritus municipaux ou industriels avec 300 millions de tonnes : on ne devient pas impunément l'usine du monde.
Comment s'en débarrasser ? La décharge, l'incinération, le recyclage ou le compostage ? Cela dépend de l'histoire et de la géologie. La Grande-Bretagne, pays argileux, mettait tout en décharge ; elle veut maintenant abandonner cette pratique en la rendant la plus chère du monde, soit 70 euros la tonne. Le Japon brûle à tout-va, car il n'a guère d'espace. La France pratique toutes les techniques. La ville la plus en pointe, car elle recycle comme aucune autre, est Portland (Oregon, Etats-Unis).
Mais les ordures ne sont pas seulement une source de pollution. Elles se muent chaque année un peu plus en "matières secondaires". En effet, dans un monde où la rareté s'affirme chaque jour, note Philippe Chalmin, il faut "les traiter comme une ressource". Cela veut dire recycler les "fibres cellulaires de récupération", ce vieux papier qui entre désormais pour 60 % dans la fabrication du neuf. Même chose pour les métaux : la moitié du cuivre produit vient du recyclage.
Le prix de ces matières secondaires a suivi l'effondrement de celui des matières premières. En un an, le prix de la tonne de vieux papier est tombé de 250 dollars (178 euros) à 50 dollars (35 euros) et celui de la ferraille, de 650 à 130 dollars. Ce n'est pas une raison pour déserter un marché de 300 milliards d'euros et qui se remettra vite de sa déprime. Denis Gasquet, directeur général de Veolia Propreté, se dit "frappé de constater que, dans cette crise, c'est la première fois que l'environnement est considéré non comme un problème, mais comme la solution". Pourvu que cela dure !
Alain Faujas
04:07 Publié dans DEVELOPPEMENT DURABLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
La déforestation de l'Amazonie, mirage économique pour les Brésiliens
La déforestation de l'Amazonie, mirage économique pour les Brésiliens
LE MONDE | 13.06.09 | 14h55 • Mis à jour le 13.06.09 | 14h55
Rio de Janeiro Correspondant
Non seulement la déforestation progressive de l'Amazonie a des conséquences néfastes sur l'environnement du Brésil et de la planète, mais elle ne profite guère à moyen terme, économiquement et humainement, aux populations qui y participent ou qui l'accompagnent en s'implantant dans les régions déboisées. Telle est la conclusion essentielle d'une étude de terrain conduite par une équipe internationale de six chercheurs et publiée, vendredi 12 juin, par la revue américaine Science.
Selon les auteurs de l'enquête, le déboisement entraîne, au stade initial, une amélioration du sort des populations locales, qui se reflète dans l'indice de développement humain (IDH). Cet indice, adopté par les Nations unies, est calculé à partir de trois critères : l'espérance de vie, le niveau de vie et le taux d'alphabétisation.
Il progresse aussi vite, ou plus vite, le long de la frontière du déboisement que la moyenne nationale brésilienne. Mais, à mesure que cette frontière se déplace, les progrès du développement humain s'amenuisent : ce dernier retrouve dans les régions déjà déboisées un niveau comparable - et bas - à celui qu'on enregistre dans les zones non déboisées.
La déforestation et l'extension de l'agriculture et de l'élevage aux dépens de la forêt attirent sur la frontière des "migrants" en tout genre - gros fermiers, petits "colons", paysans sans terre, forestiers, commerçants, chercheurs d'or - en quête de profits ou simplement d'une vie meilleure. L'arrivée de ces Brésiliens, moins démunis que la population locale, contribue partiellement aux progrès de l'IDH. Mais nombre d'entre eux sont aussi plus pauvres et moins éduqués que la moyenne nationale. Le boom du développement tient donc surtout à l'exploitation des ressources naturelles, facilitée par un meilleur écoulement des produits grâce aux nouvelles routes goudronnées, et à l'implantation du réseau gouvernemental éducatif et sanitaire.
Ces progrès sont pourtant éphémères. L'IDH baisse assez vite dans les localités des régions déboisées, en phase avec le déclin de productivité des activités économiques qu'entraîne, par exemple, l'épuisement des ressources en bois ou la dégradation des pâturages. Au début des années 1990, rappelle l'étude, plus de 75 % des terres déboisées en Amazonie étaient vouées à l'élevage, et plus d'un tiers ont déjà été abandonnées.
Cette enquête porte sur 286 municipalités, à divers stades de déforestation, qui regroupent l'immense majorité du territoire et de la population amazoniens. Elle s'arrête en 2000, année des derniers chiffres de recensement connus. Conclusion de l'étude : "L'actuel mode de développement de l'Amazonie est très loin d'être désirable, qu'il s'agisse des hommes ou de la nature."
Que faire ? "Il faut combiner les approches, explique l'un des auteurs de l'étude, Ana Rodrigues, du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive au CNRS de Montpellier. Mieux mettre en valeur les régions déboisées. Et surtout réduire la déforestation, promouvoir la reforestation dans les zones dégradées, encourager les populations forestières à mener des activités de développement durable." Par exemple en rémunérant les services rendus à l'écosystème par les habitants de la forêt, comme cela commence à se faire au Brésil.
LISTE DE MULTINATIONALES
Dans un récent rapport, Greenpeace soulignait que l'élevage intensif de bovins est responsable de 80 % de la déforestation. Selon l'organisation écologiste, "au cours des dernières années, un hectare de forêt a été détruit toutes les 18 secondes en moyenne par les éleveurs de bétail". Le Brésil est devenu le premier exportateur de viande de boeuf, avec un tiers du tonnage mondial.
Greenpeace reproche au gouvernement de doper l'élevage en aidant financièrement les grandes entreprises du secteur et de fermer les yeux sur les exploitations illégales. Elle cite une longue liste de multinationales, acheteuses de produits provenant d'exploitations impliquées dans la déforestation illicite.
Un vif débat oppose actuellement écologistes et exploitants ruraux à propos d'un projet de loi sur le point d'être voté sur la régularisation foncière en Amazonie. Dans son principe - donner une garantie juridique aux agriculteurs, notamment les plus vulnérables -, le texte fait l'unanimité en sa faveur.
Mais les écologistes, soutenus par le ministre de l'environnement, Carlos Minc, accusent les parlementaires d'avoir défiguré le projet en introduisant plusieurs clauses jugées trop favorables à l'agrobusiness. Le ministre espère que le président Luiz Inacio Lula da Silva tranchera en sa faveur.
Jean-Pierre Langellier
04:04 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane










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