18.09.2009
Algues vertes : Fillon préfère nettoyer que fâcher les paysans
Algues vertes : Fillon préfère nettoyer que fâcher les paysans
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 20/08/2009 | 20H44
Ce n'est ni la grippe A ni la canicule qui ont forcé François Fillon à anticiper sa rentrée politique initialement prévue le 24 août mais l'algue verte, cette « salade de mer » proliférante qui dégage un gaz toxique. Pourtant, il n'y pas mort d'homme… mais d'un cheval le 28 juillet sur la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes d'Armor) et malaise de son cavalier, un vétérinaire, qui menaçait de porter plainte.
Rien à voir officiellement avec le gros score des écologistes aux européennes, ni avec la crise du lait qui met les éleveurs à cran, ou avec les subventions que les producteurs de fruits et légumes vont devoir rembourser à Bruxelles….
Mais le monde agricole, la Bretagne et les écologistes ont tout de même besoin d'être cajolés ces temps-ci. Et puis, élu de la Sarthe voisine, le Premier ministre a un électorat d'éleveurs à soigner.
Accompagné de trois ministres (Roselyne Bachelot pour la Santé, Bruno
Lemaire pour l'Agriculture et Chantal Jouanno pour l'Ecologie), le
Premier ministre est donc allé promettre que l'Etat prendra « toutes ses responsabilités ». Le bilan de ce « bain d'algues » se résume à une seule mesure concrète : l'Etat prendra à sa charge le nettoyage des plages. Le Premier ministre loue au passage « les efforts considérables faits par les agriculteurs bretons pour prendre en compte l'environnement », et rappelle l'objectif de diminuer les intrants de 40%. (voir la vidéo postée sur la chaîne de François Fillon sur Dailymotion)
http://www.dailymotion.com/video/xa7z5i_fillon-algues-ver...
« Pas l'heure de chercher des responsabilités »
Peu importe que « plus personne ne nie la responsabilité des nitrates » dans la prolifération des algues vertes, comme l'explique Jean-Yves Piriou, chercheur à l'Ifremer de Brest sur LeMonde.fr. Et que les agriculteurs soient les grands responsables de cette même pollution aux nitrates.
Le phénomène des « marées vertes » qui se déposent sur les plages est en effet bien identifié. La Bretagne est une des grandes régions d'élevage (60% des porcs élevés en France) : épandus dans les champs, les engrais et les excréments d'animaux (le lisier) finissent par enrichir les cours d'eau en nitrates.
Ces derniers finissent par servir d'aliments aux « laitues de mer » dans les baies bien abritées de la côte. Selon Eau et Rivières de Bretagne, la concentration de nitrates ne devrait pas dépasser 5 à 15 mg/l pour ne pas favoriser la prolifération des ulves, contre 39mg/l en moyenne.
Pourtant, avec ce déplacement du Premier ministre, comme l'a confié à Rue89 Gérard Mével, vice-président du conseil régional de Bretagne en charge de l'Environnement, « il ne s'agissait pas de stigmatiser les agriculteurs, il n'est pas l'heure de chercher des responsabilités ».
Les élus socialistes de la région se disent satisfaits :
« L'expérimentation de mesures dans le domaine agricole dans les bassins versants a été acté, c'est le signe d'un début d'efforts d'une agriculture respectueuse de l'environnement … qui à terme aboutira à une réduction des algues vertes ».
« Il faudrait mettre les moyens des marées noires »
Mais le porte-parole de l'association Eau et Rivières de Bretagne, Jean-François Piquot se dit très étonné d'un « déploiement ministériel et médiatique extraordinaire pour un résultat insignifiant » :
« L'Etat va donner l'argent du contribuable pour cacher les algues sous le tapis : car dans les zones rocheuses ou difficilement accessibles, le nettoyage ne sera pas fait. Il faudrait mettre les moyens des marées noires, car là c'est une marée verte qui arrive tous les ans ».
L'association qui milite depuis quarante ans contre la pollution des eaux de la région, ne cesse de dénoncer la responsabilité de l'Etat dans le non-respect des normes de qualité de l'eau. Alors, quand il entend le Premier ministre assumer l'entière responsabilité de l'Etat, cela fait bien rire Jean-François Piquot :
« On a porté plainte contre l'Etat en 2004 pour sa responsabilité dans les marées vertes, le tribunal administratif de Rennes nous a donné raison en 2007, mais le ministère de l'Environnement a fait appel. L'Etat conteste sa responsabilité devant la justice mais la reconnait devant les médias ! »
Si le gouvernement a soudain décidé de s'emparer d'un sujet bien connu dans la région, c'est que la preuve désormais irréfutable de la toxicité des algues a été apportée avec l'étude de l'Ineris.
« Que le monde agricole cesse de nier les problèmes environnementaux »
L'Institut national de l'environnement industriel et des risques a analysé des algues prélevées à Saint-Michel-en-Grève et constaté des teneurs en hydrogène sulfuré toxiques par inhalation, un gaz dégagé quand elles se mettent à pourrir et qui « peut être mortel en quelques minutes ».
Mais les associations bretonnes soupçonnaient le danger depuis bien longtemps, et notamment la mort de chiens en 2008, « qui auraient du jouer le rôle d'alerte », selon Jean-François Piquot.
Face à ce risque de santé publique majeur, le gouvernement lance une « mission interministérielle sur la gestion du risque des algues vertes qui devra d'ici trois mois faire des propositions »… Bien tard pour nombre d'écologistes, comme José Cambou, pilote du réseau santé-environnement de France Nature Environnement qui réclame :
« Il est temps de mettre en place une véritable politique de prévention et que les problèmes environnementaux et sanitaires liés aux pollutions aux nitrates ne soient plus niés par une partie du monde agricole. Ce lobbying est inadmissible. »
Photo : algues vertes sur le rivage de Guissény, dans le Finistère (Ludo29880/Flickr)
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Ailleurs sur le Web
- ► Le dossier d'Eau et rivières de Bretagne sur les nitrates
- ► Algues vertes: le rapport de l'INERIS confirme des concentrations mortelles par endroits
- ► Sur LeMonde.fr : "Algues vertes : "Plus personne ne nie la responsabilité des nitrates"
- ► "Fillon et les cochons: la triste histoire des algues vertes" sur Marianne2.fr
03:16 Publié dans POLEMIQUE | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane









Commentaires
Face à la crise du lait : Faire revivre la PAC !
Acheter à bon marché pour vendre chère voilà la devise des libéraux économiques.
Dire non à l'économie impériale!
Aujourd'hui nous sommes confronté à une grave crise existentielle agricole généralisé causé par une vague de libéralisme depuis la fin des année 70, entrée de l'a Grande Bretagne de le marché commun, imposition puis disparition de quotas, concurrence directe avec des producteurs de pays du sud à bas salaire, sans droits sociaux et sans infrastructures.
Dictées par la "modernité" et les inévitables évolutions du monde, les libéraux Europeéens souhaitent faire l'économie d'une dépense inutile, la PAC et faire entrer l'agriculture dans le rang des marchés libres et soi disant non faussés.
Il faut rompre la règles du jeu
et redonner sens à la Politique Agricole Commun
Nous avons beaucoup entendu de gens s'indigner face à l'égoïsme de la PAC. M. Barnier en pleine émeute de la faim à du justifier cette politique d'auto suffisance alimentaire.
On oublie souvent de dire que c'est la politique agricole commune européenne qui a permis de sortir l'Europe de tout risque de famine et a permis à l' Agriculteur d'avoir un niveau de vie décents!
L'homme politique qui a capitulé face aux pouvoir de l'argent depuis trop longtemps doit s'inspirer du travail de De Gaulle et d'Adenauer en faveur du monde agricole et de la population en générale, afin de trouver une issu par le haut à la crise actuelle. Une politique guidée par la rechercher du bien commun.
Les objectifs de la politique agricole commune ont pour but :
- d’accroître la productivité de l’agriculture en favorisant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production agricole ainsi qu’un emploi optimum des facteurs de production, notamment de la main-d’œuvre ;
- d’assurer ainsi un niveau de vie équitable à la population agricole, notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans l’agriculture ;
- de stabiliser les marchés ;
- de garantir la sécurité des approvisionnements ;
- d’assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs ».
Il est temps que toutes les révoltes particulières donnent naissance à un projet commun révolutionnaire!
David C.
david.cabas.over-blog.fr
Ecrit par : David C. | 21.09.2009
Passer au bio est la seule solution. Mais elle plait pas au business man qui vendent leur produits chimiques inutiles et ponctionnent la société.
Ecrit par : Breton | 19.11.2009
@ Breton,
Comme si les business man n'était sur l'affaire du bio!!!!!
David C.
Ecrit par : David C. | 20.11.2009
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