01.11.2009
La preuve par l’Allemagne
La preuve par l’Allemagne
jeudi 1er octobre 2009, par Denis Sieffert POLITIS
Depuis dimanche, les brouilleurs de pistes, contorsionnistes du commentaire et autres acrobates de la statistique déploient leur ingéniosité pour nous convaincre que la CDU d’Angela Merkel a fait un triomphe, et que la vertigineuse défaite du SPD est celle de la gauche. Tout étant relatif, il est certes indéniable que la droite a obtenu une majorité au Bundestag. Mais combien de consommateurs moyens de journaux télévisés et de lecteurs pressés des unes de la presse écrite auront deviné que le parti de la chancelière vient aussi d’enregistrer son plus mauvais score depuis 1949 ? L’information ne saute pas aux yeux, ni aux oreilles, c’est le moins que l’on puisse dire ! En fait de triomphe, il s’agit plutôt d’un reflux historique ! Et cela dans le contexte aggravant d’une abstention record de près de 30 %. La vérité, c’est qu’en temps de crise les héritiers d’Adenauer et de Kohl ne sont plus assez libéraux pour les libéraux qui ont misé sur le FDP. À libéral, libéral et demi ! Mais si la droite allemande a remporté ce scrutin tout en perdant beaucoup, c’est évidemment que la gauche social-démocrate a perdu bien plus encore. Et c’est là que les brouilleurs de pistes s’en donnent à cœur joie pour masquer ce qui constitue sans doute la leçon essentielle du scrutin : si les deux grands partis de l’histoire allemande de l’après-guerre s’effondrent, c’est peut-être bien que nous assistons à l’amorce d’une recomposition profonde, avec l’émergence de forces nouvelles.
Gardons-nous donc de banaliser cette élection, et de la ramener dans le jeu convenu d’un éternel mouvement de balancier gauche-droite. Et évitons d’expliquer l’échec du SPD par sa seule coalition avec la CDU. Ce serait oublier qu’en 2005, déjà, le SPD avait subi un recul important (4,2 %), et cela, après avoir gouverné seul avec les Verts. Gerhard Schröder n’avait eu besoin de personne pour s’attaquer massivement aux services publics et aux retraites. C’est donc bien le glissement néolibéral du SPD qui, en tant que tel, et par deux fois, a été sanctionné par les électeurs. On peut donc émettre les plus grands doutes sur l’idée selon laquelle, rendu à son autonomie et à sa solitude ombrageuse, le SPD retrouverait naturellement un ancrage à gauche. L’évolution de la social-démocratie européenne est trop profondément idéologique. Depuis plusieurs années déjà (on peut situer le tournant à 1983), notre PS fait lui aussi régulièrement mouvement vers la droite. Le discours qui accompagne cette évolution ressasse toujours la même antienne : il n’y aurait pas d’autre solution possible qu’un aggiornamento historique, jusqu’à une dissolution dans un nouveau mouvement « centriste » ou « démocrate ». Or, voilà que les élections allemandes de dimanche contrarient sérieusement cette analyse. Car si la social-démocratie fait faillite, la gauche ne disparaît pas pour autant. Bien au contraire. La montée en flèche de Die Linke et, d’une autre façon, le succès des Verts tracent une piste nouvelle.
Au passage, il faut souligner l’aimable perfidie qui consiste, dans notre presse, à qualifier le parti d’Oskar Lafontaine de « néocommuniste ». Certes, l’appellation n’est pas en soi infamante. Mais elle est inexacte puisqu’une partie des cadres et militants de Die Linke vient de la social-démocratie et du mouvement social. Et elle n’est pas sans arrière-pensée à propos d’un pays où « communisme », il y a vingt ans encore, était synonyme de « totalitarisme » et de mur de la honte. Mais, pour revenir au fond du débat, il faut souligner qu’il n’y a donc pas dans ces élections allemandes le moindre « paradoxe », ni le moindre défi à la logique [1]. Le SPD est sanctionné pour n’avoir pas été assez antilibéral et pour avoir peu à peu épousé une idéologie qui est tenue, à l’échelle planétaire, pour responsable de la crise. Die Linke progresse à proportion de ce que la gauche traditionnelle a perdu. Certes, le rapport de forces n’est pas inversé. Mais l’hégémonie du SPD au sein de la gauche est largement battue en brèche. Une autre force existe, assez visible, pour constituer une alternative. L’évolution est telle que la question des alliances se pose déjà différemment. Ce sont les dirigeants du SPD qui ne veulent pas entendre parler de Die Linke, trop inquiets des positions de cette nouvelle gauche. En France, le même défi est désormais lancé au Parti socialiste. Les réponses divergentes, entre ceux qui veulent pousser vers l’alliance avec le MoDem et ceux (voir l’article de Michel Soudais et son entretien avec Benoît Hamon) qui préconisent des rapprochements avec l’autre gauche, peuvent conduire à l’implosion.
Dans ces conditions, le moment serait mal choisi par le Parti communiste pour affaiblir le Front de gauche encore en gestation. Mais, me dit-on, rien n’est encore fait. Notamment dans la perspective des régionales. Et mon éditorial d’il y a quinze jours, très critique à l’égard du PCF, était exagérément sévère. La dialectique subtile de Marie-George Buffet permettait en réalité une autre lecture, porteuse d’espoir. Tant mieux ! Une série de rencontres récentes du Front de gauche, y compris avec le NPA, vont en tout cas dans le bon sens. Chacun doit méditer à sa façon les leçons allemandes.
N. B. : Nos Assises pour le changement prévues les 7 et 8 novembre s’inscrivent dans cette amorce de recomposition de la gauche.
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Hulot, un écolo-gauchiste héliporté
Hulot, un écolo-gauchiste héliporté
Sylvain Lapoix - Marianne | Mardi 29 Septembre 2009 à 07:01
A l'occasion de la sortie du Syndrome du Titanic, son prochain film, Nicolas Hulot entame sa campagne de promotion en se présentant comme anti-capitaliste... alors que ses mécènes, EDF et Orange, sont plus généreux que jamais avec lui.
A son attirail d'avions, de caméras et d'hélicos, Nicolas Hulot a ajouté, pour la sortie de son prochain film, un discours de «révolutionnaire». Attention, pas pour s'en servir : juste pour faire joli. Car à la question que se posait naïvement le Journal du dimanche du 27 septembre «vire-t-il à la radicalité anti-capitaliste ?», on peut répondre très clairement non !
Un anti-libéral financé par France télécom
«Je ne suis pas contre le libéralisme par principe mais par réalité», ose affirmer le documentariste au JDD. En plus d'une écologie en son et lumière, réalisée à grand renfort de matériau à haute consommation en kérosène, le bonhomme se pique d'un message social. Rien que ça ! A la contrainte environnementale, s'ajoute désormais pour lui la contrainte sociale : «les inégalités se creusent», posait-il d'un ton grave sur Europe 1, lundi 28 septembre. Marc-Olivier Fogiel en était tout bouleversé.
Et qui donc est le partenaire principal du Syndrome du Titanic, son film à paraître le 7 octobre ? Orange, filiale de France télécom. «Après son film, tu sais qu'il faut se suicider, la seule question, c'est quand», s'amusait son ami Gérard Feldzer. Une blague qu'apprécieront les cadres de France télécom à sa juste valeur.
EDF, L'Oréal, Vinci... Sainte Trinité de l'écotartufferie
Mais Hulot continue de traîner sur tous les plateaux sa gueule de baroudeur sympathique, légèrement burinée par le jetlag (avion en 1ère classe de retour d'un coin dévasté du monde oblige). Depuis 20 ans, EDF subventionne la fondation Nicolas Hulot avec les autres partenaires fondateurs : L'Oréal, les hôtels Ibis et TF1. Derrière les historiques, les Autoroutes du Sud de la France (groupe Vinci), Norauto et l'opérateur téléphonique Bouygues donnent également au pot. Le tout pour «dénoncer le capitalisme ; son inhumanité et son gaspillage ; son inflation d'électronique et de téléphone portable.» Voiture, énergie nucléaire, téléphone portable et produits de beauté «greenwashé»... La société de consommation n'a qu'à bien se tenir !
Même complaisant, le portrait du JDD le rappelle : Hulot est l'ami des patrons, celui de Nathalie Kosciusko-Morizet... Certes, cette amitié est relativisée par une anecdote dans laquelle le brave documentariste se fâche puis coupe les ponts avec un pdg - anonyme bien sûr, le JDD n'est pas la Cause du peuple - qui bouclait un plan de licenciement. Mais à quoi bon : un de perdu, dix de retrouvés ! A la Bourse médiatique, un marché qui n'a jamais cesser d'échanger, la côte d'Hulot est toujours au plus haut.
Une vraie distance vis-à-vis du pouvoir : l'exil !
«Tout le monde connaît ma distance vis-à-vis du pouvoir», ose-t-il sur le plateau d'Europe 1. Certes, il n'a jamais été ministre. Mais il chante aujourd'hui les louanges d'un Président qui a signé son Pacte sans appliquer un seul de ses moratoires, que ce soit sur les autoroutes, les incinérateurs ou les EPR... Un écotartuffe qui met en garde sur l'urgence de la crise sociale grâce à un film financé par une entreprise où 24 personnes ont mis fin à leur jour en deux ans à cause de leurs conditions de travail.
De toute évidence, Hulot a du mal à rester au loin des médias, à conserver une distance et une sobriété qui rende son message cohérent... Il a besoin d'aide : pour lui permettre de se cesser enfin ses relations incestueuses avec le CAC 40, signons le pacte contre Nicolas Hulot et n'allons pas voir son film. Un flop commercial amènerait peut-être ses mécènes à reconsidérer le financement de ses documentaires à l'avenir, l'obligeant ainsi à chercher des moyens en dehors de ce capitalisme mortifère dont il se veut désormais le détracteur. C'est la seule solution pour préserver sa « pureté écologique ». Parce que, si on le laisse faire, il va nous la solder pas très cher l'écologie!
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Premier bilan carbone ferroviaire: rouler pour éviter
Premier bilan carbone ferroviaire: rouler pour éviter
30/09/2009 10:47 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
La SNCF, RFF et l’Ademe ont réalisé le premier bilan carbone ferroviaire global, de la conception à l’exploitation, sur la branche Est de la ligne à grande vitesse Rhin-Rhône. Ils promettent un bilan carbone positif dès la 12e année d’exploitation, en 2024.
1,9 million de tonnes équivalent CO2 (teqCO2). C’est la quantité d’émissions de gaz à effet de serre que vont générer la conception, la réalisation et l’exploitation pendant 30 ans de la branche Est (Mulhouse-Dijon, 140 km) de la ligne à grande vitesse (LGV) Rhin-Rhône, actuellement en cours de construction. Réseau ferré de France (RFF), la SNCF et l’Ademe ont présenté vendredi 25 septembre à Besançon ce «premier bilan carbone ferroviaire global».
Sur la période 2012-2042, l’exploitation représente 57% des émissions –53% pour la seule énergie de traction du TGV, 4% pour la maintenance des rames et de la ligne–, la construction 42% –22% pour le génie civil, 20% pour les équipements et bâtiments ferroviaires– et 1% pour la conception du projet.
Mais le bilan carbone sera neutre, puis positif, dès la 12e année d’exploitation de la ligne (2024), assurent ses réalisateurs. Ils prévoient le «détournement» de 1,2 million de personnes par an de la route et de l’air vers cette nouvelle ligne. «La variable la plus importante du bilan est le taux d’occupation», résume Mireille Faugère, directrice générale de SNCF Voyages. Il faudra donc rouler en TGV pour éviter…
Le bilan carbone permet de (re)mettre en évidence certains postes très émetteurs. Sans surprise, la chaux, qui représente 33% des émissions des travaux de génie civil, devant le ciment (15%) et l’acier (10%). RFF et la SNCF préconisent l’ouverture de carrières plus proches du chantier. Seront-elles acceptées par les populations locales? Quant à l’énergie de traction, la formation du personnel à l’éco-conduite devrait permettre de réduire ce poste de 5% d’ici 2010. L’utilisation de trains plus aérodynamiques et allégés de 15 à 20% devrait permettre de générer d’autres économies d’ici 2025.
Un bilan carbone étant monocritère, il ne permet pas de prendre en compte toutes les atteintes à l’environnement, notamment celles à la biodiversité. 40% du linéaire de la branche Est de la LGV Rhin-Rhône se situe en forêt. 37 passages à gibier ont été prévus, 51 passages pour la petite faune et 27 mares de reproduction réalisées pour les amphibiens, grâce à un budget de 4,57 millions d’euros.
Son périmètre n'est pas extensible à l'infini, même si ce bilan carbone prétend à l'exhaustivité. Les déplacements domicile-travail des ouvriers ont par exemple été pris en compte, mais pas les émissions des véhicules des personnes qui se rendront dans les deux nouvelles gares construites le long de la ligne. Un parking de 1.000 places est prévu rien que pour la nouvelle gare «Besançon Franche-Comté TGV», en même temps que l'ouverture d'une navette ferroviaire vers la gare de Besançon.
La SNCF, RFF et l’Ademe entendent recourir systématiquement au bilan carbone ferroviaire. «Cet outil conçu pour une LGV standard permettra de faire «l’analyse carbone» des 1.800 km de lignes déjà construites depuis les années 1980 et de concevoir des scénarios optimisés pour les 2.000 km de LGV à construire d’ici 2020.»
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Mascarades
Mascarades
jeudi 1er octobre 2009, par Bernard Langlois POLITIS
Tralala
Que retiendra-t-on de ce sommet du G20 si ce n’est son impuissance à prendre le taureau de la crise par les cornes, au point qu’il a fallu faire diversion en sortant l’épouvantail iranien du magasin des accessoires ? Un tralala dispendieux pour pas grand-chose ; sinon, pour nous Français, une prestation ratée du Prince face à deux questionneurs bien peu réactifs – comme d’hab’ –, marquée par une autosatisfaction grotesque (c’est la France qui, que, c’est moi que, qui…), des mensonges hauts comme des gratte-ciel new-yorkais (paradis fiscaux : a-pu ! Bonus : finis !), des erreurs révélatrices de l’ignorance des sujets traités (le CO2 qui troue la couche d’ozone) et un lapsus particulièrement calamiteux – bien que linguæ ! – qui apprendra au PPR (Petit Père des riches) à ne pas s’aventurer sur des chemins glissants, surtout quand on est en terre étrangère et censé s’occuper des grands problèmes de la planète. D’où, enfin et off, une grosse colère contre la patronne de l’info sur France 2, comme si elle était responsable de son plantage, m’âme Chabot : décidément, il ne change pas, c’est toujours le même sale gosse gâté.
Indécence
Donc, un G20 pour rien, dont l’illégitimité n’a d’égale que l’inefficacité ; et maintenant, cap sur Copenhague, qui s’annonce pire encore… Attac a bien raison de tacler : « G20 de Pittsburgh, arrêtons la mascarade ! » L’association altermondialiste détaille les raisons de l’échec et propose dix mesures d’urgence « pour désarmer les marchés financiers » (dont la 10e – « Une fois mises en œuvre les neuf mesures précédentes, le G20, satisfait du devoir accompli, prononcerait la transformation du G20 en G192. Le G192, soit l’ONU réformée et démocratisée, aurait en effet plus de chances d’apporter à la crise mondiale une réponse donnant satisfaction non pas aux gouvernements de quelques pays riches, mais à l’ensemble de ses États membres » – souligne l’indécence de ce magistère mondial autoproclamé, même si G20 c’est mieux que G10, qui était mieux que G8 et G7). Encore un effort, camarades Grands ! [1]
Enfermement
Je lis dans Le Monde de samedi la tribune de Tahar Ben Jelloun [2], qui, par le biais d’une anecdote (réelle ou inventée, peu importe, le romancier a tous les droits, et ce n’est pas Giscard qui dira le contraire…), dénonce le sort des femmes musulmanes enfermées derrière le cloître de tissu du voile islamique. Le couple qu’il dit avoir croisé dans le Sud marocain roule en voiture de sport, « peut-être une Porsche » (ou peut-être pas, là encore aucune importance, un bel engin coûteux). C’est l’homme (jeune, d’allure moderne, cigarette, portable) qui conduit, bien sûr. La voiture est immatriculée aux Pays-Bas, à Rotterdam. Ça sent à plein nez le trafiquant de cette herbe qui fait rire et qui pousse dans le Rif. La femme, voile intégral et lunettes de soleil en prime. Le type explique à notre écrivain qu’il vient de se marier au pays et veut repartir en Europe avec sa jeune épousée ; mais « problème papiers, ils veulent photo identité visage découvert, ils sont fous, enfin Allah est grand ! ». Bref, ce que Ben Jelloun entend mettre en lumière, avec son anecdote, ou sa parabole (talentueuse), c’est que « cet individu illustre à lui tout seul les contradictions d’une mentalité de l’âge de pierre avec un pied dans le XXIe siècle. Il utilise les moyens techniques les plus sophistiqués et en même temps traite sa femme comme du bétail ». Une opinion qu’on peut partager, dans la mesure où le port du voile est contraint et non choisi (on trouve des femmes, qui n’ont l’air ni stupides ni malheureuses, qui choisissent de porter le voile islamique).
Chiennerie
Mais ce n’est pas pour rouvrir le débat que je cite cet article de l’ami Tahar. C’est parce que je tombe, le même jour, sur le site Slate.fr, sur ceci : « Qui sommes-nous ? Que nous disent nos corps ? Ces questions lancinantes sont directement posées par le documentaire le Corps des femmes. Il a été réalisé par une jeune femme, Lorella Zanardo, qui a visionné 400 heures de télévision, balayant les chaînes italiennes privées (propriété de Silvio Berlusconi) comme les chaînes publiques. On y voit la banalisation et la vulgarisation du corps de la femme. Dans ce pays où 80 % des personnes qui regardent la télévision en font leur source d’information principale et où 60 % de l’audience télévisée est de sexe féminin, c’est une horreur misogyne permanente. » Ces quelques lignes introduisent toute une réflexion accompagnée d’images auxquelles je vous invite à vous référer à votre tour [3]. La bêtise, la vulgarité, la chiennerie, la misogynie crasse de cette télévision italienne (mais qui n’est que la pointe avancée de notre société du spectacle) ne me paraissent guère plus ragoûtantes que les excès obscurantistes des fondamentalismes religieux, l’islamique en particulier. Les unes, entendons-nous bien, ne justifient pas les autres : mais elles se nourrissent les unes les autres.
Niveau
Au fait, Brigitte Bardot, me direz-vous ? Notre BB nationale qu’on célèbre à l’envi pour ses 75 ans. Eh bien, regardez-la, cette friponne au corps parfait qui fit fantasmer des millions d’hommes (et sans doute aussi de femmes), voyez comme elle était fraîche et belle et naturelle ; et comparez donc avec les bimbos d’aujourd’hui, ces « velines » siliconées qui peuplent les écrans italiens (pas seulement) et agrémentent les fêtes du « papounet ». Comme dit l’autre, le niveau monte !
Lehmann Sisters
Je ne pousserai pas le féminisme jusqu’à prétendre, comme d’aucuns (et surtout d’aucunes), que tout irait mieux dans ce bas monde si les femmes étaient aux leviers de commande. Je n’ai pas le souvenir que Golda Meir, Indira Gandhi ou Maggie Thatcher, par exemple, aient mené une politique beaucoup plus pacifique, plus sociale et plus respectueuse des libertés que les mâles qui les ont précédées ou suivies. Et si Mme Lagarde m’a bien fait rire en prétendant (sur France Inter, je crois) que « si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, on n’en serait pas là », je veux croire qu’elle plaisantait – j’en suis même sûr : quand je vous dis qu’elle s’est bien décontractée depuis sa prise de fonction ! Pour dire que la victoire (relative) d’Angela Merkel, qui va continuer à mener le bal Outre-Rhin après avoir juste changé de partenaire, me laisse assez froid : les Allemands les moins bien lotis le resteront et les finances continueront de faire la loi. Comme chez nous. La claque prise par le SPD, en revanche, et la poussée concomitante de Die Linke sont des nouvelles plutôt réjouissantes et riches, pour nous autres, d’enseignement : la domination, à gauche, d’un PS usé jusqu’à la corde n’est pas inéluctable. Et si l’ensemble des petites formations de la gauche de gauche parvenaient à s’unir, le rapport de forces électoral pourrait finir par s’inverser. C’est le pari de Mélenchon : puisse-t-il en convaincre le PCF (un test : Buffet va-t-elle laisser Braouezec prendre la tête de liste en Île-de-France ?) et le NPA !
Diatribe
À propos : à ces quelques lecteurs qui me reprochent (gentiment mais fermement !) une vision trop noire de notre société, comme de trop cogner sur les dirigeants du PS ou des grandes centrales syndicales, je dédie ces quelques lignes : « Nous sommes aujourd’hui dans une société aussi injuste, aussi illégitime que celle de l’Ancien Régime finissant. Elle finira aussi mal. […] Si, face au cynisme de l’économie de tripot, les socialistes ne représentent plus l’aspiration du peuple à la justice, alors on peut les renvoyer à la niche. […] Nombre de leurs dirigeants sont des banquiers à la petite semaine, des spéculateurs à la manque, je ne leur confierais pas mon portefeuille. […] Si le socialisme ne parvient pas à convaincre, c’est à cause de l’indignité de ses dirigeants… » Bouffre ! De qui donc cette diatribe ? De Julliard, dans L’Obs’, qui titre avec une formule de Trotski [4]. Mais où va-t-on ! L’arrivée d’Olivennes, qui tire à droite l’hebdo de la gauche respectueuse, a au moins cette heureuse conséquence de pousser le chantre de la deuxième (gauche) à durcir le ton.
Sorcelleries
Les Solfériniens débattent (mollement, à ce qu’on dit) des propositions de réformes que leur soumet la patronne. Vite fait bien fait : une petite semaine de discussion, et hop ! Aux urnes (on a eu le temps de les débourrer ?). La mesure phare, bien sûr : les fameuses primaires. Pour ceux que ça intéresse, les deux principaux promoteurs de la chose, Ferrand et Montebourg, viennent d’en sortir le vade-mecum [5]. À lire d’urgence, c’est ce jeudi 1er octobre que les militants doivent voter ! Un autre bouquin, un gros celui-ci, intéressant (mais vraiment réservé aux historiens et aux militants désireux de découvrir le passé de leur parti et, plus pointu encore – manque pas un bouton de guêtre –, de la formation jeune du PS, alors appelé SFIO, entre 1944 et 1948) : pour constater que les déchirements ne datent pas d’hier ! Enfin, pour tout le monde et la bonne bouche : l’enquête passionnante de François Bazin, chef du service politique de L’Obs’ sur Jacques Pilhan, le Sorcier de l’Élysée. Sorcier, assurément ; et éminence grise, fuyant les projecteurs, avide de pouvoir et d’argent, pas de gloriole comme son compère Colé ou Séguéla, son mentor vite dépassé ; joueur de poker frotté de situationnisme, faiseur de rois – et peu importe de quelle lignée : il fut successivement le « communiquant » de Mitterrand, de Rocard, de Chirac et quelques autres seigneurs de moindre importance. Pas le genre à perdre son temps avec d’autres opinions que celles de l’excellence de ses prévisions et de la supériorité de sa manœuvre – l’une et l’autre nourries par l’auscultation permanente de l’opinion reine, mais attention, en qualitatif, pas en quantitatif. D’un mépris de fer pour les « poussiéreux », les archaïques qui croient encore que la politique est affaire de convictions, d’exemple, d’engagement… Le grand spin doctor français est mort jeune, à 55 ans. Cancer. Je le redis, l’enquête de Bazin est passionnante [6]. Et aussi atterrante : car les sorcelleries dont il est ici question, leurs succès éclatants (quelques échecs aussi), signent quelque part la déliquescence de la démocratie et la mort de la République. On comprend mieux, alors, le dégoût qui nous est venu de la chose publique en général, et de cette gauche en particulier, qui a vendu son âme aux gourous.
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