06.11.2009
Du référendum en Irlande : preuves de sa validité
Du référendum en Irlande : preuves de sa validité
par Observateur amusé, Amateur LE MONDE
06.10.09
Les opposants au traité de Lisbonne, et, dans une moindre mesure, les partisans de la démocratie directe s'indignent souvent que l'on ait fait voter Lisbonne une deuxième fois aux irlandais, pour que ceux-ci acceptent. Or même en ignorant l'argument justifiant ce deuxième vote par les changements qui ont été apportés au traité entre les deux referendums, ainsi que le taux d'acceptation a été cette fois nettement supérieur à celui du refus précédent, force est de constater que ce double-vote respecte parfaitement les exigences de la démocraties.
Première hypothèse : les irlandais ont vraiment changé d'avis. Dès lors, leur oui aujourd'hui n'est pas moins valable que leur non d'il y a une année. On pourrait à la rigueur dire qu'il faut alors les faire revoter tous les ans, pour être certain qu'ils n'aient pas changé d'avis. Mais alors que le traité sera en vigueur, un non n'aurait plus les mêmes conséquences, le traité ne pouvant être "allumé" et "éteint" régulièrement.
On imagine alors que le non irlandais signifierait pour eux la sortie de l'Europe. Or la constitution irlandaise n'exige pas de référendums réguliers pour confirmer l'appartenance de l'Irlande à l'Europe, ni d'ailleurs pour confirmer aucun traité déjà ratifié (on imagine les difficultés). Un tel référendum n'aurait donc pas de base juridique, et ne respecterait donc pas le principe démocratique de primauté du droit. Quoi qu'il en soit, dans ce cas ce n'est pas le caractère démocratique du deuxième référendum qui serait remis en question, mais plutôt l'absence de référendum régulier. Une autre option serait d'attendre encore un certain laps de temps, de voter une troisième fois. Mais alors combien de temps attendre ? Pourquoi une troisième et pas une quatrième ou cinquième fois ? Et toujours, ce n'est pas le caractère démocratique du deuxième référendum qui doit être remis en cause, mais l'absence de référendums ultérieurs, dont la mise en pratique poserait de toute façon des problèmes significatifs.
Deuxième hypothèse : avoir soumis les irlandais à deux référendums était anti-démocratique. Cet argument prête à sourire, surtout qu'il viendrait de ceux qui se plaignent d'une insuffisance de référendums. En quoi c'était anti-démocratique ? Si les irlandais ne voulaient pas changer d'avis, alors ils ne devaient pas changer d'avis. Le référendum était, selon ses partisans, une bonne expression de la démocratie, quel est le délai à respecter pour que poser deux fois la même question soit démocratique ? Pourquoi ? Et surtout pourquoi c'est le premier référendum qui serait plus démocratique que le deuxième ?
À cette dernière question seule une réponse peut être comprise et c'est notre troisième hypothèse. Le résultat d'un référendum est aléatoire, et demander deux fois peut, irrationnellement, mener à deux réponses différentes successives. Mais si l'on admet cela, alors on admet que le référendum n'est pas une parfaite expression de l'opinion sur une question, mais un résultat aléatoire, influencé par l'humeur de l'opinion, le contexte économique, le temps qu'il fait, la position des planètes dans le ciel, ou encore l'heure à laquelle Mme Gonsalez s'est levée ce matin à Buenos Aires, etc... Qui peut changer très rapidement selon l'effet papillon.
Or si tel est le cas, peut-on encore dire que le référendum est démocratique et se justifie sur un sujet, puisque les citoyens se prononcent sur ce sujet de manière aléatoire, et suivant des arguments rarement rationnels ? Quoi qu'il en soit, si l'on admet cela, alors un bon démocrate ne soutiendra pas plus le principe du référendum, que celui de prendre une décision, comme la ratification du traité de Lisbonne, à pile ou face.
03:36 Publié dans INTERNATIONAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









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