20.11.2009

Biodiversité : 778 espèces menacées d'extinction en France

Biodiversité : 778 espèces menacées d'extinction en France

Paru le 2009-11-11 19:17:00 MAXISCIENCES

L'Union mondiale pour la nature (UICN) a mis à jour la liste rouge 2009 des espèces menacées dans le monde. C'est un rapport alarmant qu'elle a publié, révélant que 17.291 espèces animales et végétales sont menacées d'extinction, dont 778 hébergées sur le territoire français.

La France se situe parmi les 10 pays les plus concernés par ce phénomène avec l’Equateur, les USA, la Malaisie, l’Indonésie, le Mexique, la Chine, l’Australie, le Brésil et l’Inde, souligne l'UICN.

Dans son rapport, l'organisation révèle que 21% de tous les mammifères connus, 30% de tous les amphibiens, 12% des oiseaux, 28% des reptiles, 37% des poissons d'eau douce, 70% des plantes et 35% des invertébrés sont aujourd'hui menacés.

Des chiffres alarmants qui ne représentent pourtant que "la partie émergée de l'iceberg" déplore Craig Hilton Taylor, l'un des auteurs du rapport.

Alors que la dégradation des milieux naturels, la surexploitation, l’introduction d’espèces envahissantes, la pollution et le réchauffement climatique sont les principales menaces qui pèsent sur les espèces, l'UICN révèle que sur les 5.490 espèces de mammifères répertoriées dans le monde, 79 se sont "éteintes" ou "éteintes à l'état sauvage" tandis que 449 sont "en danger".

La France se situe au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées au niveau mondial. Ce sont les collectivités françaises d’outre-mer telles que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française qui placent le pays dans cette position puisqu'elles sont quasiment toutes situées dans des points chauds de la biodiversité mondiale, c'est-à-dire des régions très riches en espèces mais également très menacées.

"Il est temps que les gouvernements commencent sérieusement à œuvrer pour la protection des espèces et que ce sujet brûlant figure parmi leurs priorités l’année prochaine, car le temps presse" avertit Jane Smart, directrice du groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN.

Alors que la communauté internationale s'était fixé pour objectif d'enrayer l'érosion de la biodiversité en 2010, il apparaît aujourd'hui évident qu'elle n'y parviendra pas.

La liste rouge des espèces menacées est intégralement disponible sur le site de l'UICN.

19.11.2009

Biodiversité : le grand retour des naturalistes

Biodiversité : le grand retour des naturalistes

LE MONDE | 23.10.09 | 15h58  •  Mis à jour le 23.10.09 | 15h58

Les grandes expéditions naturalistes sont de retour. En 2006, le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et l'organisation non gouvernementale Pro-Natura international avaient fait une première tentative avec la mission Santo, au Vanuatu, dans le Pacifique. Ils récidivent en lançant le programme "La planète revisitée", qui permettra d'explorer les forêts sèches du nord du Mozambique et les eaux froides de l'extrême sud de Madagascar, deux espaces jusqu'à présent restés à l'écart de la curiosité scientifique et dont tout laisse à penser qu'ils renferment une biodiversité singulière.

Deux hommes, l'océanographe Philippe Bouchet et le botaniste Olivier Pascal, portent l'aventure. Leurs longues-vues ou leurs microscopes ne vont pas se poser sur des espèces emblématiques "avec des poils et des plumes", mais sur cette biodiversité négligée composée d'invertébrés, d'insectes, de mollusques, de champignons... qui constitue le plus grand réservoir d'espèces à découvrir.

Philippe Bouchet, pourquoi relancer les grandes expéditions ?

Nous avons eu besoin de changer d'échelle pour deux raisons. Les missions individuelles ne permettent pas d'accéder à certains milieux très difficiles comme la canopée des forêts tropicales, les milieux souterrains ou, comme à Madagascar, certains milieux côtiers dépourvus d'infrastructures. Aller plus loin dans l'exploration de notre biodiversité suppose davantage de moyens.

La deuxième raison est d'ordre politique. L'accès à la biodiversité, dont la richesse se concentre dans les zones tropicales, est devenu de plus en plus difficile. Les gouvernements se méfient. L'époque où le scientifique débarquait sur le terrain avec son filet à papillons et sa presse à plantes, et n'avait de compte à rendre à personne, est révolue. Aujourd'hui, il faut des permis de recherche, des permis de récolte qui sont accordés sous réserve qu'il n'y aura pas de biopiraterie. Cela prend des années. Autant en profiter pour mener des programmes d'envergure.

Au XIXe siècle, les grandes expéditions comptaient plusieurs centaines de personnes. Ce n'est plus le cas.

C'est vrai, mais les scientifiques étaient très peu nombreux et le gros des équipes était constitué de personnes assurant la logistique. A Madagascar et au Mozambique, nous serons plusieurs dizaines de scientifiques venant de pays et de disciplines différentes. Il n'y a jamais eu d'expéditions comparables à celle-ci.

Il reste donc tant à découvrir ?

J'appartiens à la première génération de scientifiques qui savent qu'approximativement 80 % des espèces restent à découvrir et que, dans le même temps, beaucoup sont en voie d'extinction. 1,6 million d'espèces sont connues et il en reste probablement entre 8 millions et 30 millions à découvrir. Chaque année, 16 000 nouvelles espèces sont répertoriées. Parmi elles, se trouvent un oiseau, vingt mammifères - principalement des rongeurs -, 250 espèces de poissons, 2 500 coléoptères... A ce rythme, il faudra entre 500 et mille ans pour achever l'inventaire. Ce sentiment d'avoir un champ de découverte infini devant nous est récent.

Au lendemain des empires coloniaux prévalait l'idée que l'essentiel du travail avait été fait. La science naturelle est alors devenue une discipline désuète. C'est seulement au début des années 1980 que des chercheurs sont parvenus à montrer que la magnitude de la biodiversité avait été sous-estimée. Cette découverte a coïncidé avec la montée de l'inquiétude environnementaliste. Cette crise de la biodiversité dont on commençait à parler a relégitimé l'exploration naturaliste. Les explorateurs apportent de bonnes nouvelles dans un monde saturé de catastrophes.

Vous trouvez donc sans problème de l'argent pour financer vos projets ?

On ne peut pas dire cela. Il n'existe pas de financements publics pour les expéditions de cette envergure. Nos bailleurs sont en majorité des fondations. "La planète revisitée" nécessite un budget opérationnel - c'est-à-dire hors les salaires des chercheurs et l'exploitation des résultats - de 1,5 million d'euros sur trois ans. Et nous avons dû annuler une exploration terrestre sur Madagascar, faute de financement.

Quand saurez-vous si vous avez réussi votre mission ?

Je n'ai aucune inquiétude. Nous allons découvrir des milliers d'espèces. Mais le travail d'exploration et de collecte n'est que le début d'un long chemin. Il faudra des années, voire des dizaines d'années, pour exploiter ce que nous allons rapporter. Un réseau international de chercheurs va se mettre en branle. Les spécialistes de cette biodiversité négligée ne sont pas nombreux. C'est une difficulté, même si les avancées scientifiques qui nous permettent aujourd'hui de répertorier les espèces à partir de leur code-barres moléculaire ont révolutionné notre travail.

Propos recueillis par Laurence Caramel

05.11.2009

Le développement durable? Je suis pour mais pas mon chef

Le développement durable? Je suis pour mais pas mon chef

Selon une enquête réalisée par Opinion way pour DDB Corporate et Com'in, les salariés attendraient que leur entreprise s'implique dans le développement durable, sans savoir que bien souvent, elle le fait déjà.

Bio-diversité | 5 Octobre 2009 journal du dimanche

Le développement durable (DD) a la cote auprès des salariés qui sont 84% à s'y intéresser personnellement. Sur leur lieu de travail, leur vision est en revanche plus sceptique.
Ils sont 45% à penser que les questions liées au DD, à la protection de l'environnement et à la responsabilité sociale n'occupent quasiment aucune place dans leur entreprise. La faute au manque de communication en interne puisqu'ils sont près de 30% à n'en parler à personne autour d'eux.
73% des salariés déclarent n'avoir reçu aucune information spécifique de leur entreprise, 85% n'ont jamais participé à un groupe de travail sur ces questions et 83% n'ont pas été impliqués dans un quelconque projet...

Des résultats qui font froid dans le dos et qui expliquent pourquoi les salariés attribuent un 5,5/10 à leur entreprise lorsqu'il s'agit de leur donner une note DD. On peut néanmoins se rassurer car en réalité, l'entreprise aujourd'hui se mobilise, évolue et met en place des plans d'actions concrètes et efficaces. Seule ombre au tableau : ses salariés l'ignorent totalement. Il suffit de croiser les collaborateurs de Total rasant les murs, persuadés que leur entreprise ne peut être considérée que comme un horrible pollueur à des années lumière du développement durable, alors qu'elle est largement aussi engagée que les autres, voire davantage. "S'il y a une industrie qui ne peut pas rester en dehors, c'est bien le pétrole, très émetteur de gaz à effet de serre, donc très bien placé pour jouer un rôle et réduire efficacement ses émissions", explique Christophe de Margerie, directeur général de Total.

"Le DD redonne du sens à une action collective"

L'information, la sensibilisation, l'implication doivent donc, de toute urgence, descendre et irradier tous les services. D'une part pour rassurer les salariés, mais surtout parce que leur implication est devenue indispensable à la stratégie de développement durable. Les quelques groupes qui l'ont saisi, se félicitent de recueillir les excellentes idées et bonnes pratiques qui émanent des équipes. C'est le cas notamment de la SNCF, dont le directeur du développement durable, Jean-Louis Jourdan estime que "le développement durable est un langage commun dans une entreprise qui se verticalise. Cela redonne du sens à une action collective".

Quant à la raison pour laquelle il est urgent d'agir et de s'engager au sein de son entreprise, "il y a encore du boulot", confie Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable de Bouygues, puisque 33% des salariés estiment que le DD sert à améliorer l'image de l'entreprise, et 28% à montrer l'exemple. La réduction de la facture écologique et énergétique et le facteur de différenciation économique ne sont, par exemple, pas cités.

Même s'ils ne sont que 6% à avouer être déjà impliqués et 28% à être certains de le vouloir, ce sondage révèle que nous pouvons désormais compter sur les salariés. Il n'y a plus qu'à leur dire...

* Cette enquête a été réalisée en ligne (sur système Cawi) du 7 au 17 juillet 2009, auprès d'un échantillon représentatif de 895 salariés des entreprises privées et publiques de 100 salariés et plus, et d'un "échantillon témoin" représentatif de 117 agents fonctionnaires de l'Etat, des collectivités territoriales et des hôpitaux publics.

30.10.2009

Sakhaline : les baleines grises menacées par le pétrole offshore

Sakhaline : les baleines grises menacées par le pétrole offshore

Opérateurs du projet Sakhaline, à l'est de la Russie , Shell et Gazprom ont accepté de suspendre leur prospection sismique pendant l'été. Le bruit chassait les cétacés de leur aire nourricière, menaçant la survie de l'espèce. Exxon, Rosneft et B.P n'ont en revanche pas voulu écouter les appels des scientifiques et du grand public.

Il s'agit d'une victoire de la concertation entre scientifiques indépendants et compagnies pétrolières, par l'intermédiaire d'une ONG et avec l'aide de la pression financière des banques. Il aura fallu plus de quatre ans de frottements, confrontations, discussions et recommandations plus ou moins écoutées, voire totalement ignorées, pour que le Panel de conseil scientifique sur la baleine grise occidentale (Western Gray Whale Advisory Panel) parvienne à faire admettre la nécessité à Shell, Gazprom et aux autres membres du consortium de Sakhaline Energy Investment Company (Mitsui et Mitsubishi) de suspendre leurs tirs d'exploration sismiques de juillet à octobre 2009,  saison où les baleines viennent se nourrir sur les côtes des Iles Sakhaline. La région connaît en effet une grosse activité pétrolière offshore depuis que l'énorme chantier Sakhaline II y a débuté, en 2003. C'est non loin de là, dans le lagon de Pitlun, que les baleines viennent faire leur réserve de graisse pour la période de reproduction, qui suivra, en hiver, dans une autre région, toujours inconnue à ce jour.

« Faibles chances de survie »

La baleine grise occidentale est l'une des espèces les plus menacées au monde. On l'a même crue éteinte entre les années 1950 et 1970. On en compte aujourd'hui 130 individus dont seulement 25 à 30 femelles en âge de procréer. « Sa petite population laisse une faible chance de survie à l'espèce si les activités industrielles continuent » prévenait l'ONG internationale Pacific Environment en juin. Or Exxon, Rosneft et British Pétroleum ont continué leurs activités cet été, malgré l'avertissement des scientifiques et une pétition de 50 000 signatures collectée par WWF au printemps et envoyée aux directions des groupes. Les trois groupes pétroliers ne font d’ailleurs pas partie des réunions avec le Panel scientifique, qui réunit, deux fois pas an, onze scientifiques indépendants avec des représentants de Shell et de Sakhaline Energy. Des ONG environnementales assistent aux débats, ainsi qu'un représentant du ministère des Ressources naturelles russe. Réunis par l'IUCN (l'Union internationale pour la conservation de la nature) les scientifiques indépendants du Panel réalisent un travail d'analyse des données collectées et fournies par les sociétés pétrolières elles-mêmes. Les banques créditrices du projet Sakhaline II ont exigé qu'un tel Panel soit mis en place parmi leurs conditions de prêt, afin de suivre l'impact du projet sur les baleines et conseiller les industriels dans les mesures à prendre pour réduire cet impact. Or l'été dernier, les scientifiques ont pu observer une diminution conséquente des baleines grises dans leur zone d'approvisionnement annuel. D'où leur injonction à suspendre toute activité.

« C'est la première fois qu'une recommandation du Panel a un tel impact sur l'activité pétrolière » déclare Finn Larsen de l'IUCN. Le Panel précédent avait déjà influé sur l'itinéraire d'un pipeline offshore, il y a quelques années, poussant Shell à contourner le lagon nourricier plutôt que de le traverser. Une précaution coûteuse dont s'est passé Exxon pour son pipeline, selon Pacific Environment.


Apprentissage de la transparence

Malheureusement, sans la coopération des autres groupes pétroliers, les précautions de Sakhaline Energy pourraient s'avérer insuffisantes pour la sauvegarde des baleines. « B.P montre des signes d'intérêt envers le Panel mais Exxon ne veut pas y être mêlé » témoigne Finn Larsen. Ces derniers  collaborent pourtant avec Shell pour le suivi des baleines. Mais aller jusqu'à collaborer avec des scientifiques indépendants, signifierait exposer le détail de leurs activités à l'oeil critique du grand public. « Si Sakhaline Energy concentre les critiques, c'est qu'elle est la seule à avoir autorisé ces critiques en donnant accès aux informations, à travers le Panel » précise un des banquiers prêteurs. Selon l'IUCN, Sakhaline Energy fournit des informations de qualité et à temps au Panel depuis cette année seulement, aiguillonnés en ce sens par un rapport 2008 très négatif du Panel à leur égard.
Or les banques veillent, via des consultants indépendants sur place aux pratiques vis à vis de l'environnement. Les  prêts ont été accordés en 2008, mais « si les conditions n'étaient pas remplies [...] et aucune solution satisfaisante n'était trouvée, le prêt deviendrait exigible » précise Patrick Bader, responsable développement durable du pôle investissement de BNP Paribas, l'un des prêteurs.

Des baleines grises tuées dans les filets de pêche

Entre 2005 et début 2007, quatre baleines grises (toutes femelles) incluant une mère et son petit,sont mortes sur les côtes japonaises après avoir été piégées dans des filets de pêche fixes. Selon une projection sur la population, réalisée par le Panel de conseillers scientifiques sur la baleine grise occidentale, ce rythme de perte de femelles conduira à l'extinction de la population à une très forte probabilité, rapporte l'IUCN

Hélène Huteau
Mis en ligne le : 29/09/2009
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14.10.2009

La moitié de la savane tropicale du Brésil a disparu

La moitié de la savane tropicale du Brésil a disparu

Créé le 06.09.09 à 20h57 | Mis à jour le 06.09.09 à 21h06

DEFORESTATION - En cause, l'exploitation agricole et la sidérurgie...

La moitié de la végétation du «cerrado», une savane tropicale recouvrant le quart du Brésil, a disparu. La raison? Le développement de l'agriculture, selon des chiffres publiés dimanche par le quotidien local O Globo. Près d'un million des 2,04 kilomètres carrés de cette vaste étendue de végétation broussailleuse et herbeuse, recouvrant huit Etats brésiliens du centre du pays, ont perdu leur couverture végétale originelle, affirme ce journal de Rio.

En cause selon lui, le développement des cultures de soja et de l'élevage de bovins, deux secteurs dans lequel le Brésil est le premier exportateur mondial, mais aussi le dioxyde de carbone émis par les entreprises sidérurgiques. «Ce n'est pas une surprise car le "cerrado" souffre de la déforestation depuis les années 1970. La mauvaise nouvelle, c'est que cela continue», a déclaré à O Globo Braulio Ferreira, qui travaille sur la biodiversité au sein du Ministère de l'Environnement.

Plan de préservation

Selon lui, le ministère est en train d'élaborer un plan de préservation de cette région, fondé notamment sur des mesures régulières de l'avancée de la déforestation, comme cela se fait déjà en Amazonie. Aucun inventaire complet de la flore du cerrado n'a été effectué, mais on y recense plus de 4.000 espèces végétales endémiques. Plus de 1.500 espèces animales endémiques y ont également été enregistrées.

Le Brésil est le quatrième émetteur de gaz à effets de serre de la planète, notamment en raison des déboisements en Amazonie. Ce géant de 8,5 millions de kilomètres carrés a annoncé en décembre un plan national sur le réchauffement climatique dans lequel il se fixait comme objectif, pour la première fois, de réduire de 70% la déforestation d'ici à 2018.

20minutes.fr, avec agence

16.08.2009

L'océan révèle l'étonnante diversité du vivant

L'océan révèle l'étonnante diversité du vivant

LE MONDE | 25.07.09 | 15h15  •  Mis à jour le 25.07.09 | 15h15

Pour les biologistes, le monde aquatique est un réservoir inépuisable de surprises. Un pan insoupçonné de la biodiversité vient d'être révélé par des chercheurs de la station de biologie marine de Roscoff et du laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer (CNRS-université Pierre-et-Marie-Curie), associés à l'université Rutgers de New Brunswick (Etats-Unis) et à l'université d'Ottawa (Canada).

Les manuels enseignent que l'arbre de la vie se ramifie en trois branches. Les eucaryotes, aux cellules complexes à noyau, dont font partie les animaux et les végétaux. Les bactéries, à cellule unique sans noyau, présentes dans l'air, le sol et l'eau. Enfin, les archées (ou archébactéries), à cellule unique sans noyau mais à la biochimie distincte de celle des bactéries. Parmi les eucaryotes, sont mis en avant les animaux et les végétaux. Or ce domaine du vivant comprend aussi, outre les champignons, les protistes : des organismes microscopiques unicellulaires, d'une très grande plasticité anatomique et physiologique.

C'est l'importance, jusqu'alors méconnue, de cette famille, que met en évidence l'étude publiée dans l'édition en ligne du 21 juillet des Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS). Ses auteurs ont effectué des prélèvements d'eau de mer dans des milieux très différents - océan Indien et Atlantique nord - et en ont extrait l'ADN, en utilisant des marqueurs génétiques spécifiques pour une lignée particulière de protistes : les haptophytes, des algues dont la taille varie entre 2 et 8 microns et qui se développent jusqu'à 400 mètres de profondeur. Ils ont calculé que quelques litres d'eau saline contenaient plus de 1 000 espèces génétiques différentes de ces haptophytes.

Présentes dans tous les océans du globe, ces microalgues formeraient ainsi l'une des composantes majeures du plancton marin. Ce qui, souligne Colomban de Vargas, de la station biologique de Roscoff, "remet en question l'un des dogmes de l'océanographie", selon lequel la matière organique marine est faite, pour l'essentiel, de cyanobactéries (les "algues bleues"), très abondantes mais de taille lilliputienne (moins de 1 micron). En réalité, "la biomasse des haptophytes serait jusqu'à deux fois plus importante que celle des cyanobactéries".

La découverte est d'importance. Les océans assurent en effet, grâce au plancton, plus de la moitié de la production totale de matière organique. Outre leur place primordiale dans la chaîne alimentaire, ils constituent donc - plus que les forêts - les véritables poumons de la planète, absorbant une forte proportion du dioxyde de carbone émis par l'homme et libérant une part importante de l'oxygène que nous respirons. Ils jouent aussi un rôle central dans la régulation de la machine climatique. "Comment prédire le cycle du carbone et les climats si on ne connaît pas les acteurs-clés des écosystèmes planctoniques ?, interroge Colomban de Vargas. Cette étude met en évidence l'impact fondamental et encore largement incompris des protistes sur les cycles biogéochimiques et sur les climats."

Le secret de la vitalité des haptophytes réside, peut-être, dans la variété de leur alimentation, combinant le régime autotrophe des plantes (qui produisent leur matière organique) et le régime hétérotrophe des animaux (qui la prélèvent sur d'autres organismes). Ces espèces, mixotrophes, se développent en partie par photosynthèse, mais mangent aussi de petites proies, bactéries ou algues minuscules. Pour les chercheurs, ce régime mixte serait "le moteur de la production primaire des océans". Et de leur étonnante biodiversité.

P. L. H.

12.08.2009

Un rapport sénatorial juge nécessaire de revoir les actions visant les zones humides

Un rapport sénatorial juge nécessaire de revoir les actions visant les zones humides

publié le 22 juillet 2009 LOCALTIS

Un rapport d'information sur la politique des zones humides élaboré par Joël Bourdin, sénateur de l'Eure, vient d'être mis en ligne sur le site du Sénat. Avant d'esquisser un bilan des politiques mises en oeuvre depuis 1995, ce document,  réalisé au nom de la délégation pour la planification, revient d'abord sur le rôle de ces espaces. Outil de régulation du débit d'un cours d'eau, une zone humide épure aussi naturellement les eaux usées, permet de stocker de l'eau potable et représente généralement un réservoir de biodiversité.
Sa protection est à la fois encadrée par le code de l'environnement (article L.211-1), par des "régimes juridiques non spécifiques" - réserves et parcs naturels, zones naturelles d'intérêt écologique faunistique et floristique (Znieff) - et des instruments juridiques transnationaux tels que Natura 2000 ou la convention Ramsar. Par ailleurs, sa gestion peut être soutenue par un dispositif d'exonération à l'oeuvre depuis la loi sur le développement des territoires ruraux de 2005. Celle-ci permet une exonération de 50% de la part communale et intercommunale de la taxe foncière sur les propriétés non-bâties (TFNB), dans le cas où un engagement de gestion respectueuse est pris par les maires sur des parcelles en zone humide (prés, landes). Problème : ce premier dispositif marche sur les plates-bandes d'un second qui vise à exonérer de la même taxe les terrains classés Natura 2000. Résultat : une complexité cadastrale et un certain flou de gestion. Certains chiffres existent néanmoins et, selon ce rapport, ces deux mesures croisées coûtent ainsi de 23 à 53 millions d'euros. Pour sa part, l'Etat a versé près de 840.000 euros aux collectivités en 2008. Le total des surfaces concernées est de 2 à 3 millions d'hectares.
Obstacle majeur : le déficit d'évaluation des pratiques existantes et le manque de cohérence des politiques entamées au regard de l'objectif fixé de préservation, de restauration de ces espaces. Inadéquats, les outils juridiques et financiers proposés par l'Etat n'assureraient pas leur pérennité, ni d'ailleurs celle propre à l'activité de leurs gestionnaires, d'origine très diverse. Cela peut être une commune, avec l'appui d'un conseil général, ou plus souvent une association syndicale autorisée. Surtout, le rôle des agriculteurs intervenant dans la qualité environnementale de ces espaces est devenu prééminent, même si l'empilement d'outils allant dans ce sens (opérations agro-environnementales, contrats territoriaux d'exploitation, contrats d'agriculture durable) n'a guère favorisé la lisibilité. Dès lors, pour Joël Bourdin, il y a "nécessité de reconsidérer les actions visant ces espaces" et de corriger cette "faible lisibilité des moyens publics" qui leur sont affectés.
Pour "relancer la politique publique sur les zones humides", le sénateur préconise qu'une priorité soit "donnée à une réécriture réaliste des règles de délimitation des zones humides et à l'accélération de la mise en application de la loi sur l'eau de 2006". Pour ce faire, "peut-être faudrait-il mettre à la disposition des collectivités des moyens supplémentaires pour hâter la réalisation des SAGE, qui permettent d'établir des règles concertées d'utilisation de l'eau d'un réseau hydrographique et conditionnent donc l'évolution des zones humides qui en dépendent", poursuit-il. Quant au dispositif d'aide dédiée, "il n'existe pas pour l'heure, mais on pourrait utilement s'inspirer du système d'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) mise en place dans le Marais poitevin", estime le sénateur. Selon lui, "les acquisitions foncières doivent rester limitées" et "ciblées principalement en périphérie des métropoles urbaines où la pression foncière est particulièrement forte". En outre, "la préférence pour un outil géré par les collectivités locales devrait prévaloir". Bon nombre d'entre elles disposant déjà d'un établissement public foncier (EPF) local pour mener à bien leur politique d'aménagement, les compétences de ces EPF pourraient être élargies "en temps que de besoin", suggère Joël Bourdin. 

Morgan Boëdec / Victoires-Editions

18.07.2009

La communauté internationale ne parvient pas à freiner l'érosion accélérée de la biodiversité

La communauté internationale ne parvient pas à freiner l'érosion accélérée de la biodiversité

LE MONDE | 02.07.09 | 09h19

C'est le tableau le plus exhaustif de l'état de la biodiversité planétaire, brossé tous les quatre ans par l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN), et il n'est pas brillant. Son édition 2009, publiée jeudi 2 juillet, confirme l'effondrement du nombre des espèces à un rythme cent à mille fois plus rapide que lors des grands épisodes d'extinction du passé.

"Nous ne pouvons que constater que la communauté internationale, qui, en 2002, avait fixé pour objectif de freiner cette tendance d'ici à 2010, a échoué" note Jean-Christophe Vié, l'auteur principal du rapport.

Le diagnostic de l'UICN se fonde sur l'observation de 45 000 espèces animales et végétales, réunies sur une "Liste rouge" qui, au fil des ans, s'est imposée comme une référence.

C'est un petit échantillon : les experts estiment qu'il existe 15 millions d'espèces, dont 1,8 million seulement ont été décrites. Mais "à chaque fois que nous menons des enquêtes plus poussées sur une espèce spécifique, la tendance globale se confirme", explique Sébastien Moncorps du comité français de l'UICN.

UN OISEAU SUR HUIT, UN MAMMIFÈRE SUR QUATRE

Sur 45 000 espèces, 16 928 sont menacées d'extinction, soit un oiseau sur huit, un mammifère sur quatre et un amphibien sur trois.

Derrière ces tendances globales, le rapport s'attarde sur le sort des espèces menacées utilisées par l'homme pour son alimentation ou pour la médecine traditionnelle. Pour conclure à une situation encore plus critique : "36 % des mammifères consommés par les hommes sont en danger, contre 21 % en moyenne", souligne Jean-Christophe Vié en pointant la menace que cela constitue pour la sécurité alimentaire.

Les auteurs du rapport ont par ailleurs essayé d'évaluer l'impact futur du changement climatique. Si la plupart des espèces de la Liste rouge sont sensibles au réchauffement, un plus grand nombre d'espèces, aujourd'hui considérées en bon état de conservation, seront, selon eux, gravement touchées par la transformation de leur environnement.

"L'étendue des espèces sensibles a de quoi faire frémir", observe M. Vié. Aujourd'hui, la destruction des habitats liée à la poussée urbaine et à l'intensification de l'agriculture, la surexploitation et la présence d'espèces invasives restent les principales causes de l'érosion de la biodiversité.

Dans ce panorama, l'UICN trouve cependant une raison d'espérer. Les actions de protection se multiplient au niveau local. En quelques années, elles ont, par exemple, permis à l'éléphant d'Afrique, au bison d'Europe, au zèbre de montagne, au cheval de Prévalsky, au rhinocéros unicorne d'Inde ou au tamarin lion noir du Brésil de sortir de la spirale du déclin.

"C'est bien, mais pour éviter la crise d'extinction, il faut aller plus loin et plus vite", conclut l'organisation.

Laurence Caramel

25.06.2009

Toujours moins de coraux

Toujours moins de coraux

NOUVELOBS.COM | 10.06.2009 | 16:54

L’architecture des récifs coralliens des caraïbes s’est transformée au cours des quarante dernières années. Moins complexes et plus plats, ils ne constituent plus un refuge efficace pour la faune ni une barrière suffisante pour protéger les côtes.

Publié en ligne, le mercredi 10 Juin par la revue Proceedings of the Royal Society B, une étude constate que la grande majorité des récifs coralliens des caraïbes ont perdu leur structure complexe et deviennent beaucoup plus plats et uniformes. Les plus élaborés des récifs ont été pratiquement anéantis.

Les chercheurs de l’Université d’East Anglia ont analysé l'évolution de la structure des récifs coralliens en utilisant les données provenant de 500 relevés issus de 200 zones coralliennes, entre 1969 et 2008. Ils ont constaté que 75 pour cent des récifs sont maintenant largement plats, comparativement à 20 pour cent dans les années 1970.

Il ya eu deux grandes périodes « d’aplatissement ». La première s'est produite à la fin des années 70 quand une maladie très répandue à infecté près de 90% des coraux corne de cerf, Acropora cervicorni. La deuxième période est en cours, ce sont les activités humains et le réchauffement climatique qui sont cette fois incriminés. 

Lorenzo Alvarez-Filip, professeur à l’école de sciences biologiques de l’Université d’East-Anglia, a déclaré : «Pour de nombreux organismes, la complexité de la structure des récifs sert de refuge contre les prédateurs. Cette perte radicale de l'architecture va conduire à une baisse de la biodiversité, qui va affecter à leur tour les communautés de pêches côtières. Cela réduit aussi considérablement les capacités naturelles de défense côtière et augmente significativement le risque d'érosion et d’inondation. »

Le corail est un animal microscopique se construisant tout au long de sa vie une carapace qui, cumulée avec celle de ses millions de congénères, forme un récif corallien.Pour assurer le développement de leur squelette les coraux ont besoin de « briques », ce sont les carbonates et particulièrement l’aragonite. La hausse des températures et l’acidification des océans sont les deux phénomènes évoqués pour expliquer l’extinction des coraux. 


J.I.
Sciences-et-Avenir.com
10/06/2009

31.05.2009

"Aujourd'hui, déjà, un quart de notre littoral recule..."

"Aujourd'hui, déjà, un quart de notre littoral recule..."

LE MONDE | 16.05.09 | 16h03  •  Mis à jour le 16.05.09 | 16h03

Ça bouge, l'océan ! Je ne veux pas parler des vagues, ni du mal de mer que la prudence oblige à reconnaître qu'il nous surprendra toujours, ni même du somptueux balancement biquotidien des marées. Je pense au trait de côte. Il nous est si familier d'avoir là une falaise, ici une plage, qu'il nous est quasi impossible d'imaginer que ces repères géographiques ne sont pas des invariants.

Même si nous avons tous appris que les terrains sédimentaires se sont formés lors des grandes invasions marines, il paraît difficile de croire que nous allons vivre celles-ci en direct. Depuis le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) en 2007, l'estimation de la montée du niveau marin (qui était de 20 cm à 60 cm) a suivi une tendance pessimiste.

On parle de 1 mètre, voire de 4 à 6, si le Groenland se trouve entraîné dans le processus de fonte de l'Arctique et cela pour 2100, c'est-à-dire du vivant d'un enfant d'aujourd'hui. Il est encore temps d'éviter le pire, mais il faut nous préparer à l'inévitable. Le Grenelle de la mer, particulièrement notre groupe 1 - "La délicate rencontre entre la terre et la mer" - est l'occasion de poser ces problématiques. Aujourd'hui déjà, un quart de notre littoral recule. Submersions, écroulements, sape des ouvrages de protection, ruptures des cordons dunaires, modifications des courants, fragilité accrue aux tempêtes de plus en plus nombreuses et par là même perte de valeur écologique et économique des terrains menacés, voilà le sombre programme qu'il faut anticiper.

Que faire ? Allons-nous barricader la côte sous des tonnes de béton de plus en plus battues par les vagues ? A quel prix ? Pour quels enjeux ? Il va falloir parfois protéger et parfois céder, mais partout organiser la retraite, c'est-à-dire choisir en connaissance de cause. Les Terriens, depuis qu'ils le peuvent, ont toujours eu envie de "gagner" sur l'océan, les marins ont plus l'habitude de "collaborer" devant la puissance des éléments.

LA VILLA SUR LA FALAISE

Augmenter la hauteur des digues est une solution coûteuse et agressive pour le milieu, qui ne pourra s'imposer que pour des zones densément construites, des ouvrages d'art ou des industries indéplaçables. Il faudra abandonner la villa sur la falaise, la marina "pieds dans l'eau", le champ de maïs ou le parking. Pas question de chacun pour soi. Finis les épis protecteurs bâtis par une commune, qui détournent le sable de la plage d'à côté. Le problème sera trop grave pour être sectorisé. Çà et là, sous l'effet d'une tempête qui a emporté une digue, ou consciemment, certaines régions de la Somme ou de la Bretagne ont déjà entamé la dépoldérisation et la réestuarisation. Noms barbares pour parler de la restauration de ce qui était quand la mer flirtait librement avec la terre. Car autant que les installations humaines, il faudra ménager des espaces pour que la nature puisse reculer. Dunes, landes et zones humides rendent des services en termes de biodiversité, d'épuration, de nourriceries, de tampon contre les vagues, qu'il est vital de faire survivre.

Le littoral sera, peut-être, le premier territoire où l'homme va pouvoir, s'il le veut, réharmoniser son existence avec celle de la nature. Une sorte de révolution ?


Première femme à avoir réussi un tour du monde à la voile en compétition, la navigatrice est vice-présidente du groupe de travail du Grenelle de la mer consacré à "La délicate rencontre entre la terre et la mer". Pendant toute la durée de ces travaux, qui devraient s'achever au début de l'été, elle livre au Monde, chaque fin de semaine, son journal de bord. Celui-ci n'engage qu'elle-même, et aucunement les autres participants.

Isabelle Autissier

Article paru dans l'édition du 17.05.09.

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