29.08.2009

Tout ce que vous vouliez savoir sur le bio

Tout ce que vous vouliez savoir sur le bio

Par Anne-Sophie Ladonne, publié le 06/08/2009 17:00

Vous avez été très nombreux à réagir sur les articles que LEXPRESS.fr a mis en ligne concernant l'étude anglaise qui remet en question les vertus des produits bio. Beaucoup d'entre vous se posent des questions sur l'agriculture biologique. Nous avons interrogé trois experts pour vous répondre.

Les explications de Lydia Bourguignon, co-fondatrice du laboratoire d'analyse microbiologique des sols

Titus se demande si la différence entre les aliments bio et les autres ne résiderait pas dans la quantité et la toxicité des pesticides ou résidus d'engrais.

C'est même sa première qualité, Titus. Un aliment bio ne contient aucun produit de synthèse donc ni de pesticides, ni d'OGM etc. De plus, contrairement aux idées reçues, les fruits et légumes bio contiennent moins d'eau que les "classiques". Ils sont donc plus riches en matière sèche, et donc en nutriments, vitamines etc. Mais il reste un problème: les études sont réalisées par les partisans du bio d'un côté et les opposants de l'autre. Il faudrait qu'une étude comparative objective soit effectuée.

PapaNoel rappelle que les cultures peuvent être polluées par les eaux de pluies. Peut-on encore parler de bio?

(Ndlr: On parle de pluies polluées car, les gouttes se chargent de polluants entre le ciel et le sol.) Je n'en ai pas la réponse, PapaNoel. En revanche, on a constaté que de gros efforts ont été faits (notamment par les industries et le transport routier) en matière de lutte contre la pollution atmosphérique. Ce qui fait que la pollution par les pluies, bien qu'encore existante, est moindre que par le passé. En ce qui concerne la transmission des pesticides et polluants par le vent, les cultures restent bio, car malgré les importations de particules par le vent, elles évoluent dans une terre 100% naturelle. La parcelle bio peut être polluée à ses extrémités, mais son centre reste propre.

Juan-Lu s'intéresse aux nitrates dans les fruits et légumes dits bio. Ne vaut-il pas mieux manger une carotte de sable fertilisée avec modération plutôt que celle irriguée avec des fumiers, et autre lisiers de porc, gadoues des villes-pleines de nitrates?

Les nitrates sont présents en même quantité dans les produits bio et non-bio. La raison est simple: leur forte présence dans les nappes phréatiques. Dans l'agriculture biologique, les plants se nourrissent par la terre et ingèrent donc des nitrates. Dans l'agriculture classique, les nitrates viennent de l'extérieur, via les produits de synthèse. C'est la seule différence. Sur ce sujet, Juan-Lu, une étude de l'IRQUA, à laquelle j'ai participé, a été réalisée en 1986 mais elle n'a pas été publiée.

Aujourd'hui, souligne Trackmania, chimique implique forcément dangereux et mauvais... Mais "ne provenant pas de la nature" ne veut pas dire "mauvais"...

Chimique n'est absolument pas synonyme de dangereux. Par contre, un excès de dose peut l'être. On peut mourir de tout excès. J'ai connu un cas de mort par overdose de jus de carotte. C'est applicable à tout, même à l'eau.

Les explications d'Elisabeth Mercier directrice de l'Agence bio

Pour Papa84, les producteurs bio traitent leurs cultures avec des produits phytosanitaires qui sont aussi des pesticides...

Les agriculteurs bio utilisent des substances naturelles -que l'on peut également nommer "phytosanitaires"- pour lutter contre les organismes nuisibles. Ils sont répertoriés dans un cahier des charges. Ce sont les produits de synthèse qui sont prohibés.

Nico3838 conteste l'idée de se passer de tout produit chimique. D'après lui, ce ne serait que pure utopie et économiquement non-viable...

Sur un plan général, bon nombre d'utopies se sont transformées en réalités. Avec l'engagement de toute la filière agricole et des consommateurs, et avec une réelle volonté politique, on peut y arriver. L'exemple de Correns (PACA), premier village bio de France, le traduit bien.  A la fin des années 1990, le maire de Correns, voyant toutes les difficultés rencontrées par les viticulteurs de son village, les a tous incités à passer au bio. Aujourd'hui, 95 % des cultures sont bio et les viticulteurs vivent très bien de leur métier. Ce mode de culture a également donné une nouvelle jeunesse à Correns! Le passage à l'agriculture bio se fait certes progressivement, mais il porte ses fruits.

En tant qu'agriculteur, le souci principal d'Iviv est la rentabilité. "Nous voulons vivre de nos terres et avons besoin de certains produits chimiques pour accroître nos récoltes", explique-t-il.

Le passage au bio est possible, mais prend du temps. Il existe de multiples alternatives à l'utilisation de produits chimiques. On peut booster les cultures et récoltes en utilisant uniquement des substances naturelles. A long terme, l'agriculture biologique permet une préservation des ressources (que ce soient les sols ou les nappes phréatiques), ce qui est primordial en matière de biodiversité.

Vu leur prix, YvonLouvain se demande si l'on peut vraiment imaginer nourrir toute une planète avec des produits bio.

En France, les prix du bio sont variables mais en moyenne plus chers que les produits "classiques". Si plus de personnes se convertissent au bio, les frais techniques seront mieux maîtrisés et les prix vont baisser tout naturellement. Le bio sera alors accessible à tous (ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas le cas aujourd'hui). A l'échelle mondiale, c'est l'un des défis majeurs en matière d'alimentation (après la faim dans le monde). Et justement ! Dans les pays en voie de développement, associée à une agriculture vivrière (destinée à la localité), l'agriculture bio permettrait de doubler, voire de tripler, les rendements. Mais pour cela, il faudrait commencer par développer la formation des agriculteurs. C'est la base.

Les explications de Leya Abasse du ministère de l'Agriculture.

Maxtal se questionne sur le contrôle des aliments bio importés d'autres pays comme, par exemple, les haricots secs blancs de Chine.

Tous les produits issus de l'agriculture biologique arrivant sur le territoire français sont contrôlés, sauf ceux venant des pays ressortissants de l'Union Européenne. Les produits arrivant de pays tiers sont labellisés par des organismes certificateurs européens, comme le label AB (agriculture biologique). Des comités se rendent sur place pour vérifier les produits selon les normes des labels biologiques européens. Chaque entreprise et même chaque produit est contrôlé. Pour reprendre l'exemple: une entreprise qui produit des haricots secs peut avoir la variété des blancs conforme et la variété des rouges non conforme. Dans ce cas, l'entreprise est labellisée, ainsi que les haricots blancs, mais les rouges ne fouleront pas le sol européen.

23.05.2009

Les questions de bioéthique nécessitent de la stabilité juridique

Bertrand Mathieu : "Les questions de bioéthique nécessitent de la stabilité juridique"

LEMONDE.FR | 06.05.09 | 19h48  •  Mis à jour le 06.05.09 | 19h53

L'étude du Conseil d'Etat sur la révision des lois de bioéthique a été présentée mercredi 6 mai. Bertrand Mathieu, professeur de droit public à Paris-I, auditionné en avril par la mission d'information parlementaire sur la question, s'interroge notamment sur l'opportunité juridique de créer un régime permanent d'autorisation, assorti de conditions, en matière de recherche sur l'embryon et les cellules-souches. Son dernier ouvrage sur le sujet, La Bioéthique, doit paraître en juin aux éditions Dalloz.

Comment percevez-vous le travail du Conseil d'Etat s'agissant de la révision des lois de bioéthique ?

Le Conseil d'Etat s'est intéressé dès l'origine aux questions de bioéthique. Les loi de 1994 et 2004 ont été grandement influencées par les avis rendus en 1988 et 1999. Dans l'optique de la prochaine révision de 2010, sa manière de concevoir les choses est déterminante. Cette dernière étude pèse et pèsera forcément sur l'attitude du législateur.

Concernant la recherche sur l'embryon et les cellules-souches, le Conseil d'Etat propose de substituer au régime actuel d'interdiction assorti de dérogations un régime d'autorisation "enserré dans des conditions strictes". Qu'en pensez-vous ?

Jusqu'à présent, la loi prévoit un régime d'interdiction temporaire assortie de dérogations. Or il me semble essentiel de maintenir ce principe d'interdiction. Si l'on inverse la situation et que la dérogation devient le principe, on entre dans une situation d'incohérence juridique préjudiciable. D'autant plus que le résultat escompté est le même si l'on conserve le régime actuel d'interdiction accompagné de dérogations en le pérennisant. Les questions de bioéthique ont besoin de stabilité juridique.

Qu'entendez-vous par "cohérence juridique" ?

Prenons l'exemple d'un autre volet de l'étude du Conseil d'Etat : la préconisation de ne pas légaliser la pratique des mères porteuses. Nous sommes exactement dans le même type de raisonnement que précédemment mais avec cette fois une cohérence juridique respectée. Le Conseil d'Etat propose de maintenir le principe d'interdiction des mères porteuses au nom des principes fondamentaux de respect de l'intérêt de l'enfant et de la mère porteuse. Il permet cependant de prendre en compte de telles situations créées à l'étranger en proposant la seule inscription de la filiation paternelle tout en offrant la possibilité, sur demande du père, d'obtenir un jugement de délégation avec partage de l'autorité parentale à la mère d'intention. Cette fois-ci, le principe est sauf, avec la dose de pragmatisme nécessaire.

Que pensez-vous de la proposition de mettre fin au réexamen obligatoire de la loi sur la bioéthique tous les cinq ans ?

C'est à mon avis une bonne chose. Ce réexamen obligatoire est malsain parce qu'il remet en cause les principes qui ont guidé le législateur. La loi demeure modifiable sans que l'on se sente tenu par ce cadre temporel contraignant. J'aurais une seule réserve si le législateur en profitait pour se défausser sur tel ou tel comité en abandonnant la maîtrise des questions importantes. La bioéthique n'est constituée que de choix de société cruciaux.