13.06.2009
Haut Conseil des Biotechnologies : Corinne Lepage saisit la justice
Haut Conseil des Biotechnologies : Corinne Lepage saisit la justice
27/05/2009
Corinne Lepage : « POURQUOI JE SAISIS LA JUSTICE »
En exclusivité dans le Nouvel Observateur de cette semaine, L'ex Ministre de l'environnement attaque devant le Conseil d'Etat le décret instituant le nouvel organisme chargé d'éclairer le gouvernement sur les choix biotechnologiques. À commencer par les OGM. A ses yeux, l'indépendance et la pluralité du HCB ne sont pas garantis.
NO/Sur des sujets intéressant directement notre santé, les querelles des experts se multiplient. Le public est perdu...
CL/ Ce n'est pas la compétence scientifique des experts qui est en cause. C'est leur indépendance qui, parfois, peut être discutée. Exemple : la presse évoque en Mars un « rapport » de l'Académie de Médecine concluant à l'innocuité des antennes-relais. Or, il ne s'agit que d'un communiqué dont l'auteur est le Pr André Aurengo « conseiller scientifique » , bénévole assure-t-il, de Bouygues Télécom. Quand j'étais Ministre en 1995, on m'avait aussi transmis un « rapport » de l' Académie de Médecine sur les dioxines. Si j'avais suivi ses conclusions, je n'aurais rien fait sur les incinérateurs.
NO/ Que des experts soient chercheurs de pointe du privé est rassurant quant à leur connaissance des dossiers...
CL/ Qu'on ne le sache pas ou par inadvertance, c'est ennuyeux. Ça jette le trouble. Et ça génère des tentations. Par ailleurs, pourquoi les experts de l'Afssa (Agence Française pour la Sécurité Sanitaire des Aliments) sont-ils à peu prés tous partisans des OGM ?
NO/On vous rétorquera qu'une majorité de chercheurs français sont peu ou prou sur cette ligne...
CL/Pas tous ! Un minimum de contradictoire ne ferait donc pas de mal. En outre, certains des experts français sur la sécurité alimentaire ont des brevets concernant la transgénèse. C'est le cas d'un membre de l'Afssa qui a un brevet chez Rhône-Poulenc. Le cas aussi de deux membres du tout nouveau Haut Conseil des Biotechnologies. L'un avec la firme semencière Bayer, l'autre avec un labo japonais. Déposer des brevets, c'est leur droit le plus strict. Mais ces situations propices à des « conflits d'intérêts » nuisent à la crédibilité des décisions.
NO/Sur un autre dossier, le Bisphenol A, des études récentes semblent plaider pour une interdiction des biberons contenant cette substance. Or l'Afssa, interpellée le 7 mai dernier, maintient son avis rassurant.
CL/ C'est le système qui est irresponsable. D'un côté, les experts rappellent qu'ils ne sont pas les décideurs. De l'autre, les politiques soulignent qu'ils relaient les scientifiques. Du coup, les experts craignent que leur responsabilité ne soit engagée un jour ou l'autre et ont tendance à confirmer leurs avis antérieurs pour ne pas se déjuger. Cette organisation n'est pas bonne.
NO/Que suggérez vous ?
CL/ Ce que j'ai proposé dans un récent rapport sur l'expertise commandé par Jean-Louis Borloo. Dans un esprit pragmatique et d'efficacité. Le principe, c'est que ces experts débattent devant des scientifiques sans aucun lien avec les industries parties prenantes. Que les échanges soient rendus publics. Je souhaite une publicité identique sur les liens professionnels qui à l'Afssa ne sont signalés qu'en interne. Enfin, l'avis devrait être assorti, le cas échéant, des réserves émises. Le gouvernement aurait ainsi toutes les cartes en mains. Enfin, je suggère qu'on mette en avant les avantages collectifs que l'on peut attendre de telle ou telle décision. C'est ensuite aux politiques de juger si il faut courir un risque, dès lors que les avantages pour la collectivité l'emportent sur les inconvénients.
NO/Vous estimez que l'on va dans ce sens ?
J'en doute si j'en juge par l'organisation du nouveau Haut Conseil des Biotechnologies (lancé le 22 avril dernier ) qui doit éclairer le gouvernement sur les OGM. D'abord, le collège scientifique ne compte que très peu de chercheurs exigeant des tests au moins aussi rigoureux que ceux sur les pesticides . Ensuite, le collège de la société civile ne travaillera pas sur un pied d'égalité avec le collège scientifique comme prévu. Enfin, aucun membre du Criigen, le Comité de Recherche et d'information Indépendant sur le Génie Génétique, n'a été retenu. Or nous avions justement créé le Criigen avec Gilles Eric Séralini , Professeur de Biologie moléculaire, pour assurer la pluralité des débats. Pour toutes ces raisons, le Criigen a décidé d'attaquer la composition du HCB devant le Conseil d'Etat.
Propos recueillis par Guillaume Malaurie
Nouvel observateur
03:22 Publié dans biotechnologies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane








