17.11.2009

Ceux qui ne connaissent pas la honte

Ceux qui ne connaissent pas la honte

jeudi 22 octobre 2009, par Denis Sieffert

POLITIS

L’affaire Jean Sarkozy en dit sans doute beaucoup plus long qu’on ne croit sur l’état de notre démocratie. Avouons-le, dans un premier temps, la grossièreté de la manœuvre ferait presque sourire. L’installation à la tête du plus grand centre d’affaires d’Europe d’un médiocre étudiant en droit de 23 ans, au seul prétexte qu’il est le fils du président de la République, suscite la comparaison moqueuse avec certaines républiques africaines. Mais, sous notre rictus de dérision, il y a tout de même la conviction profonde que la ressemblance avec de telles mœurs tropicales est excessive. Nous n’en sommes pas là ! Voir. Après tout, il y a une logique dans cette histoire : ceux qui pensent que le Gabon, c’est la France, peuvent bien penser que la France, c’est le Gabon. Bien entendu, il existe de cette affaire « Sarkozy père et fils » une version optimiste. Celle de la grosse maladresse d’un président bravache, peu soucieux des apparences démocratiques (ne parlons même pas de la démocratie) qu’il redécouvre à ses dépens. Dans ce cas de figure, il s’agirait de lancer le fiston dans le grand bain de la politique à toutes fins utiles. Cette version plutôt magnanime domine dans la plupart des médias. La seconde interprétation est nettement moins émouvante : un homme, une famille, un clan, ivres de puissance, mettent la main sur l’un des plus gros marchés immobiliers de l’époque. D’un côté, une bourde, une bévue ; de l’autre, un froid raisonnement. Cette dernière hypothèse est évidemment la nôtre. Pourquoi ? Parce que les dégâts provoqués par cette affaire sont tels, à gauche, à droite, parmi les élus de la majorité, et jusque dans le proche entourage du Président, que l’on devine aisément des enjeux considérables.

Et les effets sont surtout catastrophiques dans l’opinion pour un homme qui a déjà perdu en six mois 31 points dans les sondages, soit l’équivalent de douze millions d’électeurs (chiffres Ifop-JDD). Il faut que le jeu en vaille la chandelle. Mais il y a encore plus dévastateur dans l’opinion que le coup de force lui-même : le mode de défense que le clan s’est choisi. On ne fera pas ici l’inventaire des arguments déversés par les Xavier Bertrand, Frédéric Lefebvre et autre Luc Chatel. Citons seulement en échantillon l’ex-secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jégo, qui est allé très loin dans le registre victimaire, comparant cette « chasse à l’homme contre Jean Sarkozy » à un « début de totalitarisme ». Le peuple totalitaire opprime le chef de l’État et sa progéniture. Ce qui est remarquable dans cette surenchère verbale, c’est le mépris. On devine une certaine jouissance chez ces apparatchiks ou ces notables à se sentir soudain autorisés à reprendre à leur compte des mots comme « discrimination », que l’on emploie généralement pour défendre les sans-papiers, les Afghans de la « jungle de Calais », l’Arabe ou le Malien à qui on refuse un boulot ou un logement. Des mots qui leur sont ordinairement interdits.

Ce n’est plus le gouvernement, c’est la Ligue des droits de l’homme, ou la Cimade. Et Jean Sarkozy, fils de président de la République, propulsé à 23 ans à la tête d’un établissement public chargé de gérer un centre d’affaires gigantesque, un sans-papiers, un pauvre hère traqué comme un immigré par la police de M. Besson. Du moins, a-t-il droit pour sa « Défense » aux mêmes arguments. Vous avez dit cynisme ? C’est plus que cela. C’est l’aveu que ces gens ne prennent rien au sérieux, hormis la protection et la gestion de leurs intérêts. Nous ne ferons pas l’insulte au moindre d’entre eux – disons, Frédéric Lefebvre – de penser qu’ils puissent croire en leurs arguments, ni qu’ils puissent imaginer que quelqu’un de sensé y croit. Ils se moquent en réalité de ce qu’on pense d’eux. Ils ne connaissent pas la honte. L’affaire Jean Sarkozy, c’est aussi la mise à nu des ressorts internes à ce régime, et de l’état d’humiliante soumission dans lequel sont tenus les féaux. Ce n’est donc pas une petite affaire. Ce qui nous inquiète le plus, ce ne sont pas tant les enjeux économiques qui se dessinent derrière le tumulte qu’une relation gouvernants-gouvernés fondée sur un mépris, réciproque. Évidemment, cette incongruité antidémocratique s’inscrit dans une logique de mensonges. Elle survient dans un contexte de perte de crédibilité du discours gouvernemental. Nicolas Sarkozy ment beaucoup. Certes, il n’est pas le premier. Mais, pour n’évoquer qu’un seul de ses prédécesseurs, François Mitterrand mentait, lui, avec l’art du Florentin.

Sarkozy, qui n’a pas plus lu Machiavel que la Princesse de Clèves, ment en barbare. Il saccage la vérité, dévaste le champ politique. Ce qui caractérise le pouvoir actuel n’est d’ailleurs pas à proprement parler le mensonge, même si nous en relevons un bon nombre dans le dossier que nous publions cette semaine, mais un mensonge de classe, et qui s’affiche comme tel. Il ne s’adresse qu’aux petites gens. Les autres ont droit aux promesses tenues. Pour les salariés, les chômeurs, les agriculteurs, une communication rudimentaire suffit. Un petit saut à Gandrange, la reprise sans scrupules d’annonces déjà faites, et le tour est joué. Nous butons ici sur l’une des limites de notre démocratie quand elle n’est plus, comme le disaient jadis certains philosophes, qu’une « démocratie négative » qui se définit comme « non-dictature ». Alors, il y a péril en la demeure.

N. B. : Voir ici, pour l’organisation de nos « assises pour le changement », des 7 et 8 novembre.

16.11.2009

La crise n'existe pas

La crise n'existe pas

par Thierry c., ouvrier

21.10.09 LE MONDE

Voyons, cela fait plusieurs mois que nous parlons de crise et que nous tremblons à l'idée de nous retrouver demain, plus pauvres qu'aujourd'hui. Je compte même parmi mes collègues de nombreuses personnes qui ne cessent de se plaindre en pleurant sur l'évolution des prix et de leur pouvoir d'achat. Et sans doute s'attendent-ils à ce que j'en fasse autant.

Or, à leur grande surprise je ne partage pas, mais alors pas du tout leur désarroi. Moi qui pleurait il y a encore quelques semaines sur l'évolution des cours boursiers, j'avoue aujourd'hui n'avoir jamais fait d'aussi bonnes affaires. Je suis presque plus riche qu'avant la crise, c'est dire !

Les banques, que l'on disait encore à l'agonie, sont en passe de rembourser leurs dettes auprès de l'Etat, elles n'ont plus besoin de leurs perfusion qu'elles jettent maintenant au panier, et je dirai même pour étayer mes propos que les particuliers, tout au moins ceux qui n'ont pas perdu leur emploi, bénéficient à plein et dans de nombreux secteurs des baisses de prix ! En fait de crise, tout ceux qui vivent à l'abris n'ont jamais été aussi riches ! Non seulement leurs salaires, sauf exception  n'ont pas baissé, mais en plus la sagesse des prix leur a redonné du pouvoir d'achat !

Eh, la crise ? Mon oeil...

Enfin, quand même, je ne voudrais qu'on se méprenne sur mes propos, je sais qu'il y en a qui souffrent et qui souffrent vraiment. Je sais que nombre de mes concitoyens perdent ou vont perdre leur emploi. Et je les plains, sincérement.

Ils sont sans doute les vraies victimes de ces soubresauts de l'économie. Certains d'entre eux, et il faut le dire, ne retrouveront jamais d'emploi et d'autres devront nécessairement se reconvertir, se reformer. Quand on sait ce qu'il en coûte de retourner à l'école quand on l'a quittée à seize ans, je comprend que cela sera difficile, voir impossible pour certains.

La crise, la vraie crise, et pas celle du pouvoir d'achat, ces gens là vont la vivre ou la vivent déjà. Or, personne n'en parle. Personne ne s'interroge vraiment pour savoir s'il n'est pas surhumain d'envisager de se reconvertir à trente voir à quarante ans passés quand on a quitté l'école avant dix huit ans ! Personne ne s'insurge pour remettre en cause un système d'indemnisation du chômage qui enfonce les plus fragiles dans la déchéance. Personne ne s'inquiète en fait des conséquences, bien réelles de cette crise qui fait et qui va faire encore en sorte que de nombreuses personnes vont voir leur vie basculer dans l'inconnu, le doute et parfois, le pire...

Non, en fait, cette crise là n'existe pas non plus. On ne peut pas passer son temps à geindre sur ces quelques employés qui perdent pied ou ces ex salariés qui n'arrivent pas à remonter la pente. Aux yeux de l'opinion publique, ces gens là sont sans intérêt, ils pleurent et celà ne va pas dans le sens de ce qu'ils veulent entendre. Non, et là je parle au nom de l'opinion publique : la crise n'existe pas, ou tout au moins on veut pas qu'elle existe !

Non, ne vous trompez pas, nous sommes tous pareils, nous détournons la tête quand le spectacle nous gène ou pire qu'il remet en cause nos idées trop bien assises.

Et oui, si nous avions le courage de regarder le désastre de ces gens là. si nous avions un peu d'humanité pour tous ces pauvres types qui perdent pied les uns après les autres et s'inquiètent pour eux et pour leur famille, nous changerions de système social. Nous changerions nos modes de répartition des revenus. Nous modifierions cette règle absurde et injuste qui fait que pour avoir une indemnisation honnête au chômage, il faut avoir eu un travail et ne pas être resté sans emploi trop longtemps. Nous nous éleverions contre cette injustice criante qui fait que moins on a de chance d'avoir un emploi, moins on est protégé contre les affres du chômage et de la pauvreté !

Mais, allez, il ne faut pas que je me mette en colère, ça ne sert à rien. De toute façon, on le sait bien, la seule solution au chômage, c'est, du moins on continue à vouloir le croire, de retourner vers le plein emploi. Ca fait trente ans qu'on nous raconte la même chose ! Ca fait trente ans qu'on nous affirme que la crise est passagère et qu'un jour, nous reviendrons au taux de chômage des années 1960. Ca fait trente ans qu'on nous fait croire que demain. Ca fait trente ans que j'attend et réclame une révolution dans le domaine de l'indemnisation du Chômage. Mais ça fait trente ans qu'on fait comme si la crise, la crise de l'emploi, n'existait pas !

Allez, excusez moi messieurs dames, ça fait peut être trente ans que des gens vivent entre le chômage et les petits boulots. Mais qui s'en préoccupe ? La crise n'existe pas.

Et d'ailleurs nous avons toujours, "le meilleur système de protection sociale au monde".

Alors, pourquoi s'inquiéter ?

La presse n'informe plus, elle commémore

La presse n'informe plus, elle commémore

Alain Joannes - Blogueur associé | Mercredi 11 Novembre 2009 à 12:01

MARIANNE

Au lieu d'analyser ce qui se passe, la presse française a choisi de commémorer depuis plusieurs semaines. Pour échapper un peu à la confrontation avec la réalité? Ou, comme nous le dit Alain Joannes, pour s'aligner sur l'agenda élyséen?

La crise d’hystérie berlinoise qui vient d’agiter frénétiquement le journalisme à la française a repoussé les limites du ridicule tout en dévoilant l’ignominie de l’arbitraire médiatique.

Le comble du grotesque a été atteint avec la mise en scène hypertrophiée d’un spectacle futile, sans intérêt, sans autre contenu que d’insipides lieux communs sur la Liberté. L’enflure des phrases rabâchées sans conviction ne parvenait pas à dissimuler le vide du propos.

Cette pénible journée de ruminations aussi prétentieuses que bêtifiantes aura au moins eu le mérite de dévoiler le mécanisme pervers qui détruit la crédibilité de l’industrie hexagonale de l’information depuis décembre 1989 (affaire du faux charnier de Timisoara).
En imposant cette morne commémoration comme le principal fait d’actualité de ce 9 novembre 2009, les rédactions, notamment audiovisuelles, ont montré la dimension arbitraire de leur fonctionnement.

Ces rédactions ne songeaient en effet qu’à donner le spectacle narcissique de leur improbable rencontre avec l’Histoire; mais ce n’était qu’un simulacre de l’Histoire.
La réalité est que les journalistes ont écarté tous les autres sujet de leurs sommaires. A les entendre - notamment sur Radio-France - et à les voir - notamment sur les chaînes de télévision du service « public » - rien ne se serait produit dans le monde, hormis le spectacle navrant de la sous-culture journalistique en goguette à Berlin.

Les pitoyables décérébrés qui se comportaient à l’antenne comme si la France de 1989 avait libéré l’Allemagne de l’Est n’ont manifestement pas lu les mémoires des acteurs politiques de l’époque et ne savent donc pas qu’Helmut Kohl a « trahi » son « ami » François Mitterrand en négociant directement avec Gorbatchev. Mitterrand qui venait d’ailleurs de déclarer sur France 3 que la réunification de l’Allemagne ne pourrait pas avoir lieu avant une bonne dizaine d’années. Pendant ce temps, Kohl négociait un prêt à l’URSS et, mieux informée, Margaret Thatcher se rapprochait de Mitterrand pour essayer d’empêcher la réunification. Seul le président américain de l’époque était tenu au courant de ce qui se tramait entre Bonn et Moscou.

La France a été « cocufiée » et c’est une vaniteuse cocue de l’Histoire que les journalistes ont célébré, sans le savoir, le 9 novembre 2009.
Mais le commentaire 1 de Moktarama incite à examiner le fonctionnement des médias du service «public » sous l’angle de la diversion.
La construction médiatique de cette diversion n’avait qu’une utilité: essayer d’inscrire le pouvoir politique français dans l’Histoire. La France est éjectée de l’Histoire depuis très longtemps. L’actuel président ne s’y résout pas. Il construit un « ordre du jour » qui sert de conférence de rédaction et de sommaire aux journaux du service « public ».

En acceptant l’agenda élyséen sans aucun discernement et sans aucune retenue, les journalistes de Radio France et de France Télévision se laissent instrumentaliser. Ils concoctent un écrin médiatique aux vanités du pouvoir en place. Ils détournent l’attention de leurs audiences vers les efforts désespérés que déploie le locataire de l’Elysée pour ne pas être éclipsé par un véritable acteur de l’Histoire en train de se faire - ma définition de l’actualité -, Barack Obama.

Les historiens de 2109 qui voudraient savoir ce qui s’était passé un siècle auparavant ne trouveraient dans les archives médiatiques de l’Hexagone que des gens sous la pluie et des speakerines maquillées comme des mémères endimanchées.
Privées d’informations pendant une journée entière, les audiences ont toutes les raisons de mépriser une profession qui se déshonore en oubliant à ce point que sa mission est de montrer ce qui se passe.

12.11.2009

La Halde jugée trop dépensière par l’UMP

La Halde jugée trop dépensière par l’UMP

Christine Ollivier, le samedi 7 novembre 2009 à 04:00 FRANCE SOIR

Dénonçant un loyer qu’ils jugent exorbitant en temps de crise, les députés UMP ont décidé de geler le budget de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).

Avec des locaux qui coûtent la bagatelle de 1,5 million d’euros par an, la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s’est attiré les foudres des parlementaires. Fustigeant un train de vie jugé dispendieux en période de crise, les députés UMP ont gelé le budget de cette institution indépendante, en refusant de lui accorder un million d’euros supplémentaires, comme le demandait son président Louis Schweitzer.

A l’origine, les deux députés UMP Richard Mallié et Philippe Briand voulaient même réduire ses crédits de 20 %. Dans leur collimateur : le loyer de l’immeuble parisien (quelque 2.000 m2 dans le IXe arrondissement), où siègent la Halde et ses 84 salariés. Des locaux « dignes de ceux d’une entreprise du CAC 40 », selon Richard Mallié.

« Effectivement », ils « sont trop coûteux », a admis Louis Schweitzer sur France Info. Mais le bail, signé avant son arrivée, « est un bail de neuf ans irrévocable », a-t-il souligné. Quant à l’augmentation constante du budget de l’institution, elle est liée à son succès, se défend-il.

Plus connue, la Halde est de plus en plus saisie par les Français qui s’estiment victimes de discriminations. Les réclamations ont bondi de 25 % en 2008, alors que l’institution bénéficice « d’au moins dix fois moins de crédits » que son homologue britannique, selon les députés Jean-Pierre Brard (app. PCF) et Sandrine Mazetier (PS).

Edition France Soir du samedi 7 novembre 2009 page 4

10.11.2009

Après le bling-bling, le blang-blang des casseroles

Après le bling-bling, le blang-blang des casseroles

14 octobre 2009 LE MONDE

Les merdes, disait Jacques Chirac, volent en escadrille”.  Promu chef de la patrouille de France, Nicolas Sarkozy doit commencer à trouver le temps long. Les polémiques s’enchaînent les unes après les autres. Suffisamment pour que le flagorneur Jean-Pierre Raffarin déclare ce matin sur RTL  “qu’il faut mettre de l’ordre dans la vie de la majorité présidentielle“. Suffisamment toujours pour que François Hollande estime que “le grand cirque des polémiques évite de parler du fond“.

La Sarkozie prend l’eau. Avant tout par “l’ouverture” voulue par le président. Après Bernard Kouchner, Frédéric Mitterrand, même s’il a toujours été un homme de droite, témoigne de la difficulté à faire appel à des transfuges ou des personnalités issues de la société civile.

Mais c’est par sa propre famille que Nicolas Sarkozy prête le plus le flanc. Dans le mauvais scénario d’un film qui pourrait s’intituler “itinéraire d’un enfant gâté“.  Une nouvelle fois plutôt que de rester droit dans ses bottes et de serrer les dents, Nicolas Sarkozy retombe dans des travers qui rappelent l’épisode de son altercation avec un marin-pêcheur .

Bravache il est, bravache il restera. Hier à l’occasion de la présentation de la réforme des lycées, le président a fait un outrageux pied de nez à ses détracteurs.

La création du Lycée par Napoléon 1er, c’est le geste fondateur de notre éducation nationale. C’est un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance. Cela voulait dire que désormais en France, c’est des écoles que sortiront les élites et pas la naissance. Cela voulait dire désormais que ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être “bien né”. Pour réussir, c’est travailler dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa valeur.   Principe de justice, mais aussi, en même temps, principe d’efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ? 207 ans plus tard, la double exigence de justice et d’efficacité est toujours d’actualité.

On peut s’interroger sur les motifs qui ont poussé le président à tenir de tels propos, avec le petit sourire qui l’accompagne (cf vidéo 1). A croire que Nicolas Sarkozy ressent comme un crime de lèse-majesté les critiques qui entourent la volonté d’asseoir son fils à la présidence de l’Epad. A moins que dans le plus pur cynisme, revenant sur ses engagements, il s’essuie allégrement les pieds sur les fondamentaux de la république.

Quoi qu’il en soit, nous sommes bien en présence d’un véritable tournant dans la présidence Sarkozy. A l’image d’une toile d’araignée dont on coupe l’un après l’autre les fils, l’effondrement qu’on n’attendait plus est brutal. Les coups de canifs répétés, la multiplication des frasques, l’appropriation et l’avilissement du pouvoir conduisent de fait, irrémédiablement, à une atteinte grave au pacte social.

On est donc loin, bien loin de la démocratie moderne que promettait Nicolas Sarkozy en 2007 (vidéo 2). Où est passée la gouvernance “irréprochable” du candidat UMP à la présidence ? Le bonimenteur de foire a roulé le chaland. Parti avec des promesses de réformes et de rupture censées  renforcer la France, il ne retrouve aujourd’hui qu’un renforcement personnel du pouvoir du Chef de l’Etat.

Le bruit des casseroles qui accompagnent désormais le cortége présidentiel couvre la lointaine musique des promesses de campagne. On en regretterait presque le doux son du choc de la gourmette en or sur la Rolex.

01.11.2009

Mascarades

Mascarades

jeudi 1er octobre 2009, par Bernard Langlois POLITIS

Tralala

Que retiendra-t-on de ce sommet du G20 si ce n’est son impuissance à prendre le taureau de la crise par les cornes, au point qu’il a fallu faire diversion en sortant l’épouvantail iranien du magasin des accessoires ? Un tralala dispendieux pour pas grand-chose ; sinon, pour nous Français, une prestation ratée du Prince face à deux questionneurs bien peu réactifs – comme d’hab’ –, marquée par une autosatisfaction grotesque (c’est la France qui, que, c’est moi que, qui…), des mensonges hauts comme des gratte-ciel new-yorkais (paradis fiscaux : a-pu ! Bonus : finis !), des erreurs révélatrices de l’ignorance des sujets traités (le CO2 qui troue la couche d’ozone) et un lapsus particulièrement calamiteux – bien que linguæ ! – qui apprendra au PPR (Petit Père des riches) à ne pas s’aventurer sur des chemins glissants, surtout quand on est en terre étrangère et censé s’occuper des grands problèmes de la planète. D’où, enfin et off, une grosse colère contre la patronne de l’info sur France 2, comme si elle était responsable de son plantage, m’âme Chabot : décidément, il ne change pas, c’est toujours le même sale gosse gâté.

Indécence

Donc, un G20 pour rien, dont l’illégitimité n’a d’égale que l’inefficacité ; et maintenant, cap sur Copenhague, qui s’annonce pire encore… Attac a bien raison de tacler : «  G20 de Pittsburgh, arrêtons la mascarade ! » L’association altermondialiste détaille les raisons de l’échec et propose dix mesures d’urgence «  pour désarmer les marchés financiers » (dont la 10e – « Une fois mises en œuvre les neuf mesures précédentes, le G20, satisfait du devoir accompli, prononcerait la transformation du G20 en G192. Le G192, soit l’ONU réformée et démocratisée, aurait en effet plus de chances d’apporter à la crise mondiale une réponse donnant satisfaction non pas aux gouvernements de quelques pays riches, mais à l’ensemble de ses États membres » – souligne l’indécence de ce magistère mondial autoproclamé, même si G20 c’est mieux que G10, qui était mieux que G8 et G7). Encore un effort, camarades Grands !  [1]

Enfermement

Je lis dans Le Monde de samedi la tribune de Tahar Ben Jelloun  [2], qui, par le biais d’une anecdote (réelle ou inventée, peu importe, le romancier a tous les droits, et ce n’est pas Giscard qui dira le contraire…), dénonce le sort des femmes musulmanes enfermées derrière le cloître de tissu du voile islamique. Le couple qu’il dit avoir croisé dans le Sud marocain roule en voiture de sport, « peut-être une Porsche » (ou peut-être pas, là encore aucune importance, un bel engin coûteux). C’est l’homme (jeune, d’allure moderne, cigarette, portable) qui conduit, bien sûr. La voiture est immatriculée aux Pays-Bas, à Rotterdam. Ça sent à plein nez le trafiquant de cette herbe qui fait rire et qui pousse dans le Rif. La femme, voile intégral et lunettes de soleil en prime. Le type explique à notre écrivain qu’il vient de se marier au pays et veut repartir en Europe avec sa jeune épousée ; mais « problème papiers, ils veulent photo identité visage découvert, ils sont fous, enfin Allah est grand ! ». Bref, ce que Ben Jelloun entend mettre en lumière, avec son anecdote, ou sa parabole (talentueuse), c’est que « cet individu illustre à lui tout seul les contradictions d’une mentalité de l’âge de pierre avec un pied dans le XXIe siècle. Il utilise les moyens techniques les plus sophistiqués et en même temps traite sa femme comme du bétail ». Une opinion qu’on peut partager, dans la mesure où le port du voile est contraint et non choisi (on trouve des femmes, qui n’ont l’air ni stupides ni malheureuses, qui choisissent de porter le voile islamique).

Chiennerie

Mais ce n’est pas pour rouvrir le débat que je cite cet article de l’ami Tahar. C’est parce que je tombe, le même jour, sur le site Slate.fr, sur ceci : « Qui sommes-nous ? Que nous disent nos corps ? Ces questions lancinantes sont directement posées par le documentaire le Corps des femmes. Il a été réalisé par une jeune femme, Lorella Zanardo, qui a visionné 400 heures de télévision, balayant les chaînes italiennes privées (propriété de Silvio Berlusconi) comme les chaînes publiques. On y voit la banalisation et la vulgarisation du corps de la femme. Dans ce pays où 80 % des personnes qui regardent la télévision en font leur source d’information principale et où 60 % de l’audience télévisée est de sexe féminin, c’est une horreur misogyne permanente. » Ces quelques lignes introduisent toute une réflexion accompagnée d’images auxquelles je vous invite à vous référer à votre tour  [3]. La bêtise, la vulgarité, la chiennerie, la misogynie crasse de cette télévision italienne (mais qui n’est que la pointe avancée de notre société du spectacle) ne me paraissent guère plus ragoûtantes que les excès obscurantistes des fondamentalismes religieux, l’islamique en particulier. Les unes, entendons-nous bien, ne justifient pas les autres : mais elles se nourrissent les unes les autres.

Niveau

Au fait, Brigitte Bardot, me direz-vous ? Notre BB nationale qu’on célèbre à l’envi pour ses 75 ans. Eh bien, regardez-la, cette friponne au corps parfait qui fit fantasmer des millions d’hommes (et sans doute aussi de femmes), voyez comme elle était fraîche et belle et naturelle ; et comparez donc avec les bimbos d’aujourd’hui, ces « velines » siliconées qui peuplent les écrans italiens (pas seulement) et agrémentent les fêtes du « papounet ». Comme dit l’autre, le niveau monte !

Lehmann Sisters

Je ne pousserai pas le féminisme jusqu’à prétendre, comme d’aucuns (et surtout d’aucunes), que tout irait mieux dans ce bas monde si les femmes étaient aux leviers de commande. Je n’ai pas le souvenir que Golda Meir, Indira Gandhi ou Maggie Thatcher, par exemple, aient mené une politique beaucoup plus pacifique, plus sociale et plus respectueuse des libertés que les mâles qui les ont précédées ou suivies. Et si Mme Lagarde m’a bien fait rire en prétendant (sur France Inter, je crois) que « si Lehman Brothers s’était appelé Lehman Sisters, on n’en serait pas là », je veux croire qu’elle plaisantait – j’en suis même sûr : quand je vous dis qu’elle s’est bien décontractée depuis sa prise de fonction ! Pour dire que la victoire (relative) d’Angela Merkel, qui va continuer à mener le bal Outre-Rhin après avoir juste changé de partenaire, me laisse assez froid : les Allemands les moins bien lotis le resteront et les finances continueront de faire la loi. Comme chez nous. La claque prise par le SPD, en revanche, et la poussée concomitante de Die Linke sont des nouvelles plutôt réjouissantes et riches, pour nous autres, d’enseignement : la domination, à gauche, d’un PS usé jusqu’à la corde n’est pas inéluctable. Et si l’ensemble des petites formations de la gauche de gauche parvenaient à s’unir, le rapport de forces électoral pourrait finir par s’inverser. C’est le pari de Mélenchon : puisse-t-il en convaincre le PCF (un test : Buffet va-t-elle laisser Braouezec prendre la tête de liste en Île-de-France ?) et le NPA !

Diatribe

À propos : à ces quelques lecteurs qui me reprochent (gentiment mais fermement !) une vision trop noire de notre société, comme de trop cogner sur les dirigeants du PS ou des grandes centrales syndicales, je dédie ces quelques lignes : « Nous sommes aujourd’hui dans une société aussi injuste, aussi illégitime que celle de l’Ancien Régime finissant. Elle finira aussi mal. […] Si, face au cynisme de l’économie de tripot, les socialistes ne représentent plus l’aspiration du peuple à la justice, alors on peut les renvoyer à la niche. […] Nombre de leurs dirigeants sont des banquiers à la petite semaine, des spéculateurs à la manque, je ne leur confierais pas mon portefeuille. […] Si le socialisme ne parvient pas à convaincre, c’est à cause de l’indignité de ses dirigeants… » Bouffre ! De qui donc cette diatribe ? De Julliard, dans L’Obs’, qui titre avec une formule de Trotski  [4]. Mais où va-t-on ! L’arrivée d’Olivennes, qui tire à droite l’hebdo de la gauche respectueuse, a au moins cette heureuse conséquence de pousser le chantre de la deuxième (gauche) à durcir le ton.

Sorcelleries

Les Solfériniens débattent (mollement, à ce qu’on dit) des propositions de réformes que leur soumet la patronne. Vite fait bien fait : une petite semaine de discussion, et hop ! Aux urnes (on a eu le temps de les débourrer ?). La mesure phare, bien sûr : les fameuses primaires. Pour ceux que ça intéresse, les deux principaux promoteurs de la chose, Ferrand et Montebourg, viennent d’en sortir le vade-mecum [5]. À lire d’urgence, c’est ce jeudi 1er octobre que les militants doivent voter ! Un autre bouquin, un gros celui-ci, intéressant (mais vraiment réservé aux historiens et aux militants désireux de découvrir le passé de leur parti et, plus pointu encore – manque pas un bouton de guêtre –, de la formation jeune du PS, alors appelé SFIO, entre 1944 et 1948) : pour constater que les déchirements ne datent pas d’hier ! Enfin, pour tout le monde et la bonne bouche : l’enquête passionnante de François Bazin, chef du service politique de L’Obs’ sur Jacques Pilhan, le Sorcier de l’Élysée. Sorcier, assurément ; et éminence grise, fuyant les projecteurs, avide de pouvoir et d’argent, pas de gloriole comme son compère Colé ou Séguéla, son mentor vite dépassé ; joueur de poker frotté de situationnisme, faiseur de rois – et peu importe de quelle lignée : il fut successivement le « communiquant » de Mitterrand, de Rocard, de Chirac et quelques autres seigneurs de moindre importance. Pas le genre à perdre son temps avec d’autres opinions que celles de l’excellence de ses prévisions et de la supériorité de sa manœuvre – l’une et l’autre nourries par l’auscultation permanente de l’opinion reine, mais attention, en qualitatif, pas en quantitatif. D’un mépris de fer pour les « poussiéreux », les archaïques qui croient encore que la politique est affaire de convictions, d’exemple, d’engagement… Le grand spin doctor français est mort jeune, à 55 ans. Cancer. Je le redis, l’enquête de Bazin est passionnante  [6]. Et aussi atterrante : car les sorcelleries dont il est ici question, leurs succès éclatants (quelques échecs aussi), signent quelque part la déliquescence de la démocratie et la mort de la République. On comprend mieux, alors, le dégoût qui nous est venu de la chose publique en général, et de cette gauche en particulier, qui a vendu son âme aux gourous.

27.10.2009

Catherine Pégard aux journalistes : "Que chacun fasse son travail !"

Catherine Pégard aux journalistes : "Que chacun fasse son travail !"

LE MONDE | 24.10.09 | 15h20  •  Mis à jour le 24.10.09 | 16h49

Entre le président de la République et la presse, régulièrement, les relations se tendent. Dernier exemple en date : "l'affaire" Jean Sarkozy. "A travers cette polémique, qui est visé ? Ce n'est pas mon fils, c'est moi", lance le chef de l'Etat, le 16 octobre. Quelques jours plus tard, son fils, contraint de renoncer à briguer la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (EPAD), dénonce une "campagne de désinformation". Ancienne rédactrice en chef du Point, devenue, en mai 2007, conseillère du président de la République, Catherine Pégard décrypte ces relations conflictuelles.

Jean Sarkozy a renoncé à briguer la présidence de l'EPAD. La presse a gagné ?

Gagné quoi ? Vous laisseriez accréditer vous-même qu'elle menait une guerre ! Jean Sarkozy a voulu mettre un terme à une polémique qui semblait devoir couvrir tout le débat politique et rendre d'une manière folle tout le reste inaudible. Ceux qui l'ont regardé jeudi soir à la télévision sont désormais convaincus, je crois, qu'il fera longtemps parler de lui et pas comme le fils de..., comme Jean Sarkozy. Il se rappellera sûrement de ce journal télévisé comme d'un moment fondateur de son parcours, un parcours autonome.

Quand il dénonce une "campagne de manipulation et de désinformation", vous approuvez ?

Il y a quelques jours, une amie agacée m'a dit : "Mais enfin, si tu étais encore journaliste, qu'est-ce que tu écrirais ?" Etre journaliste, c'est d'abord tenter de raconter l'histoire au plus près de ce qu'elle est. Il me semble que j'aurais essayé de comprendre d'abord la relation de Nicolas et Jean Sarkozy. Je crois que Jean Sarkozy ne s'est jamais vécu comme un héritier. Il a peut-être même détesté naguère la politique qui accaparait son père, qui l'éloignait de lui. Et puis il est allé sur son terrain. Il ne lui a pas demandé son avis. Je ne suis pas sûre d'ailleurs que son père ait été heureux de ce choix parce qu'il sait la violence de la politique. J'observe Jean Sarkozy depuis longtemps. Il n'a rien d'un fils à papa. C'est pour cette raison qu'il a peut-être sous-estimé l'incompréhension suscitée par sa candidature à la tête de l'EPAD.

Ancienne journaliste, aujourd'hui conseillère du président de la République, cela ne rend-il pas un peu schizophrène ?

Non. J'ai été journaliste avec passion. Je ne le suis plus. J'ai accepté l'idée d'un voyage sans retour. J'exerce une autre profession. C'est une autre vie.

N'êtes-vous pas choquée d'entendre Nicolas Sarkozy pester contre des journalistes devant d'autres journalistes, comme il le fait souvent ?

J'en ai vu d'autres ! Je me souviens des tirades de Raymond Barre, premier ministre, sur "les scribouillards, les gribouillards et les grenouillards" ! Je me souviens d'avoir été "mise en quarantaine" (c'était le mot employé) sous Chirac parce que j'avais écrit un article qui avait déplu. Je me souviens d'un collaborateur de François Mitterrand qui m'avait accueilli d'un "Je ne salue pas les chiens" au début de l'affaire Bérégovoy...

Les journalistes sous-estiment la pression médiatique qui s'exerce sur le chef de l'Etat. Nicolas Sarkozy sait que chaque minute de sa vie est passée au crible. Il l'accepte bien sûr mais...

La presse a plutôt l'impression qu'on veut lui raconter une histoire...

Il me semble qu'on ne parvient pas à parler normalement des relations entre les hommes politiques et les journalistes politiques. Ou bien on leur reproche une trop grande complicité ou bien on les soupçonne d'une trop grande défiance mutuelle. A lire les journaux, on a parfois l'impression de vivre dans un microcosme bouillonnant d'arrière-pensées et de calculs. Que chacun fasse son travail en respectant le travail de l'autre ! Le président de la République respecte le travail des journalistes mais c'est vrai, il peut être un peu sévère quand il les prend en défaut !

Reconnaissez qu'il n'est pas facile d'entretenir une relation sereine avec l'Elysée, particulièrement sous ce quinquennat. Tout se dit, tout se sait. Et c'est souvent violent.

Jacques Chirac disait : "Méfiez-vous des entourages !" Il n'avait pas toujours tort. Je suis stupéfaite de lire les propos ou les jugements que l'on attribue au chef de l'Etat sans qu'il les ait jamais prononcés.

La Cour, un univers impitoyable ?

Un univers...

On dit que le chef de l'Etat est de plus en plus isolé. Comme ses prédécesseurs ? Ah non ! Que les flatteurs flattent, c'est comme ça ! Mais imaginez-vous tous ceux qui à mi-voix viennent lui dire : "Moi seul peux te dire la vérité" ? Imaginez-vous le nombre de textos, de coups de fil qu'il reçoit dans une journée ? Il a beaucoup médité justement l'exemple de ses prédécesseurs. Et puis, il aime trop sa liberté pour se laisser enfermer dans son bureau ou par ses conseillers.

Qu'est-ce qui a changé en deux ans et demi à l'Elysée ?

Le président a pris de la distance, beaucoup plus qu'on ne le dit. Dans la conquête du pouvoir, il y a une part de jeu. Dans l'exercice du pouvoir, on se forge un destin. Nicolas Sarkozy veut changer la France. Le reste c'est l'écume des jours.

Mais on a l'impression qu'il en est en campagne permanente ?

Si se battre tous les jours pour faire bouger les choses c'est être en campagne permanente, alors oui, il l'est ! Le chef de l'Etat connaît bien son histoire. Il a observé "la malédiction des deux ans" qu'ont subie tous ses prédécesseurs. Sa façon de la conjurer c'est de refuser l'immobilisme et de continuer les réformes.

Avec des déplacements de plus en plus formatés ?

J'en ai fait beaucoup. J'ai lu qu'on parlait de casting, de figurants choisis selon leur taille... Il faut avoir suivi le président pour pouvoir en rire : il faudrait peut-être s'étonner que David Douillet ait pu être candidat ! Soyons sérieux ! Les déplacements du chef de l'Etat sont organisés de la même façon depuis le premier jour. Ce qui est vrai, c'est qu'ils sont souvent minutés. Mais le président aime aller vite.

La rumeur vous place à EDF, vous allez quitter l'Elysée ?

Quand j'étais journaliste, je n'accordais pas d'intérêt aux rumeurs et aux ragots. Je n'ai pas changé.

Qu'est-ce qui vous frappe au feu du pouvoir ?

Je ne soupçonnais pas la force d'inertie qui pèse sur les décisions, la tentation de faire comme d'habitude ou comme avant. Vous me direz, c'est tout ce que Nicolas Sarkozy déteste. C'est vrai ! Lui, il suffit qu'on lui dise qu'on ne peut rien faire pour qu'il bouge !

Propos recueillis par Françoise Fressoz

26.10.2009

Epad : un « fils de » peut cacher une « fille de »

Epad : un « fils de » peut cacher une « fille de »

Sylvain Lapoix - Marianne | Vendredi 23 Octobre 2009 à 11:01

Maintenant écarté de la course à l'Epad, Jean Sarkozy laisse la place libre. Candidate putative : Joëlle Ceccaldi-Raynaud, qui a déjà hérité la mairie de Puteaux de son père Charles, et perpétue la grande tradition d'impunité et d'affaires de la droite dans les Hauts-de-Seine.

Puisque le fils de Nicolas Sarkozy a renoncé à présider l'Epad, la fille de Charles Ceccaldi-Raynaud pourrait lui succéder. Certes, il y a bien un autre candidat, Patrick Jarry, maire PCF de Nanterre. Mais, dans les Hauts-de-Seine, on ne confie pas ce genre de responsabilité à ces gens là ! Et ce ne sont pas les élus du département doublés de représentants de l'Etat qui vont contredire la tradition.

Dernière candidate de droite en lice, Joëlle Ceccaldi-Raynaud pourrait (comme a failli le faire Jean Sarkozy) prendre un poste hier occupé par son père : de 1987-1989 et de 1993-1998, Charles Ceccaldi-Raynaud, ancien maire de Puteaux a lui-même été président de l'Epad ! Raison pour laquelle Le Parisien l'interrogeait le 13 octobre dernier au sujet des qualités du fils du Président à ce poste. Il se félicitait alors que Jean Sarkozy ait « l’avantage de n’appartenir à aucune des trois communes concernées et ne peut être suspecté de partialité. » Une qualité qu'il ne partage pas avec la fille Ceccaldi-Raynaud, l'Epad s'étendant largement sur la commune de Puteaux dont elle est le maire. Mais rien que de très classique là dedans, nous sommes dans les Hauts-de-Seine !

Le clientélisme selon Charles Ceccaldi : «C'est mal connoté? A tort»

Le « vieux » Ceccaldi, comme on le surnomme affectueusement la municipalité de Puteaux, ne s'en cachait même pas : il appartient au même système que Charles Pasqua, Patrick Balkany et d'autres tels, Manuel Aeschlimann. Cette droite du 92, affairiste, usant de nombreuses ficèles pour se maintenir à la tête d'un département plus riche à lui seul que certains pays membres de l'Union européenne. Une vigueur économique ruisselant en millions d'euros sur les collectivités locales, grâce à la manne des impôts locaux versés par les sièges sociaux des grands groupes.

Interrogé par l'Express sur la façon dont il avait tenu la ville près de 30 ans, Charles Ceccaldi revendiquait son système clientéliste : « C'est mal connoté? A tort. Il faut une politique pour chaque classe, expliquait-il. J'en ai vu, des gens qui avaient des opinions et qui en changeaient en obtenant une place en HLM. [...] Mais ils obtenaient moins facilement une place dans nos villages de vacances en Bretagne ou en Corse…» Pour tenir Puteaux, le vieux Charles, qui avait débuté sous le drapeau de la SFIO, s'était appliqué à conquérir l'office HLM de la ville de Puteaux, dont il est toujours le président, une bonne façon de distribuer « des cadeaux ».

Mais, comme La Défense, les HLM sont une vieille histoire d'amour pour la droite du 92 qui y perdit un de ses lieutenants, Didier Schuller, condamné en 2005 pour avoir financé sa campagne par un système de détournement, là où Patrick Balkany fut relaxé en première instance. Mais le lieu du pouvoir reste et demeurera le Conseil général, où chacun peut accomplir ses rêves de grandeur. Comme Charles Pasqua qui, en 1995, construisit une fac ultra moderne de communication, marketing et commerce en pleine dalle de La Défense, avec des moyens inimaginables pour la plupart des universités françaises. Le tout réservé (au départ) à quelques étudiants (très) privilégiés.

Le renoncement de Jean Sarkozy à l'Epad n'est qu'un petit arrangement avec l'agenda : la simple fonction de conseiller général dont il continue de disposer lui ouvre les portes d'innombrables institutions chargées du bien être des champions du Cac40 et des bourgeois reclus dans leur « département témoin », propre comme les sous neufs qu'ils sont venus y gagner. De quoi préparer une grande carrière politique, riche de soutiens.

Si Joëlle Ceccaldi-Raynaud lui succède effectivement au poste de président de l'Epad, la polémique du «fils» n'aura été qu'une parenthèse ultra médiatisée dans le long fleuve tranquille de l'hégémonie affairiste de la droite sur ce département. Un pré carré sur lequel la Sarkozye aura vite fait de tirer le rideau pour reprendre ses bonnes vieilles habitudes.

25.10.2009

Exclusif: pour Bertrand, Villepin est un aristo, pas un voyou!

Exclusif: pour Bertrand, Villepin est un aristo, pas un voyou!

Propos recueillis par Frédéric Ploquin | Vendredi 23 Octobre 2009 à 14:01 | Lu 15519 fois

MARIANNE

L'ex-patron des RG dénonce un procès politique. Car pour lui, le véritable instigateur de l'affaire n'est toujours pas identifié.

Marianne2 : Dans le procès Clearstream, le parquet vient de requérir une peine de 18 mois de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende contre l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Qu’en pensez-vous ?
Yves Bertrand : L’idée d’une participation directe de Dominique de Villepin à cette affaire me laisse sceptique. Lorsque j’étais directeur des RG et lui secrétaire général de l’Elysée, il ne m’a jamais demandé de faire le moindre coup tordu. Sans préjuger de la décision du tribunal, je ne le vois pas en chef d’orchestre de cette opération qui ne lui ressemble pas. De Villepin, c’est un aristocrate. Pour faire le coup de poing, il faut sortir du ruisseau.

Quelle analyse faites-vous de ce procès qui arrive bientôt à son terme ?
Je ne peux qu’observer que ce procès a pris un tour politique comme on a rarement vu sous la Vème République. J’ai connu Jean-Claude Marin (NDR : le procureur) beaucoup plus souple. 

Pensez-vous que la justice soit passée à côté du sujet ?
Jusque-là, j’ai l’impression que la justice ne semble pas avoir compris. La seule question qui vaille, c’est : à qui profite le crime ? Pour le moment, ce dont je suis certain, c’est qu’il ne profite pas à Dominique de Villepin. Le véritable instigateur de l’affaire n’a pas été identifié.

Imad Lahoud a répété durant le procès qu’il avait ajouté le nom de Nicolas Sarkozy dans les fichiers Clearstream en votre présence. Vous n’y êtes vraiment pour rien ?
Imad Lahoud ne s’est même pas souvenu où était mon bureau. En plus, à la date qu’il a donnée, j’avais quitté les RG depuis trois mois !   

Le vrai bilan de ce procès, selon vous ?
Ce procès a donné une triste image du monde politique français qui en revient aux pires moments de la IVème et de la Vème républiques. Avec une différence de taille : le général de Gaulle, lui, prenait soin de se tenir à l’écart du ring.

18.10.2009

Un Helvète chez les flics de banlieue

Un Helvète chez les flics de banlieue

En 2005, un policier suisse a passé plusieurs semaines dans un commissariat du 9-3. Il témoigne aujourd’hui de son effarement face à des policiers qui se comportaient comme “une armée d’occupation”.

10.09.2009 | Sylvain Besson | Le Temps

Le livre s’appellera Grave Panique. En souvenir d’une remarque entendue dans une voiture de la brigade anticriminalité (BAC), qui avait frôlé une vieille dame en roulant trop vite, une nuit de patrouille à Saint-Denis : “Je l’ai grave paniquée, la mémé…” “Là, j’ai su que j’avais mon titre”, raconte Yves Patrick Delachaux, ancien policier genevois devenu romancier et scénariste. Juste après les émeutes urbaines de 2005, alors qu’il était responsable de l’éthique et des droits humains pour la police genevoise, il a passé plusieurs semaines en observation dans un commissariat de Seine-Saint-Denis, le département le plus violent de France.

Son témoignage, qui [lui] a inspiré un roman*, en dit long sur l’état de tension qui règne entre jeunes et policiers dans les banlieues françaises. Et sur l’échec, désormais avoué à demi-mot, de la politique mise en place par Nicolas Sarkozy depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, en 2002 [et poursuivie sous sa présidence]. En arrivant à Saint-Denis, Yves Patrick Delachaux a vite compris que quelque chose clochait : “Le commissariat est un blockhaus carré, tout est barricadé, grillagé. C’est une armée d’occupation.” A l’intérieur, des locaux “saccagés”, avec “chiottes arrachés” et bureaux lépreux, antédiluviens. Dans la cuisine, minuscule, des frigos cadenassés, de vieilles affiches syndicales, des posters de films policiers. “Une ambiance de caserne, de labeur, de souffrance, raconte le policier suisse. On sent que ça leur pèse sur les épaules.” Il y a une poignée de vieux ordinateurs pour 260 hommes.

Patrouiller en banlieue comme en Afghanistan

Un autre détail frappe : tous les policiers ont moins de 30 ans. Et pas un seul n’habite en Seine-Saint-Denis, ni même à Paris. “Celui qui vivait le plus près était à 60 kilomètres, s’étonne Yves Patrick Delachaux. Le premier truc qu’ils font en arrivant, c’est de demander une nouvelle affectation pour aller ailleurs. Ils restent deux ans au maximum. Ils ne vont pas boire une bière à la fin du boulot, ils ne vont pas au restaurant du coin, ils ne vont pas faire leurs courses au supermarché. Ils font tout ça ailleurs, là où personne ne connaît leur métier. Moi, dans mon immeuble, tout le monde savait que j’étais flic.”

Le Suisse demande à voir la Cité des 4000 à La Courneuve, devenue mythique. Sur le trajet, la tension monte : on lui dit de se méfier des objets lancés depuis les toits, d’être prêt à appeler de l’aide… En sortant de leur voiture, les policiers se déploient en tirailleurs, “comme en Afghanistan”. Lorsqu’ils croisent un groupe de jeunes d’origine africaine, l’ambiance est glaciale. Pas un mot, juste des regards mauvais. En queue de peloton, Yves Patrick Delachaux lance un “Bonjour !” sonore, qui ne reçoit pas de réponse. De retour dans la voiture, les reproches pleuvent : “Celle-là, tu nous la refais pas. Tu vas à la confrontation !” Yves Patrick Delachaux est atterré : “Je disais juste bonjour. Mais il y a chez eux ce côté : ‘Il y a des éducateurs pour ça, nous on est des flics !’” Un autre jour, la BAC arrive dans un appartement qui vient d’être perquisitionné. Un groupe d’hommes cagoulés et vêtus de noir embarque un “grand frère” soupçonné de trafic de drogue. “Il y a les parents, ça gueule tout de suite, les lumières s’allument, se souvient Yves Patrick Delachaux. Il n’y a pas un uniforme qui reste pour expliquer ce qu’on fait, pourquoi on l’arrête. Que va penser sa petite sœur de 6 ans, qui aime son frère ?” A nouveau, ces remarques sont balayées : “C’est pas notre boulot ! Mais t’es de quel côté ?”

“La politique du chiffre, c’est la pire des méthodes”

Tout au long de son séjour à Saint-Denis, le policier suisse entendra très peu de réflexions sur l’état des banlieues, la difficulté du travail ou les moyens de l’améliorer. “Ce n’est pas un milieu où l’on réfléchit à la société, dit-il. On ne se demande pas : ‘Qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui, qu’est-ce que j’ai fait ?’ Ce n’est pas la culture. C’est une immense faiblesse, d’ailleurs entretenue par les hiérarchies.” Faute de discuter, d’extérioriser, les policiers s’enferment souvent dans un mutisme morne, entrecoupé de réflexions désobligeantes sur les habitants : “T’as vu cette sale gueule… Ah, cette pute…”

Il n’incrimine pas ses collègues français, des jeunes gens “motivés” et pleins d’allant selon lui. Le problème réside plutôt dans “l’immense immaturité organisationnelle” d’une structure où “tout le poids et la responsabilité sont mis sur des types de 22 ans”, obligés de multiplier contraventions et contrôles d’identité pour gonfler les statistiques chères à Nicolas Sarkozy. Le Suisse n’a jamais entendu, dans la bouche des policiers, de remarque raciste. Mais force est de constater que tous étaient Blancs, à l’exception d’un Antillais préposé, à cette époque, à l’accueil des touristes venus visiter la basilique. Et la majorité des contrôles se concentre sur des jeunes issus de l’immigration, porteurs de sacs à dos et de capuches. Cela peut-il changer ? Un sentiment de malaise commence à s’exprimer chez les policiers. “La méthode du chiffre, en matière de sécurité, c’est la pire des méthodes, estime Nicolas Comte, du Syndicat général de la police. Le lien avec la population, le discernement ne peuvent pas faire l’objet de statistiques.”

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