24.11.2009

En route pour Copenhague!

En route pour Copenhague!

Par Noria Ait-Kheddache, publié le 19/11/2009 à 14:41 - mis à jour le 19/11/2009 à 18:34

Le rapport population-effets de serre, Borloo en émissaire pour la COP15 et un vélo couché pour le Danemark: l'actu verte en trois brèves.

La femme est l'avenir de l'homme...

Un rapport des Nations unies publié hier plaide pour une meilleure éducation des femmes dans les pays pauvres. Objectif: maîtriser les naissances et... les émissions de gaz à effet de serre. C'est la première fois qu'une agence onusienne se penche sur les liens entre population et changement climatique. L'organisation mise principalement sur les femmes dans l'atténuation de ces changements. Elles représentent la moitié de la population mondiale et seront les plus vulnérables aux changements climatiques, du fait de leur moindre productivité économique, leur important taux de fécondité et leur manque d'éducation dans de nombreux pays.

Plus d'infos sur le Rapport des Nations unies

Borloo, de l'Asie à l'Afrique

Le ministre prépare la conférence de Copenhague en rendant visite aux Chefs d'Etats qui participeront au Sommet le 7 décembre prochain. Après sa tournée en Asie début novembre (Bangladesh, Cambodge, Laos) Jean-Louis Borloo s'est déjà rendu en Afrique pour rencontrer le Premier ministre éthiopien, porte-parole des Africains pour la conférence de Copenhague. Les sessions onusiennes de préparation se sont achevées début novembre à Barcelone, mais les consultations vont se poursuivre jusqu'à l'ouverture du sommet.

Plus d'infos sur le site du Ministère de l'écologie

Un vélo couché pour Copenhague

Toulouse-Copenhague, c'est le trajet qu'effectue Mathieu Monceaux depuis le 9 novembre dernier, au volant de son vélo couché. Il soutient à travers cette initiative la campagne "Don't nuke the climate", animée par Sortir du nucléaire. Une manière de montrer au monde que l'on peut se déplacer autrement qu'en voiture. Le cycliste n'en est pas à son coup d'essai. Entre 2002 et 2004, il a effectué le tour du monde à bord du même engin. S'il admet que les mentalités sont lentes à évoluer, le cycliste écolo juge sa démarche nécessaire. Des centaines d'actions auront lieu en France et à travers le monde lors de la journée internationale " Don't nuke the climate" le 12 décembre.

Plus d'infos sur Developpementdurable.com

Copenhague: Les espoirs fondent

Copenhague: Les espoirs fondent

Les Nations unies et le Danemark, qui accueillera en décembre le sommet de Copenhague, proposent de reporter la conclusion d'un traité contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les Etats pourraient n'y signer qu'un simple accord "politique", avant un traité... en 2010.

Ils fondent, ils s'évaporent peu à peu. Les espoirs qui reposaient sur le sommet de Copenhague s'amenuisent au fur et à mesure que se rapproche ce rendez-vous crucial pour le climat, prévu du 7 au 18 décembre. Réunions préparatoires après réunions préparatoires, les discussions ont achoppé sur les termes du traité qui doit remplacer le protocole de Kyoto, arrivant à échéance en 2012. Et lundi, le coup de grâce semble avoir été porté: les Nations unies et le Danemark, pays hôte du sommet, proposent en effet de reporter la signature de cet accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Yvo de Boer, qui dirige le secrétariat de l'ONU sur le changement climatique, a suggéré un délai de six mois. "Si nous avons déjà à Copenhague des objectifs clairs (...), et je suis confiant à ce sujet, alors on pourra fixer cela dans un traité six mois plus tard", a-t-il dit lundi à Copenhague. Le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, va plus loin, en proposant pour sa part un report non de six mois… mais d'une année. Une idée déjà soulevée par plusieurs des délégués des 175 pays réunis à Barcelone au début du mois de novembre.

Un traité fin 2010?

A défaut de traité juridiquement contraignant, les dirigeants politiques et représentants de l'ONU se dirigent donc vers un simple "accord politique" préalable lors du sommet de Copenhague. La France et le Brésil ont transmis des propositions en ce sens ce week-end et une quarantaine de ministres de l'Environnement, dont ceux Chine et des Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète, discutent jusqu'à mardi au Danemark des termes d'un tel accord. Celui-ci pourrait prendre la forme d'un texte de 5 à 8 pages fixant de grandes orientations, a expliqué lundi la ministre danoise de l'Energie et du Climat, Connie Hedegaard. Ce texte devrait aussi fixer une échéance pour l'adoption d'un nouveau traité, peut-être la rencontre de Bonn à la mi-2010 ou de Mexico en décembre suivant.

Pendant ce temps, certains petit pays continuent certes à batailler pour sauver Copenhague. Les Etats africains, les petits Etats insulaires et certains pays d'Europe insistent toujours pour qu'un véritable traité soit signé en décembre, mais les différends semblent désormais trop importants pour être résolus en quelques jours: de leur côté, les pays pauvres insistent pour que les pays développés réduisent fortement leurs émissions de GES à l'horizon 2020 et accordent des milliards de dollars d'aide aux pays pauvres pour faire face au réchauffement climatique. Quant à eux, les pays riches, touchés par la récession, ne tiennent guère à faire des promesses trop ambitieuses dans ces négociations, lancées en 2007 à la conférence de Bali. La première puissance économique mondiale est d'ailleurs le premier obstacle: les Etats-Unis, seul grand pays industrialisé à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto, n'a pas encore adopté de loi fédérale fixant des limites à ses émissions de GES. Bon nombre de pays ne veulent pas adopter des mesures au plan mondial tant que Washington n'aura pas les coudées franches pour prendre des engagements.

Al.P. (avec Reuters) - leJDD.fr

Lundi 16 Novembre 2009

22.11.2009

Tryo chante pour Copenhague : "La chanson véhicule aussi des peurs de son temps"

Tryo chante pour Copenhague : "La chanson véhicule aussi des peurs de son temps"

NOUVELOBS.COM | 20.11.2009 | 15:57

Réagissez à l'article10 réactions

Interview Tryo sera à l'affiche dimanche 22 novembre au Zénith de Paris, aux côtés de Zazie, Bernard Lavilliers et Yannick Noah, pour un concert "Ultimatum climatique", en partenariat avec onze associations qui ont lancé une pétition du même nom. Objectif : faire pression sur les dirigeants politiques qui se réuniront du 7 au 18 décembre à Copenhague pour la conférence des Nations unies sur le climat. Interview de Guizmo, l'un des chanteurs-compositeurs-militants du groupe.

Pourquoi ce combat écologique ?

- C'est une vieille histoire, cela fait partie de nos valeurs, de nos préoccupations depuis longtemps. Il y a toujours eu un fond d'écologie dans les chansons de Tryo. "L'hymne de nos campagnes" était le premier morceau du premier album. On a tous toujours été concernés par le combat écologique et adhérents à Greenpeace. Pour certains, dont moi, avant même la naissance du groupe. Aujourd'hui, il y a une telle urgence à lutter contre le réchauffement climatique que ce serait dommage de passer à côté de la chance d'avoir un micro et un public pour pouvoir communiquer là-dessus.

Qui est à l'initiative de ce concert "Ultimatum climatique" ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/file/791572.jpgTryo (Sipa)

- L'idée vient de Greenpeace et de nous, et vice-versa. On a côtoyé Greenpeace pendant toute notre tournée, on savait qu'on avait envie de faire quelque chose ensemble, et on savait que Greenpeace n'avait jamais organisé de concert. Ça a pris du temps pour mûrir. Il y a 6 mois, onze associations, dont Greenpeace, ont lancé la pétition de l'Ultimatum climatique. C'est là qu'on s'est dit qu'on pourrait finir par une belle fête pour saluer le travail fourni depuis un an, voire plus, par toutes ces associations. C'est une manière de les aider à médiatiser Copenhague dans la dernière ligne droite et les soutenir dans la pression qu’elles cherchent à exercer sur les politiques pour qu’ils prennent les décisions les plus fermes possibles. C'est ce qu'on espère apporter aux associations en tant que musiciens. On a proposé d'apporter notre savoir-faire en termes de production de spectacle, puisqu'on est producteur de nos tournées. On leur a dit qu'on était prêt à filer un coup de main pour la programmation, pour contacter les artistes, etc. Et on essaiera nous aussi d'aller à Copenhague, si le temps nous le permet car on est en pleine tournée, et on ne va pas y aller en avion ! (> le site du concert)

Quelle forme a prise cette tournée aux côtés de Greenpeace ?

- Cela faisait déjà un moment qu'on travaillait avec Greenpeace, mais cette fois on a voulu faire un peu plus que d'habitude. On est reparti ensemble sur le dernier album "Ce que l'on sème" (sorti en septembre 2008, ndlr), en commençant par la conception même du disque. On a essayé de faire un objet le moins polluant possible, avec des matériaux recyclés et qui peut être recyclé. On savait aussi que Greenpeace préparait la conférence de Copenhague, et on s'est demandé ce qu'on pouvait faire ensemble pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et sensibiliser sur cette question.
On a donc entrepris de faire un bilan carbone, à l'automne, sur une tournée de petites et moyennes salles, avec l'aide d'associations. Cela comprend plusieurs choses, l'impact du public et le nôtre. On a interviewé 20.000 personnes sur les 70.000 qu'on a croisées sur cette période sur les déplacements, la moindre canette utilisée, l'eau et l'électricité consommées chaque soir... On est ensuite reparti dans les Zénith au printemps et on a essayé de mettre en application les résultats de ce bilan. On s'est rendu compte que le public était un des gros pollueurs de l'histoire, même si la pollution du groupe n'était pas non plus anodine. Si je me souviens bien, cela revenait à 120 tonnes dégagées pour le public et 14 tonnes pour Tryo. Ça nous a montré qu'on avait beau avoir nos chansons et nos valeurs, on n'était pas écolo à 100%. On a mis en place un covoiturage sur notre site internet, on a amené le tri sélectif dans les Zénith, on a apporté des gobelets lavables, on a essayé avec les caterings de travailler sur de la bouffe locale. Avec toutes ces petites choses, on a réussi à diminuer de 5 à 10 % les émissions de CO2 de la tournée qui a suivi. C'est loin d'être parfait, ce genre d'initiative ne se fait pas du jour au lendemain. Par exemple, le covoiturage est très long à mettre en place.
Notre idée, c'était de montrer que chacun peut faire des choses, à son échelle, dans son corps de métier. Pendant la tournée, on a aussi fait en sorte de parler de Copenhague, il y avait toujours un stand de Greenpeace avec nous.

Pourquoi préférez-vous Greenpeace à d'autres associations ?

- Parce que ce n'est pas un parti politique, qu'il n'y a pas de subventions de multinationales ou de sociétés privées. Quand on bosse avec eux, c'est d'ailleurs toujours un bordel pour leur reverser du fric parce qu'ils n'acceptent pas d'argent de la part de sociétés. Or, on fonctionne en société. Pour la production du concert de l'Ultimatum climatique, on a par exemple réinvesti l'argent qu'on avait récolté avec les gobelets pendant la tournée. Quand on a fait des T-Shirt ensemble en coton bio, il fallait que ce soit Greenpeace qui les vende, pas Tryo. C'est toujours comme ça et ça apporte une liberté de mouvement, d'expression, en dehors de tous les lobbyings et pressions que pourraient subir ce genre d'associations. Et cette liberté, on ne l'a pas forcément trouvée dans d'autres associations.

Est-ce que vous militez au sein même du milieu de la musique ?

On sait que depuis notre passage, certains Zénith pensent à poursuivre notre initiative sur les gobelets recyclables. Toutes les salles qui nous ont accueillis ont eu gratuitement leur bilan carbone, car il était inclus dans le nôtre. Il y a eu une réunion avec les manageurs de Tryo et une bonne partie des salles de "la fée du rock" cet été pour voir ce qu'ils pouvaient améliorer dans chaque salle. Il y a aussi certaines radios avec lesquelles on est partenaire qui ont lancé elles-mêmes des sites de covoiturages pour d'autres tournées. On ne veut pas devenir les mécènes ni les ayatollahs de l'écologie dans le milieu. Mais si ça peut faire des petits, tant mieux.

Vous partagez la scène avec Zazie, Bernard Lavilliers et Yannick Noah. Pourquoi avez-vous choisi des artistes moins engagés que vous sur ce sujet ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/file/791570.jpgGuizmo (AFP)

- D'abord, on n'est pas dans un concours pour savoir qui défend le mieux la cause. Ensuite, ce sont tous des chanteurs qui n'ont pas attendu la vague commerciale écologique des voitures non polluantes, ou je ne sais quoi, pour avoir cette sensibilité. Il n'y a pas que les chansons, il y a ce qu'on est, ce qu'on vit. Et puis, sur ses albums précédents, Zazie avait des chansons où elle abordait le problème de l'écologie. Elle prend ce concert très à cœur, elle n'est pas en tournée en ce moment, donc elle travaille spécialement pour cet événement. Bernard Lavilliers a déjà collaboré avec Greenpeace, il y a plusieurs années. Et Yannick Noah revient spécialement des Etats-Unis pour ça.
Bon d’accord, le public de Zazie ou de Yannick Noah est beaucoup moins dans l'engagement et ne vient pas forcément les voir pour leurs chansons écolo. Mais il ne faut pas croire que notre public est engagé à donf dans l’écologie. On lui a fait signer des pétitions de Greenpeace depuis des années, on a même mis un bulletin d'adhésion à Greenpeace dans notre dernier album. On a vendu 300.000 disques, il n'y a pas eu 300.000 nouveaux adhérents. Tryo c'est très large, il y a des gens qui viennent nous écouter pour des chansons qui ne sont pas "L'hymne de nos campagnes". Et puis combien vont au McDonald's avant d'aller au Zénith voir Tryo ? J’aimerais bien le savoir.
Notre premier objectif, en organisant ce concert, c'est d'amener les médias et le maximum de gens à cette soirée. Et des gens pas forcément catalogués comme pourraient l'être parfois Tryo ou son public. Le pari devrait être réussi, car ce sont des générations, des univers musicaux, et donc des publics différents. C'est aussi pour montrer que cela touche tout le monde. Et pas seulement des petits gauchistes énervés qui viennent faire un concert pour se donner bonne conscience.

C'est ainsi que vous vous percevez ?

- Non, mais c'est comme ça que parfois on peut nous percevoir. On attendait Tryo avec son album anti-Sarkozy, ça n'a pas été le cas, et tant mieux. Même si ce n'est pas notre copain. Monsieur Grenelle ne viendra pas au concert d'ailleurs, je pense !

Qu’est-ce qu’il aura de particulier ce concert ? Vous avez écrit spécialement pour cette soirée ?

- Non, car ce serait se répéter. Sur l'album live "Sous les étoiles" (qui sort le 27 novembre, ndlr), il y a une chanson qui s'appelle "Consommer" qui parle de l'univers du sac plastique. Je l'ai écrite en revenant du Niger, où, en plein désert, j’ai vu des arbres entiers couverts de plastique alors qu'il n'y a pas une ville autour. Ça m'a sacrément perturbé. Pour ce qui est du concert, il n’y aura pas uniquement les groupes qui joueront. Des comédiens, des sportifs, toutes sortes de gens vont venir parler au nom d'une association. Il y aura aussi des stands pour expliquer au public Copenhague, le réchauffement climatique, etc.

N’est-ce pas utopiste de penser qu’avec un concert on peut faire bouger des négociations politiques très ardues ?


- On ne se leurre pas, nous ne sommes que des chansonniers, on vient encourager les associations en chanson. L'important c'est qu'on aille gueuler un peu, ça fait du bien, et ça manque en ce moment d'une manière générale, que ce soit sur l'écologie ou sur la manière dont on traite les travailleurs, l'école, la santé… Moi je suis toujours content d'aller gueuler avec ceux qui gueulent.
On ne fait pas de politique, et on ne compte pas en faire. Et on a toujours eu peur de se faire accrocher par des partis politiques. On a été approché par le PS, les Verts et le PC, Ségolène Royal nous avait sollicités pour Charléty, par exemple, mais on a toujours refusé. Bon d’accord, cette année on a mis pour la première fois un petit pied dans la politique en s’exprimant en faveur d’Europe Ecologie. Mais c’était dans la dynamique de notre engagement pour Copenhague et il y avait des personnes non affiliées à des partis, comme Eva Joly, José Bové. Mais, encore une fois, on essaie de faire notre métier, on n'est pas des politiciens, on est des chansonniers. Après, à titre personnel, on a chacun notre bulletin de vote ! Si un jour je m’engageais en politique, ce serait peut-être à un niveau local, comme attaché culturel dans mon village, pourquoi pas. Mais c'est un métier, ça ne s'improvise pas, je ne m'appelle pas David Douillet, je ne peux pas faire croire aux gens que je peux les aider alors que j'en suis incapable. Mais la politique elle en chacun de nous, c'est participer à la vie de sa cité. Et puis je ne suis pas persuadé qu'on a les bonnes idées. Moi je sais faire des chansons, faire un discours, c'est différent. Et s’impliquer vraiment en politique, cela voudrait dire arrêter la musique. Je n’en ai pas du tout envie, et je pense que c'est vrai pour nous tous chez Tryo.

Je vous pose quand même une question politique : de quel œil regardez-vous les engagements des pays en faveur de l’écologie et notamment pour la conférence de Copenhague ?

- On aura beau se bouger le cul, faire couler un peu moins d'eau en se brossant les dents ou en se rasant, isoler nos maisons, aujourd'hui ce sont les politiques qui vont devoir faire en sorte que ça avance, et que ça aille vite. Sinon, on est parti pour détruire l'humanité et tout ce qui va autour. Il va falloir des moyens financiers pour que le combat contre le réchauffement climatique soit efficace. Quand il s'agit de mettre le troupeau en marche pour travailler plus pour gagner plus ils sont prêts, quand il faut filer des milliards aux banques ils sont motivés… Eh bien qu'ils donnent des milliards pour les avancées technologiques qui vont dans le bon sens ! Les importations alimentaires, la manière de traiter les animaux, les sols, il y a tellement de choses à faire… Et puis on aura beau être de plus en plus nombreux à avoir conscience qu’il faut agir, il faut que les politiques donnent les moyens d’une égalité pour tous en matière d'écologie. C'est facile pour moi, j’ai les moyens de manger bio et de mettre un panneau solaire chez moi, mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde. Il va falloir des lois. On n'est pas des gens sages. Moi je fais partie du consommateur de base, même si j'essaie de faire ce que je peux, il va falloir qu'on m'oblige à plein de choses sinon je ne le ferai pas. Parce que ou je n'ai pas le réflexe, ou je n'ai pas le temps.
Pour Copenhague, je préfère être optimiste, sinon on arrête tout. Et puis c'est dans la nature de Tryo. Ne pas se décourager, y croire, ne serait-ce que pour nos enfants. Ca ne peut pas se permettre de capoter. Sinon on est vraiment mal. Même s’il y a encore des polémiques, tout le monde est en train de prendre conscience de l'urgence, contrairement à il y a quelques années. Obama arrive quand même avec un discours totalement différent de celui de Bush, même si ce n’est pas gagné. Les associations avec lesquelles on travaille sont elles aussi plutôt optimistes parce qu'elles partent à Copenhague avec des solutions. Quand on voit la manière et la vitesse à laquelle la Chine se développe, il faudrait qu'elle prenne les bonnes décisions à Copenhague. Et il faut que nos pays aident les autres à se développer d'une autre manière que ce que nous avons fait. Si on les emmène sur le même terrain que nous, on va dans le mur…

Engagement et art peuvent ne pas faire bon ménage. Cela vous pose-t-il problème parfois ?


- Je n'ai pas l'impression qu'on soit une secte ou un parti politique. On est des peureux avec des angoisses, des valeurs, des questions qu'on dégage dans nos textes. Il y a très peu de chansons à solution dans Tryo. Il y a des constats, on regarde les choses. Sur nous quatre, on est trois auteurs-compositeurs qui racontent leurs bouts de vie. La chanson "Abdallah", par exemple, est tirée de mon expérience au Niger, "Arundhati Roy", c'est Mali en Inde. Ca nous aide probablement à avancer dans nos propres vies, et c'est peut-être ça qui fait que Tryo a un public plus large, à gauche et à droite d'ailleurs.
Pour moi, de toute façon, l'engagement et la chanson, ce n'est pas incompatible du tout. Déjà, parce que je n'arrive pas à écrire une chanson si elle n'a rien à me dire. Tryo est dans la lignée des chanteurs à texte, pas des chansons à rien.

Avec votre engagement écologique, vous pensez que vous ouvrez la voie au thème de demain des chansonniers ?

- Des chanteurs comme Bono ou Sting ont ouvert la voie il y a déjà un bon moment. Mais dans la chanson française, effectivement, il n'y a pas eu grand-chose jusqu'ici. Ceci dit, la branche française de Greenpeace est aussi celle qui a le moins d'adhérents en Europe : il y a un vrai retard dans ce pays. C'est en train d'arriver progressivement sur la scène française, parce que la chanson véhicule aussi des peurs de son temps. J'espère quand même que cela ne va devenir une mode et que la chanson ne va devenir plus qu'une ode à l'écologie. Quand on voit Obispo qui débarque avec Captain Flower Samourai Coquelicot Belle des champs… Il y a en qui, il y a trois mois, n'avaient aucune conscience écologique et qui, soudain, s'en font les porte-voix. Mais bon, c'est mieux que rien.
Mais il ne faut pas résumer Tryo à l'écologie. On a des chansons qui parlent d'autres choses, de l'amour, du social, de la déconnade… C'est vrai qu'on a mis de côté d'autres combats qu'on avait depuis longtemps, notamment le Tibet avec l'association Survie, pour ne pas nous disperser, pour rester concentrés sur Copenhague cette année. Mais il va falloir qu'on se pose un peu après la conférence, qu'on parle un peu d'autres choses, même si, évidemment, on va continuer à suivre ça.

Interview de Guizmo (du groupe Tryo) par Sarah Halifa-Legrand
(le vendredi 20 novembre)

21.11.2009

Tryo chante pour Copenhague : "La chanson véhicule aussi des peurs de son temps"

Tryo chante pour Copenhague : "La chanson véhicule aussi des peurs de son temps"

NOUVELOBS.COM | 20.11.2009 | 15:57

Interview Tryo sera à l'affiche dimanche 22 novembre au Zénith de Paris, aux côtés de Zazie, Bernard Lavilliers et Yannick Noah, pour un concert "Ultimatum climatique", en partenariat avec onze associations qui ont lancé une pétition du même nom. Objectif : faire pression sur les dirigeants politiques qui se réuniront du 7 au 18 décembre à Copenhague pour la conférence des Nations unies sur le climat. Interview de Guizmo, l'un des chanteurs-compositeurs-militants du groupe.

Pourquoi ce combat écologique ?

- C'est une vieille histoire, cela fait partie de nos valeurs, de nos préoccupations depuis longtemps. Il y a toujours eu un fond d'écologie dans les chansons de Tryo. "L'hymne de nos campagnes" était le premier morceau du premier album. On a tous toujours été concernés par le combat écologique et adhérents à Greenpeace. Pour certains, dont moi, avant même la naissance du groupe. Aujourd'hui, il y a une telle urgence à lutter contre le réchauffement climatique que ce serait dommage de passer à côté de la chance d'avoir un micro et un public pour pouvoir communiquer là-dessus.

Qui est à l'initiative de ce concert "Ultimatum climatique" ?

Tryo (Sipa)
- L'idée vient de Greenpeace et de nous, et vice-versa. On a côtoyé Greenpeace pendant toute notre tournée, on savait qu'on avait envie de faire quelque chose ensemble, et on savait que Greenpeace n'avait jamais organisé de concert. Ça a pris du temps pour mûrir. Il y a 6 mois, onze associations, dont Greenpeace, ont lancé la pétition de l'Ultimatum climatique. C'est là qu'on s'est dit qu'on pourrait finir par une belle fête pour saluer le travail fourni depuis un an, voire plus, par toutes ces associations. C'est une manière de les aider à médiatiser Copenhague dans la dernière ligne droite et les soutenir dans la pression qu’elles cherchent à exercer sur les politiques pour qu’ils prennent les décisions les plus fermes possibles. C'est ce qu'on espère apporter aux associations en tant que musiciens. On a proposé d'apporter notre savoir-faire en termes de production de spectacle, puisqu'on est producteur de nos tournées. On leur a dit qu'on était prêt à filer un coup de main pour la programmation, pour contacter les artistes, etc. Et on essaiera nous aussi d'aller à Copenhague, si le temps nous le permet car on est en pleine tournée, et on ne va pas y aller en avion ! (> le site du concert)

Quelle forme a prise cette tournée aux côtés de Greenpeace ?

- Cela faisait déjà un moment qu'on travaillait avec Greenpeace, mais cette fois on a voulu faire un peu plus que d'habitude. On est reparti ensemble sur le dernier album "Ce que l'on sème" (sorti en septembre 2008, ndlr), en commençant par la conception même du disque. On a essayé de faire un objet le moins polluant possible, avec des matériaux recyclés et qui peut être recyclé. On savait aussi que Greenpeace préparait la conférence de Copenhague, et on s'est demandé ce qu'on pouvait faire ensemble pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et sensibiliser sur cette question.
On a donc entrepris de faire un bilan carbone, à l'automne, sur une tournée de petites et moyennes salles, avec l'aide d'associations. Cela comprend plusieurs choses, l'impact du public et le nôtre. On a interviewé 20.000 personnes sur les 70.000 qu'on a croisées sur cette période sur les déplacements, la moindre canette utilisée, l'eau et l'électricité consommées chaque soir... On est ensuite reparti dans les Zénith au printemps et on a essayé de mettre en application les résultats de ce bilan. On s'est rendu compte que le public était un des gros pollueurs de l'histoire, même si la pollution du groupe n'était pas non plus anodine. Si je me souviens bien, cela revenait à 120 tonnes dégagées pour le public et 14 tonnes pour Tryo. Ça nous a montré qu'on avait beau avoir nos chansons et nos valeurs, on n'était pas écolo à 100%. On a mis en place un covoiturage sur notre site internet, on a amené le tri sélectif dans les Zénith, on a apporté des gobelets lavables, on a essayé avec les caterings de travailler sur de la bouffe locale. Avec toutes ces petites choses, on a réussi à diminuer de 5 à 10 % les émissions de CO2 de la tournée qui a suivi. C'est loin d'être parfait, ce genre d'initiative ne se fait pas du jour au lendemain. Par exemple, le covoiturage est très long à mettre en place.
Notre idée, c'était de montrer que chacun peut faire des choses, à son échelle, dans son corps de métier. Pendant la tournée, on a aussi fait en sorte de parler de Copenhague, il y avait toujours un stand de Greenpeace avec nous.

Pourquoi préférez-vous Greenpeace à d'autres associations ?

- Parce que ce n'est pas un parti politique, qu'il n'y a pas de subventions de multinationales ou de sociétés privées. Quand on bosse avec eux, c'est d'ailleurs toujours un bordel pour leur reverser du fric parce qu'ils n'acceptent pas d'argent de la part de sociétés. Or, on fonctionne en société. Pour la production du concert de l'Ultimatum climatique, on a par exemple réinvesti l'argent qu'on avait récolté avec les gobelets pendant la tournée. Quand on a fait des T-Shirt ensemble en coton bio, il fallait que ce soit Greenpeace qui les vende, pas Tryo. C'est toujours comme ça et ça apporte une liberté de mouvement, d'expression, en dehors de tous les lobbyings et pressions que pourraient subir ce genre d'associations. Et cette liberté, on ne l'a pas forcément trouvée dans d'autres associations.

Est-ce que vous militez au sein même du milieu de la musique ?

On sait que depuis notre passage, certains Zénith pensent à poursuivre notre initiative sur les gobelets recyclables. Toutes les salles qui nous ont accueillis ont eu gratuitement leur bilan carbone, car il était inclus dans le nôtre. Il y a eu une réunion avec les manageurs de Tryo et une bonne partie des salles de "la fée du rock" cet été pour voir ce qu'ils pouvaient améliorer dans chaque salle. Il y a aussi certaines radios avec lesquelles on est partenaire qui ont lancé elles-mêmes des sites de covoiturages pour d'autres tournées. On ne veut pas devenir les mécènes ni les ayatollahs de l'écologie dans le milieu. Mais si ça peut faire des petits, tant mieux.

Vous partagez la scène avec Zazie, Bernard Lavilliers et Yannick Noah. Pourquoi avez-vous choisi des artistes moins engagés que vous sur ce sujet ?

Guizmo (AFP)
- D'abord, on n'est pas dans un concours pour savoir qui défend le mieux la cause. Ensuite, ce sont tous des chanteurs qui n'ont pas attendu la vague commerciale écologique des voitures non polluantes, ou je ne sais quoi, pour avoir cette sensibilité. Il n'y a pas que les chansons, il y a ce qu'on est, ce qu'on vit. Et puis, sur ses albums précédents, Zazie avait des chansons où elle abordait le problème de l'écologie. Elle prend ce concert très à cœur, elle n'est pas en tournée en ce moment, donc elle travaille spécialement pour cet événement. Bernard Lavilliers a déjà collaboré avec Greenpeace, il y a plusieurs années. Et Yannick Noah revient spécialement des Etats-Unis pour ça.
Bon d’accord, le public de Zazie ou de Yannick Noah est beaucoup moins dans l'engagement et ne vient pas forcément les voir pour leurs chansons écolo. Mais il ne faut pas croire que notre public est engagé à donf dans l’écologie. On lui a fait signer des pétitions de Greenpeace depuis des années, on a même mis un bulletin d'adhésion à Greenpeace dans notre dernier album. On a vendu 300.000 disques, il n'y a pas eu 300.000 nouveaux adhérents. Tryo c'est très large, il y a des gens qui viennent nous écouter pour des chansons qui ne sont pas "L'hymne de nos campagnes". Et puis combien vont au McDonald's avant d'aller au Zénith voir Tryo ? J’aimerais bien le savoir.
Notre premier objectif, en organisant ce concert, c'est d'amener les médias et le maximum de gens à cette soirée. Et des gens pas forcément catalogués comme pourraient l'être parfois Tryo ou son public. Le pari devrait être réussi, car ce sont des générations, des univers musicaux, et donc des publics différents. C'est aussi pour montrer que cela touche tout le monde. Et pas seulement des petits gauchistes énervés qui viennent faire un concert pour se donner bonne conscience.

C'est ainsi que vous vous percevez ?

- Non, mais c'est comme ça que parfois on peut nous percevoir. On attendait Tryo avec son album anti-Sarkozy, ça n'a pas été le cas, et tant mieux. Même si ce n'est pas notre copain. Monsieur Grenelle ne viendra pas au concert d'ailleurs, je pense !

Qu’est-ce qu’il aura de particulier ce concert ? Vous avez écrit spécialement pour cette soirée ?

- Non, car ce serait se répéter. Sur l'album live "Sous les étoiles" (qui sort le 27 novembre, ndlr), il y a une chanson qui s'appelle "Consommer" qui parle de l'univers du sac plastique. Je l'ai écrite en revenant du Niger, où, en plein désert, j’ai vu des arbres entiers couverts de plastique alors qu'il n'y a pas une ville autour. Ça m'a sacrément perturbé. Pour ce qui est du concert, il n’y aura pas uniquement les groupes qui joueront. Des comédiens, des sportifs, toutes sortes de gens vont venir parler au nom d'une association. Il y aura aussi des stands pour expliquer au public Copenhague, le réchauffement climatique, etc.

N’est-ce pas utopiste de penser qu’avec un concert on peut faire bouger des négociations politiques très ardues ?


- On ne se leurre pas, nous ne sommes que des chansonniers, on vient encourager les associations en chanson. L'important c'est qu'on aille gueuler un peu, ça fait du bien, et ça manque en ce moment d'une manière générale, que ce soit sur l'écologie ou sur la manière dont on traite les travailleurs, l'école, la santé… Moi je suis toujours content d'aller gueuler avec ceux qui gueulent.
On ne fait pas de politique, et on ne compte pas en faire. Et on a toujours eu peur de se faire accrocher par des partis politiques. On a été approché par le PS, les Verts et le PC, Ségolène Royal nous avait sollicités pour Charléty, par exemple, mais on a toujours refusé. Bon d’accord, cette année on a mis pour la première fois un petit pied dans la politique en s’exprimant en faveur d’Europe Ecologie. Mais c’était dans la dynamique de notre engagement pour Copenhague et il y avait des personnes non affiliées à des partis, comme Eva Joly, José Bové. Mais, encore une fois, on essaie de faire notre métier, on n'est pas des politiciens, on est des chansonniers. Après, à titre personnel, on a chacun notre bulletin de vote ! Si un jour je m’engageais en politique, ce serait peut-être à un niveau local, comme attaché culturel dans mon village, pourquoi pas. Mais c'est un métier, ça ne s'improvise pas, je ne m'appelle pas David Douillet, je ne peux pas faire croire aux gens que je peux les aider alors que j'en suis incapable. Mais la politique elle en chacun de nous, c'est participer à la vie de sa cité. Et puis je ne suis pas persuadé qu'on a les bonnes idées. Moi je sais faire des chansons, faire un discours, c'est différent. Et s’impliquer vraiment en politique, cela voudrait dire arrêter la musique. Je n’en ai pas du tout envie, et je pense que c'est vrai pour nous tous chez Tryo.

Je vous pose quand même une question politique : de quel œil regardez-vous les engagements des pays en faveur de l’écologie et notamment pour la conférence de Copenhague ?

- On aura beau se bouger le cul, faire couler un peu moins d'eau en se brossant les dents ou en se rasant, isoler nos maisons, aujourd'hui ce sont les politiques qui vont devoir faire en sorte que ça avance, et que ça aille vite. Sinon, on est parti pour détruire l'humanité et tout ce qui va autour. Il va falloir des moyens financiers pour que le combat contre le réchauffement climatique soit efficace. Quand il s'agit de mettre le troupeau en marche pour travailler plus pour gagner plus ils sont prêts, quand il faut filer des milliards aux banques ils sont motivés… Eh bien qu'ils donnent des milliards pour les avancées technologiques qui vont dans le bon sens ! Les importations alimentaires, la manière de traiter les animaux, les sols, il y a tellement de choses à faire… Et puis on aura beau être de plus en plus nombreux à avoir conscience qu’il faut agir, il faut que les politiques donnent les moyens d’une égalité pour tous en matière d'écologie. C'est facile pour moi, j’ai les moyens de manger bio et de mettre un panneau solaire chez moi, mais c’est loin d’être le cas pour tout le monde. Il va falloir des lois. On n'est pas des gens sages. Moi je fais partie du consommateur de base, même si j'essaie de faire ce que je peux, il va falloir qu'on m'oblige à plein de choses sinon je ne le ferai pas. Parce que ou je n'ai pas le réflexe, ou je n'ai pas le temps.
Pour Copenhague, je préfère être optimiste, sinon on arrête tout. Et puis c'est dans la nature de Tryo. Ne pas se décourager, y croire, ne serait-ce que pour nos enfants. Ca ne peut pas se permettre de capoter. Sinon on est vraiment mal. Même s’il y a encore des polémiques, tout le monde est en train de prendre conscience de l'urgence, contrairement à il y a quelques années. Obama arrive quand même avec un discours totalement différent de celui de Bush, même si ce n’est pas gagné. Les associations avec lesquelles on travaille sont elles aussi plutôt optimistes parce qu'elles partent à Copenhague avec des solutions. Quand on voit la manière et la vitesse à laquelle la Chine se développe, il faudrait qu'elle prenne les bonnes décisions à Copenhague. Et il faut que nos pays aident les autres à se développer d'une autre manière que ce que nous avons fait. Si on les emmène sur le même terrain que nous, on va dans le mur…

Engagement et art peuvent ne pas faire bon ménage. Cela vous pose-t-il problème parfois ?


- Je n'ai pas l'impression qu'on soit une secte ou un parti politique. On est des peureux avec des angoisses, des valeurs, des questions qu'on dégage dans nos textes. Il y a très peu de chansons à solution dans Tryo. Il y a des constats, on regarde les choses. Sur nous quatre, on est trois auteurs-compositeurs qui racontent leurs bouts de vie. La chanson "Abdallah", par exemple, est tirée de mon expérience au Niger, "Arundhati Roy", c'est Mali en Inde. Ca nous aide probablement à avancer dans nos propres vies, et c'est peut-être ça qui fait que Tryo a un public plus large, à gauche et à droite d'ailleurs.
Pour moi, de toute façon, l'engagement et la chanson, ce n'est pas incompatible du tout. Déjà, parce que je n'arrive pas à écrire une chanson si elle n'a rien à me dire. Tryo est dans la lignée des chanteurs à texte, pas des chansons à rien.

Avec votre engagement écologique, vous pensez que vous ouvrez la voie au thème de demain des chansonniers ?

- Des chanteurs comme Bono ou Sting ont ouvert la voie il y a déjà un bon moment. Mais dans la chanson française, effectivement, il n'y a pas eu grand-chose jusqu'ici. Ceci dit, la branche française de Greenpeace est aussi celle qui a le moins d'adhérents en Europe : il y a un vrai retard dans ce pays. C'est en train d'arriver progressivement sur la scène française, parce que la chanson véhicule aussi des peurs de son temps. J'espère quand même que cela ne va devenir une mode et que la chanson ne va devenir plus qu'une ode à l'écologie. Quand on voit Obispo qui débarque avec Captain Flower Samourai Coquelicot Belle des champs… Il y a en qui, il y a trois mois, n'avaient aucune conscience écologique et qui, soudain, s'en font les porte-voix. Mais bon, c'est mieux que rien.
Mais il ne faut pas résumer Tryo à l'écologie. On a des chansons qui parlent d'autres choses, de l'amour, du social, de la déconnade… C'est vrai qu'on a mis de côté d'autres combats qu'on avait depuis longtemps, notamment le Tibet avec l'association Survie, pour ne pas nous disperser, pour rester concentrés sur Copenhague cette année. Mais il va falloir qu'on se pose un peu après la conférence, qu'on parle un peu d'autres choses, même si, évidemment, on va continuer à suivre ça.

Interview de Guizmo (du groupe Tryo) par Sarah Halifa-Legrand
(le vendredi 20 novembre)

L’Assemblée nationale adopte la taxe carbone

L’Assemblée nationale adopte la taxe carbone

26/10/2009 14:15 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
La taxe carbone a été adoptée par les députés en première lecture dans le cadre de l’examen du budget 2010. Maintenue pour les agriculteurs, l’exonération prévue de la taxe sera finalement supprimée d’ici 4 ans pour le transport routier. Les députés ont aussi mis en place un taux de TVA réduit sur la vente de vélos.

Les députés ont adopté dans la nuit de vendredi 23 à samedi 24 octobre l’article 5 du projet de loi de finances pour 2010 instaurant la taxe carbone. Dans un premier temps, les députés ont parlé de la définition de la taxe elle-même.

Son montant a été maintenu à 17 euros pour 2010 et l’électricité n’a pas été incluse dans l’assiette de la taxe. Un amendement visant à taxer la part d’électricité produite par des centrales aux énergies fossiles n’a pas non plus été adopté. Une disposition contestée par le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, dans une interview au Figaro du 26 octobre. «Il n'y a (…) pas de raison que seuls les Français qui se chauffent au gaz soient taxés. L'électricité produite à partir de ressources émettrices de CO2 devrait logiquement être soumise à la taxe carbone», a-t-il indiqué.

La progressivité de la taxe carbone n’est pas inscrite dans le projet de loi, malgré plusieurs amendements en ce sens. Le rapporteur général du projet de loi Gilles Carrez (UMP, Val-de-Marne) ainsi que la ministre de l’économie Christine Lagarde ont indiqué que le montant de la taxe carbone pourrait ainsi être revu, pourquoi pas à la baisse, en fonction du contexte économique. Ce nouvel outil fiscal devait justement constituer un signal prix de long terme pour les entreprises, ménages et collectivités, a déploré le député Yves Cochet (Verts, Paris).

L’entrée en vigueur de la taxe carbone a été repoussée dans les départements d’outre-mer au 1er juin 2010. Une commission de suivi de la taxe carbone a aussi été instaurée.
Puis, les députés ont abordé la question des compensations et exonérations. Un amendement adopté en commission des Finances prévoyant la compensation de la taxe carbone aux collectivités locales a finalement été rejeté. En revanche, les personnes handicapées en seront exemptées, à la suite de l’adoption d’un amendement.

Le gouvernement est aussi revenu sur la compensation versée aux transporteurs routiers. Il prévoyait initialement de créer une taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) payée par les bénéficiaires du service de transport, devant générer 200 millions d’euros, ainsi qu’une exonération de taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) pour un coût de 450 millions d’euros. Au final, le gouvernement a proposé un amendement visant à supprimer de ce projet la TGAP ainsi que l’exonération, d’ici 4 ans, de la TIPP. La fédération d’associations environnementales France Nature Environnement s’est félicitée dans un communiqué «de ce pas en avant vers une moindre ‘exception routière’».

Un amendement, refusé, a réclamé que les personnes bénéficiaires du bouclier fiscal ou payant l’ISF ne perçoivent pas la compensation de la taxe carbone –de 46 euros par personne en milieu urbain, 61 euros en milieu rural. Les agriculteurs seront, eux, bien exemptés de la taxe carbone à 75%.

Enfin, les députés ont autorisé la mise en place d’un taux réduit de TVA (5,5%, contre 19,6% normalement) sur la vente de vélos, de vélos à assistance électrique et d’accessoires et composants cycles.

20.11.2009

Les Américains frileux sur l'effet de serre

Les Américains frileux sur l'effet de serre

LE 24/10/2009

Libération.fr

Le scepticisme climatique grignote les Américains. Seuls 57% des Américains pensent qu'il existe des indices solides montrant que la température moyenne de la Terre est en augmentation depuis ces dernières décennies. Ils étaient 71% en avril 2008 et 77% en 2007. C'est le résultat d'un sondage du Pew center, think tank indépendant basé à Washington. Ils ne sont plus que 35% (contre 44% en 2008) à juger que le réchauffement climatique est un «problème important». Et la même proportion (36%) assure que le changement climatique résulte des activités humaines

Pourquoi un tel retour en arrière dans l'opinion publique, alors que la présidence américaine a rompu avec l'héritage révisionniste des années Bush? Plusieurs pistes fourmillent déjà Ici ou là.

D'abord, l'administration Obama, après avoir suscité des espoirs, est de plus en plus engluée dans un agenda national. Le discours très mou du locataire de la maison blanche, lors du sommet de l'ONU en septembre, en témoigne. Le congrès fait de la résistance face au plan climat américain, qui veut notamment instaurer un système de marché de droit d'émission (cap and trade).

Mais à l'arrivée, tout cela déprime les négociateurs internationaux, qui jugent les Américains très à la traîne par rapport aux objectifs des scientifiques du Giec. D'où la colère du pourtant très diplomate prix Nobel de la paix 2007, Rajendra Pachauri une distinction qu'il a partagée avec l'ex vice-président américain Al Gore pour leur campagne de sensibilisation au changement climatique.

Dans le même temps, l'offensive des conservateurs bat son plein. Une foultitude de réseau et de cercles prochent de l'industrie multiplient les contre-feux. Le site Huffington Post s'amuse d'ailleurs à en épingler quelques-uns.

J usqu’à un film (Climate chains) taillant en brèche la mobilisation pour le changement climatique. Illustration assez emblématique du poids de lobbies des multinationales, qui, par le passé, n’ont pas hésité à financer des études négationnistes sur le bouleversement climatique. La féroce bataille qui se joue à la chambre de commerce américaine, plus grande organisation mondiale de la planète, témoigne ainsi des résistances en cours.

A tel point que trois firmes du secteur de l’énergie (Pacific Gas & Electricity, PNM Resources et Exelon), ainsi que Nike et Apple (dont l’un des administrateurs est... Al Gore) ont claqué la porte de l'institution, dénonçant ce révisionnisme.

Et à tel point que que les Yes Men, altermondialistes gonflés, ont monté une conférence de presse bidon dont ils ont le secret. Ils se sont faits passer pour des représentants de la Chambre de commerce et «annoncé» un changement radical de la position de la Chambre concernant le réchauffement climatique.

Au même moment, vendredi, une étude publiée par des scientifiques de l’Utah, assure que le changement climatique est la plus grande menace sur la santé publique du XXIe siècle. Et dix-huit organisations scientifiques, dont l’une des plus prestigieuses, l’American association for the advancement of science, se sont fendues d’une lettre aux sénateurs américains. Il y confirment que le changement climatique est basé sur des «recherches scientifique rigoureuses qui démontrent que les gaz à effet de serre ont une origine avant tout humaine.»

Pendant ce temps, les négociations patinent. Le n°1 des négociations de Copenhague assure qu’frileux sur le réchauffement c:imatiqueun traité post-Kyoto est loin d’être acquis. Et l’Europe, de son côté, qui se rêve en locomotive des négociations, vient piteusement de se diviser sur l’aide financière à apporter aux pays du sud.

La réduction des deux calottes glaciaires s'accélère nettement

La réduction des deux calottes glaciaires s'accélère nettement

LE MONDE | 16.11.09 | 14h11  •  Mis à jour le 16.11.09 | 14h11

Selon des travaux publiés vendredi 13 novembre dans la revue Science, la calotte glaciaire du Groenland perd environ 280 milliards de tonnes (Gt) de glace par an. Cette évaluation, obtenue par deux méthodes différentes - la première par mesures, effectuées entre 2006 et 2008 par les deux satellites américains GRACE (Gravity Recovery and Climate Experiment), la seconde par modélisation - vient confirmer une autre étude, tout juste publiée dans Geophysical Research Letters, selon laquelle la réduction des glaciers du Groenland et de l'Antarctique s'accélère dangereusement. Cette recherche, menée par Isabella Velicogna (université de Californie à Irvine, Jet Propulsion Laboratory), montre qu'entre 2002 et 2003, la calotte groenlandaise a, en moyenne, déversé chaque année dans la mer environ 137 Gt de glace. Entre 2007 et 2009, cette réduction est passée à 286 Gt par an.

Une accélération de même ordre est observée dans l'hémisphère sud. Entre 2002 et 2006, l'Antarctique a ainsi perdu, en moyenne, 104 Gt de glace par an ; entre 2006 et 2009, ce taux est passé à 246 Gt par an. Cette perte de masse accélérée ne provient pas uniquement de la fonte des glaciers, mais principalement de leur instabilité : ces derniers "glissent" sur le socle continental, avancent et s'effondrent dans la mer. Au total, les deux grands inlandsis perdent donc plus de 500 Gt par an, ce qui équivaut à une augmentation du niveau moyen des mers de plus de 1,5 mm par an.

Stéphane Foucart

19.11.2009

Copenhague recouvre aussi un enjeu de santé publique

Copenhague recouvre aussi un enjeu de santé publique

13/11/2009 11:27 JOURNAL DE LENVIRONNEMENT
Les impacts du réchauffement climatique sur la santé humaine sont trop souvent négligés, ont déploré des experts lors du colloque «Urgence santé-climat» organisé hier 12 novembre par l’Asef (1). En replaçant l’enjeu de santé publique au cœur des débats, ils espèrent contribuer à faire avancer les négociations sur Copenhague.

«La thématique de la santé ne se retrouve jamais dans les discours de préparation au sommet de Copenhague, souligne Sandrine Segovia-Kueny, présidente de l’Asef en Ile-de-France. Pourtant, 300.000 décès par an seraient d’ores et déjà imputables au réchauffement climatique, selon le dernier rapport de la Fondation humanitaire mondiale présidée par Kofi Annan.» Centrer le débat climatique sur l’homme permettrait de le faire avancer plus rapidement, estiment plusieurs intervenants au colloque. La suppression rapide depuis la fin des années 90 des gaz chlorofluorocarbures (CFC), pour limiter le «trou» de la couche d’ozone en aurait apporté une démonstration. La forte mobilisation politique serait en effet née de la prise de conscience des menaces pesant sur la santé publique [risques de cancers liés aux ultra-violets]. «La raison environnementale ne fonctionne pas seule. Elle doit être soutenue par une raison économique ou une raison de santé publique», confirme Jean-Louis Etienne, directeur de l’Institut océanographique de Monaco.

Les premiers impacts sur la santé du réchauffement découleront de l’augmentation des événements extrêmes comme les canicules, sècheresses, cyclones ou inondations. La canicule de l’été 2003 qui a causé 70.000 décès additionnels en Europe dont 15.000 en France pourrait marquer le début d’une longue série. De fait, selon les projections, le nombre de jours de canicule devrait augmenter dans les 50 ans à venir. «Selon le pire scénario du Giec (2), un été sur deux après 2070 sera similaire à celui de 2003», indique Serge Planton, directeur de recherche à Météo France. Les catastrophes naturelles ont également des impacts d’ordre psychologique. Une étude a ainsi révélé que la consommation de psychotropes avait augmenté de 20% dans la population locale suite aux inondations dans le Gard de 2002.

La multiplication des allergies dont l’asthme, liée à l’augmentation des pollens, est également une conséquence directe du réchauffement qui a allongé les périodes de floraison. Le nombre de personnes souffrant d’allergies -20% de la population- a déjà doublé depuis 20 ans. La hausse des températures associée à la pollution de l’air (ozone, particules fines) devrait également engendrer davantage de maladies respiratoires (asthme, rhino-sinusite, BPCO, infections respiratoires et cancers bronchiques), mais aussi cardiovasculaires. Les feux de forêts représentent un facteur de risque d’augmentation des particules dans l’air. «Des études ont montré, en période de canicule, un nombre plus élevé d’admissions à l’hôpital ainsi qu’un doublement du taux de mortalité par maladies respiratoires», avance Gérard Huchon de la Fédération française de pneumologie.

Concernant l’augmentation supposée des maladies infectieuses comme le paludisme, des incertitudes demeurent en raison d’un manque de connaissances. Cependant plusieurs faits semblent attester de la réalité de cette hypothèse. Le virus du Nil occidental est ainsi réapparu en Camargue en 2001 et 2003, tandis que le Chikungunya [qui a provoqué une épidémie sur l’île de la Réunion en 2005 et en Italie en 2007] est installé dans le Sud-est de la France. Jean-Louis Etienne souligne le lien entre santé et déclin de la biodiversité: «En détruisant les écosystèmes, on libère des virus. Les récentes apparitions de la fièvre Ebola en sont certainement une illustration». Les pathologies liées à la raréfaction et la pollution des ressources en eau et à l’alimentation pourraient également réapparaître. Pour Martin Guespereau, directeur de l’Afsset (3), les impacts du réchauffement sur la microbiologie pourraient avoir un rôle majeur.

Dernière touche à ce sombre tableau, le réchauffement climatique risque d’augmenter les inégalités sociales, en touchant en priorité les individus les plus vulnérables, que ce soient les populations des pays pauvres à l’échelle mondiale, ou bien les enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies chroniques ou les travailleurs du BTP, dans les pays riches.

Quelles solutions? «On peut agir dès maintenant en étudiant les maladies déjà présentes, souligne Martin Guespereau. La politique de santé publique peut être efficace devant ces phénomènes.» La France fait partie des 23 pays d’Europe qui ont prévu un plan national d’adaptation au changement climatique, mais peu de ces plans ont été mis en œuvre. La France le fera en 2011 (4). L’Union européenne a également publié un livre blanc sur ce thème en avril dernier. Au final, les experts prônent avant tout des actions de prévention, c'est-à-dire la baisse des émissions de GES grâce à un accord ambitieux à Copenhague, en suivant l’appel lancé par les professionnels de santé de plus de 120 pays, le 4 novembre à Barcelone, lors de l’ultime session de négociations onusiennes avant le sommet de décembre. Bettina Menne, représentante de l’OMS (5) Europe rappelle qu’«une baisse de 20% des émissions de GES d’ici 2020 pourrait permettre de faire gagner entre 4 et 7 mois de vie aux citoyens européens». Sans compter les gains économiques associés.

(1) L’Association santé environnement France regroupe plus de 2.500 médecins
(2) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(3) Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail
(4) Dans le JDLE «Réchauffement: un coût de ‘centaines de millions d’euros par an’»
(5) Organisation mondiale de la santé

CLIMAT : La bataille Franco Américaine commence

CLIMAT : La bataille Franco Américaine commence

09.11.17 NOUVEL OBSERVATEUR

De Copenhague,

 

Ca y est.

 

La grande bataille diplomatique sur le climat commence.

 

Et il flotte comme un air de déjà vu, une sorte de remake de l'Irak 2003, lorsque Jacques Chirac s'était ouvertement opposé à Bush et avait cherché à mobiliser les pays du Sud contre Washington.

 

Voici pourquoi.

 

Hier, Jean Louis Borloo a fait circuler, auprès de ses quarante homologues présents ici, son plan pour sauver le sommet de Copenhague de décembre.

 

Il s’agit d’un texte de 15 pages, qui est officiellement soutenu par le président Lula, qui l'appelle " la bible".

 

Son but: isoler les Etats-Unis.

 

Afin 1/ soit de les contraindre à accepter des engagements ambitieux en matière de réduction d'émission de CO2 et d'aide aux pays pauvres,

 

2/ soit d’éviter que l’Europe ne devienne le bouc-émissaire d’un échec de Copenhague (laisser ce statut international peu enviable à Washington et, dans une moindre mesure, à Pékin).

 

Le plan, très habile, est taillé de façon à séduire différents groupes de pays.

 

Ses grandes lignes :

 

- Pour les pays les moins avancés : une aide de 410 milliards de dollars étalée sur 20 ans et destinée à atténuer les effets du changement climatique dans les PMA et y instituer des sources d’énergie renouvelables.

 

Ses bénéficiaires : l’Afrique, les petits Etats insulaires directement menacés par la montée des eaux et neuf autres PMA (dont le Bangladesh, le Cambodge et l’Afghanistan).

 

Ce plan serait financé par une taxe globale de 0,01% sur les transactions financières qui rapporterait 20 milliards de dollars par an. Ou, à défaut, par une taxe universelle, calculée en fonction de la part des pays dans le PNB mondial et de leurs émissions de carbone.

 

- Pour les pays pauvres (moins de 1500 dollars par habitant et par ans), peu émetteurs d’énergie (moins de 2 tonnes par an, c'est-à-dire l’objectif mondial en 2050 pour l’ensemble de la planète)) mais en croissance (c'est-à-dire essentiellement l’Inde), une aide de 80 milliards de dollars en échange de l’établissement de plan climat nationaux mais sans fixation d’objectifs contraignant de réductions d’émissions.

 

Les 80 milliards, destinés à développer les sources d’énergie renouvelable, à améliorer l’efficacité énergétique et peut-être aussi l’accès à l’eau, proviendraient eux aussi de la taxe globale.

 

- Pour les grands émergents (la Chine surtout qui est le premier émetteur de carbone au monde), un engagement à « contribuer à atteindre le pic mondial d’émission en 2020 » et à fixer le pic national « aux alentours de 2030 » - des contraintes somme toute modestes.

 

- Pour les pays industriels, un engagement à réduire massivement les émissions de carbone.

 

Le plan propose que l’Europe annonce d’ores et déjà moins 30% d’émission en 2020 (par rapport à 1990) alors que le paquet Energie Climat adopté fin 2008 prévoit d'aller au delà de 20% seulement si les autres pays s'engagent dans cette voie.

 

Quant aux Etats-Unis, Jean Louis Borloo propose de les traiter comme « un pays à problèmes » et de les autoriser à ne réduire que « de 15 à 25% leurs émissions en 2020 » et de ne rejoindre les autres pays industrialisés dans leur effort global qu’en 2030.

 

Comme on peut s’en douter l’accueil du plan est très contrasté.

 

Les pays très pauvres, les grands bénéficiaires, sont enthousiastes.

 

La Chine, qui n'est pas trop contrainte par le plan mais qui vient de s'allier à Washington sur le sujet, hésite.

 

L’Amérique, dont les parlementaires ne veulent pas entendre parler de tels objectifs, ne dit rien mais travaille en coulisse à son échec.

 

Elle est aidée par son allié indéfectible danois (qui accueille le sommet de décembre.)

 

Qui va gagner ?

 

Bien malin qui peut le dire.

 

Un passionnant combat s'engage, dans lequel l'infatigable Borloo tient indéniablement le beau rôle.

 

Protocole de Kyoto, un bilan mitigé

Protocole de Kyoto, un bilan mitigé

16/11/2009 14:28 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
A 21 jours du lancement du sommet de Copenhague, le JDLE revient sur les enjeux d’un futur accord international pour lutter contre le changement climatique dans une série d’articles. Le premier est consacré au bilan du protocole de Kyoto, dont les règles de fonctionnement devraient très fortement influencer l’architecture de ce futur –et pour l’instant hypothétique– accord.

Faut-il jeter le protocole de Kyoto aux orties? Il aurait pu être un succès politique, les 38 Etats industrialisés réunis dans l’annexe B du protocole s’étant mis d’accord pour réduire leurs émissions de 6 gaz à effets de serre (1) d’au moins 5% en 2012 par rapport à 1990 (de 8% pour l‘UE à 15). Il amorce une sorte «d’âge de la sobriété», l’humanité se fixant pour la première fois un objectif de limitation de l’impact de son activité économique. «Son seul défaut est qu’il n’a pas été ratifié par les Etats-Unis», relève Brice Lalonde, ambassadeur chargé des négociations internationales sur le changement climatique pour la France.

Paradoxalement, ce pays est l’inspirateur des instruments de réduction des émissions de GES, parmi lesquels le marché des droits à polluer, dont le fonctionnement est calqué sur le marché américain de quotas de dioxyde de soufre (SO2) instauré dans les années 1990 dans le cadre de la loi sur l’air (Clean air act), ainsi que d’un système innovant de sanctions à l’échelle internationale (2). Le protocole met aussi deux autres mécanismes en œuvre: le mécanisme de développement propre (MDP), et la mise en œuvre conjointe (MOC). Tous deux permettent de réaliser une partie des réductions d’émissions hors du territoire national –dans les pays en développement pour le premier, dans les pays en transition économique d’Europe centrale et orientale pour le second.

Difficile pour l’instant de réaliser le bilan environnemental de ces mécanismes, même si le MDP est fortement critiqué (3). La mise en œuvre la plus aboutie d’un marché de quotas de CO2 a été réalisée dans l’Union européenne, où l’immense majorité de quotas de CO2 a été allouée gratuitement depuis 2005 aux industriels, jusqu‘à la fin de la première période d‘engagement du protocole (2012). Ce marché a d’ailleurs généré une importante bureaucratie –destinée à l’allocation et au contrôle des quotas, un paradoxe quand la réduction des charges administratives fait presque systématiquement partie des motifs de révision de la réglementation européenne. Sans parler des deux crises qu’il a connues en moins de 5 années d’existence (4).

Le protocole a aussi été diversement pris en considération par les Etats qui l’ont ratifié. Si le Japon a une distance à l’objectif de 11,4%, il prévoit au moins de la combler par l’achat de droits à polluer, respectant Kyoto en cela. Il en va de même pour l’Espagne (distance à l'objectif: 35,6%). «Le fait que le Canada ait dépassé ses quotas d’émissions et ne compte pas acheter les quotas de CO2 nécessaires pour respecter son objectif est un élément négatif», considère Dominique Auverlot, chef du département Recherche, technologie et développement durable au sein du Centre d’analyse stratégique. Résultat : le pays se situe à une distance de 27,7% de son objectif (5).

Quant à l’Union européenne, «le bilan est positif», note Brice Lalonde. L’UE à 15 devrait réduire ses émissions de 13% en 2012 par rapport aux niveaux de 1990, relève l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) dans un rapport du 13 novembre, dont 2,2% à l’extérieur de son territoire. Soit au-delà de son objectif de 8%. L’UE à 27, qui ne poursuit pas d’objectif commun au titre du protocole -un bilan commun devrait être réalisé en 2010- a réduit ses émissions de 7% en 2005 par rapport à 1990, selon un rapport de l’AEE de 2007. Mais cette chute d’émissions est principalement due à l’effondrement économique des pays de l’ancien bloc soviétique. L’Allemagne a elle aussi bénéficié de la baisse immédiate de moitié des émissions de la RDA après la chute du mur, qui lui a permis de réduire de -18,2% ses émissions en 2006 par rapport à 1990 (pour un objectif de -21%).

Cette baisse brutale des émissions n’est d’ailleurs pas sans poser problème: les objectifs très avantageux de réduction des émissions des pays de l’ex-URSS sont très au-delà de leurs émissions réelles (distance à l’objectif de -51,9% pour l’Ukraine, -34,2% pour la Russie, -29,9% pour la Pologne par exemple). Ce surplus appelé «air chaud» est de 1,1 milliard de crédits Kyoto par an entre 2008 et 2012 pour la Russie, 478 millions pour l’Ukraine et 439 millions pour les 10 «nouveaux» Etats membres de l’UE. Cet excès de permis, équivalent aux allocations annuelles de quotas de CO2 de l’UE, est de nature à faire imploser le marché des droits à polluer s’il était reportable pour la seconde période d’engagement du protocole de Kyoto (2013-2020).

Ambitieux politiquement, le protocole de Kyoto l’est donc peu climatiquement. Représentant 40% des émissions mondiales lors de sa signature –contre 30% environ actuellement–, il ne vise «que» la baisse de 5% des émissions mondiales. «En 1997, au moment de la signature du protocole, les Etats avaient déjà réduit leurs émissions de 4,8% par rapport à 1990, son année de référence. L’objectif de 5% est donc fictif, puisque la réduction était déjà atteinte», pointe Aurélien Bernier, auteur de «Le climat, otage de la finance» (6).

Cet objectif est aussi «malhonnête» selon l’auteur, puisque le protocole de Kyoto n’inclut pas les émissions liées au commerce international. «Il suffit de fermer des hauts fourneaux en Europe et de faire produire en Chine pour réduire les émissions européennes.» 30% des émissions de ce pays seraient d’ailleurs liées à la production de biens destinés à être exportés en Occident (7).

Pour autant, le protocole de Kyoto est «le seul traité que l’on ait, temporise Brice Lalonde. Le bilan est positif, insuffisant mais positif». «Il a permis d’arriver à des résultats qui peuvent aboutir à l’élaboration d’un ‘Kyoto +’ à Copenhague», ajoute Dominique Auverlot.

(1) Dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N2O), hydrofluorocarbures (HFC), perfluorocarbures (PFC) et hexafluorure de soufre (HF6)
(2) Qui fera l'objet d’un article dans le cadre de notre dossier «Copenhague»
(3) Dans le JDLE «Les mécanismes de développement propre se développent sans contrôle»
(4) Dans le JDLE «Le marché du carbone pâtit aussi de la crise»
(5) Dans le JDLE «Canada: la politique climatique du gouvernement épinglée»
(6) Aurélien Bernier, «Le climat otage de la finance. Ou comment le marché boursicote avec les ‘droits à polluer’», Mille et une nuits, août 2008
(7) Dans le JDLE «L’export pour l’Occident à l’origine du tiers des émissions chinoises»

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