07.11.2009
Climat : les négociateurs pressent les chefs d'Etat de prendre leurs responsabilités
Climat : les négociateurs pressent les chefs d'Etat de prendre leurs responsabilités
LEMONDE.FR avec AFP | 08.10.09 | 18h01
A deux mois du sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique, la perspective d'un accord s'éloigne. Alors que l'avant-dernière session de négociations s'achève vendredi 9 octobre à Bangkok (Danemark), les négociateurs, chargés par leur pays de préparer le futur accord, appellent à un geste politique fort. Ils ont demandé, jeudi, aux dirigeants des pays industrialisés à avancer des chiffres clairs sur leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre et sur le financement de l'aide aux pays du Sud.
"Le processus a besoin du soutien des leaders politiques au plus haut niveau pour aboutir à un résultat", a déclaré Yvo de Boer, plus haut responsable du climat aux Nations unies. "Le fait est que si nous ne voyons pas d'avancées sur les points politiques clés (...), il va devenir très difficile pour les négociateurs de poursuivre leur travail dans un climat constructif", a-t-il ajouté.
"IL Y A BEAUCOUP DE JEUX DANS CES NÉGOCIATIONS"
La réunion de Bangkok a permis des débats "constructifs", mais aussi suscité de vives tensions sur le format d'un éventuel accord mondial en décembre à Copenhague (7 au 18 décembre) qui doit donner une suite au protocole de Kyoto. L'Union européenne a pris des engagements clairs sur les émissions de gaz à effet de serre, prévoyant une baisse de 20 % par rapport à 1990 d'ici à 2020, avec possibilité de passer à 30 % en cas d'accord international. Sur la question du financement, elle a évalué à 100 milliards d'euros par an les besoins nécessaires en la matière d'ici à 2020. Mais la répartition de l'effort de financement au sein de l'UE est source de tensions récurrentes, en raison notamment des réticences de certains pays de l'Est. Quant aux Etats-Unis, ils n'ont avancé aucun chiffre de réduction de leurs émissions dans les négociations internationales, suscitant une impatience croissante alors que la bataille autour du projet de loi climat vient de débuter au Sénat.
Devant l'ampleur de la tâche qui reste à accomplir, la plupart des délégués anticipent un final à haute tension le 18 décembre à Copenhague, dernière journée théorique du rendez-vous danois. Pour Bruno Sekoli, qui préside le groupe des pays les moins avancés (49 pays dont 33 africains), l'exercice est périlleux et regrettable. "Il y a beaucoup de jeux dans ces négociations", explique-t-il. "L'un d'entre eux consiste à dire : 'Si vous avez quelque chose à annoncer, attendez le 18. Je pense que c'est très dangereux. Nous travaillons sur un accord majeur qui aura un impact sur plusieurs générations à venir".
Deux Français sur trois ne croient pas à un accord sur le climat
Les Français sont majoritairement pessimistes sur l'issue des négociations à Copenhague. C'est ce que révèle un sondage pour le mensuel Terra Eco publié jeudi 8 octobre. A la question : "Pensez-vous que les chefs d'Etat (...) parviendront à se mettre d'accord pour lutter efficacement contre le changement climatique ?", 77 % des sondés de gauche répondent non, 72 % des Verts et 67 % du Modem. En revanche, les sympathisants de droite sont un peu plus confiants (55 % de non et 35 % oui), selon l'enquête conduite par l'institut Opinion Way.
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04.11.2009
Les pays pauvres supporteront 80% des dégâts du changement climatique
Les pays pauvres supporteront 80% des dégâts du changement climatique
La Banque mondiale, à l'origine de ce chiffre, confirme plusieurs analyses allant déjà dans ce sens.
Les pays en développement vont supporter 80% des dégâts occasionnés par le changement climatique alors qu'ils ne sont à l'origine que de 30% des émissions de gaz à effet de serre, a indiqué dimanche la Banque mondiale.
«Les dégâts du changement climatique, dans une proportion d'environ 75 à 80%, seront supportés par les pays en developpement alors qu'ils ne contribuent qu'à hauteur d'un tiers des émissions de gaz à effet de serre», a précisé devant la presse à Istanbul l'économiste en chef de la Banque mondiale, Justin Lin.
Marianne Fay, économiste auprès de la Banque mondiale en charge du développement durable, a pour sa part estimé à 300 milliards de dollars par an à partir de 2030 le coût d'adaptation nécessaire au changement climatique.
Pour un réchauffement de la planète de 2° Celsius en 2050, «les coûts de l'adaptation entre 2010 et 2050 seront de 75 à 100 milliards de dollars par an» pour les seuls pays en voie de développement, avait déjà indiqué la Banque mondiale fin septembre.
Une course contre la montre est engagée avant le sommet sur le climat prévu en décembre en Copenhague, censé aboutir à un accord sur les moyens de limiter le réchauffement climatique. Un premier accord avait été conclu à Kyoto (Japon) en décembre 1997, mais il n'a jamais été ratifié par les Etats-Unis.
(Source AFP)
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03.11.2009
Climat : les citoyens du monde prêts à s'impliquer
Climat : les citoyens du monde prêts à s'impliquer
Marielle Court LE FIGARO
02/10/2009 | Mise à jour : 22:00
Plus de 4 000 représentants de 38 pays ont été consultés.
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Ils se sont réunis en France, aux États-Unis, en Chine, au Malawi, au Mozambique, en Indonésie ou en Russie … Plus de 4 000 citoyens de 38 pays du monde consultés sur la question climatique à l'initiative du Danemark quelques semaines avant la réunion de Copenhague. Et, à 90 %, ils ont conclu à la nécessité d'un accord mondial au mois de décembre au Danemark. Aucun n'était spécialiste, mais tous ont été destinataires d'un document complet sur le sujet avant d'être réunis et de plancher sur quatre questions liées aux enjeux, aux objectifs de long terme, aux objectifs de limitation de gaz à effet de serre et aux modes de financement avant d'éditer leurs propres recommandations. En France, c'est la Cité des sciences qui s'est chargée d'organiser la consultation avec des intervenants identifiés par la Sofres.
Sans grande surprise, les habitants des pays en voie de développement se disent particulièrement inquiets (80 %) des conséquences du changement climatique contre 46 % dans les pays les plus riches. Plus étonnante en revanche est la volonté des pays du Sud de ne pas se dédouaner de l'effort à fournir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique. Ils sont 76 % à penser que leur pays doit s'associer aux efforts malgré la responsabilité historique reconnue des pays développés. Autre curiosité, 56 % des Américains approuvent l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre «de 25 à 40 %» en 2020 par rapport à 1990 dans les pays industrialisés. Un tiers (31 %) seraient même prêts à viser plus de 40 % de réduction, alors que l'Administration Obama, sous la pression du Congrès, s'en tient à un objectif de moins 5 % en 2020.
Limites de l'exercice
Les Français se montrent un peu moins exigeants que leurs homologues des pays développés. «Tout le monde est d'accord pour sauver la planète, mais on est un peu moins nombreux quand il s'agit de payer son essence plus cher», résume Stéphane Hallegatte, économiste au centre de recherche sur l'environnement et le développement. Ainsi, à la question «Pensez vous que le prix des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) devrait être augmenté ?», 36 % des intervenants français répondent non. Pas étonnant dans ces conditions qu'ils placent en priorité dans leurs recommandations la nécessité de développer l'information et la communication en matière d'environnement. Ce qui souligne aussi les limites de l'exercice, «à la frontière de l'engagement citoyen et de la science» comme l'a rappelé le climatologue Hervé Le Treut. Si le premier est indispensable, il ne peut pas se faire sans une parfaite compréhension de la seconde.
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Pariez sur la technologie et changez vos habitudes, dit le Giec
Pariez sur la technologie et changez vos habitudes, dit le Giec
LE 03/10/2009
Les investisseurs doivent assumer le fait que les technologies d'avenir seront faibles en carbone et les individus doivent modifier leurs habitudes de consommation pour préserver le climat, a estimé vendredi le président du Giec.
Les biocarburants constituent un investissement intéressant et la population doit consommer moins de viande, a expliqué à titre d'exemple Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts intergouvernementaux pour le climat (Giec), dans un entretien à Reuters.
"Les investisseurs doivent développer les technologies propres. Le monde se dirige vers un avenir faible en carbone. C'est inévitable", a déclaré Pachauri, auteur d'un document référence pour la lutte contre le changement climatique.
Le rapport 2007 du Giec avait accéléré la réaction internationale face au changement climatique en tablant sur la projection alarmante d'une hausse de 6,4 degrés Celsius des températures d'ici la fin du siècle si rien n'était fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Les nouvelles technologies, dont certaines sont encore à l'étude, pourraient être très importantes dans cette lutte, a souligné Pachauri en marge d'un sommet sur le climat à Los Angeles.
"Les technologies électriques vont être extrêmement importantes, mais je n'exclurait pas l'importance des biocarburants. Bien sûr, ce ne sera pas les biocarburants qui consistent à transformer des céréales en éthanol. Ce sera une nouvelle génération de biocarburants qui ont relativement peu d'impact environnemental et social", a-t-il détaillé.
Il a notamment cité la production d'hydrogène à partir de l'eau, peu gourmande en sources d'énergie conventionnelles selon lui, où des algues à fort potentiel.
Au niveau des individus, Pachauri délivre aussi des conseils et recommande notamment de réduire la consommation de viande, dont la production demande beaucoup d'énergie, de privilégier la marche à pied à l'automobile lorsque c'est possible ou de baisser les chauffages et de s'habiller plus chaudement.
L'achat d'ampoules à faible consommation et l'installation de panneaux solaires sur le toit des habitations joueront eux aussi un rôle non négligeable, a-t-il estimé.
"Je penserais à des technologies simples; Lorsque vous entrez dans un bureau, pourquoi ne pas avoir des capteurs de présence pour faire en sorte que les lumières s'allument et s'éteignent automatiquement?"
Peter Henderson, version française Grégory Blachier
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La France propose un plan pour sauver Copenhague
La France propose un plan pour sauver Copenhague
LE 01/11/2009, 19H32
La France propose un programme massif d'aide aux pays les moins développés et un front commun entre ces pays et l'Union européenne pour tenter de sauver la conférence de Copenhague sur le climat.
Elle ne veut cependant pas paraître prendre cette initiative seule, ce qui risquerait fort de la torpiller.
D'où l'annonce vendredi à Bruxelles par le président Nicolas Sarkozy d'une prochaine initiative commune avec l'Allemagne et le Brésil pour tenter de faire émerger un axe associant aussi l'Afrique et le Mexique à l'UE.
Les tractations sur les suites à donner au protocole de Kyoto sur la lutte contre le réchauffement climatique buttent toujours sur la fixation d'objectifs de réduction des émissions de CO2 et le financement de l'aide aux pays les plus pauvres.
A cinq semaines de l'ouverture, le 7 décembre, de la conférence de Copenhague, les négociateurs de 175 Etats se retrouvent lundi à Barcelone pour tenter de sortir de l'impasse.
Le plan "justice-climat" proposé par la France ne vise rien de moins qu'aider l'Afrique à devenir "le premier producteur d'énergie renouvelable au monde", explique le ministre français de l'Ecologie dans le Journal du Dimanche.
De cette façon, soulignait déjà la semaine passée Jean-Louis Borloo devant quelques journalistes, l'Afrique ne serait plus une partie du problème, mais une partie de la solution.
Un épais document à couverture blanche, fruit de mois de consultations, recense pays par pays, financement compris, les chantiers à lancer en Afrique en matière d'énergie solaire, éolienne et hydroélectrique, de biomasse et de reforestation.
Jean-Louis Borloo évalue le coût du programme entre 20 et 25 milliards de dollars par an, dont cinq pour la reforestation.
Il propose de le financer par un fonds public abondé soit par une "allocation universelle" versée par les pays riches et émergents (il en coûterait à la France 580 millions d'euros par an), soit par une taxe de 0,01% sur les mouvements financiers, ce qui représente environ 20 milliards de dollars par an.
Nicolas Sarkozy a précisé vendredi que la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Autriche avaient demandé à la Commission européenne de se saisir de cette question.
Pour défendre ce plan et parler d'une seule voix, à Copenhague, les pays africains ont décidé de leur côté de faire du Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, leur porte-parole.
TRAITER LES AMÉRICAINS COMME LES POLONAIS ?
La France s'efforce de convaincre les pays les plus pauvres d'Asie, dont le Laos, le Cambodge et le Bangladesh, de s'engager dans la même voie. Elle tente, de la même façon, de fédérer les petites îles du Pacifique, de l'Océan Indien et de l'Atlantique.
L'idée est de dissocier, dans le groupe des pays en voie de développement, les pays les plus vulnérables au réchauffement climatique, Afrique en tête, des grands pays émergents.
Une façon de sortir de l'ornière la question épineuse du financement de l'aide des pays en développement à l'accession aux technologies propres, les pays riches rechignant à financer de cette façon l'industrie des concurrents directs que sont devenus des pays émergents comme la Chine et l'Inde.
"Quand on parle de négociations climatiques, on ne peut pas offrir les mêmes aides à la Chine et l'Inde qu'au Bangladesh", souligne Jean-Louis Borloo dans le JDD.
Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi à Bruxelles que la France, l'Allemagne et le Brésil allaient tenter de mettre sur la table de Copenhague un "papier" qui puisse faire consensus.
"Je crois très important que l'Europe mobilise l'ensemble des pays pauvres, et notamment l'Afrique, sur la même position que nous arrivions avec un axe (...) face à trois univers qui sont la Chine, les Etats-Unis et l'Inde", a expliqué le président français à l'issue du Conseil européen.
Selon Jean-Louis Borloo, le document en préparation comporterait six points, dont le plan "justice-climat" et son volet reforestation, des objectifs de réduction des émissions de CO2 pour les pays industrialisés et les pays émergents, et la création d'une Organisation mondiale de l'environnement chargée de veiller à la mise en oeuvre des précédents points.
Ce document tiendrait compte des difficultés du président Barack Obama pour faire adopter aux Etats-Unis un plan massif de réduction des émissions de CO2 alors qu'ils n'ont pas ratifié Kyoto et ont pris un retard considérable dans ce domaine.
"Il faut traiter les Américains à Copenhague comme on a traité les Polonais en Europe. Il faut leur demander de faire des plans nationaux pour nous rejoindre en 2050 et être pas trop loin de nous en 2020", explique un familier du dossier.
Les réticences chinoises et indiennes seraient aussi prises en compte. Il serait demandé à la Chine et l'Inde de faire en sorte que le développement de leur économie soit moins "carbonée", afin d'atteindre un pic d'émissions en 2020 ou 2025.
Edité par Jean-Loup Fiévet00:10 Publié dans CLIMAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : locmaria plouzane
31.10.2009
Climat : résultat de la conférence de citoyens
Climat : résultat de la conférence de citoyens
29 sep 2009 LIBERATION
Ce midi, à la Cité des sciences (La Villette), les résultats de la Conférence mondiale de Citoyens sur le climat étaient rendus publics. Tenu samedi dernier, dans 38 pays par 46 pannels de 100 citoyens, cet exercice de démocratie participative donne un éclairage sur l'opinion publique mondiale alors que la préparation de la Conférence de Copenhague, la COP-15, entre dans la dernière ligne droite.
Les principaux résultats de cette consultation montrent des citoyens «conscients, inquiets et sérieux», selon Gilles Laurent-Rayssac, de l'Association internationale pour la participation publique. Dans tous les pays une très large majorité se dégage pour réclamer des gouvernements qu'ils se mettent d'accord sur des politiques publiques visant à maîtriser les émissions de gaz à effet de serre, viser un objectif de 2°C d'augmentation de la température moyenne de la Terre à ne pas dépasser, et développer une solidarité des plus riches envers les plus pauvres pour faire face à ce défi. L'ensemble des résultats est consultable sur le site world wide views on global warming.
Il existe plusieurs lectures possibles de cette large majorité. La plus optimiste est celle du climatologue Hervé Le Treut (LMD, CNRS) qui y voit le résultat de la solidité de l'argumentaire des scientifiques. Les représentants des ONG (RAC, Greenpeace, FNE) engagées sur ce dossier - les "militants du climat" - comme l'ex-ministre de Chirac Corinne Lepage (Modem) en tirent la conclusion que les opinions publiques sont «en avance sur les responsables politiques».
Une lecture plus prudente interroge les conditions de l'exercice. Si le pannel français a bien été réuni en suivant un protocole strict sensé garantir tout entrisme de "militants", il ne semble pas que tous les pays aient été aussi respectueux des règles édictées par le Danish Board of Technology, à l'initiative de l'opération. Ensuite, la brochure distribuée était bien évidemment un résumé succin des conclusions du GIEC.
Enfin, et surtout, le questionnaire mettait les citoyens en mesure de prendre des décisions de ministres ou de chef d'Etat - chiffrer la réduction des émissions, mettre en place un Fonds international, sanctionner les pays ne respectant pas leurs engagements. Mais pas en face de décisions individuelles - j'accepte de payer plus d'impot ou de ne plus jamais partir en vacances aux Antilles en avion.
Stéphane Hallegatte (économiste, CIRED) insistait d'ailleurs sur la nécessité de coupler dans les argumentaires et les questions les moyens et les objectifs ("êtes vous prêts à user de tels moyens fiscaux ou de prix pour atteindre tels objectifs climatiques via une réduction de vos émissions de gaz à effet de serre"). Sinon, il est difficile d'éviter le "on est tous d'accord pour sauver la planète"... (surtout, note de ma part, que la planète n'a pas besoin de nous pour se sauver, elle sera toujours là dans 100 millions d'années, c'est nous qui avons un problème pour le siècle en cours et le suivant).
Dans une note publiée samedi, j'ai expliqué cette démarche originale, organisée à l'initiative du Danish Board of Technology. Elle consiste à donner à des citoyens constituant un pannel représentatif d'une population une information - une brochure de 40 pages qui leur a été distribuée en aout dernier - puis à les réunir une journée entière. Ils sont alors répartis par table de 8 personnes et répondent individuellement à des questionnaires précis ou formulent une recommandation générale, après une discussion.
Le sociologue Daniel Boy (CEVIPOF) a réalisé une étude de ces résultats dont il n'a pu présenter qu'un bref résumé.
Les résultats sont consultables en intégralité sur le site world wide views on global warming. On peut s'amuser à faire ses propres statistiques, comparer les résultats de pays vis à vis d'autres pays ou par groupes (industriels, émergents, très pauvres). On note ainsi que les citoyens des pays les plus pauvres sont souvent d'avis que même leur pays doit faire des efforts, mais réclament plus de solidarité de la part des pays les plus riches.
03:13 Publié dans CLIMAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
29.10.2009
Réchauffement: un coût de «centaines de millions d’euros par an»
Réchauffement: un coût de «centaines de millions d’euros par an»
24/09/2009 14:01 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
Le premier rapport évaluant le coût des impacts du changement climatique à l’échelle nationale et proposant des mesures d’adaptation associées vient d’être publié. Réalisé par un groupe interministériel mis en place en mars 2007 par le ministère de l’environnement, il contribuera à la préparation du Plan national d’adaptation au changement climatique prévu en 2011.
La France «peut s’attendre à un impact global négatif du changement climatique, les coûts pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros par an pour plusieurs secteurs en cas d’adaptation insuffisante», selon le premier rapport tâchant de quantifier cet impact à l’échelle nationale, et mis en ligne mardi 22 septembre.
Ce rapport prospectif est le fruit du travail de trois ministères –environnement, agriculture et économie– et de nombreux experts associatifs, scientifiques ou d’entreprises, démarré en mars 2007. Il a été piloté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc).
«Aucune évaluation globale des impacts n’avait été faite en France. L’objectif du rapport est de représenter les volumes financiers en jeu, explique Bertrand Reysset, chargé de mission Changement climatique et adaptation à la DGEC. Il permet de poser la question de l’évaluation qu’il faudra envisager au niveau territorial dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique prévu en 2011».
Le rapport se concentre sur un certain nombre de secteurs (eau, agriculture, énergie…) et n’est pas exhaustif. «Les incendies de forêt, par exemple, ont un effet potentiel important lié au réchauffement, mais qui n’est pas chiffrable de manière précise, selon la zone qu’ils vont toucher.» Surtout, le groupe de travail interministériel «ne se substitue pas à un travail de recherche scientifique qui nécessiterait plusieurs années», précise Bertrand Reysset. «C’est un rapport d’évaluation et non pas un document de planification stratégique. Il permettra de commencer à prendre des mesures d’adaptation dans des secteurs dont on sait qu’ils seront très touchés, tels que l’eau».
Eau
D’ici 2050, et à demande similaire, la France devrait connaître un déficit en eau de 2 milliards de mètres cubes par an pour la satisfaction des besoins actuels de l’industrie, de l’agriculture et de l’alimentation en eau potable. Cette quantité représente 14% du prélèvement actuel de ces secteurs mais moins de 2% du total des écoulements annuels moyens sur le territoire national.
Le rapport prévoit une multiplication des conflits d’usage, une dégradation de la qualité des eaux et la perturbation des écosystèmes aquatiques affectant tous les secteurs. L’adaptation passe donc par une «meilleure gestion de la consommation d’eau» et par une adaptation de l’offre qui devra être «impérativement» planifiée.
Difficiles à chiffrer sans enquêtes locales, les mesures d’adaptation dans le secteur représenteront «des dépenses très importantes».
Agriculture
La hausse attendue des rendements des grandes cultures sera fortement contrebalancée par les effets des événements extrêmes, les variabilités interannuelles, les risques sanitaires et la baisse de la disponibilité en eau, prévient le rapport.
En l’absence d’adaptation, une canicule équivalente à celle de 2003 pourrait générer des pertes équivalentes à plus de 300 millions d’euros par an en 2100 pour une culture comme le blé.
L’impact sur la viticulture est plus particulièrement envisagé. Hausse de rendement en Bourgogne, baisse en Languedoc… Dans les deux cas, des effets négatifs sont à prévoir sur «la qualité et la typicité des vins».
Les pertes de rendements des prairies (baisse de la qualité et de la quantité de fourrage) autour de la Méditerranée pourraient représenter jusqu’à 200 millions € par an pendant la seconde moitié du XXIe siècle.
Secteur forestier
Jusqu’en 2050, la hausse des températures et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère pourrait générer une production brute annuelle supplémentaire de bois de près de 30 millions de mètres cubes. De la même manière que pour le secteur agricole, ces gains risquent affectés pendant cette période par des aléas liés au réchauffement tels que le dépérissement, les incendies, la sécheresse, avant que la production devienne déficitaire après 2050.
L’impact des feux de forêt en lien avec le changement climatique fait l’objet d’une étude en cours de la mission interministérielle. L’aggravation de cet «aléa» dans les territoires déjà exposés et sa propagation territoriale vers le nord et en altitude sont à prévoir.
Risques naturels et assurances
Les dommages aux logements causés par le retrait-gonflement des sols argileux –le fait que les sous-sols argileux changent de volume selon la température et l’humidité– pourraient dépasser le milliard € annuel en 2100 du fait d’une plus grande fréquence des canicules, soit 5 fois plus qu’aujourd’hui. Ils pourraient atteindre de 4 à 5 milliards € «si l’on prolonge les tendances actuelles de l’urbanisation dans les zones à risque», prévient le rapport.
En l’absence d’adaptation, il chiffre à plusieurs dizaines de milliards € d’ici 2100, et pour la seule région Languedoc-Roussillon, la destruction de logements causée par le recul de la côte (érosion ou submersion marine).
Le manque de données locales n’a pas permis à la mission interministérielle d’apprécier le risque d’inondation par débordement de cours d’eau dans certains bassins, ni les aléas gravitaires (avalanches, glissements de terrain…).
Energie
Le changement climatique devrait générer une «tendance d’économie d’énergie» de 3%, évaluée de 1,8 à 5,9 millions de tonnes équivalent pétrole par an.
Surtout hivernaux actuellement, les pics de consommation électrique devraient aussi devenir estivaux, du fait notamment d’un usage accru de la climatisation. Leur gestion est à anticiper, ce d’autant plus que le rapport prévoit «une baisse de productible de l’ordre de 15% des centrales hydroélectriques», lié au déficit en eau prévu.
Santé
Seul avantage attendu du changement climatique par le rapport: la baisse de la mortalité due au froid durant les hivers. Mais «la plupart des changements auraient des conséquences néfastes» en la matière. Si rien n’est fait, l’ardoise des impacts sanitaires promet d’être salée. Le rapport se réfère à deux événements qui devraient se renouveler: canicule de 2003 et inondations du Gard en 2002.
La «valeur perdue» pour la société liée aux décès prématurés pendant la canicule est estimée à plus de 500 millions €.
Quant aux inondations du Gard, la seule prise en charge des personnes souffrant de problèmes psychologiques liés au stress post-traumatique est estimée à environ 234.000 € pour 953 personnes la première année, «une estimation basse».
Tourisme
«Un impact significatif [négatif] sur le chiffre d’affaires estival est à attendre» à l’horizon 2100, moins marqué dans la moitié nord de la France, surtout sur la côte nord-ouest, ainsi que dans les Alpes. L’amélioration des conditions est prévue aux intersaisons, indique le rapport.
L’enneigement fiable dont bénéficient actuellement 143 domaines skiables ne le sera plus que pour 123 d’entre eux en cas de réchauffement moyen de 1°C, pour 96 si la température augmente de 2°C, pour 55 avec une hausse de 4°C.
Infrastructures de transport et cadre bâti
Le rapport n’a pas pu apprécier les effets directs sur les infrastructures routières dus à une intensité thermique supérieure à celle de la canicule de 2003 ou à la répétition de telles périodes, ni indirects (aléa géologique, sécheresse, variation du niveau des nappes phréatiques).
Le seul risque de submersion marine permanente du réseau métropolitain est chiffré à 2 milliards €, en terme de perte de patrimoine. Ce montant ne prend pas en compte l’impact sur les autoroutes concédées et autres voiries, ni le fait que la submersion d’une seule partie d’une route risque de la rendre impraticable dans sa totalité.
Biodiversité
Souffrant déjà du réchauffement, la biodiversité risque de pâtir aussi des mesures d’adaptation au changement climatique. Il est essentiel d’analyser leurs effets croisés, afin de prévenir les conséquences négatives pour la biodiversité de mesures telles que la reconstruction des infrastructures littorales sur les espaces naturels en arrière des côtes, alerte le rapport.
Diminution ou disparition de services de production (forêts de hêtres du sud et de l’ouest) et de régulation (de l’érosion, stockage du carbone…): les pertes économiques liées seront accrues à la fin du siècle.
Solution d’adaptation proposée: la préservation d’écosystèmes naturels choisis.
03:40 Publié dans CLIMAT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
27.10.2009
Sur le climat, «on discute maintenant de ce qui fâche»
Sur le climat, «on discute maintenant de ce qui fâche»
Interview
23/09/2009 à 18h06 Recueilli par SYLVAIN MOUILLARD
LIBERATION
Les négociations pour lutter contre le changement climatique sont-elles dans l'impasse? Entre la mollesse des Etats-Unis et les annonces du président chinois, Libération.fr a interrogé Emmanuel Guérin, coordinateur du programme climat à l'Iddri.
Emmanuel Guérin, coordinateur du programme climat à l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), revient sur la portée du mini-sommet organisé mardi à l'ONU sur le climat. A moins de trois mois du sommet de Copenhague, qui doit déboucher sur un accord post-Kyoto, il estime que les négociations sont «difficiles» mais que des marges de manoeuvre existent.
Quelles étaient les attentes liées au mini-sommet sur le climat organisé hier mardi à l'ONU?
Ce mini-sommet s'inscrivait dans une séquence de négociations. Le Forum des Economies Majeures à Washington a permis de progresser sur la question de la réduction des émissions, notamment sur la vérification des actions des pays en développement. Le prochain G20 de Pittsburgh devrait permettre de progresser sur la question du financement du climat, même s'il n'est toujours pas sûr que ce point figure dans l'agenda, qui sera dominé par les questions de régulation financière. Hier, on attendait que les chefs d'Etat, par leurs déclarations, réinjectent un peu de pression politique dans un processus de négociation assez lent et peu dynamique...
Quelle était la teneur des discours tenus?
Barack Obama s'est montré très prudent. Malgré son engagement personnel sur le changement climatique, il est très contraint par ce qui se passe au Sénat américain. Le projet de loi Waxman-Markey fait l'objet d'un débat très difficile. Son capital politique risque également de sortir diminué de la bataille sur la réforme du système de santé. Par conséquent, il lui est très difficile de construire une dynamique internationale. Le président chinois Hu Jintao s'est montré plus entreprenant. Il n'a pas fait d'annonces chiffrées. Mais il a donné un parfum de ce que pourrait être le 12e plan quinquennal chinois, sans toutefois donner de chiffres pour les objectifs d'efficacité énergétique, de déploiement des énergies renouvelables et de reforestation. Hu Jintao a renforcé l'idée qu'un effort collectif était nécessaire, mais avec des niveaux et des natures d'engagement différents entre pays développés et PED.
Les efforts des pays développés sont-ils à la hauteur des enjeux?
Pas pour l'instant. Les pays développés se sont engagés à réduire de 80% leurs émissions en 2050 par rapport à 1990. Mais tous ne prévoient pas de faire les efforts nécessaires à court terme pour atteindre cet objectif. Dans le cadre du paquet Energie-climat, l'Union européenne s'est engagée unilatéralement à réduire ses émissions de 20% d'ici 2020 par rapport à 1990, et de 30% si un accord «satisfaisant» est trouvé. Mais pour l'instant, le projet de système d'échange et de quotas d'émissions américain ne prévoit que de 17% de réductions d'émissions en 2020 par rapport à 2005, soit 7% par rapport à 1990. Ce n'est pas assez.
Comment dépasser cet obstacle?
L'un des moyens serait de négocier sur deux périodes d'engagements d'un coup. On pourrait discuter d'un objectif à l'horizon 2020, et d'un autre pour 2030. 2030, c'est le bon horizon temporel pour transformer significativement l'économie, et réduire massivement les émissions. A cette date, les efforts des Etats-Unis pourraient être comparables à ceux de l'Europe par rapport à 1990.
Y a-t-il également des marges de manoeuvre avec les pays émergents?
Absolument. Les pays occidentaux, pour convaincre leurs opinions publiques, doivent montrer que les pays émergents prennent des objectifs chiffrés. Les pays émergents, eux, refusent tout objectif de baisse absolue des émissions à court terme, c'est-à-dire avant 2020. Pour satisfaire ces deux exigences, les pays émergents pourraient afficher une trajectoire de réductions des émissions, avec une baisse absolue en 2050, et chiffrer leurs actions de court terme (efficacité énergétique, déploiement des énergies renouvelables par exemple). L'autre levier, c'est le soutien financier technologique aux PED pour faciliter leur transition vers une économie décarbonée.
Pourquoi ces négociations sont-elles si difficiles?
Depuis le sommet de L'Aquila en juillet dernier, on s'est fixé un objectif de limitation de la hausse des températures de 2°C d'ici 2050. Cela a créé une arithmétique implacable du climat et rend la négociation beaucoup plus concrète. En fait, on discute désormais de ce qui fâche et du partage du budget carbone disponible pour rester dans les clous. Il y a donc une négociation sur l'équité de ce partage.
Nicolas Sarkozy a encore évoqué la possibilité d'une taxe carbone européenne. Comment cela est-il perçu par les autres pays?
C'est très mal vu par les pays en développement, qui l'apparentent à du protectionnisme. Les problèmes de compétitivité liés aux politiques climatiques sont minimes. Cela ne concerne qu'un petit nombre de produits, comme le ciment, l'acier ou l'aluminium. Plutôt que de brandir la menace d'une taxe généralisée, qui a tendance à braquer les négociations, il vaudrait mieux entamer des discussions bilatérales par branches sur les produits qui posent problème.
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Climat : le cri d'alarme des Etats insulaires
Climat : le cri d'alarme des Etats insulaires
LE MONDE | 22.09.09 | 16h08 • Mis à jour le 22.09.09 | 20h53
New York Envoyé spécial
"L'incapacité d'agir équivaudrait à un génocide silencieux" : par ces mots terribles, le premier ministre de la Grenade, Thomas Tillman, a signifié à New York, lundi 21 septembre, l'angoisse des petits Etats insulaires face au changement climatique.
Plus tôt, en ouverture du Sommet de l'Aosis (Alliance des petits Etats insulaires), le président des Maldives, Mohamed Nasheed, n'avait pas été moins violent, estimant que les conséquences du réchauffement climatique équivalaient à "un meurtre de masse". Les membres de l'Aosis sont persuadés que plusieurs de leurs Etats sont physiquement menacés de disparition, notamment du fait de la montée des eaux.
"Nos pays souffrent déjà alors que la température moyenne ne s'est élevée que de 0,8 °C, a affirmé M. Nasheed : érosion, blanchiment du corail, salinisation des eaux, inondations, multiplication des cyclones. Si le réchauffement doublait et dépassait 1,5 °C, cela signifierait que des nations insulaires seraient rayées de la carte."
Plus de vingt chefs des 42 Etats de l'Aosis étaient présents à cette réunion tenue la veille du Sommet climatique organisé par l'ONU, mardi 22. Ils ont adopté une déclaration visant à influencer les grands Etats dans la préparation du traité de Copenhague : elle affirme que la communauté internationale devrait s'efforcer de limiter le réchauffement global à 1,5 °C. C'est une revendication importante et nouvelle, alors que les Etats du G8 ne se sont fixé pour objectif, lors de leur réunion à L'Aquila, en juillet, qu'une limitation à 2 °C de la température mondiale. "Pour nous, qui sommes déjà impactés à 0,8 °C, ce chiffre de 1,5 °C est déjà un compromis", a précisé M. Thomas. La Grenade, pourtant placée en dehors de la route des ouragans, a été ravagée en 2004 par l'ouragan Ivan, qui a causé des dégâts estimés au double du produit intérieur brut du pays.
"Liste d'interdictions"
Les Etats de l'Aosis s'estiment "victimes" du changement climatique et jugent que les pays les plus riches doivent assumer "leur responsabilité historique" dans la création du problème. Mais ils ne se veulent pas seulement accusateurs. Dans son discours introductif, M. Nasheed s'est voulu constructif, estimant que, au lieu de bâtir un traité qui apparaisse "comme une liste d'interdictions", les Etats pourraient proposer "une liste d'actions que l'on pourrait et que l'on devrait faire, comme investir davantage dans les technologies vertes".
La démarche de l'Aosis vise à accroître la pression sur les acteurs plus puissants de la négociation climatique. L'association existe depuis 1989. D'abord conçue comme une ligue de micro- ou petits Etats ayant du mal à se faire entendre isolément, elle s'est focalisée sur les problèmes d'environnement à partir du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, avec d'autant plus de sérieux que les impacts du changement climatique sont chaque année devenus plus concrets.
L'Aosis a toujours été proche des organisations écologistes. Elle pourrait se liguer lors de la conférence de Copenhague avec le groupe des pays le moins développés pour faire entendre la voix des petits. Ensemble, ces nations craignent que les grands Etats, qui se retrouvent dans le Forum des économies majeures, scellent un accord en oubliant leurs préoccupations.
Malgré son faible poids économique ou démographique (environ 300 millions d'habitants), la légitimité de la démarche de l'Aosis est reconnue. M. Rasheed sera l'un des huit chefs d'Etat à prendre la parole mardi à l'ONU sur le climat, après le président des Etats-Unis et avant le président de la Chine.
Les annonces de la Chine très attendues à New York
Alors que les chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus au siège des Nations unies, mardi 22 septembre, pour tenter de débloquer la négociation climatique, le secrétaire exécutif de la convention climat, Yvo De Boer, a reconnu que le texte de 200 pages aujourd'hui sur la table était "un foutoir absolu, qui ne faisait aucun sens". A tel point que les traducteurs ont annoncé qu'ils étaient incapables de le traduire. Parallèlement, M. De Boer s'est montré optimiste sur les mesures que doit annoncer le président chinois Hu Jintao à New York. "Elles vont positionner la Chine en leader de la lutte contre le changement climatique", a-t-il expliqué en souhaitant que cet engagement de Pékin pousse les Etats-Unis à aller de l'avant. Pour accepter un accord à Copenhague en décembre, les Etats-Unis exigent que les pays émergents s'engagent eux aussi à réduire leurs émissions de CO2. Ce mouvement de la Chine est donc très attendu.
Hervé Kempf
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Climat : les institutions financières privilégient encore les énergies fossiles
Climat : les institutions financières privilégient encore les énergies fossiles
Alors que la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement multiplient les déclarations sur la nécessité de lutter contre le changement climatique, les projets qu'elles financent restent encore orientés sur les énergies fossiles, dénonce un rapport des Amis de la Terre. Ce que contestent lesdites institutions.
Alors que la Banque mondiale vient de terminer une nouvelle étude sur le développement et le changement climatique (1) montrant que les pays développés doivent « stimuler le développement de sources d’énergie différentes » pour faire face au changement climatique, les Amis de la Terre dénoncent les incohérences des institutions financières internationales (IFI) sur la question. Dans un rapport intitulé « Institutions financières et climat : la grande hypocrisie » publié aujourd’hui, l’association affirme que, malgré les discours de bonnes intentions, les projets énergétiques de la Banque mondiale et de la Banque européenne d’investissement (BEI) restent souvent basés sur des énergies fossiles. Un constat qu’elles ne partagent pas.
« La banque mondiale ne consacre que 16% de son portefeuille énergétique aux énergies renouvelables (hors grands barrages). Dans le même temps, ses financements aux fossiles ont doublé en 2008 et dépassent pour la première fois les 3 milliards de dollars », dénonce ainsi le rapport. Le charbon, le combustible le plus polluant, fait même encore l’objet de très gros investissements : en 2008, un milliard de dollars a ainsi été investi dans de tels projets et plusieurs autres sont en cours. Pourtant, selon la Banque mondiale, cette même année, ses financements pour des projets sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique dans les pays en développement ont cru de 87%. Et, en 2009, encore de 24%, ce qui représente aujourd’hui 3,3 milliards de dollars, soit son « plus haut niveau historique ».
« Les engagements totaux en matière de rendement énergétique et d’énergies renouvelables pour l’exercice clos le 30 juin 2009 représentaient plus de 40% des prêts destinés à l’énergie octroyés par le Groupe de la Banque mondiale », précise-t-elle dans un communiqué et « deux tiers des fonds utilisés dans le cadre de projets en matière d’énergie financés par la société financière internationale portaient sur les sous secteurs de l’énergie renouvelable ou du rendement énergétique. » Au total, sur les cinq dernières années, 366 projets ont été approuvés dans 90 pays, dont 99 au cours de l’année dernière. Si « la majorité des projets « propres » sont des grands barrages, dont les impacts environnementaux et sociaux sont vivement critiqués », selon les Amis de la Terre, il semble pourtant qu’en 2009, les projets de centrales hydroélectriques de plus de 10MW ont pris une bien moindre importance. En effet, alors qu’ils comptaient pour plus d’1 milliard d’euros en 2008, ils ne représentent que 177 millions cette année.
Mais l’association s’interroge aussi sur les choix des projets aidés par la banque. Entre 1997 et 2007, la Banque mondiale a financé des projets fossiles qui émettront 26 milliards de
tonnes de CO2 au cours de leur durée de vie, soit 47 fois les émissions annuelles de la France. Dans le nord de l’Inde par exemple, celle-ci a investi 450 millions de dollars dans la construction d’une méga centrale à charbon émettrice de 26 millions de tonnes de CO² par an. Ce qui la classe parmi l’un des 50 plus gros émetteurs de CO² au monde, quand la région, dispose, selon l’aveu même d’un ancien économiste de la banque, d’un énorme potentiel pour le développement de l’énergie solaire…
Addiction aux énergies fossiles
Autre institution visée : la banque européenne d’investissement. « Ces cinq dernières années, la BEI a investi quatre fois plus d’argent dans les énergies fossiles que dans le solaire, l’éolien et le bois-biomasse réunis (..). Et en 2007, si les prêts aux renouvelables ont augmenté, c’est également le cas des prêts au charbon », affirment les Amis de la Terre. Alors que la banque déclare faire « la promotion d’une énergie durable, compétitive et sûre » l’une de ses « cinq priorités opérationnelles » depuis 2007 ; sur les 10,2 milliards d’euros affectés à cette question en 2008, seuls 2,2 milliards ont effectivement été affectés à des projets dans le domaine des énergies renouvelables. Un engagement qui a cependant « triplé ces deux dernières années » et qui a été bien supérieur aux objectifs initiaux en 2007 et 2008 (+ de2,5 fois), rappelle la BEI. Avant de souligner que, dorénavant « au moins 20% de ses projets énergie dans l’UE devra couvrir le secteur des énergies renouvelables ».
« La plupart des projets dans les secteurs du pétrole et de gaz ont été développés avant 2002. Depuis lors, le financement de la part de la Banque à ces secteurs a été réduit à 1% des prêts totaux pour le domaine de l’énergie », tient également à préciser Viviana Siclari, responsable de la communication du département Civil Society Organisation de la BEI. Cependant, « étrangement, les projets pétroliers ne sont pas comptabilisés dans le secteur énergie sur le site de la BEI », rétorque le rapport. Or, au premier semestre 2009, la banque a encore accordé 800 millions d’euros à des raffineries de pétrole et elle est impliquée dans des projets pétroliers et gaziers très controversés tels que l’oléoduc Tchad Cameroun, le gazoduc ouest africain (du Nigéria au Ghana) ou l’exploitation pétrolière à Basilicata en Italie (voir article lié). D’ici quelques mois on devrait peut-être avoir plus de précision sur l’impact environnemental des projets financés par la Banque européenne d’investissement. Celle-ci est en effet en train d’évaluer son empreinte carbone à l’aide d’un programme pilote, basé sur les bonnes pratiques internationales, et destiné à évaluer les émissions de gaz à effet de serre causées par les projets financés
Pour l’heure toutefois, « ces financements mettent en évidence une véritable addiction des deux principales IFI aux énergies fossiles. Elles demeurent incapables à ce jour de concevoir des modèles énergétiques sans recours massif aux énergies fossiles, bloquant la transition vers la sobriété énergétique et les énergies renouvelables », concluent les auteurs du rapport, Anne-Sophie Simpere et Sébastien Godinot. Or, les institutions financières internationales ont « un rôle crucial à jouer dans la lutte contre les changements climatique » car l’implication d’une IFI dans un projet provoque un fort effet d’entraînement: en moyenne un dollar d’investissement public attire deux à trois dollars d’investissement privé…
(1) Le rapport sur le développement dans le monde 2010: développement et changement climatique
Un appel à la mobilisation de la France
Alors que le Nicolas Sarkozy affirmait, il y a tout juste deux ans, que l’« on ne peut pas dire à la tribune de l’ONU qu’il faut un développement propre et continuer à financer un développement qui ne le serait pas », les Amis de la Terre enjoignent le Président à plus de cohérence. Selon eux, la France est en effet un acteur central dans les IFI : elle fait partie des quatre actionnaires principaux de la BEI et fait partie des 8 Etats qui disposent d’un administrateur au sein de la Banque mondiale où elle dispose de 5% des quotes-parts de droits de vote. En conclusion du rapport, les Amis de la Terre demande ainsi à la France de prendre position au sein de ces institutions pour demander le calcul des émissions induites par leurs financements et investissements, fixer des objectifs de réduction de leurs émissions de GES et stopper le financement public des énergies fossiles et de l’aviation.
| Béatrice Héraud |
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