20.11.2009
Université : non à la gratuité, oui à l’égalité !
Université : non à la gratuité, oui à l’égalité !
par Luc D., Etudiant au CJFA
21.10.09 LE MONDE
L’université paraît aujourd’hui se trouver dans une impasse et le constat est unanime : ce dont ont besoin les facultés, c’est d’argent. Si le problème parait simple, sa solution est en revanche complexe : en effet à la recherche de performance propre à toute structure d’enseignement, l’université française aspire à une exigence d’égalité.
Cette ambition d’égalité se traduisait jusqu’à aujourd’hui par la gratuité de l’enseignement. Cette solution ne semble plus suffisante.
En effet elle ne permet tout d’abord pas aux facultés d’avoir un budget décent. Il serait candide voir choquant d’attendre que l’Etat ne vole à leur secours. Candide, car la dette publique ne cesse d’augmenter et que l’Etat surendetté ne possède pas les moyens suffisants. Choquant, car dans la situation actuelle un investissement massif de l’Etat dans nos formations se traduirait par une augmentation et un report de cette dette sur les générations futures (peut-on faire payer à nos enfants le prix de nos études ?)
De plus le revers de la gratuité est de transformer les étudiants en simple consommateurs : ils sont là car ils y ont droit. Hors il s’agit de se rappeler que l’éducation n’est pas qu’un droit, mais un cadeau dont l’accès est limité à une partie extrêmement faible de la population mondiale. A ce titre, l’idée de rémunérer l’assiduité scolaire donne envie de vomir lorsqu’on la met en parallèle avec l’image d’un enfant d’un pays défavorisé n’ayant pas accès à l’éducation.
Le fait de devoir investir sur soi, d’avoir conscience que ses études ont un coup ne paraît pas à ce titre choquant. Faut-il alors instaurer des taxes d’entrée aux universités comme c’est le cas aux Etats-Unis ? Certainement pas, car ce serait oublier le caractère égalitaire que l’enseignement universitaire doit conserver : les étudiants aux parents bien lotis n’auraient qu’à suivre leurs études tandis que ceux aux revenus plus faibles auraient du mal à financer leurs études.
Alors que faire ? Faut-t-il pester les bras croisés contre la vétusté des infrastructures, les amphithéâtres bondés ? Non, il faut chercher des idées novatrices qui permettraient d’allier performance et égalité.
Une idée pourrait ainsi être d’obliger chaque étudiant inscrit à travailler deux heures par semaine pour le compte de l’université. Quelque soit la tâche qu’il effectueraient, que ce soit du service dans un fast-food, du travail dans l’une des bibliothèques de l’université ou encore du tutorat, son salaire serait reversé sur le compte de l’université. En échangeant la cotisation financière par une cotisation temporelle, chaque étudiant se trouverait alors sur un pied d’égalité avec son voisin.
Ceci obligerait certains étudiants à prendre conscience que leurs études ont un coût, et permettrait une meilleur cohésion au sein de la faculté tout en donnant à cette dernière les moyens financiers d’assurer sa mission.
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12.11.2009
DEEE professionnels Bureautique: la filière se met en place
DEEE professionnels Bureautique: la filière se met en place
15/10/2009 12:07
Un partenariat entre l’éco-organisme Ecologic et la société Veolia Propreté propose pour la première fois une solution mutualisée de gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) professionnels pour les appareils de bureautique, informatique et télécommunications. Un premier pas vers l’organisation de la filière professionnelle, alors que la réglementation DEEE est entrée en vigueur depuis novembre 2006.
Depuis 3 ans, les producteurs d’appareils de bureautique, informatique et télécommunications (dits DEEE de catégorie 3 lorsqu’ils sont des déchets) utilisés par des professionnels et mis sur le marché après le 13 août 2005 ont pour obligation de financer et d’organiser individuellement leur enlèvement et leur traitement (1). Contrairement aux DEEE ménagers, pas de contribution payée aux éco-organismes en amont, mais une prise en charge directe de l’équipement en fin de vie. Résultat: chaque producteur gère tant bien que mal le recyclage des DEEE qu’il arrive à récupérer. C’est donc pour apporter une solution collective tout en respectant les responsabilités individuelles qu’Ecologic et Veolia se sont unis pour mettre au point CourtCircuit, une offre de gestion des DEEE professionnels de catégorie 3.
CourtCircuit est destiné aux producteurs et aux détenteurs. Lorsqu’un industriel veut se débarrasser d’un DEEE de catégorie 3, il se connecte à un site internet dédié pour détailler son matériel. Le producteur concerné est averti, et reçoit un devis. Ecologic et Veolia planifient une date d’intervention pour l’enlèvement, traitent le déchet et font un rapport aux deux parties des opérations réalisées. Grâce au réseau de Veolia Propreté et à ses installations, Ecologic offre aux industriels un traitement homogène avec un taux de valorisation supérieur aux exigences réglementaires sur tout le territoire (France métropolitaine et Corse), et une cinquantaine de points d’apport (jusqu’à 200 à terme). Pour Jean-Pierre Exposito, chef de service Normes et environnement chez Canon, CourtCircuit va permettre de réduire le coût de la prise en charge de ces DEEE. «Dans le système individuel, la collecte et le traitement d’un télécopieur en fin de vie nous coûte entre 10 et 40 centimes d’euro par kilogramme, dont la plus grosse partie est due au transport. Avec cette offre, nous tendrons vers les 10 centimes, quel que soit le lieu d’usage de la machine», estime-t-il.
«L’offre se met en place environ 4 ans après que la responsabilité des DEEE Pro a été transférée du détenteur au producteur; pour la bureautique, c’est la durée de vie standard des appareils», indique René-Louis Perrier, président d’Ecologic. La cinquantaine de producteurs de matériel de catégorie 3 mettent sur le marché un peu plus de 100.000 tonnes par an. Les deux partenaires espèrent capter d’ici 3 ans, durée de leur relation contractuelle, environ 50% du gisement. Ce partenariat, comme le lancement de la filière DEEE Pro pour l’éclairage par l’éco-organisme Recylum (2), marque le démarrage de la gestion des DEEE professionnels, alors que la directive est entrée en vigueur il y a déjà 3 ans. Outre la complexité liée à la responsabilité individuelle propre aux DEEE Pro, s’ajoute un problème spécifique à cette catégorie de déchets: la distinction entre déchet ménager et professionnel est ténue. «Du coup, les producteurs payent parfois deux fois pour un appareil, ou ce dernier disparaît dans la nature», explique Yannick Prebay, chef du bureau de la qualité écologique des produits au Meeddm.
Les négociations actuellement en cours dans le cadre de la révision de la directive DEEE pourraient abolir ce problème. «Nous pourrions trouver un statut unique des DEEE informatiques, comme pour les lampes», espère-t-il. Au plus tôt, la révision de cette réglementation devrait être présentée par la Commission européenne d’ici juillet 2010.
(1) La fin de vie de ces mêmes appareils, mais mis sur le marché avant le 13 août 2005, relève de la responsabilité de leur détenteur
(2) Voir dans le JDLE: «Rhône-Alpes lance la filière DEEE Pro pour l’éclairage»
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09.10.2009
Quand l'école joue à Koh Lantah
Quand l'école joue à Koh Lantah
Bénédicte Charles - Marianne | Mardi 06 Octobre 2009 à 07:01
Martin Hirsch veut récompenser à coups de milliers d'euros l'assiduité à l'école. Un bon prélude au RSA-jeunes, qui récompensera l'assiduité à l'Anpe.
Des milliers d’euros pour récompenser l’assiduité en cours des lycéens… Après un court instant d’incrédulité, il a bien fallu se rendre à l’évidence : l’idée de créer des cagnottes de 2000 euros par classe, qui pourront grossir jusqu’à 10000 euros si tous les élèves viennent en cours, n’émane pas d’un scénariste de téléréalité stipendié par M6 ou TF1. C’est Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse, qui a mis au point ce « concept ». Et c’est pour de vrai qu’il sera expérimenté dans trois lycées professionnels de la région parisienne.
Ici s’arrête la différence avec les jeux télé. Car pour le reste, c’est quasiment la même chose. Comme pour la plupart des émissions de téléréalité, l’idée de la cagnotte est importée des pays anglosaxons. Et comme pour Koh Lantah et autres, il s’agit ici de convaincre les participants que tout ça — les cours, les devoirs sur table etc. — n’est qu’un mauvais moment à passer, le but ultime étant de décrocher la timbale. La motivation, la soif d’apprendre ? Hirsch semble croire qu’elles viendront toutes seules, à force. Ben voyons. Il est bien connu que les candidats de Koh Lantah continuent à manger des larves de guêpes vivantes bien après la fin de l’émission, tellement ils y ont pris goût…
Or, pour les lycéens sécheurs que Martin Hirsch cherche à faire rentrer dans le droit chemin de la connaissance et de l’assiduité à l’école, aller en cours est aussi attractif qu’un plat de gros vers blancs.
D’aucuns redoutent que cette histoire de cagnotte ne brouille le message adressé à la jeunesse. Ils ont tort. Le message du Haut Commissaire en direction des jeunes est on ne peut plus clair : l’école c’est comme la télé, on peut y gagner de l’argent sans rien glander d’autre que pointer à l’entrée d’une salle de classe. Pour peu que les élèves décident de se partager ladite cagnotte au lieu de faire un « voyage linguistique » ou un « déplacement culturel », Hirsch pourra se vanter d’avoir inventé l’assistanat non pas des jeunes, ni des jeunes chômeurs, mais des futurs jeunes chômeurs.
Cagnotte-RSA jeunes-RSA : merci Martin !
Le début d’une longue vie bien remplie. Car une fois le lycée terminé, notre jeune aura 18 ans. L’âge du RSA jeunes ! Certes, cette mesure prévoit seulement l’extension du RSA aux moins de 25 ans ayant travaillé à plein temps pendant deux ans, ou à deux tiers de temps pendant trois ans. Certes, Jean-François Copé s’est empressé de clamer «Le grand totem à droite, c'est le RMI qu'on donne aux jeunes à 18 ans sans jamais avoir travaillé. Là, je suis rassuré» après l’annonce par Nicolas Sarkozy de la création du RSA jeunes. Mais même au sein de la majorité, on ne se fait guère d’illusions : Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, a le premier fait part de ses inquiétudes et redoute que ces conditions d’attributions soient considérablement assouplies dans un avenir très proche. Ce qui reviendrait à créer un RSA-RMI pour les 18-25 ans.
« Je vais faire ce que la gauche aurait dû faire depuis longtemps », a prévenu Sarkozy lors de la présentation de son plan jeunesse, le 29 septembre dernier à Avignon. En effet, même la gauche n’avait pas osé. Jospin en 1998 s’était opposé à la création d’un RMI-jeunes. Michel Rocard lui-même, le père du RMI, a toujours expliqué en quoi l’étendre aux 18-25 ans serait une erreur: « Le RMI n'a jamais été fait pour faciliter l'insertion des jeunes, l'idée était de ne pas interférer avec les dispositifs spécifiques d'aides aux jeunes en formation professionnelle et à la recherche d'un premier emploi ». Pourtant, c’est bien vers un RMI jeunes qu’on se dirige…
Mais revenons à notre jeune-à-cagnotte. De 18 à 25 ans, il touche donc son RSA-jeunes. Puis vient l’heure de l’âge adulte : 25 ans, le RSA des grands ! Avec un peu de chance, si la crise perdure, le A de RSA (Revenu de solidarité active) finira sans doute par avoir à peu près autant de sens que le I de RMI (Revenu minimum d’insertion). De quoi tenir jusqu’à la retraite (et son minimum vieillesse)…
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Ecole : Hirsch invente le Revenu Minimum d’Assiduité
Ecole : Hirsch invente le Revenu Minimum d’Assiduité
Régis Soubrouillard - Marianne | Mardi 06 Octobre 2009 à 07:01
Projet considéré comme anodin, visant à lutter contre l'absentéisme scolaire dans l'académie de Créteil, la logique d'incitation financière des élèves en dit long sur le projet éducatif du régime. Une école du capitalisme total, où l'élève est rémunéré pour sa simple présence, qui affaiblit l'institution et la place en concurrence frontale avec le monde du travail.
On connaissait les bons points ou encore les inoffensives images à la maternelle, voilà désormais que l’on sort « la thune » pour inciter les ados à prendre le chemin de l’école.
Au début, pourtant, le projet n’avait rien d’une bombe, une idée parmi les 165 rendues publiques en juillet dernier par le Haut-Commissariat à la jeunesse, dans le cadre du Fonds d'expérimentations pour la jeunesse. Sobrement intitulé « Académie de Créteil, lutte contre l'absentéisme scolaire », le projet apparaît en tous points méritoire.
Sitôt révélée dans Le Parisien du 2 octobre, l’information a déclenché une vague de protestations aussi bien dans les bancs de l’opposition que de la majorité. Sans parler des syndicats d’enseignants –toutes tendances confondues- et des associations de parents d’élèves, très réservées. Sans désavouer le principe, Luc Chatel estime dans Le Monde que « cette affaire a été un peu montée en épingle » et qu’il ne s’agit là que d’une expérimentation.
Le ministère de l’éducation nationale aurait sans doute préféré que le projet reste secret. Que dire désormais à ces valeureux élèves sans le sou qui se lèveront aux aurores pour pas un rond ?
« Il s’agit de responsabiliser les jeunes et de favoriser l’esprit de groupe » se défend le ministère. Directrice de cabinet de Martin Hirsch, Emmanuelle Wargon répondait à Libération : «On extériorise le fait que l’établissement n’a pas l’argent au départ, c’est juste un élément intermédiaire. L’argent est un outil, il permet à la classe de rêver un peu, de réaliser son projet. Mais il faut être très clair: concrètement personne ne touche d’argent, ni les élèves ni les adultes référents. C’est l’établissement qui le reçoit à la fin pour financer le projet ».
Du temps de cerveau disponible rémunéré pour l'école
Inutile de se cacher derrière la novlangue technocratique de la directrice de cabinet du haut-commissaire, la transmission des savoirs est en passe de devenir un acte commercial. L’institution rétribue les élèves qui daignent assister à ses cours. La classe la plus assidue remportera le jackpot. L’introduction de l’argent dans l’enceinte scolaire sonne également la fin de l’illusion d’une école sanctuarisée. Récompensés financièrement, les élèves scolarisés se trouvent en concurrence directe avec le marché du travail. Rappelons que la baisse spectaculaire du travail des enfants à la fin du 19è siècle, en France, est largement due à l’instauration de l’école gratuite et obligatoire. Par cette expérimentation, le gouvernement met à bas cette double tradition.
Voilà l’école payée et entérinée, de fait, comme facultative. Deux renoncements pour le prix d’un. L'école gratuite avait un coût pour les élèves: l'appropriation de la culture. Rémunérée, l'accession au savoir perd toute valeur véritable. Ainsi s'accomplit au travers de cette expérimentation, insidieusement, la révision à la baisse d'exigences essentielles à la démocratie: le glissement paradoxal et progressif du droit à être instruit à celui de ne l'être pas.
L’objet n’est plus ici d’instruire des citoyens mais d’adapter l’école à une société vouée à la consommation.
Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, disait vendre du « temps de cerveau disponible à Coca-Cola ». Luc Chatel, manager du ministère de l’éducation nationale, et ancien cadre de chez l’Oréal, se place lui aussi sur le terrain du temps de cerveau disponible que daignera lui accorder le « jeune » sollicité de toutes parts en société de consommation.
Sans nier la problématique de l’absentéisme scolaire – même si le pire des fléaux qui touche l’école est bien plus l’ignorance, contrairement à ce qu’on peut lire ici où là-, ce qui se profile, c’est une école du capitalisme total, située en univers concurrentiel, qui se pose dès lors la question de son attrait et de sa rentabilité.
Un enseignement de l'ignorance, attrayant et rentable
Pour ce qu’il en est de son attrait, toutes les réformes mises en place depuis le début des années 1980 justifiées par la nécessité impérieuse de transformer l’école en « lieu de vie », de « mettre l’enfant au centre du système », de lutter contre les inégalités scolaires ont produit leurs doses de dégâts. Dans l’enseignement de l’ignorance et ses conditions Modernes, Jean-Claude Michéa imaginait le futur de cet « espace libéralement ouvert à tous les représentants de la cité (militants associatifs, militaires en retraite, chefs d'entreprise, jongleurs ou cracheurs de feu, etc.) comme à toutes les marchandises technologiques ou culturelles que les grandes firmes, devenues désormais partenaires explicites de « l'acte éducatif», jugeront excellent de vendre aux différents participants ». Nous y voilà.
Côté rentabilité. Il n’est plus question de financer une éducation de masse, compte tenu de son coût et de toutes ses imperfections. Quelques élites bien entretenues feront l’affaire. Pour les autres, Michéa estime que : « la transmission coûteuse de savoirs réels - et, a fortiori, critiques -, tout comme l'apprentissage des comportements civiques élémentaires ou même, tout simplement, l'encouragement à la droiture et à l'honnêteté, n'offrent ici aucun intérêt pour le système, et peuvent même représenter, dans certaines circonstances politiques, une menace pour sa sécurité. C'est évidemment pour cette école du grand nombre que l'ignorance devra être enseignée de toutes les façons concevables ».
Des élèves négociant leurs jetons de présence dans des lycées-garderies
Quitte à les payer pour faire simplement acte de présence. Il n’est jamais trop tôt pour se préparer au pire : l’institution scolaire, transformée en immense garderie pour adolescents. D’aucuns verront d’ailleurs quelques paradoxes à ce que la droite ait mis en place dès le lycée un système d’assistanat à destination des populations adolescentes. Le RMI nécessitait la signature d’un contrat d’insertion, c’est désormais avec son lycée que la classe signe un contrat d’assiduité.
Un Revenu Minimum d’Assiduité (RMA), véritable lien de subordination de l’institution à l’usager consentant, et par conséquent de soumission du maître (l’autorité) à l’élève …D’ici à ce que les élèves, mieux payés que leurs profs, viennent négocier des augmentations avec leur proviseur, en les menaçant d’aller chercher des bonus ailleurs, de négocier leurs jetons de présence ou des parachutes dorés en cas d’expulsion…Voilà qui n’arrangera pas les « affaires » de l’éducation nationale.
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07.10.2009
Prime à l'école: quand on ne peut plus rien, on corrompt
Prime à l'école: quand on ne peut plus rien, on corrompt
Philippe Bilger - Blogueur associé | Lundi 05 Octobre 2009 à 11:35 MARIANNE
Des lycées ont décidé de rémunérer leurs élèves pour leur présence en classe. Un choix pragmatique, diront certains. Philippe Bilger, avocat général à Paris, dénonce la vision à court terme et la faillite éthique que représente une telle décision.
On croit que ce n’est rien. Seulement risible. La manifestation nouvelle d’une société qui grimace parce qu’elle ne sait plus comment concilier les valeurs auxquelles elle continue de tenir avec le fil implacable du temps. La nécessaire discipline de l’école avec le délitement incoercible de l’institution scolaire.
Au vrai, on aurait été excusable de traiter la nouvelle avec dérision. Comme une sorte de « poisson d’avril » avant l’heure.
Parce que tout de même l’information est tellement révélatrice d’une absurdité consubstantielle à la modernité que le premier mouvement est presque de reconnaissance devant une confirmation aussi tristement éclatante de nos pires pressentiments sur notre destin collectif.
Pour lutter contre l’absentéisme scolaire, trois lycées professionnels de l’académie de Créteil vont tenter une expérience qui consistera à rétribuer l’assiduité au point que la « cagnotte » de fin d’année pourra s’élever à 10 000 euros.
Pour résumer, on va payer pour obtenir ce qu’on n’est plus capable d’imposer.
On va tarifer notre impuissance et, dans le rapport de force qui oppose la règle à sa transgression quotidienne, on ose une démarche qui permettra à cette dernière de se parer de l’aura de la dissidence et du sceau officiel d’une victoire profitable sur l’institution. Au fond, on s’imagine qu’on pourra faire de la plaie le remède.
La motivation scolaire à coups d'Euros
Le comble est qu’aujourd’hui, n’importe quelle élucubration même dévastatrice n’est plus de nature à bouleverser les responsables de l’enseignement parce qu’ils maîtrisent la communication et devinent que « plus c’est gros plus ça passe ».
Le recteur de l’académie de Créteil, pour ce qui n’est que du plomb qu’il souhaite nous voir prendre pour de l’or, emploie le mot magique : « Responsabiliser les élèves ». Tout serait dit parce que ceux-ci seraient capables de devenir présents contre de l’argent.
Leur aptitude à la responsabilité serait d’arbitrer entre une absence choquante et renouvelée qui ne leur bénéficie pas et une assiduité contrainte et stipendiée. Comme il est probable qu’ils s’orienteront vers le lucre, peut-on vraiment soutenir qu’il y a là une nouveauté qui va honorer l’institution scolaire ?
Philippe Meirieu, dont je ne suis pas un inconditionnel, souligne à juste titre « la pente dangereuse » sur laquelle cette expérience va conduire l’enseignement en dénonçant « l’éducation bancaire » . Jean-Paul Brighelli, courageux pourfendeur des aberrations scolaires, est révolté et s’indigne (Le Monde, Le Parisien). François Bayrou n’est pas en reste (Le Journal du Dimanche).
La démission finale
Les partisans et les adversaires de cette innovation ne se situent pas sur le même registre. Les premiers ont depuis longtemps fait leur deuil de l’autorité des maîtres, du respect d’un certain nombre de principes et de la considération à offrir aux jeunes personnalités en formation, en les estimant capables du meilleur grâce à des méthodes de compréhension, de fermeté et de dignité.
Les seconds continuent contre vents et marées à refuser que l’argent puisse être un stimulant honorable pour susciter le désir d’apprendre, la conscience de la règle et la préoccupation de l’avenir. Je me range de leur côté et m’étonne de cette désinvolture qui, pour expérimenter et pallier de graves insuffisances qui tiennent à la fois au milieu familial et à la hiérarchie scolaire, s’engage sur un chemin qui n’est pas une solution mais une capitulation.
Mettre ainsi de l’argent au cœur de l’activité scolaire, c’est non seulement céder à la face sombre et matérialiste de notre société mais, plus encore, c’est naturellement dégrader, détruire la relation gratuite, désintéressée, curieuse et familière qui doit exister entre celui qui vient pour apprendre et les matières à connaître, les professeurs à écouter.
Imaginons que l’absentéisme se réduise grâce à cette méthode de société décadente. Quand on ne peut plus rien, on corrompt. Je suis persuadé que même avec un tel succès, les conséquences seraient ravageuses pour l’esprit de l’enseignement et la chose intellectuelle en elle-même.
Il y a quelque chose de scandaleux dans cette dérive. L’institution dont, plus que toute autre, on devrait attendre un enracinement têtu et convaincu dans la belle réalité de l’école semble succomber. Elle ne veut plus représenter un barrage contre le vulgaire du siècle et ses appétits. Elle n’a pas honte de décevoir. De s’engloutir dans le cours banal des démissions ordinaires. De proche en proche, les forces structurantes de la société s’affaiblissent et participent d’un mouvement qui n’est plus que de complaisance à l’égard d’une évolution prétendue inéluctable. Les institutions ne se battent même plus pour ne pas mourir. Au contraire, elles y mettent du leur avec une sorte d’allégresse suicidaire.
Mais les absents doivent continuer à avoir tort. Pas d’argent contre l’école.
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