18.11.2009

EDF. Ces tarifs qui dérapent

EDF. Ces tarifs qui dérapent

16 novembre 2009

LE TELEGRAMME

Cet été, les tarifs réglementés de l'électricité ont augmenté de 1,9% pour les particuliers. Ce n'est qu'une moyenne car la note peut se révéler en fait beaucoup plus salée. Petits consommateurs et clients Tempo sont les premiers visés.

Certains consommateurs risquent d'avoir une mauvaise surprise en découvrant leur prochaine facture d'électricité. La hausse globale de 1,9% des tarifs d'électricité présentée comme «modérée» par les pouvoirs publics et EDF a tout du trompe-l'oeil. En effet, cette moyenne peut être largement dépassée chez certains clients.

Augmentation de l'abonnement de 169% !

Outre sur le prix du kilowattheure consommé, c'est aussi sur le prix de l'abonnement que les hausses se font sentir. Et parfois de manière brutale. Ainsi, ceux qui ont opté pour la plus petite puissance possible (3kWh) et qui consomment peu d'électricité voient leur facture, à consommation égale d'une année sur l'autre, flamber de 10%. Pour la simple raison que l'abonnement passe pour eux de 24,84euros à 66,82euros par an. C'est une inflation de...169%. À l'inverse, les gros consommateurs voient le prix de leur abonnement annuel diminuer.

Les gros payaient pour les petits

Pour les 320.000 clients de l'option Tempo, les nouvelles ne sont pas très bonnes avec une augmentation moyenne de la facture de 5%. Mais, individuellement, les hausses peuvent aller bien au-delà de 20%. Les abonnés Tempo paient beaucoup plus cher les jours rouges quand le réseau électrique est très sollicité (l'hiver et le soir) et bénéficient d'un tarif très avantageux les jours bleus. L'abonné est prévenu au jour le jour du tarif qui lui est appliqué (bleu, blanc rouge). En plein hiver, et surtout par grand froid, cela suppose de bien maîtriser sa consommation d'énergie. C'est sur les tarifs bleus, les tarifs qui étaient donc les plus avantageux que les hausses sont les plus importantes: entre 20 et 22% d'augmentation. A EDF, on explique que cette refonte des tarifs était un rééquilibrage nécessaire. En somme, les gros payaient trop pour les petits. «L'objectif majeur était de réduire les inégalités entre clients. Certaines factures ne couvraient pas le coût réel de la fourniture et de l'acheminement de l'électricité consommée», souligne une porte-parole qui précise néanmoins que le tarif Tempo demeure avantageux «s'il est bien utilisé».

Pas d'information

Du côté des associations de consommateurs, on déplore avant tout le manque d'informations de la part d'EDF. «Les abonnés n'ont reçu aucune note explicative. On assiste à une refonte complète de la tarification sans information. Dans le privé, on appellerait cela un changement unilatéral de contrat», observe Caroline Keller de l'UFC-Que Choisir. Mais la représentante des consommateurs déplore surtout qu'EDF s'en prenne au tarif Tempo, «une formule que l'entreprise semble d'ailleurs chercher à mettre au placard». «La position d'EDF est surprenante car c'est un tarif écologique qui incite les consommateurs à faire l'effort de ne pas consommer en période de pointe. Ça permet, ainsi, de lisser la consommation d'électricité sur l'année et d'éviter de lancer des centrales de production complémentaires génératrices de C02.» «On s'attaque à des gens qui se sont engagés dans une démarche civique. C'est une arnaque. On a l'impression qu'EDF se comporte comme une entreprise qui a besoin de faire plaisir à ses actionnaires», s'insurge, pour sa part, le Finistérien Gérard Borvon, militant à l'association SeauS.

  • Frédérique Le Gall

15.11.2009

Le retour en grâce du nucléaire passe d'abord par l'allongement de la durée de vie des centrales

Le retour en grâce du nucléaire passe d'abord par l'allongement de la durée de vie des centrales

LE MONDE | 20.10.09 | 15h08  •  Mis à jour le 20.10.09 | 15h08

Savez-vous qu'aux Etats-Unis on envisage maintenant de prolonger jusqu'à quatre-vingts ans la durée d'exploitation des centrales nucléaires ?" Ce dirigeant d'EDF ne boude pas son plaisir. Car si la construction de réacteurs a repris ces dernières années dans le monde - où l'on compte environ quarante chantiers, la plupart en Asie -, la renaissance tant vantée de l'atome civil passe d'abord par le "maintien en vie" des centrales en exploitation.

C'est le cas dans les pays qui ont maintenu l'option nucléaire ouverte (France, Etats-Unis...). Mais aussi dans ceux qui avaient annoncé une sortie du nucléaire après les accidents de Three Mile Island aux Etats-Unis (1979) et de Tchernobyl (1986) en Ukraine, comme la Belgique et l'Allemagne.

Les partisans du nucléaire n'ont jamais renoncé à revenir sur la fin programmée de cette énergie. En Europe, c'est la Suède qui a lancé le mouvement. Le gouvernement de centre-droit a annoncé, en février, qu'il autorisait la construction de centrales pour remplacer celles qui ferment. Un changement de pied dans ce pays qui a fermé deux de ses douze réacteurs (en 1999 et 2005) pour respecter l'engagement pris après le référendum de 1980.

La Belgique vient de lever son moratoire après des années de débats. Electrabel, filiale de GDF Suez, pourra exploiter jusqu'en 2025 (au lieu de 2015) ses trois réacteurs les plus anciens (sur sept).

Le cas de l'Allemagne, où dix-sept réacteurs fournissent 25 % de l'électricité, est le plus emblématique. La première économie européenne est très dépendante du gaz russe (40 % de sa consommation gazière). Les groupes d'énergie n'ont cessé de faire pression sur la chancelière chrétienne-démocrate, Angela Merkel, pour qu'elle revienne sur l'accord entre sociaux-démocrates (SPD) et Verts prévoyant une sortie du nucléaire en 2021. Fin septembre, la victoire de la droite a changé la donne. Mais dans le cadre de leur contrat de coalition, conservateurs (CDU/CSU) et libéraux (FDP) n'ont scellé qu'un "accord de principe" sur la prolongation de certaines centrales, à la déception des groupes E.ON ou RWE.

La pression est partout très forte. En 2003, la Suisse a refusé par votation de prolonger le nucléaire, ce qui n'a pas empêché deux groupes d'énergie de déposer, en 2008, deux dossiers pour remplacer les deux réacteurs les plus anciens en 2020. Le premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a fini par accepter la prolongation de la centrale de Garona (Castille-Léon) jusqu'en 2013, sans renoncer à l'abandon du nucléaire.

Aux Etats-Unis, où la rentabilité des actifs est scrutée par les industriels et les financiers, la prolongation jusqu'à soixante ans a été acceptée pour la moitié des 104 réacteurs en service, et d'autres devraient suivre. Au Royaume-Uni, où l'âge moyen du parc est de 37 ans (24 ans pour la France), le problème est de construire de nouvelles unités. Si EDF a racheté l'opérateur historique British Energy après la décision du gouvernement de Gordon Brown de relancer cette énergie, c'est aussi pour cela.

Reste la France, qui a décidé, en 2004, de relancer le nucléaire avec un réacteur de nouvelle génération, l'EPR. Dans un premier temps, EDF va néanmoins prolonger jusqu'à soixante ans la durée de vie de ses 58 réacteurs. En 2009, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a donné son feu vert de principe pour les 34 unités de 900 mégawatts (MW) - sous réserve d'une expertise réacteur par réacteur.

Prolonger la vie des centrales présente bien des avantages. Cela permet aux Etats d'afficher un meilleur bilan carbone - comme en Allemagne, encore dépendante du charbon. C'est aussi une aubaine financière ! Les réacteurs étant amortis, les gouvernements vont demander aux électriciens de rétrocéder une partie de leur rente nucléaire ainsi dégagée pour financer une baisse des tarifs ou un développement des énergies renouvelables, comme l'ont fait les Pays-Bas. Autant de pistes ouvertes en Suède, en Allemagne et en Belgique. Dans ce pays, Electrabel (GDF Suez) payera 1 milliard d'euros entre 2010 et 2014 pour prix de la prolongation de trois de ses sept réacteurs.

Les exploitants savent qu'il est moins coûteux de prolonger une centrale que d'en construire une nouvelle. EDF a calculé qu'il faut 400 millions d'euros pour prolonger de dix ans un réacteur de 900 MW, alors qu'un EPR coûte 4 milliards d'euros, même s'il est deux fois plus puissant (1 700 MW) et exploité pendant soixante ans.

La prolongation a aussi des vertus politiques, en répondant aux inquiétudes sur les risques d'accident, d'attentat ou de prolifération qui augmentent avec le nombre de réacteurs et de pays nucléarisés. Les sondages sont convergents : les opinions européennes acceptent mieux une prolongation, voire le remplacement des centrales, qu'une extension du parc. Un relatif paradoxe dans la mesure où les nouveaux réacteurs sont plus sûrs.

Construire ou prolonger ? Chez certains antinucléaires, la seconde option est un pis-aller face aux menaces du changement climatique. Pascal Husting, directeur de Greenpeace France, reconnaissait récemment qu'il préfère le maintien en activité de certains réacteurs pour éviter que la France de 2040 ne soit couverte d'EPR (Le Monde du 8 juillet). A condition, nuançait-il, de l'inscrire dans une politique de sortie du nucléaire favorisant l'investissement dans les renouvelables et les économies d'énergie.

Début 2009, un ancien patron de Greenpeace au Royaume-Uni allait plus loin, en annonçant sa "conversion" au nucléaire. Stephen Tindale jugeait que le nucléaire est une énergie de transition, en attendant que d'autres prennent le relais. Il rejoint l'environnementaliste James Lovelock ou Patrick Moore, un des fondateurs de Greenpeace, qui soulignent que l'urgence est de sauver la planète du réchauffement climatique.

Jean-Michel Bezat

14.11.2009

Efficacité énergétique: la Commission pour des objectifs contraignants

Efficacité énergétique: la Commission pour des objectifs contraignants

19/10/2009 11:25 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
Bruxelles caresse l’idée de rendre juridiquement contraignant l’objectif de 20% d’efficacité énergétique en 2020 du paquet Climat-énergie adopté en décembre 2008. La partie est loin d’être gagnée, les Etats ayant exclu qu’il le devienne. Le renouvellement de la Commission, bloqué par la non-ratification du traité de Lisbonne, devrait repousser la publication de ce projet au moins jusqu’en février.

Si la tendance actuelle se poursuit, l’Union européenne ne parviendra à réduire sa consommation d’énergie que de 8,5% en 2020. A cette date, même en prenant en compte les mesures supplémentaires dans les tuyaux, elle ne parviendra qu’à 11% de réduction de la consommation, loin de son objectif de 20% d’efficacité énergétique en 2020.

Ce constat est fait par la Commission européenne dans un projet de communication révélé vendredi 16 octobre par le site Euractiv. Intitulé «Sept mesures pour deux millions de nouveaux emplois – une économie bas carbone plus propre et ‘éco-efficace’ pour les citoyens européens», il propose un plan d’action en sept points pour remédier au problème.

Premier d’entre eux: rendre juridiquement contraignants les objectifs d’efficacité énergétique du paquet Climat-énergie, via une proposition de directive de la Commission. Elle pourrait fixer un objectif général à répartir entre les Etats membres et concerner «tous les aspects de l’économie», même si Bruxelles reste floue et se focalise sur le bâtiment.

Ce secteur fait l’objet d’un autre point du plan d’action. «La Commission lancera une Initiative européenne du bâtiment, soutenue par la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et d’autres banques, visant à stimuler la rénovation en profondeur de 15 millions de bâtiments d’ici 2020». 37 millions de tonnes d’équivalent pétrole d’énergie primaire pourraient être économisées, représentant 66 millions de tonnes de CO2 évitées. Cette initiative pourrait générer 300.000 emplois directs, et 1,1 million d’emplois indirects.

«Le fait que les objectifs d’efficacité énergétique puissent être contraignants est une très bonne chose, même si au final, on ne sait pas trop quel secteur sera concerné, relève une source bruxelloise autorisée. Cela va être dur à défendre, car tous les Etats membres y sont opposés. Il est prématuré de préparer un nouveau plan d’action alors même que les effets de la soixantaine de mesures figurant dans le précédent [publié en octobre 2006] n’ont pas été évalués.

«Au final, on va mettre beaucoup d’argent, via des fonds nationaux, d’amorçage, de capitaux-risques et on ne sait pas comment vont sortir les projets. La faiblesse de ce plan, ce sont les mesures d’accompagnement.» La Commission prévoit en effet la création dans chaque Etat membre d’un Fonds national d’efficacité énergétique (Neef, pour National energy efficiency fund), alimenté pour partie par le Fonds européen de développement régional (Feder) et la moitié des revenus issus de la mise aux enchères des quotas de CO2 dans le cadre du marché européen du carbone (ETS).

«Le plan d’action 2006 doit durer jusqu’en 2010, indique Ferran Tarradellas-Espuny, porte-parole du commissaire européen à l’énergie. Ce plan-ci, qui n’est encore qu’un projet, n’a pas vocation à le remplacer».

Et rien ne dit que la Commission finisse par le présenter en l’état, même si elle continuera de travailler dessus, assure le porte-parole, du fait de l’opposition des Etats membres. Autre obstacle à sa publication: le non-renouvellement de la Commission européenne, bloqué par le président de la République tchèque Vaclav Klaus qui renâcle à signer le traité de Lisbonne. «Tant que la nouvelle Commission ne sera pas désignée, l’actuelle ne peut que gérer les affaires courantes. L’efficacité énergétique en est-elle une? Il n’y a pas de jurisprudence européenne là-dessus.»

 

Dans son projet de plan d’action, la Commission envisage de proposer une directive pour que les Etats membres adoptent des dispositifs nationaux de certificats blancs –ou d’économies d’énergie (CEE)– qui pourraient permettre d’économiser 36 millions de tonnes équivalent pétrole en 2020, et 69 en 2030.

Actuellement, seuls le Royaume-Uni, la France, le Danemark et la Flandre ont mis en place un tel dispositif qui permet aux fournisseurs d’énergie de se rémunérer sur les économies d’énergie qu’ils réalisent chez les particuliers et personnes morales.

Bruxelles souhaite la mise en place d'un cadre harmonisé garantissant la même charge à tous les fournisseurs d'énergie de l'Union européenne.

03.11.2009

Le cerveau jugé défaillant des réacteurs nucléaires EPR

Le cerveau jugé défaillant des réacteurs nucléaires EPR

LE 03/11/2009 LIBERATION

Les autorités de sûreté nucléaire britannique, française et finlandaise ont émis lundi des réserves sur les systèmes de sûreté des réacteurs nucléaires EPR. Elles demandent aux exploitants et fabricant «d'améliorer la conception initiale de l'EPR», selon une déclaration commune. Une déclaration qui intervient alors que deux de ces réacteurs de troisième génération sont en cours de construction en France et en Finlande.

Le niveau de sûreté des systèmes de contrôle-commande, cerveau de l'EPR, avait déjà été mis en cause en avril par l'Inspection britannique des installations nucléaires (NII), pays où les groupes français Areva et EDF se proposent de construire quatre réacteurs.

La critique porte sur la trop grande interconnexion entre deux systèmes de contrôle, supposés être indépendants, l'un faisant fonctionner le réacteur et l'autre assurant sa sécurité. «L'indépendance de ces systèmes est importante. En effet, si un système de sûreté est appelé à servir en cas de perte d'un système de contrôle, alors ces deux systèmes ne doivent pas faillir simultanément», soulignent lundi les autorités de sûreté du nucléaire française (ASN), britannique (HSE/ND) et finlandaise (STUK).

En conséquence, les exploitants se voient demander «d'améliorer la conception initiale de l'EPR». «Il incombe aux exploitants et au fabricant Areva de répondre aux questions techniques soulevées par leurs autorités de sûreté», des solutions différentes pouvant être proposées par chaque exploitant «pour pallier la perte de systèmes de sûreté», selon la déclaration commune.
Dans une lettre adressée au directeur de l'ingénierie nucléaire à EDF, le directeur général de l'ASN, Jean-Christophe Niel, lui demande «d'examiner dès à présent des dispositions de conceptions différentes», car la «certitude d'aboutir in fine à une démonstration de sûreté acceptable fondée sur l'architecture actuelle n'est pas acquise». L'ASN relève que la «complexité» de cette architecture «rend difficile l'élaboration d'une démonstration de sûreté satisfaisante».

Pour le groupe Areva, «la sûreté du réacteur n'est pas mise en cause». Areva «soutient la démarche commune des autorités de sûreté nucléaire qui vont dans le sens d'une standardisation du contrôle-commande», a déclaré à l'AFP une porte-parole du constructeur.

La «renaissance du nucléaire est décapitée», s'est pour sa part réjoui le mouvement «Sortir du nucléaire», qui demande «l'annulation générale du programme EPR», et en particulier du chantier en cours à Flamanville (Manche) et du réacteur prévu à Penly (Seine-Maritime). «Sur le plan technique, les deux principaux réacteurs actuellement sur le marché, l'EPR français et l'AP 1000 américain, rencontrent de très graves difficultés, tant sur le plan de la sûreté que sur les chantiers déjà engagés», ajoute l'association anti-nucléaire dans un communiqué.

Destiné à devenir le premier réacteur EPR de troisième génération au monde, le réacteur d'Olkiluoto en Finlande, prévu initialement pour l'été 2009, accumule les retards et les dépassements de coût. Son entrée en service pourrait être de nouveau retardée au-delà de juin 2012, a prévenu à la mi-octobre le commanditaire TVO.

(Source AFP)

25.10.2009

Plutonium à Cadarache : une affaire "sérieuse", selon les experts

Plutonium à Cadarache : une affaire "sérieuse", selon les experts

LE MONDE | 24.10.09 | 15h05  •  Mis à jour le 24.10.09 | 15h05

A-t-on frôlé l'accident pendant des années au centre nucléaire de Cadarache (Bouches-du-Rhône) ? La question se pose crûment après la découverte, en juin, d'une sous-estimation de la masse de plutonium dispersé sous forme de poudre dans des recoins inaccessibles de l'Atelier de transformation du plutonium (ATPu), géré par Areva sur ce site du Commissariat à l'énergie atomique (CEA).

Au lieu des 8 kg estimés, les opérations de démantèlement de l'ATPu ont révélé que les "boîtes à gants", des enceintes confinées où était fabriqué du combustible MOX mêlant oxydes d'uranium et de plutonium, en contenaient 22 kg. Mais le CEA évalue à environ 39 kg la masse totale de plutonium qui pourrait s'être insinuée dans l'installation.

La question centrale est de savoir si ces accumulations auraient pu conduire à un accident de criticité, une réaction en chaîne susceptible de conduire à un "flash" très irradiant, voire mortel, pour les personnels de l'installation à proximité.

Mardi 20 octobre, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été auditionnée par la commission du développement durable de l'Assemblée nationale, les députés souhaitant être éclairés sur cette affaire inédite. Marie-Pierre Comets, commissaire à l'ASN, l'a qualifiée de "sérieuse". Et a précisé le déroulé des faits : le 1er octobre, l'administrateur adjoint du CEA informe oralement la direction de l'ASN de la sous-estimation de l'inventaire de plutonium. L'incident est officiellement déclaré par le CEA le 6 octobre, qui propose son classement au niveau 1 sur l'échelle des événements nucléaires (graduée de 0 à 7).

Le 9 octobre, l'ASN conduit une inspection sur place, accompagnée d'experts de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Il apparaît alors que la sous-évaluation était connue depuis juin. Le 14 octobre, l'IRSN remet à l'ASN un avis sur l'incident. L'ASN décide aussitôt de dresser procès-verbal, le CEA étant tenu de déclarer "sans délai" tout incident significatif. Elle reclasse celui-ci au niveau 2 et suspend les opérations de démantèlement. Le parquet d'Aix-en-Provence s'est saisi de l'affaire, afin de déterminer les raisons du retard dans la déclaration de l'incident.

Les députés ont constaté que bien des points restaient à éclaircir. "Comment expliquer une telle différence dans la comptabilité des matières radioactives ? Quelle était la marge par rapport à un accident de criticité ? Y a-t-il matière à sanctions ?", s'est interrogé Serge Grouard (UMP).

Rappelant que le risque évoqué n'était "évidemment pas" équivalent à l'explosion d'une bombe atomique, Yves Cochet (Verts) s'est demandé quel était le niveau de connaissance réel des quantités de matières nucléaires dans l'industrie française : "Y a-t-il des risques de trafic ?" Avec son collègue Christophe Bouillon (PS), il a demandé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire.

Le CEA et Areva devraient être auditionnés à une date ultérieure par les députés. Pour sa défense, le CEA fait valoir que l'ASN avait été informée oralement de l'incident en juin. "Nous savions qu'il y avait un écart depuis janvier 2008, précise même Henri Maubert, du CEA Cadarache. Cette situation avait été discutée avec la comptabilité des matières nucléaires et l'IRSN."

Selon lui, la ligne rouge n'a pas été franchie : la situation la plus critique concerne le poste 73, où les ingénieurs avaient estimé à 1,8 kg la masse de plutonium restante.

L'incertitude de pesée pour mesurer les entrées et sorties de matière à ce poste de travail serait de plus ou moins 60 grammes, ce qui pourrait expliquer la non-détection des écarts au fil des années : il en a finalement été trouvé 10,5 kg, "alors que la limite maximale autorisée était de 12 kg".

Henri Maubert admet que cette limite réglementaire a pu être dépassée lors de l'exploitation, quand ce poste pouvait voir passer une dizaine de kilogrammes de plutonium sur la chaîne de fabrication du combustible.

"Mais la masse dont on est certain qu'elle ne conduit pas à une réaction de criticité est, pour ce poste, de 60 kg, sous la forme concentrée d'une sphère. Cette configuration ne s'est jamais rencontrée", assure le responsable du CEA.

Hervé Morin

14.10.2009

Le soleil a la cote, pas le nucléaire

Le soleil a la cote, pas le nucléaire

Par Stephanie d'Hooghe, publié le 07/09/2009 10:41 - mis à jour le 07/09/2009 16:44

L EXPRESS

Une colonie de vacances écolo, un double-emploi de la surface des autoroutes et une manifestation anti-nucléaire en Allemagne: l'actualité verte en trois brèves.

Manifestation anti-nucléaire en Allemagne

A trois semaines des élections législatives, l'Allemagne a vu défiler samedi à Berlin plus de 10 000 militants anti-nucléaire. Réclamant une "véritable sortie du nucléaire", le rassemblement avait aussi pour but de militer pour la fermeture d'un site de stockage de déchets radioactifs. Selon Greenpeace, 59% des Allemands sont opposés à une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires

En savoir plus sur le réseau "Sortir du nucléaire".

Les autoroutes du soleil

Solar Roadways, une entreprise américaine, innove avec l'idée de proposer des panneaux solaires destinés à servir de revêtement pour les routes et autoroutes. La production d'électricité des autoroutes n'est pas la seule ambition de ce projet. Le revêtement incorpore aussi des LED et peut donc assurer sa signalisation, et un système de chauffage pourra aussi être utilisé en cas de gel ou de neige. Le projet a reçu une bourse de 100 000 dollars pour concevoir le premier prototype. Selon les premières estimations, 5 milliards de dollars seraient nécessaires pour équiper tous les Etats-Unis, "permettant de produire jusqu'à trois fois plus d'énergie et presque assez pour le monde entier".

Plus de détails sur le site Solar Roadways.

Les colos écolo

Boris Patentreger, chargé de programme forêt du WWF, a changé de casquette le temps d'un été pour devenir directeur de colonie. Le but? Initier la jeune génération à la cause environnementale. Réduction de l'empreinte écologique, comprendre l'effet de serre et les fruits et légumes de saison sont autant de sujets abordés sous forme de jeux avec les plus jeunes durant les vacances.

Lire l'interview de Boris Patentreger sur WWF.

12.10.2009

Faut-il se méfier des lampes basses consommation ?

Faut-il se méfier des lampes basses consommation ?

Decryptage

04/09/2009 à 09h51 LIBERATION

Alors que les ampoules à incandescence classiques, trop énergivores, sont peu à peu retirées du marché, les lampes fluocompactes soulèvent quelques inquiétudes. Fondées ?

On nous bassine depuis des mois - voire des années - avec l’arrivée révolutionnaire des lampes basse consommation (LBC), qui divisent par quatre notre facture électrique. Et notre impact écologique. «C’est bon pour la planète et pour le porte-monnaie», nous dit-on. Sauf qu’ici et là, des petites voix s’élèvent pour alerter sur les dangers potentiels de ces lampes, qui contiennent du mercure, émettent des ondes électromagnétiques, et même des rayonnements ultraviolets selon une étude anglaise. Y a t-il des raisons de s’inquiéter? Les réponses aux questions que vous vous posez (ou pas).  

Pourquoi doit-on se séparer de la bonne vieille ampoule à  filament?

Inventée en 1878 par l’Américain Thomas Edison, la lampe à incandescence classique a bien vécu. On lui reproche sa consommation énergétique excessive, elle produit essentiellement de la chaleur (95%) et très peu de lumière (5%). Dans le cadre du plan climat-énergie, l’Union européenne a arrêté un calendrier de retrait progressif des ampoules traditionnelles (d’ici 2012). La France a décidé d’anticiper, en les interdisant à l’horizon 2010. Ainsi, depuis mardi, les ampoules 100 watts sont retirées du marché, elles disparaîtront progressivement des magasins, une fois les stocks écoulés. Objectif du ministère: tripler d’ici un an la part de marché des lampes basse consommation. Aujourd'hui, on en compte 23 millions sur 180 millions d’ampoules vendues chaque année.

Les lampes basse consommation sont-elles vraiment plus écologiques?

«Oui, sur le plan global, il n’y a aucun doute là-dessus», répond du tac au tac Bernard Duval, délégué général de l’Association française de l’éclairage, qui représente 3.000 professionnels. Selon l’Ademe, «le remplacement aujourd’hui de toutes les ampoules permettrait d’économiser 8 térawatts-heures de consommation d’électricité à l’horizon 2016 (soit l’équivalent de deux fois la consommation annuelle d’électricité des habitants de Paris).»

Si l’ampoule à incandescence classique est très coûteuse en kilowatts-heures, elle n’a en revanche aucun impact sur l’environnement en tant qu’objet (du verre et un filament de tungstène). On ne peut pas en dire autant de la lampe basse consommation (LBC) qui, fabriquée à partir d’un tube fluorescent plié, contient du mercure. «Bien sûr c’est une substance dangereuse à forte dose, mais là, les quantités sont très faibles, insiste Bruno Lafitte, expert à l’Ademe. En moyenne 3 mg de mercure par ampoule. En comparaison, les néons contiennent en moyenne 7 mg de mercure/tube.»

A la différence des ampoules classiques, donc, les LBC ne doivent pas être jetées à la poubelle mais rapportées par exemple dans un magasin en vue d'être recyclées. (Toutes les infos sur Recylum, l'éco-organisme agréé la collecte des LBC).  

Ces lampes présentent-elles un risque pour la santé?

Concernant la présence de mercure, il n'y a pas de risque quand la lampe est allumée. Seul danger: si l'ampoule se casse. Et encore, insiste l’Ademe, «elle ne contient que 0,005 % de mercure mélangé au gaz inerte contenu dans le tube, le risque est donc très faible». L’association de l’éclairage conseille par précaution de bien ventiler la pièce si l’ampoule se brise.

Autre point, qui soulève des inquiétudes, les composants électroniques contenus dans la LBC. Qui dit électronique, dit champ électromagnétique. L’association Criirem, qui milite pour obtenir des normes plus restrictives en matière d’exposition aux ondes, s'est penchée sur ces lampes. «On a découvert que ces ampoules émettaient des ondes importantes, jusqu’à 300 volts/mètre. Ce fut un peu par hasard. On a été appelés pour faire des mesures chez une dame qui se plaignait des dysfonctionnements de son pacemaker. Au départ, on suspectait une antenne relais pour téléphone mobile, installée par très loin de chez elle. C’est en faisant les mesures qu’on s’est rendu compte que ce n’était pas l’antenne mais l’ampoule LBC», raconte Myriam Galbrun, technicien mesureur au Criirem, qui assure avoir alerté les pouvoirs publics dès 2007.

L'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) a alors été chargée d’établir un protocole de mesure (lire ici) pour vérifier ces résultats. «Le protocole nous a été remis en février. On vient de lancer l’appel d’offres, les mesures devraient être réalisées dans les prochains mois, répond Bruno Lafitte de l’Ademe. Mais, nous ne sommes pas inquiets, vous vous doutez bien que de nombreuses études ont été réalisées avant la mise sur le marché de ces lampes, et à part la Criirem, tous les comités d’experts ont conclu à l’innocuité de ces ampoules».

En attendant ces derniers résultats, la Criirem conseille aux consommateurs d’«éviter de les utiliser en lampe de chevet et en lampe de bureau».

A –t-on vraiment le choix ?

Dès lors que les ampoules à filament ont vocation à disparaître, existe-t-il d’autres alternatives aux lampes basse consommation ? «Oui, martèle Bernard Duval, débitant sa plaquette d’information. Il y a par exemple l’halogène amélioré. Avantages: qualité de lumière, allumage instantané, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ampoule d’Edison. Inconvénient: elle consomme beaucoup plus qu’une LBC et donc vouée à disparaître à terme.»

Autre option, la diode électroluminescente (LED). Utilisée surtout aujourd’hui à faible puissance comme voyant sur les appareils ménagers, elle est en plein développement. «Et d’ici 2020, la LED pourra concurrencer la LBC», parie Bernard Duval. «C'est important de rappeler ces lampes  alternatives. Car au fond, ce qui irrite les consommateurs, c'est de se sentir obligé, de ne pas avoir le choix. Surtout pour quelque chose qui touche à l'intime comme la lumière.»

07.10.2009

Ce que les lampes basse consommation vont changer chez vous

Ce que les lampes basse consommation vont changer chez vous

Par Anne-Sophie Ladonne, publié le 31/08/2009 17:40 - mis à jour le 01/09/2009 14:28

L EXPRESS

Ce mardi 1er septembre marque l'extinction des ampoules à filaments de 100 W et plus en Europe, qui ne seront plus distribuées. A leur place, des lampes basse consommation (LBC), notamment des fluocompactes. Et ça change tout.

Les LBC vous font faire des économies, mais éclairent différemment. Il faut donc apprendre à les choisir.

Au rayon lampes à basse conso, les fluocompactes (sortes de mini-néons en forme d'ampoules) permettent d'économiser jusqu'à 80% d'énergie par rapport aux ampoules à filament pour une intensité lumineuse comparable. On leur reproche toutefois leur éclairage agressif, blanc et froid, mais la technologie évolue, et l'on peut trouver des ampoules à température de couleur moins froide. Si vraiment vous ne pouvez pas vous y faire, optez pour des lampes halogènes à haute efficacité, dont l'éclairage est plus proche de celui des ampoules à incandescence, mais pour économie d'énergie moindre (pas plus de 50%). Enfin, les lampes à LED (diodes électroluminescentes) permettent d'économiser jusqu'à 90% d'électricité, mais leur puissance n'excède pas les 40 watts, leur faisceau d'éclairage est étroit et leur prix bien plus élevé. Pour voir en un coup d'oeil si la lampe que vous achetez est vraiment économe, regardez l'étiquette: Il existe des classes d'énergie qui indiquent les degrés d'économies: elles vont de A, pour les "très économes", à G pour les plus gourmandes.

Les LBC sont plus chères

Une fluocompacte de 20 W coûte en moyenne 8 ou 9 euros alors qu'une ampoule à filaments de 80 W (éclairage similaire) ne coûte qu'un euro. Une ampoule à LED de 40 W coûte environ 19 euros... Les ampoules basse consommation sont bien plus chères que les ampoules à incandescence! Raison avancée par les constructeurs: elles sont issues de technologies plus innovantes et complexes, donc plus coûteuses, la fabrication des lampes à LED et des fluocompactes nécessitant en particulier du travail manuel. Les fabricants expliquent que c'est aussi parce qu'ils investissent dans la recherche pour développer les ampoules basse conso et que les prix vont chuter avec le temps.

Les LBC fluocompactes dégagent des ondes électromagnétiques, mais elles ne sont pas dangereuses, assure l'Ademe.

Le Criirem (association militante indépendante) avait dénoncé, en 2007, la relative nocivité des LBC, notamment des fluocompactes qui dégagent des ondes électromagnétiques (potentiellement cancérigènes) et qui contiennent du mercure. Le Criirem avait alors déconseillé de les utiliser dans des conditions où l'utilisateur est souvent à moins de 1 mètre de la lampe (lampe de chevet, de bureau, etc.). L'Ademe a publié, la semaine dernière, un avis sur les ampoules basse consommation. Elle conclut à "l'innocuité des champs électromagnétiques". L'Ademe recommande de les utiliser correctement: "à plus de 30 cm d'une personne, elles ne sont pas dangereuses pour la santé humaine".  Cela dit, il n'existe actuellement aucune norme de mesure des ondes électromagnétiques à moins de 30 cm. L'Ademe, en collaboration avec l'Afsset et le Criirem, a donc lancé une grande campagne de mesure sur 100 LBC. Les résultats devraient être publiés début 2010. L'Ademe parle également d'un projet de normes internationales.

Les LBC doivent être recyclées.

Les consommateurs ont deux solutions: la déchetterie et les bacs spéciaux dans les grandes surfaces. Les lampes sont acheminées dans des centres de triages spécifiques, et tous les matériaux sont réutilisés: verre, métaux etc. Pour les lampes fluocompactes, qui contiennent du mercure, la filière de recyclage est la même. Le mercure est stabilisé puis mis dans des fûts eux-mêmes stockés dans des centres spéciaux. Les LBC sont recyclées à 90%, selon Recyclum, même si ce chiffre, élevé, est mis en doute par certains acteurs de la filière.

05.10.2009

Crise de croissance pour le secteur de l'énergie solaire photovoltaïque

Crise de croissance pour le secteur de l'énergie solaire photovoltaïque

LE MONDE | 31.08.09 | 16h13  •  Mis à jour le 31.08.09 | 16h13

L'euphorie est quelque peu retombée sur le marché du solaire. Depuis le début de l'année, les industriels cherchent leurs marques, les marchés sont bousculés et les gouvernements hésitent encore quant à la place à donner au solaire photovoltaïque dans leur portefeuille énergétique. Du coup, le secteur est entré dans une période d'adaptation parfois chahutée.

Face à ces turbulences, les fabricants de panneaux subissent un coup de froid. Mi-août, l'allemand Q-Cells, l'un des tout premiers producteurs mondiaux, a annoncé avoir accusé une perte de près de 700 millions d'euros sur le premier semestre 2009, contre un bénéfice de 82,1 millions d'euros sur la même période en 2008. Un revers brutal, qui survient après des annonces de licenciements chez des fabricants chinois.

Le cabinet d'analyses américain iSuppli estime même qu'un engorgement du marché pourrait se produire en 2009, qui verrait la production de panneaux atteindre une puissance totale de 7,5 gigawatts, alors que les installations nouvelles représenteraient seulement un peu moins de 4 gigawatts. En 2008, les ventes mondiales avaient atteint 5,6 gigawatts, selon l'Association européenne de l'industrie photovoltaïque (EPIA).

ENGORGEMENT

Outre l'impact de la crise économique mondiale sur les dépenses d'installation et sur les investissements dans des parcs solaires, le marché du solaire souffre, ces derniers mois, de maux qui lui sont propres. L'Espagne, qui représentait plus de 45 % du marché mondial en 2008, a drastiquement réduit sa politique d'aide financière au solaire, trop coûteuse pour les finances publiques. "L'instabilité des règles, économiques et techniques, est une très mauvaise chose pour la filière", note André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables.

Malgré les signes avant-coureurs de la décision espagnole et d'un engorgement du marché, beaucoup d'industriels, engagés dans une bagarre de parts de marché, ont continué à produire. Henning Wicht, du cabinet iSuppli, note non seulement que le secteur du solaire a récemment attiré un très grand nombre de nouveaux acteurs, qui peinent parfois à y trouver leur place, mais aussi que la production de panneaux est une activité à forts coûts fixes, qui s'accommode mal de variations de marché. Les à-coups conjoncturels ne paraissent pas pour autant remettre en cause la tendance à la croissance sur le long terme. D'autant que le coût du polysilicium, la matière première des modules photovoltaïques, devrait baisser, suite à la récente augmentation de la production mondiale.

"L'attractivité du solaire reste solide, sans inspirer de crainte sur le marché", affirme Eleni Despotou, directrice de la stratégie politique de l'EPIA. L'énergie solaire représente actuellement moins de 1 % de la consommation européenne d'électricité, mais pourrait en fournir entre 4 % et 6 % en 2020, selon le cabinet de conseil A. T. Kearney. Cette proportion pourrait même atteindre jusqu'à 12 %, selon Eleni Despotou, si les décideurs politiques européens établissaient "des conditions plus favorables, par exemple en matière de réseaux intelligents (smart grid) et de techniques de stockage de l'énergie".

De nombreux pays projettent de développer nettement la part du solaire dans leur production d'énergie. En France, le Grenelle de l'environnement a fixé un objectif d'une puissance installée de 5,4 gigawatts en 2020. Ces engagements à long terme ont conduit EDF à présenter, fin juillet, un projet d'usine de panneaux solaires avec l'américain First Solar.

Plus important marché mondial ces dernières années, excepté en 2008 avec la brusque montée en régime de l'Espagne, l'Allemagne devrait reprendre la tête en 2009, tandis qu'aux Etats-Unis, la baisse des prix et les aides fédérales vont soutenir la demande.

Les fabricants chinois, déjà très présents dans le Top 10 mondial, vont, de leur côté, profiter non seulement du plan de relance économique initié par leur gouvernement, mais aussi de la politique d'équipements en installations solaires des provinces. Cela leur permettra de se constituer une base nationale propice à une stratégie de développement encore plus offensive à l'étranger.

Bertrand d'Armagnac

04.10.2009

De l’eau dans le gazoduc Nord Stream

De l’eau dans le gazoduc Nord Stream

Energie. L’impact écologique du projet, qui doit traverser la Baltique, inquiète les pays frontaliers.

31/08/2009 à 06h52 LIBERATION

Par ANNE-FRANÇOISE HIVERT SCANDINAVIE, de notre correspondante

E-FRANÇOISE HIVERT SCANDINAVIE, de notre correspondante

Les 168 premiers tubes d’acier de 12 mètres de long viennent d’arriver dans le port de Karlskrona, au sud-ouest de la Suède. 13 000 autres devraient y êtres acheminés d’ici la fin de l’année. Nord Stream espère débuter la construction du gazoduc, qui doit relier l’Allemagne à la Russie par la mer Baltique, dés le printemps 2010. Le consortium, contrôlé à 51% par le géant russe Gazprom, n’attend plus que le feu vert d’Helsinki, de Stockholm et Copenhague, pour lancer les travaux, dont le coût est évalué à 7,4 milliards d’euros. Mais autour de la Baltique, on se fait prier.


En Suède, les consultations menées par le ministère de l’Industrie et l’Agence suédoise de protection de l’environnement viennent à peine de prendre fin. Elles portaient sur l’impact environnemental du projet, qui doit traverser la zone économique du royaume. Les critiques sont multiples.


Les organismes consultés mettent en garde contre l’impact de l’ouvrage de 1220 km, sur une mer déjà bien abîmée, dont les fonds sont truffés d’anciennes munitions et de matières dangereuses. «Les inquiétudes concernent la modification des courants d’eau, les conséquences sur les stocks de poisson, la pêche ou les oiseaux, ainsi que la sécurité du trafic maritime», résume Egon Enochsson, de l’Agence de protection de l’environnement.


L’Institut météorologique et hydrologique suédois s’interroge aussi sur le sérieux de l’étude d’impact environnemental, y relevant un certain nombre d’informations «fausses» et «trompeuses». A Helsinki, Seija Rantakallio, conseillère au ministère de l’Environnement, affirme, pour sa part, «manquer d’informations de fond, permettant de comprendre comment le promoteur est parvenu aux conclusions qu’il présente».


Consultés sur l’impact transfrontalier du projet, la Pologne et les Pays Baltes ne cachent par leur opposition à la construction du gazoduc. Le géologue Ivar Puura, de l’Académie estonienne des sciences, dénonce «la faiblesse générale de la coordination scientifique». Il accuse «la direction et les leaders de Nord Stream de ne pas avoir pris leur rôle, ni celui de leurs experts, au sérieux», choisissant de «dépenser beaucoup de ressources en relations publiques, plutôt que de viser une cohérence et une clarté scientifiques».

Il est vrai que depuis le lancement du projet en 2005, Nord Stream n’a pas ménagé ses efforts, en recrutant, d’abord, l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, propulsé président de comité des actionnaires. Puis, l’ancien premier ministre finlandais, Paavo Lipponen, et son assistant, nommé chef de la représentation européenne du consortium. En Suède, la communication de Nord Stream est assurée par un ancien attaché de presse, ayant servi sept ministres sociaux-démocrates, ainsi que l’ex-directrice de cabinet du premier ministre Fredrik Reinfeldt.


Heidi Hautala, député verte finlandaise, parle d’une stratégie consistant à «approcher d’aussi près que possible le cercle des preneurs de décision». Car, dit-elle, «le temps presse». Lors d’une conférence de presse à Berlin, mi-juillet, le président russe, Dmitri Medvedev, et la chancelière allemande, Angela Merkell, ont manifesté leur impatience, à l’égard de Stockholm notamment, qui préside actuellement l’Union européenne, et devrait comprendre «à quel point le projet est stratégiquement important et nécessaire».


En Suède, on dénonce des tentatives de corruption. Une enquête préliminaire a été ouverte contre un professeur de l’Université de l’île de Gotland, à qui Nord Stream a versé une subvention de 5 millions de couronnes (0,5 million d’euros). «Ce projet fait partie d’un programme international de recherche soutenu par Nord Stream», assure Jens Müller, porte-parole du consortium. Le problème, note le procureur Malin Palmgren,  «c’est que le professeur est un des experts de l’Université qui doit donner son avis sur la construction du gazoduc».


Autre sujet qui fait scandale: la rénovation du port de Slite, sur l’île de Gotland, financée par le consortium, qui veut en faire son centre logistique en Suède, pour un budget évalué à 6,5 millions d’euros. Stefaan De Maecker, élu vert, s’insurge: «Quand il a fallu voter la motion que nous avions préparé en 2006, disant que nous ferions tout pour que le gazoduc soit construit on shore, la majorité a voté contre, y compris l’élu centriste, qui en était à l’origine». Mais aujourd’hui, la municipalité assure de sa bonne foie. Consultée par le ministère de l’Industrie, elle vient de s’opposer à la construction du gazoduc.

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