16.06.2009

De plus en plus d'enfants déracinés et abandonnés dans le monde

De plus en plus d'enfants déracinés et abandonnés dans le monde

LE MONDE | 02.06.09 | 17h54  •  Mis à jour le 02.06.09 | 17h55

Vingt ans après l'adoption, le 20 novembre 1989, à New York, de la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, le sort des enfants dans le monde demeure un sujet de préoccupation majeure. Ratifiée par tous les pays de l'Organisation des Nations unies (ONU), à l'exception de la Somalie et des Etats-Unis, ce texte affirme le droit à "tout être humain de moins de 18 ans" d'être considéré comme une personne à part entière, sujet de droit de façon inaliénable et sans discrimination.

Si la transposition de ce texte en droits nationaux a permis d'enregistrer de réels progrès dans le respect de ces droits, des violations souvent très graves n'en persistent pas moins dans de nombreuses régions du monde. En témoigne le "document de référence" que le Bureau international catholique de l'enfance (BICE), association privée qui mène sur le terrain une action de plaidoyer, vient de mettre en ligne.

Rédigé à la suite d'une enquête de deux ans conduite dans 66 pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie et d'Europe, ce rapport souligne que des millions d'enfants vivent actuellement "une situation de déracinement". Et que la crise économique, en se diffusant à l'échelle de la planète, accroît encore la menace qui pèse sur eux. Un constat qui conduit le BICE, à l'occasion du 20e anniversaire de la Convention, à lancer, le jeudi 4 juin à Genève, un appel mondial à "une nouvelle mobilisation pour l'enfance".

Enfants soldats, enfants travailleurs, enfants abandonnés, abusés, violés, obligés de fuir devant la guerre, la famine, les catastrophes naturelles : quel que soit leur drame, les enfants de la misère, de plus en plus souvent, sont aussi les enfants de la rue. D'après l'ONU, ils seraient environ 150 millions à y vivre dans le monde, dans des conditions d'éducation et de santé dérisoires, exposés aux abus, à la violence et à l'exploitation. Et tout indique que ce chiffre continuera d'augmenter, tant que les populations les plus pauvres des pays en développement se déplaceront massivement vers les villes dans l'espoir d'y trouver du travail.

"La plus grande partie de ces populations se retrouve dans des bidonvilles, avec des conditions de vie catastrophique", rappelle Yves Marie-Lanoë, président du BICE. Résultat : "Ces enfants, complètement déracinés culturellement, passent brutalement d'une structure familiale et communautaire, donc protectrice, au monde de la rue qui est une véritable jungle."

Un changement de vie d'autant plus catastrophique que les experts observent, dans toutes les régions du monde, une inquiétante fragilisation des familles. Déjà ancien en Amérique latine, ce phénomène se développe en Afrique, où l'enfant "est de moins en moins perçu comme une richesse, et de plus en plus comme une charge".

En Asie, la situation est plus contrastée. Mais la rapidité des changements socio-économiques n'en a pas moins d'importantes conséquences pour la structure familiale : "Augmentation de l'âge du mariage, diminution de la taille de la cellule familiale, changement des attributions de chaque sexe au sein de la famille, apparition des familles d'accueil, vieillissement de la population." Tandis qu'en Europe et dans la Communauté des Etats indépendants (CEI), où 18 millions d'enfants de moins de 15 ans vivent dans des conditions d'"extrême pauvreté", la dispersion des familles et l'accroissement des divorces entraînent trop souvent "le délaissement, voire l'abandon des enfants par leurs parents".

Particulièrement préoccupante : la situation des enfants de Roms, privés de leur droit à l'éducation. Sur les 4 millions vivant dans les Etats membres du Conseil de l'Europe, on évalue à 2 millions ceux qui ne fréquenteront jamais l'école. Autre motif d'inquiétude, récent et massif : le nombre d'enfants abandonnés en Russie. Selon les chiffres officiels, ils seraient de 3 millions à 5 millions, alors que seuls "700 000 sont orphelins ou enfants de parents déchus de leur autorité".

Dans ce tableau plutôt sombre, on trouve pourtant une touche d'optimisme. Elle a pour nom "résilience" et désigne la capacité des enfants à dépasser, pour peu qu'on les y aide, les défis que la vie leur impose. Une faculté qu'il importe, souligne le BICE, de soutenir assidûment, en favorisant "la participation, la solidarité et la responsabilité des enfants pour qu'ils deviennent protagonistes de leur vie".

L'organisation, dans son rapport, fait état d'un certain nombre de cas où ce sont les communautés d'enfants et d'adolescents elles-mêmes qui font valoir leurs droits auprès des adultes. Avec un succès relatif, mais certain.

"En Amérique latine, il y a véritablement une culture de la participation des enfants à la décision. Ils connaissent l'existence de la Convention, et en font un outil pour défendre leurs droits et leurs revendications", précise M. Marie-Lanoë. Né au Pérou il y a une trentaine d'années, le mouvement des enfants travailleurs - qui ne défend pas le travail des enfants, mais les enfants au travail - a essaimé dans tous les pays d'Amérique du Sud. Et, dans une moindre mesure, en Afrique et en Asie.


Pour en savoir plus :

La revue "Le Droit des enfants à la ville"

Catherine Vincent

09.08.2008

DOIT DE GARDE OPPOSABLE

Petite enfance
Le droit de garde opposable, un outil d'insertion sociale ?
publié le 31 juillet 2008

Alors que Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes, vient de remettre au Premier ministre son rapport sur le développement de l'offre d'accueil de la petite enfance (voir notre article ci-contre), le Centre d'analyse stratégique (CAS, ex-Commissariat au plan) se penche à son tour sur le sujet. Il publie en effet une note de veille intitulée "Droit d'accueil du jeune enfant : une double exigence qualitative et quantitative".
Celle-ci propose une approche originale de la question, à travers ses enjeux sociaux et éducatifs. L'étude invite en effet à considérer le droit à l'accueil du jeune enfant comme "une dimension essentielle d'une stratégie plus globale d'investissement dans le capital humain et de lutte contre la reproduction intergénérationnelle de la pauvreté". Elle rappelle en effet que "la privatisation de la prise en charge des petits enfants peut être un puissant mécanisme de reproduction intergénérationnelle des inégalités". En d'autres termes, une garde exclusive par une mère défavorisée ou un entourage familial défavorisé risque de peser sur les capacités de développement cognitif de l'enfant et - plus tard - sur son parcours scolaire. A l'appui de cette thèse, le CAS passe en revue un certain nombre d'études à caractère sociologique ou psychologique, montrant que les écarts importants dans les capacités cognitives sont très corrélés au niveau d'éducation de la mère et au niveau du revenu.
Dans ces conditions, "l'accès des enfants aux crèches et à des établissements préscolaires de grande qualité est une mesure efficace en faveur de l'égalité des chances, dont les plus défavorisés tirent les plus grands bénéfices". Or, ce sont précisément les parents peu diplômés, pauvres ou migrants qui recourent le moins ou accèdent le plus difficilement aux modes de gardes collectifs pour leurs enfants. Le CAS préconise donc de prendre en compte cette dimension sociale et éducative dans la mise en place du droit opposable. En pratique, il s'agirait de favoriser l'accès des familles les moins favorisées aux crèches, le recours aux assistantes maternelles étant jugé moins pertinent dans ce cas de figure.
Sachant que les modes de garde collectifs sont aussi les plus coûteux (environ 11.000 euros par place en investissement et 13 à 15.000 euros par an et par place en fonctionnement), le CAS est conscient qu'une telle approche conduirait inévitablement à faire des choix. Ceux-ci risquent de se trouver en contradiction avec les politiques des communes qui, tout en étant ouvertes au rôle social des crèches (notamment à travers une tarification allant jusqu'à la gratuité), s'efforcent à la fois d'assurer une certaine mixité sociale et de préserver leurs recettes en atténuation (les familles aisées acquittant le tarif maximal). La note du CAS juge cependant nécessaire d'aller même au-delà de la seule question des modes de garde, en préconisant "un meilleur accompagnement global de la mère et de l'enfant défavorisés [...] dès la phase prénatale". Une prise de position qui confortera les communes et les départements engagés dans le financement d'action de soutien à la parentalité.


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