19.09.2009
Adieu Mars
Adieu Mars
LE MONDE | 22.08.09 | 14h06
Nombreux sont les présidents américains à avoir promis la Lune à leurs concitoyens. Au figuré et au propre. En 1961, Kennedy fait, à l'Amérique humiliée par l'exploit du rival soviétique - le vol orbital de Youri Gagarine, premier humain dans l'espace -, le serment fou qu'un Yankee foulera le sol lunaire avant la fin de la décennie. Pari tenu le 21 juillet 1969.
Vingt ans plus tard, Bush père, désireux de raviver l'éclat de la bannière étoilée, terni par l'explosion de la navette Challenger, annonce une prochaine implantation lunaire, tremplin vers Mars. Cette fois, le succès n'est pas au rendez-vous : le coût est prohibitif et le projet abandonné. En 2004, Bush fils le relance, en faisant miroiter un retour sur notre satellite dans les dix ans, prélude à un débarquement sur la Planète rouge en 2030.
Barack Obama ne s'inscrit pas dans cette lignée. En mai, il a confié à une commission d'experts une revue complète, financière et technique, du programme de vols habités de la NASA. Ses premières conclusions brisent en plein vol l'élan américain. Les Etats-Unis devront soit renoncer à leurs ambitions lunaires et martiennes, soit y consacrer des dizaines de milliards de dollars supplémentaires.
Que décidera le nouveau président ? La crise économique ne lui offre guère de marge de manoeuvre. Et la sensibilité nouvelle de l'administration américaine - mais aussi de l'opinion - aux questions environnementales et climatiques pousse à privilégier les missions scientifiques d'observation de la Terre, pour mieux comprendre comment elle réagit au réchauffement et aux pollutions, suivre l'évolution de ses ressources en eau, ou encore apprendre à prévoir ses séismes et ses éruptions volcaniques. En confiant à des engins robotisés le soin d'explorer l'espace lointain.
A l'affrontement des blocs, qui fut longtemps le moteur de la course aux étoiles, a succédé l'ère de la coopération entre puissances spatiales, au sein de la station orbitale internationale. D'autant plus que la mise au rebut de ses navettes, fin 2010, va laisser l'Amérique sans ailes.
Ce n'est pas pour autant la fin du rêve spatial. Les enjeux stratégiques, industriels et scientifiques ne sont pas seuls à le porter. Il procède aussi d'une quête de découverte et de dépassement. A l'aube du XXe siècle, le savant russe Konstantin Tsiolkovsky l'énonçait ainsi : "La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne vit pas éternellement au berceau." Cette perspective demandera, à l'évidence, de la patience.
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13.06.2009
La promesse d'aubes galactiques
La promesse d'aubes galactiques
LE MONDE | 29.05.09 | 17h14
Observer les contrées les plus lointaines de l'Univers, c'est-à-dire remonter aux événements cosmiques les plus anciens (le temps que met leur lumière à nous parvenir étant proportionnelle à leur distance). C'est ce que va permettre le nouveau spectrographe du Très Grand Téléscope (Very Large Telescope, VLT) de l'Observatoire européen austral (ESO).
Associant quatre miroirs de 8,2 mètres de diamètre, installés à 2 600 mètres d'altitude, sur le mont Paranal, dans le désert chilien d'Atacama (où le ciel est parfaitement dégagé), le VLT est aujourd'hui l'instrument astronomique au sol le plus avancé. Et le plus productif, avec une publication par jour dans une revue scientifique. Mis en service entre 1998 et 2000, il avait toutefois besoin d'affûter sa vision.
C'est chose faite avec le spectrographe X-shooter, fruit de la collaboration de onze instituts danois, français, italiens et néerlandais, et d'un investissement de 6 millions d'euros. Le nouvel instrument se compose en fait d'un ensemble de trois spectrographes qui, ensemble, vont permettre d'enregistrer, en une seule fois et avec une sensibilité inégalée, la totalité du rayonnement - ou spectre de lumière - émis par un objet ou un événement céleste. Et donc d'analyser leurs caractéristiques physico-chimiques, autrement dit leur nature.
NAISSANCE DES ÉTOILES
"Jusqu'à présent, explique Sandro D'Odorico, coordinateur de l'équipe de chercheurs et d'ingénieurs, il fallait plusieurs télescopes, différents détecteurs et des observations multiples pour couvrir toute la gamme de longueurs d'onde, de l'ultraviolet jusqu'à l'infrarouge." Si bien que les données, acquises dans des conditions et à des moments distincts, étaient difficilement comparables. Il fallait compter sur la chance pour capturer au vol le signal de phénomènes cosmiques aussi violents que fugaces.
C'est le cas des sursauts de rayons gamma, les explosions les plus énergétiques et les plus lumineuses connues dans l'Univers, provoquées par l'effondrement du coeur d'étoiles massives se transformant en trou noir. Ces fulgurantes bouffées de rayonnements ne durent que quelques secondes et leur trace - la rémanence - s'estompe en quelques heures. D'où l'intérêt de disposer d'un instrument opérationnel sur tout le spectre lumineux. "Avec X-shooter, annonce François Hammer, de l'Observatoire de Paris, nous allons fouiller l'Univers, l'explorer sous toutes les coutures, en remontant jusqu'à 270 millions d'années après le Big Bang." L'âge de la naissance et de la mort des premières étoiles, l'aube galactique sur laquelle les astrophysiciens ne savent encore presque rien.
Pendant sa phase de test, le nouveau spectrographe s'est déjà fait l'oeil, en détectant un sursaut gamma survenu un peu plus de 2 milliards d'années après le Big Bang. D'âge canonique donc, mais bien plus récent que les flashes visés à l'avenir. Le plus ancien sursaut capté à ce jour - il a été repéré le 23 avril dans la constellation du Lion - s'est produit 600 millions d'années après le Big Bang.
Ce n'est qu'une première étape. Les équipes de l'ESO travaillent à la conception de l'Extremely Large Telescope : un télescope géant de 42 mètres de diamètre, qui pourrait être pointé vers le ciel à l'horizon 2018, pour un coût de 1 milliard d'euros.
Cet oeil cyclopéen aura notamment pour mission de traquer les exoplanètes gravitant hors de notre système solaire. Non plus des géantes gazeuses surchauffées. Mais des cousines de la Terre, propres à receler de l'eau liquide, donc à être habitables... ou même habitées.
Pierre Le Hir
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