19.11.2009

Au Brésil, un barrage écologiquement neutre

Au Brésil, un barrage écologiquement neutre

LE MONDE | 23.10.09 | 15h55  •  Mis à jour le 23.10.09 | 18h15

Entre collines et savane, c'est un immense chantier hydroélectrique comme un autre, avec son barrage, ses tunnels et ses remblais de terre ocre, au long du rio Sao Marcos, à trois heures de route de Brasilia. Mais la construction de la centrale Batalha, qui doit être inaugurée en 2011, donne lieu à un projet environnemental inédit à pareille échelle. Celui-ci sera présenté par le Brésil lors du Congrès mondial des grands barrages, Hydro 2009, qui se tient du 26 au 28 octobre à Lyon.

Un mot le résume : compensation. Le programme en cours a pour principal objectif de compenser, par une reforestation minutieuse, les émissions de gaz carbonique qui auront été générées du premier au dernier jour du chantier par les moteurs et les machines utilisés pendant les travaux.

Il s'agit d'être écologiquement neutre en reconstituant aussi fidèlement que possible le paysage naturel tel qu'il existait, dans sa diversité et son originalité, avant l'ouverture du chantier. Ce programme est conduit en partenariat par deux maîtres d'oeuvre de l'usine, géants de l'équipement brésilien : Camargo Corrêa, l'un des leaders, avec 30 000 employés, de la construction civile sud-américaine ; Furnas, qui a construit et gère 13 centrales électriques produisant 10 % de l'énergie du pays.

La compensation environnementale est mise en oeuvre par ce tandem à Cristalina, dans l'Etat de Goias, et sur deux autres chantiers, le premier, très proche d'ici, et le second dans le sud du Brésil. La construction des trois usines devrait "consommer", prédisent les experts, 36 millions de litres de diesel qui exigent, en échange, qu'on replante quelque 68 000 arbustes, dont la moitié est déjà en terre. Au rythme où s'accomplit la photosynthèse, précise l'ingénieur Eduardo Peixoto, l'opération de compensation sera intégrale au bout de vingt ans.

Le scénario mis au point est précis. Il commence, avant les travaux, par la collecte du germoplasme, le matériel génétique de plusieurs espèces végétales, notamment les orchidées et les bromélias, vitales pour la protection de la faune. Les premières retiennent l'eau et sont un milieu idéal pour les petits vertébrés, les reptiles et les amphibiens ; les seconds sont un lieu de nidification et de nourriture pour diverses familles de petits animaux.

Ces semences et beaucoup d'autres, représentatives de la diversité génétique de l'écosystème, grandissent ensuite dans des sachets de terre entreposés dans des pépinières. Celle de Batalha abrite 100 000 plants, représentant 40 espèces, qui sont repiquées sur les terres dégradées par le chantier et préalablement restaurées. La réhabilitation des espaces fortement dégradés par les travaux aux alentours de la future usine fait appel à diverses techniques. Par exemple, on récupère de gros volumes de terre mêlée aux arbustes de la savane sur la zone qui sera inondée par le lac de retenue du barrage ; on en recouvre ensuite, enrichis ou non d'engrais, les sols appauvris ou abîmés par le chantier.

On peut aussi semer des herbacées à croissance rapide qui protègent de l'érosion, reconstituer des "galeries" d'arbustes, ou même installer des perchoirs artificiels qui attireront les oiseaux et les chauves-souris. Une autre technique consiste à composer des "îlots de forte diversité", regroupant cinq plants d'espèces différentes, qui, en poussant ensemble, garantiront une pluralité écologique. Tous ces procédés sont bon marché et respectueux de l'environnement.

Ce programme revêt, aux yeux des Brésiliens, une valeur exemplaire. Directeur de la construction chez Furnas, Marcio Porto souligne qu'en le présentant à Lyon, son pays "veut montrer au monde que les entreprises brésiliennes ont de fortes préoccupations environnementales et développent des projets innovateurs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre."

Avec quelque 25 % des espèces recensées dans le monde, le Brésil possède la plus grande biodiversité de la planète. A l'exception de l'Amazonie, ses biomasses sont cependant fortement dégradées. C'est le cas de la Mata Atlantica, la forêt primaire atlantique, et du Cerrado, la savane centrale. Tous deux figurent sur la liste mondiale des 25 "hotspots" - régions prioritaires - de la biodiversité, à la fois biologiquement très riches et fortement menacées.

Directeur de projets chez Camargo Corrêa, Marco Bucco insiste sur l'urgence d'une "conscientisation environnementale" de la population, à laquelle les deux entreprises concernées contribuent en créant sur les chantiers des "centres intégrés d'éducation" qu'ont déjà fréquenté plus de 6 000 personnes, très jeunes en majorité.

Ce "changement de culture" passe par l'école. Près de Cristalina, une ancienne fazenda est devenue "réserve du patrimoine naturel".

Les élèves d'alentour viennent y apprendre in situ les rudiments de l'écologie. Et lorsqu'on demande à une classe d'une trentaine d'enfants d'expliquer le processus de la photosynthèse, toutes les mains se lèvent, pour le plus grand plaisir de leur professeur.

Jean-Pierre Langellier

18.11.2009

Ben Ali 5

Ben Ali 5

LE MONDE | 22.10.09 | 14h25  •  Mis à jour le 22.10.09 | 14h25

Nul besoin d'être devin pour prédire que, dimanche 25 octobre, l'élection présidentielle en Tunisie verra le triomphe de Zine El-Abidine Ben Ali, qui, à 73 ans, va entamer un cinquième mandat. Au pouvoir depuis vingt-deux ans, le tombeur d'Habib Bourguiba, le "père de l'indépendance" écarté à la suite d'un "coup d'Etat médical", a toujours écrasé ses adversaires, ne leur abandonnant que des miettes. Le comble a été atteint lors du scrutin de 1994, où M. Ben Ali avait raflé 99,81 % des suffrages, selon les chiffres officiels. Cinq ans plus tard, sollicitant un troisième mandat, il s'était contenté de 94,49 % de votes en sa faveur - sur fond de participation massive, comme à chaque fois.

Ces scores absurdes, qui en disent long par leur invraisemblance sur la réalité de la démocratie tunisienne, étaient aussi ceux de son prédécesseur. A quatre reprises, de 1959 à 1974, Habib Bourguiba a été élu et réélu à la présidence avec plus de 99 % des suffrages exprimés. Avec de tels plébiscites, un scrutin présidentiel ne s'imposait plus et, logiquement, en 1975, Bourguiba instaurait la présidence à vie. Circonstance atténuante : c'était Bourguiba ! Un grand de l'Histoire.

Indéfendable sur le plan politique, cette continuité d'un président à l'autre a été positive dans d'autres domaines. Sur des questions cruciales comme le statut de la femme ou la politique démographique, Ben Ali a eu l'intelligence de poursuivre l'oeuvre de Bourguiba. La Tunisie y a gagné en modernité.

Les choix économiques de M. Ben Ali se sont souvent révélés être les bons. En privilégiant l'économie de marché, en tissant très tôt des liens solides avec les pays de l'Union européenne, en mobilisant des ressources importantes en faveur de l'éducation, la Tunisie, dépourvue de ressources naturelles, est un exemple de développement plutôt réussi, même si la corruption, systématiquement organisée au profit du clan présidentiel, et la frilosité des entreprises tunisiennes hors de leur marché national posent problème.

"Ben Ali 5" sera-t-il conforme aux autres ? Un mélange d'Etat policier, impitoyable pour les opposants laïques ou islamistes, embastillés, torturés, tabassés, sur fond de mieux-être économique ? Est-ce là l'ambition de M. Ben Ali au soir d'un quart de siècle à la tête de la paisible Tunisie ? Il peut se targuer d'avoir développé son pays mieux que l'Algérie ou le Maroc. Il devrait aspirer à en faire un modèle sur le plan politique. Malheureusement, cela n'en prend pas le chemin.

17.11.2009

Outre-Rhin

Edito du Monde

Outre-Rhin

LE MONDE | 11.11.09 | 14h03  •  Mis à jour le 11.11.09 | 14h04

Les dernières querelles historiques entre l'Allemagne et la France ont été soldées. En se rendant à Berlin le 9 novembre pour les 20 ans de la chute du Mur, Nicolas Sarkozy a voulu dissiper un malentendu, celui d'une France qui n'aurait pas voulu de la réunification. François Mitterrand a bien eu quelques hésitations, mais elles furent largement nourries par Helmut Kohl, qui refusait, pour des raisons de politique intérieure, de reconnaître l'intangibilité de la frontière germano-polonaise dessinée en 1945.

Deux jours plus tard, la France accueille pour la première fois sur la tombe du Soldat inconnu une chancelière allemande pour les cérémonies du 11-Novembre. Angela Merkel accomplit là un geste fort en s'associant au recueillement des Français : à tort ou à raison, l'armistice de 1918 fut vécu par l'Allemagne, défaite à l'issue de quatre ans d'un effroyable carnage, comme le prélude au traité de Versailles, qui contribua largement à l'émergence du parti nazi.

A Berlin puis à Paris, ces gestes symboliques mettent un terme à la guerre des mémoires. M. Sarkozy et Mme Merkel doivent désormais trouver une ambition commune. Si les deux pays - socle de l'Union européenne - ne prennent pas en main leur destin commun, l'Europe se marginalisera. Déjà, Barack Obama néglige les Européens : absent de Berlin le 9 novembre, il a prédit un échec du sommet de Copenhague sur le climat.

Paris et Berlin défendent des positions proches sur la régulation financière et la lutte contre le réchauffement de la planète. Cela ne dessine pas pour autant une ambition vigoureuse et partagée. La France fait un peu figure d'amoureuse éconduite dans ce couple de raison : gouvernement économique, ministre franco-allemand, politique énergétique et industrielle commune, les propositions émanent de Paris. L'Allemagne n'en veut guère, persuadée d'avoir trouvé la martingale économique, tandis que la France peine à se moderniser et apparaît peu crédible du fait de ses déficits publics. Les deux capitales donnent le sentiment d'avoir signé un pacte de non-agression, sans projet commun.

Cette anémie s'explique également par un malaise profond depuis vingt ans : les sociétés allemande et française deviennent chaque jour plus étrangères l'une à l'autre. Le volontarisme des années 1960 - jumelages et échanges linguistiques - a fait long feu. On ignore de plus en plus la langue et la culture de l'autre. Le Rhin ne doit pas devenir la frontière d'une morne indifférence.

15.11.2009

Et après ?, par Eric Fottorino

Et après ?, par Eric Fottorino

LE MONDE | 09.11.09 | 13h50  •  Mis à jour le 09.11.09 | 13h50

Les difficultés de l'Europe à se construire, ses lenteurs et ses faiblesses, la corruption qui règne encore dans certains pays comme l'Albanie ou la Bulgarie, les dysfonctionnements de la Bosnie et la non-intégration du Kosovo, tout cela ne doit pas faire oublier le plus important : la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, fut une chance immense pour l'Europe, chance qu'elle a su exploiter avec un volontarisme et finalement un succès qui forcent l'admiration, outre-Atlantique comme en Asie.

Jamais dans l'Histoire l'intégration pacifique et volontaire d'un si grand nombre d'Etats n'avait pu émerger à l'échelle d'un continent. Vingt ans, vingt ans seulement pour passer de 12 à 27 membres ! C'est en Europe que la perception du chemin accompli est la moins nette, sans doute au regard des obstacles restant à surmonter.

Parler de chance ce 9 novembre 1989 serait pourtant faire peu de cas du courage, de l'intelligence et de la vision d'hommes et de femmes qui, des décennies durant, ont rendu possible l'implosion du bloc communiste. Avant ce jour, combien d'actions isolées ou collectives ? L'insurrection hongroise de 1956, le "printemps de Prague" de 1968, L'Archipel du goulag de Soljenitsyne, Sakharov enfin rentré de son exil à Gorki. Et aussi le raz-de-marée de Solidarnosc en Pologne, les luttes de Vaclav Havel et autres opposants tchécoslovaques sous couvert - inconfortable couverture - de la Charte 77. Et tant d'autres, anonymes, qui ont donné leur vie à ces combats. Tout cela pour qu'un jour, un certain Mikhaïl Gorbatchev, dont les grands-parents, victimes du stalinisme, collectionnaient les icônes orthodoxes, laisse s'exprimer une liberté aussi chèrement conquise que totalement imprévue. Pour que les coups de pioche se mélangent aux accents joyeux d'une suite de Bach offerte par Rostropovitch.

De cette chance historique, l'Europe a-t-elle tiré une victoire ? Il y a vingt ans, l'Occident pouvait s'enorgueillir d'avoir vu triompher ses valeurs érigées en modèle quasi unique : le double avènement de la démocratie représentative et l'instauration, souvent anarchique, de l'économie de marché. D'où l'imprudente croyance en une fin de l'Histoire, à la disparition de l'ennemi dans sa forme totalitaire. C'était avant les attentats du 11-Septembre. Avant le XXIe siècle et son nouveau désordre mondial.

L'Europe elle-même n'était pas quitte avec la violence, même si on peut considérér l'éclatement de la Yougoslavie et ses conflits meurtriers comme un soubresaut éloigné de la chute du mur de Berlin. Il n'empêche : de l'ex-Yougoslavie aux Balkans, l'Europe a non seulement nourri des guerres en son sein, mais n'a pas su les éteindre seule, obligée de solliciter l'intervention des Etats-Unis ou d'agir dans le cadre de l'OTAN.

La réunification allemande a bien sûr coûté (quelque 1 300 milliards d'euros). Nombre d'Etats de la Mitteleuropa - qui fut avant 1914 un foyer intellectuel et culturel de l'Europe - ont vu leur niveau de vie augmenter à mesure que se dissolvait le socialisme centralisateur. L'euro est une prouesse monétaire et politique incontestable et largement incontestée. Reste à répondre à la question dérangeante jadis posée par Henry Kissinger : "L'Europe, quel numéro de téléphone ?" Il est clair que l'Union ne pèse pas du poids diplomatique et militaire auquel sa puissance économique et démographique l'autoriserait à prétendre. Le traité de Lisbonne prévoit de créer, outre une fonction de président, celle de haut représentant pour la politique extérieure, entouré d'un service diplomatique ad hoc. Ils cohabiteront avec la Commission, le Parlement et la présidence tournante des pays membres tous les six mois. Signe que l'Europe n'est pas encore prête à jouer un rôle de super ou d'hyperpuissance, si tel était son souhait. On ne saurait cependant discuter toute l'énergie mise en oeuvre pour sa construction.

Sa faiblesse du moment prépare aussi son identité et sa cohésion de demain.

Eric Fottorino

14.11.2009

Les anneaux de la tradition

Les anneaux de la tradition

Les colliers des femmes-girafes padongs étaient une attraction touristique fructueuse. Mais les curieux se font rares, et l'accès à l'enseignement fait reculer la tradition. Etat des lieux, avec The Irrawaddy.

19.10.2009 | Aye Chan Myate | The Irrawaddy

Même si on les comparait à des zoos humains, avec leurs habitants semblables à des oiseaux exotiques en cage, les villages touristiques padongs de la province de Mae Hong Son étaient jusqu'ici relativement prospères. Mais, selon U Ladu, le chef padong de Ban Nai Soi, ils ne peuvent plus compter sur la venue de touristes attirés par leurs femmes-girafes, connues pour les anneaux en bronze qu'elles portent autour du cou, le nombre de visiteurs étrangers a brusquement chuté.

Les Padongs, membres de l'ethnie karen, font partie des 200 000 réfugiés birmans installés en Thaïlande. Les touristes étrangers qui voulaient voir et photographier les femmes padongs avec leurs anneaux de bronze devaient payer 5 euros pour entrer dans les villages. Pendant le boom touristique des années 1990, ces femmes pouvaient gagner jusqu'à 60 euros par mois en posant pour les curieux et en leur vendant des souvenirs. Ban Nai Soi, le principal village padong, attirait alors quelque 1 200 touristes par an. Les Padong vivaient mieux dans les villages touristiques de Thaïlande qu'en Birmanie. Et les autorités locales ainsi que les tour-opérateurs étaient ravis. En 2008, le gouvernement thaïlandais a refusé des visas de sortie à vingt Padongs invités à se réinstaller en Finlande et en Nouvelle-Zélande. Des observateurs ont accusé les Thaïlandais de vouloir garder les Padongs pour ne pas perdre ce créneau touristique.

Mais, avec la concurrence régionale, les désordres politiques et la crise économique mondiale, le nombre de touristes en Thaïlande a fortement baissé (- 20 % pour les premiers mois de 2009) et l'offre thaïlandaise risque de ne plus être suffisante pour retenir les Padongs. Pourtant, ici, les enfants bénéficient de l'accès à l'enseignement. "Beaucoup d'enfants de Ban Nai Soi vont à l'école dans le camp de réfugiés karens qui se trouve à une heure de marche du village", indique U Lay Maung, le président du Comité de réfugiés karens, "et un nombre croissant de Padong ne mettent plus les anneaux à leurs filles lorsqu'elles sont scolarisées."

Ma Hu Htee, la femme d'U Ladu, porte le collier de bronze, mais elle ne le met pas à sa fille, inscrite en neuvième année à l'école du camp. "Au début, nous étions une cinquantaine à porter les anneaux dans ce village, dit-elle, mais aujourd'hui nous ne sommes plus que vingt-trois. Avec l'âge, on arrive à supporter les regards des autres, mais nous ne voulons pas que nos enfants souffrent lorsqu'ils vont à l'école. On ne sait pas vraiment comment on en est venu à porter le collier. Mes parents ont commencé à me mettre des anneaux autour du cou à l'âge de 6 ans, comme l'avaient fait leurs propres parents."

Pour certains, ces anneaux étaient censés rendre les femmes plus belles et constituer un signe de richesse. Pour d'autres, ils devaient leur éviter d'être enlevées par une autre ethnie en les enlaidissant. Enfin, selon un mythe tribal, ils protégeaient les femmes des tigres. Mais, quelle que soit la raison, ces colliers sont préjudiciables à celles qui les portent.

Au fur et à mesure que l'enfant grandit, le collier s'allonge, ce qui, en compressant ses clavicules, fait paraître son cou plus long. Un collier porté par une femme adulte peut comporter plus de vingt anneaux et peser 5 kilos. Dans les trois villages touristiques padongs de la province de Mae Hong Son, les femmes sont de moins en moins nombreuses à porter le collier traditionnel. "A l'époque où le tourisme était florissant, des compagnies privées thaïlandaises prenaient soin de l'éducation des Padongs et offraient des bourses à leurs enfants", explique U Lay Maung, en ajoutant que toutes les brochures touristiques de la province montraient une photo d'une femme padong portant le collier. "Mais les jeunes veulent abandonner le collier pour faire des études", poursuit-il. Et de raconter que certaines filles, douées pour l'apprentissage des langues, ont gagné de l'argent en servant de guides aux touristes.

U Ladu, lui, sait ce qu'il veut pour sa fille. "Elle pourrait se marier à quelqu'un du coin dans trois à quatre ans et rester ici, dit-il, mais moi, je veux qu'elle se réinstalle dans un autre pays où elle pourra poursuivre ses études."

Les femmes-girafes

La longueur du cou des femmes-girafes n'est qu'une illusion. Le
collier est une spirale qu'on change, entièrement, au fil de la croissance de
la fillette. Cette spirale est supportée non pas par le cou mais par les côtes,
qui se développent en penchant vers le bas. Plus les côtes penchent, plus le
collier tombe sur les épaules : à ce moment-là, il devient trop large pour
enserrer tout le cou et il est changé pour une spirale plus longue qui perpétue
le processus. L'apparence de ce long cou est donc créée par la déformation des
os des côtes et des clavicules et par la compression des muscles des épaules.

12.11.2009

L'Afrique pillée

L'Afrique pillée

LE MONDE | 15.10.09 | 14h51  •  Mis à jour le 15.10.09 | 15h07

C'est un chiffre dérisoire et accablant. Les entreprises minières qui travaillent en République démocratique du Congo (RDC) auraient dû verser en 2008 un peu plus de 200 millions de dollars de taxes, d'impôts et de redevances au Trésor public. La somme ne paraît pas exorbitante lorsqu'on connaît le poids du secteur minier dans l'ex-Zaïre. Et pourtant cet argent n'est jamais arrivé dans les caisses de l'Etat. Les sociétés minières n'ont acquitté que 92 millions de dollars, révèle un rapport d'enquête documenté que vient de publier le Sénat.

Les parlementaires congolais ont constaté, sur le terrain, pourquoi les impôts rentrent si mal. A la direction générale des mines, à Kinshasa, un seul ordinateur, obsolète, est en état de marche pour répertorier des milliers de concessions. Les archives du service ont disparu. Une partie a brûlé dans un incendie. L'autre s'est volatilisée. Le cadastre minier est incomplet. Les missions d'inspection, inexistantes. La dernière remonte à 2007.

Au Katanga, la plus riche des provinces minières, les sénateurs ont pu constater que les statistiques des exportations de cuivre sont mensongères. Grâce aux pots-de-vin versés à des fonctionnaires complices, les compagnies minières ne déclarent à la douane qu'une part dérisoire du minerai exporté vers la Zambie et, de là, vers l'Asie ou l'Europe. C'est autant de moins pour les caisses d'un Etat impécunieux, criblé de dettes et souvent incapable de payer ses fonctionnaires civils et militaires.

Ce pillage silencieux est d'autant plus scandaleux qu'il touche un pays de la taille de l'Europe dont les richesses minières considérables - cuivre, cobalt, or, diamant, coltan, demain le pétrole... - devraient contribuer à améliorer les conditions de vie d'une population saignée à blanc par trois décennies de dictature et dix ans de guerre.

Lorsque, en 2007, Kinshasa a signé avec Pékin une convention prévoyant plus de 6 milliards d'euros d'investissements chinois en échange de l'accès aux gisements de cuivre, les Occidentaux ont crié au scandale. Ils accusaient les Chinois de se payer sur la bête, puisque la réfection des routes et des chemin de fer ou la construction d'hôpitaux devaient être financées par les profits réalisés dans le secteur minier. Un vulgaire troc ? Rien de plus exact. Sauf que, depuis deux ans, de multiples chantiers ont démarré, tandis que des compagnies minières privées continuent sans vergogne à piller le pays. Au Congo comme dans de nombreux pays africains, misérables en dépit de leurs richesses naturelles.

11.11.2009

Pékin tend la main à la junte

Pékin tend la main à la junte

Menacé de sanctions par la communauté internationale depuis la répression du 28 septembre, le régime espère que les Chinois lui permettront d’échapper au pire.

15.10.2009 | Tom Burgis & William Wallis | Financial Times

La junte militaire et le Fonds international chinois (CIF) négocient actuellement des contrats sur le pétrole et les minerais. Ces accords seraient les plus importants jamais conclus en Afrique, d’un montant potentiel de plusieurs milliards d’euros, affirme Mohamed Thiam, ministre des Mines guinéen. Selon les Guinéens, le CIF endosserait la majeure partie du développement financier, soit environ 7 milliards de dollars [4,7 milliards d’euros], qui seraient consacrés à des projets allant de la fourniture d’énergie à la création d’une compagnie aérienne. Dans le même temps, les Chinois s’associeraient à la Sonangol, la société pétrolière nationale d’Angola, pour explorer les réserves pétrolières au large des côtes de Guinée. Pékin tirerait ainsi parti de ses relations avec l’Angola, où le CIF a engagé 2,9 milliards de dollars sous forme de prêts et où il sert de lien entre la Sinopec, la compagnie pétrolière nationale chinoise, et la Sonangol. Ce projet qui implique la Chine et l’Angola représenterait un ballon d’oxygène pour le régime guinéen, menacé de sanctions par les puissances occidentales et l’Union africaine (UA) depuis le massacre de plus de 150 manifestants le 28 septembre dernier [voir CI n° 988, du 5 octobre 2009]. L’UA doit se réunir le 17 octobre pour débattre des mesures à prendre contre la junte si le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de l’Etat autoproclamé, ne démissionne pas avant les élections, prévues en janvier.

La Guinée est le premier exportateur mondial de bauxite et dispose de réserves importantes d’or, de diamants, d’uranium et de minerai de fer, ressources qui avaient permis à Lansana Conté, l’ancien dictateur, de survivre à des périodes d’isolement international. Les perspectives du pays dans le secteur pétrolier ont attiré l’attention à l’issue de découvertes récentes dans des Etats voisins comme le Ghana. Les accords en cours de discussion rappellent les contrats de plusieurs milliards de dollars conclus en Angola et en république démocratique du Congo. Ces pays ont cédé le contrôle de ressources minières et pétrolières en échange d’investissements dans les infrastructures. Mohamed Thiam assure que la Guinée tirera des enseignements des pays où les accords avec la Chine ont mal tourné. Le CIF a pris une part de 75 % dans une entreprise également détenue par le gouvernement guinéen, la Guinea Development Corporation (GDC), qui sera implantée à Singapour et gérera des projets dans les transports, les infrastructures, l’eau, l’énergie et les mines. “Nous pensons que, dans les cinq prochaines années, les investissements sur les différents projets de la GDC représenteront un volume supérieur à 7 milliards de dollars, poursuit Thiam. Au lieu de simplement échanger des ressources naturelles contre des promesses de développement de nos infrastructures, nous avons préféré la solution d’un partenariat, et non seulement être copropriétaires des sociétés et des projets de développement des infrastructures, mais aussi participer conjointement aux sociétés ou projets éventuels dans le secteur des ressources naturelles.”

L’accord pétrolier, distinct, conférerait des droits exclusifs à une coentreprise regroupant la Guinée, le CIF et la Sonangol, qui serait autorisée à prospecter et à développer ou vendre sur 64 % des terrains offshore que Hyperdynamics, une compagnie texane, a accepté de rétrocéder à l’Etat d’ici à la fin de l’année. Le CIF, qui opère depuis Hong Kong, s’est refusé à tout commentaire, tout comme la Sonangol.

Des accords aussi ambitieux risquent de faire monter la température politique sur place, où les tensions s’accroissent entre les différentes factions au sein des forces armées tandis que les syndicats brandissent la menace d’une grève générale. Sidya Touré, ancien Premier ministre et dirigeant de l’opposition qui a pris la tête des récentes manifestations, avait lui-même refusé de négocier des projets chinois d’un montant de plusieurs milliards de dollars. “Je ne comprends pas comment il est possible de croire que l’on va injecter de telles sommes dans l’économie guinéenne, alors que notre PIB total n’est que de 3 milliards de dollars. On parle de milliers de kilomètres de routes et d’autoroutes sans tenir compte du fait que notre économie n’est pas capable d’entretenir de telles infrastructures”, a-t-il déclaré lors d’un forum du secteur minier, en mars dernier. “Où sont les voitures censées rouler sur ces autoroutes ? Où sont les trains ? Soyons sérieux, tout cela n’est qu’une illusion”, avait-il ajouté.

09.11.2009

Un homme à la frontière

Un homme à la frontière

par Rico, Chine

10.10.09 LE MONDE

L’heure est grave.


De France, on dit de la Chine, ce pays d’où j’écris ces quelques lignes, qu’on bafoue les droits de l’Homme, que la censure du gouvernement est aussi omniprésente qu’omnipotente, qu’elle aurait bien besoin de notre démocratie, qu’elle est une ogresse prête à dévorer le monde ; on rit de ses us et coutumes qui, parfois, choquent les nôtres. On rit jaune de sa réussite. On oublie qu’il est un peuple ayant parvenu en 60 ans à se sortir d’une misère effroyable. Certes, certains se sont enrichis avant d’autres mais les famines appartiennent désormais au passé. L’environnement en a pâti ; quelle société affamée pourrait s’en soucier ? Sachez néanmoins qu’elle s’en préoccupe aujourd’hui.

De Chine, il m’est néanmoins permis de lire Le Monde. Nous, français, à la critique aisée, aux pamphlets moralistes, enfants des Lumières, fils des auteurs des Droits de l’Homme, porteurs de l’étendard de Marianne, qu’avons-nous fait ces soixante dernières années ? Il serait long (et peut-être ennuyeux ou déprimant) de dresser un registre ; le mois écoulé nous donnerait peut-être un avant-goût, au risque d’esquisser une image d’Epinal :

Du pays de Voltaire et de l’égalité, pour la défense d’un homme ayant eu affaire « honteuse » avec un enfant (voire « criminelle » en des termes plus juridiques), notre gouvernement se dresse d’une seule voix et avec véhémence lorsque le bougre est rattrapé par la justice d’un état. Dans la foulée, il annonce vouloir prolonger à sa convenance les peines infligées et purgées aux hommes s’étant rendu coupable d’affaires « criminelles » (voire « honteuses » en des termes plus politiquement corrects) et même les rendre impuissants, malgré le doute d’une telle pratique ; les fondements de la justice et d’une société devant pardonner semblent en péril. La déontologie de la médecine psychiatrique, également. Les artistes, pianistes et autres plombiers polonais formeraient désormais des castes.


Du pays de Rabelais et de la liberté, avec une moralité fraîchement retrouvée mais autant injuste que déplacée, on blâme l’auteur d’un livre pour ses écrits évoquant fantasmes, romance & expériences ; quitte à confondre crime et sexualité. Où est le droit à l’expression ? Les hommes l’ayant défendu étaient-ils si puritains et vertueux ? Sommes-nous devenus des gargantuas du jugement et de la sacro-sainte morale » ?


Du pays de Jean Moulin et de la fraternité, une banque renommée dénonce un client mauritanien sans papier ayant réussi néanmoins à trouver exil et travail, ouvrir un compte et avoir assez de deniers pour venir décemment en retirer au guichet ; le pauvre rejoindra surement celles et ceux qu’on a vidé au Pas de course, sans Caler devant la détresse humaine. Qui a oublié, devant nos églises ou mairies, ces pierres où restent gravés les noms des résistants ayant gagné l’honneur en ayant refusé la délation et l’oppression des peuples, en et hors nos frontières ?

Du pays de Victor Hugo et du progrès social, on enterre des hommes que le monde du travail a poussé dans l’acte ultime le plus désespéré. Que dire d’une société modelée par les chiffres ou l’humain ne trouve plus sa place. Où est « le vrai travail, sain, fécond, généreux,qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux ? »

Du pays de Jules Ferry et des chances pour tous, on essaye aujourd’hui de rétribuer les écoliers pour suivre une éducation. Ailleurs, des millions d’enfants rêvent d’école et parcourraient des lieues pour s’y rendre ; même pieds nus, même le ventre creux. Paroxysme d’une société décadente ayant oublié la réalité d’une vie où l’on doit semer pour récolter, depuis les cueilleurs des temps premiers. Quel horizon peut-on espérer d’une société assistée ? Où est « la ligne bleue des Vosges » ?

Qu’avons-nous fait ces 60 dernières années ? Les chinois pourraient en plaisanter s’ils n’étaient pas si passionnés par les festivités du 60ème anniversaire de leur Parti et de son succès. Ironie du sort ; Molière en ferait certainement un chef-d’œuvre. A la frontière de l’éveil et du coma, j’en rirais certainement si la gravité du propos ne me donnait pas l’envie de crier au réveil.

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Lao Tseu.


Un homme à la frontière.

Vingt ans après…

Vingt ans après…

jeudi 5 novembre 2009, par Denis Sieffert

POLITIS

Comme dans le roman de Dumas, les trois « héros » sont rappelés pour les besoins de l’histoire. Et ils ont pris un sacré coup de vieux. « Vingt ans après », les mousquetaires de la Guerre froide, Helmut Kohl, George Bush (père) et Mikhaïl Gorbatchev se sont retrouvés samedi dernier à Berlin, cahin-caha et brinquebalant, pour célébrer l’anniversaire de la chute du Mur. Pathétique rencontre de trois vieillards qui n’ont eu qu’un mérite, celui d’être au pouvoir, ce 9 novembre 1989, quand les premiers coups de pioche ont fissuré le monstrueux édifice qui déchirait Berlin et l’Allemagne depuis un certain 13 août 1961. Ce n’est pas l’âge que nous moquons (celui-là, mieux vaut ne pas en rire) mais la prétention de ces personnages (on nous a longtemps fait le coup avec Jean-Paul II) à incarner un événement qui a d’abord été un mouvement populaire. Seul Mikhaïl Gorbatchev peut se prévaloir d’avoir joué un rôle. Sa grande sagesse fut de ne pas aller à contre-courant de l’histoire. Il a accompagné la vague croyant peut-être pouvoir la maîtriser, jusqu’à transformer le régime soviétique à l’agonie en avatar de la social-démocratie. En vain. Au moins n’a-t-il pas fait couler le sang. En fait, bien avant novembre, le délitement de l’empire était devenu incontrôlable. À quand faut-il le faire remonter ? Au 1er août 1975, lorsque – premier signe de faiblesse – la RDA ratifia les accords d’Helsinki qui ont servi de point d’appui à un mouvement revendicatif de plus en plus puissant ? En 1984, lorsque des opposants occupèrent des ambassades occidentales de Berlin-Est ? Ou en 1987, quand le régime a dû concéder plus de cent mille autorisations de sorties, comme conscient que la fin était proche ?

Ou, bien sûr, au mois de septembre 1989, lorsque des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est ont franchi la frontière entre la Hongrie et l’Autriche, devenue perméable ? Chacune de ces dates propose une réponse crédible. Elles correspondent toutes à des étapes de la crise finale d’un système de toute façon condamné depuis les origines. La chute du Mur est en fait le résultat d’un long processus économique et politique. Certes, la fin n’a pas été violente, les images qui nous restent sont même celles de la liesse de tout un peuple qui se reconstitue, mais le désastre était à venir. Imprévisible dans son ampleur. Car si Gorbatchev a été sage, ses alter ego à l’Ouest ne l’ont guère été. L’avidité des Occidentaux à mettre la main sur le pactole, et l’empressement idéologique des Chicago Boys à convertir les anciens bureaucrates ou leurs héritiers à une économie de casino ont fait basculer le monde dans la folie libérale. Les pays de l’Est, fragiles devant ces nouveaux appâts, ont sombré dans toutes sortes de maux. Les mafias ont proliféré. Et les résistances ont pris les formes sordides du pire nationalisme ou de régressions religieuses. Si bien que vingt ans après, les traces du Mur sont encore profondes. Les anciens pays du « bloc soviétique » entretiennent en leur sein une atmosphère d’hostilité à l’encontre de la Russie. Une hostilité dont jouent plus ou moins grossièrement les États-Unis en recrutant au compte de l’Otan jusqu’aux portes de l’ancien empire. Voir la guerre éclair de l’été dernier entre la Géorgie et Moscou.

La voracité du monde occidental face à ces nouveaux marchés a recréé un climat de tension. Et, réciproquement, une Russie nationaliste continue de considérer ces pays comme appartenant à sa sphère d’influence. En Allemagne non plus, les traces du Mur n’ont pas disparu. Ainsi, un récent rapport révèle que le chômage sévit deux fois plus dans l’ex-RDA (plus de 13 % de la population en âge de travailler) que dans l’ex-Allemagne de l’Ouest. Le rêve libéral s’est transformé en cauchemar pour une partie de la population. Ce que l’ivresse de la chute du Mur cachait, c’est que le capitalisme allait plonger dans la démesure. Et ériger à son tour toutes sortes de murs, solides ou virtuels, creusant les inégalités Nord-Sud, générant en un rien de temps des fortunes sans précédent, et produisant de l’exclusion comme jamais. Il allait s’autoriser toutes les guerres pour tenter d’uniformiser le monde selon un modèle unique. Ce que le bonheur éphémère du 9 novembre 1989 cachait aussi, c’est que la social-démocratie européenne allait rapidement plier sous la pression idéologique, et se faire complice de ce qu’elle avait vocation à combattre. Révélant ainsi qu’elle était paradoxalement vertébrée par son ennemi intime, le communisme. L’actualité de la chute du Mur, c’est précisément ceci : réinventer des contre-pouvoirs, recréer sur des bases nouvelles, sociales et écologiques, une alternative au libéralisme et au capitalisme. Le hasard veut que ces vingt ans ne marquent pas seulement un anniversaire, la célébration d’une date symbolique. Avec la crise actuelle, ils marquent aussi la fin d’un cycle de capitalisme triomphant. Ce sont les illusions nées il y a vingt ans, les discours idéologiques, les fadaises économiques qui sont emportés. Un autre mur s’effondre sous nos yeux. Il ne manque qu’une chose, mais ce n’est pas rien : une autre gauche pour une autre politique qui ne soit ni fille du goulag ni héritière des capitulations social-démocrates.

N. B. : « Vingt ans après », c’est aussi le titre de notre dossier spécial sur la chute du Mur, paru fin juillet. Il est encore disponible au journal. À nos lecteurs : Nous vous donnons rendez-vous aux Assises pour le changement samedi et dimanche prochains.

P.-S. : Deux femmes exceptionnelles, deux combattantes, Carole Roussopoulos et Hamida Ben Sadia, nous ont quittés ces jours-ci. Hommage leur est rendu dans ce journal.

07.11.2009

La Grande Bretagne poursuivi par Bruxelles pour pollution fluviale et maritime

La Grande Bretagne poursuivi par Bruxelles pour pollution fluviale et maritime

LEMONDE.FR avec AFP | 08.10.09 | 15h39

La Commission européenne a assigné, jeudi 8 octobre, la Grande-Bretagne en justice et adressé un avertissement à l'Espagne pour des négligences dans le traitement des eaux usées, qui ont entraîné une pollution fluviale et maritime.

Londres et Madrid risquent de payer de fortes amendes s'ils ne se conforment pas aux recommandations européennes. La Commission a décidé de traduire le Royaume-Uni devant la Cour de justice des Communautés européennes (CEJ) au motif que les systèmes de collecte des eaux urbaines résiduaires et les installations de traitement de ces eaux de Londres et de Whitburn (nord-est de l'Angleterre) ne sont pas conformes à la législation communautaire. "Les systèmes de collecte des eaux résiduaires de Londres et de Whitburn donnent lieu à des rejets trop fréquents et en quantités excessives d'eaux résiduaires non traitées provenant des déversoirs d'orage", a déploré la Commission dans un communiqué.

Dans le cas de l'Espagne, la Commission a envoyé un "dernier avertissement" avant la saisie de la CEJ. Elle reproche à Madrid de ne pas avoir respecté un arrêt de la Cour relatif au traitement des eaux usées à Playa de la Motilla, dans la région de Valence (est de l'Espagne).

"Les eaux urbaines résiduaires non traitées sont une menace pour la santé des citoyens européens et nuisent à la qualité des cours d'eau, des lacs et des eaux côtières de l'Europe. Je conseille vivement à l'Espagne de faire diligence pour régler le problème, faute de quoi, la Commission envisagera de demander à la Cour de lui infliger des amendes", a dit Stavros Dimas, commissaire européen chargé de l'environnement.

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