04.09.2009
Des solutions douces pour un littoral fluctuant
Des solutions douces pour un littoral fluctuant
LE MONDE | 11.08.09 | 14h22 • Mis à jour le 11.08.09 | 21h15
Jusqu'à la nuit du 26 janvier 1917, Hallsands était un modeste village côtier du Devon, dans le sud-ouest de l'Angleterre, et tirait la majeure partie de ses revenus de la pêche au crabe. Cette nuit-là, la mer s'est déchaînée, submergeant les défenses du village, ébranlant les murs des maisons et sapant leurs fondations. Dans les mois qui suivirent, tous les habitants, persuadés que leur malheur était la conséquence d'opérations de dragage des galets effectuées le long de la côte quelques années plus tôt, durent abandonner leur village.
L'instabilité des littoraux n'est pas un phénomène nouveau. Points de rencontre de cours d'eau porteurs de sédiments et des flux marins, l'érosion y est particulièrement sensible. Mais la présence et l'intervention de l'homme sont souvent venues bouleverser, contrarier ou amplifier les processus naturels. Et le XXIe siècle verra s'ajouter un troisième facteur : la montée du niveau des mers due au réchauffement climatique.
Dans son rapport de 2007, le Groupement d'experts intergouvernemental sur le réchauffement climatique (GIEC) donnait une estimation de 18 à 59 centimètres d'ici à 2100, fourchette déjà considérée par de nombreux experts comme une hypothèse basse. Le ministère français de l'écologie travaille actuellement, avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), à établir une cartographie du littoral français dans des hypothèses de montée du niveau des eaux d'un à deux mètres.
La gestion des littoraux est donc appelée à devenir dans les prochaines décennies une question particulièrement sensible. En France, un quart du littoral est d'ores et déjà affecté par des phénomènes d'érosion. En Pologne, ce chiffre atteint 55 %. Chaque année, selon l'étude Eurosion, l'Union européenne perd 15 km2 de terres, gagnées par la mer ou largement endommagées.
Aujourd'hui, la communauté scientifique porte un regard quasi unanime sur les politiques de gestion du "trait de côte" menées ces dernières décennies : "Jusqu'à une période récente, on essayait de se barricader derrière des digues, des brise-lames, des enrochements", constate Frédéric Uhl, chef du bureau du littoral et du domaine public maritime naturel au ministère français de l'écologie. "En installant des ouvrages de défense contre l'érosion, on n'a fait que déplacer celle-ci", complète Paolo Antonio Pirazzoli, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les exemples abondent dans le monde entier d'épis ou de digues construits pour protéger une plage et qui n'ont eu pour effet que d'accélérer l'érosion des zones voisines.
"Ces infrastructures ont été construites dans les années 1970 et 1980, et on passe beaucoup de temps, aujourd'hui encore, à corriger leurs effets, assure Nicholas Grunnet, ingénieur chez DHI, un cabinet international de conseil spécialisé dans le secteur de l'eau. Beaucoup de choses ont été faites à l'époque sans véritable compréhension de la dynamique des littoraux."
Autre handicap : la dispersion et la fragmentation des informations disponibles. Les responsables de l'étude Eurosion avaient, dès 2004, attiré l'attention des pouvoirs publics sur cette question. L'un d'eux, Hugo Niesing, conseiller au ministère néerlandais de la gestion de l'eau, reconnaît aujourd'hui que, en cinq années, peu de progrès ont été réalisés. Et cela même si une importante conférence internationale consacrée à "l'impact humain sur les processus dynamiques côtiers" est prévue à Tokyo en septembre. Le rapport final d'Eurosion appelait également l'Union européenne à se doter d'une directive sur le sujet. Un appel resté lettre morte.
STRATÉGIE NATIONALE
Les collectivités locales, concernées au premier chef par la gestion du littoral, manquent de compétences, de moyens et de repères. En France, où une loi datant de 1807 leur donne la responsabilité de la gestion du trait de côte, le Grenelle de la mer, qui s'est achevé début juillet, a appelé à la définition d'une véritable stratégie nationale. Il devrait déboucher également sur la définition de 5 à 10 sites de "recul stratégique".
Car la philosophie de la gestion du littoral a connu un spectaculaire renversement de perspective ces dernières années. Le gouvernement danois a ainsi décidé de cesser d'intervenir sur la côte occidentale - il est vrai peu peuplée - du Jütland, en proie à des problèmes d'érosion. "Il n'est pas toujours pertinent - sauf enjeu économique ou humain majeur - de continuer à protéger certains sites, explique Frédéric Uhl. Dans certains cas, il est plus opportun de laisser faire la nature." Cela a aussi été le cas à Criel-sur-Mer (Seine-Maritime), où des maisons situées au bord d'une falaise montrant des signes de faiblesse ont été abandonnées et leurs occupants indemnisés.
Dans des cas moins extrêmes, des techniques douces, comme le "rechargement" (en sable) des plages, sont désormais privilégiées. "Ce qui se fait de plus en plus, c'est d'aller chercher du sable en eau profonde, de le déposer à 100 ou 200 mètres du rivage, par 3 ou 4 mètres de fond, et de laisser la houle le transporter elle-même sur la plage, explique Nicholas Grunnet. Il suffit de quelques mois pour que les résultats soient visibles."
Gilles van Kote
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03.09.2009
Les temps sont durs pour les oiseaux nicheurs
Les temps sont durs pour les oiseaux nicheurs
Mardi 11 août 2009 OUEST FRANCE
En vingt ans, leur population a diminué de 10 % en moyenne. Les espèces rurales sont particulièrement touchées.
Entre 1989 et 2008, la France a perdu en moyenne 10 % de ses oiseaux communs nicheurs, selon le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) mené par le Muséum national d'histoire naturel. L'étude révèle de grandes disparités selon les types de milieux et les espèces.
Selon Frédéric Jiguet, qui coordonne ce programme, « l'habitat est une question primordiale » pour expliquer ce déclin. Certaines espèces d'oiseaux, dites « spécialisées », nichent et se reproduisent dans un milieu précis, comme la forêt ou les zones bâties. Elles ont vu leur habitat se dégrader en vingt ans. En particulier dans les campagnes, avec « l'intensification des pratiques agricoles, comme le recours aux pesticides qui tuent les insectes dont se nourrissent les oiseaux, l'arrachage des haies et la culture de nouvelles variétés ».
Le chercheur évoque l'île d'Ouessant, « où l'arrêt de l'agriculture a entraîné la disparition d'espèces spécialisées. Elles ont été remplacées par des espèces d'oiseaux généralistes »,qui s'adaptent à tous les milieux. Ce groupe d'espèces, dont fait partie la mésange charbonnière, est le seul en augmentation.
L'impact du réchauffement
À cette dégradation des habitats, se combine « l'aspect climatique, dont l'impact va s'accélérer ». Les quinze espèces les plus sensibles au réchauffement du climat, comme la fauvette des jardins ou le roitelet huppé, ont vu leur population décroître de 37 %, depuis 1989. Onze de ces espèces sont spécialisées. L'étude prédit au contraire un effet positif pour les races d'oiseaux spécialisées qui sont bien adaptées aux climats chauds, comme la perdrix rouge.
Malgré ce constat, Frédéric Jiguet se dit « optimiste et vigilant ». Il explique que « depuis 2000, ce déclin se stabilise ». Selon lui, les mesures du Grenelle de l'environnement pourraient favoriser cette tendance, comme la réduction de moitié des intrants (pesticides, engrais, etc.) utilisés par l'agriculture. Ou la Trame verte et bleue : « Ce sont des corridors végétaux mis en place pour permettre aux oiseaux de s'adapter au réchauffement climatique en se déplaçant vers le nord », précise-t-il.
« Mais si ce déclin des espèces d'oiseaux se stabilise, ce n'est pas forcément valable pour l'ensemble de la biodiversité, prévient Frédéric Jiguet. On ne sait rien de l'évolution des 1 000 espèces d'abeilles, en France, alors qu'elles jouent un rôle majeur dans la pollinisation. »
Yann LEON.
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28.06.2009
Une migration exceptionnelle de papillons Belles-dames
Une migration exceptionnelle de papillons Belles-dames
Le nombre de ces papillons qui arrivent en France en provenance d'Afrique cette année est plus de dix fois supérieur à 2007 ou 2008.
Pour observer un tel phénomène, il faut remonter à 1996. La migration de papillons Belles-dames, ou Cynthia cardui, est exceptionnelle cette année en France. Selon les estimations du Muséum national d'histoire naturelle diffusées jeudi, le nombre de ces papillons qui arrivent cette année est plus de dix fois supérieur à 2007 ou 2008.
En provenance d'Afrique, ces papillons orange et noirs qui volent en ligne droite à quelques mètres du sol, s'élevant juste pour franchir les haies ou les bâtiments, traversent la France pour aller jusqu'en Islande ou en Scandinavie. Leur vol direct est très différent de celui des papillons locaux qui virevoltent autour des fleurs pour butiner, ce qui permet de les repérer facilement.
Les papillons Belles-dames sont si nombreux cette année qu'ils peuvent être observés jusque dans les centres-villes. A chaque migration, ce sont plusieurs générations qui se déplacent. En août, les papillons nés dans le nord, retournent alors plein sud, sur les traces de leurs aïeux et au printemps suivant, le cycle recommence.
Mais les scientifiques ont encore du mal à expliquer pourquoi les migrations sont plus ou moins importantes d'une année sur l'autre. Les conditions climatiques dans les lieux d'hivernage auraient probablement un rôle important.

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