16.10.2009

Grave incident nucléaire à Cadarache

Grave incident nucléaire à Cadarache

Par LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 15/10/2009 07:48 - mis à jour le 15/10/2009 08:02

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a décidé de classer au niveau 2 sur l'échelle Ines l'incident survenu sur un site du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône) et ordonné l'arrêt des travaux sur cette installation en cours de démantèlement.

La semaine passée, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) avait indiqué avoir signalé à l'ASN un incident constaté lors d'opérations d'assainissement de son atelier de technologie du plutonium, à l'arrêt depuis 2003.

Il affirmait avoir repéré des dépôts de plutonium supérieurs à ses prévisions lors du démantèlement de boîtes à gants, enceintes étanches permettant d'accéder de façon sécurisée à des zones contenant de la matière nucléaire.

Dans un communiqué, l'ASN souligne que les dépôts "évalués à environ 8 kg pendant la période d'exploitation de l'installation" étaient en fait "de l'ordre de 22 kg et le CEA estime que la quantité totale pourrait s'élever à près de 39 kg".

"L'ASN (...) a suspendu les opérations de démantèlement dans l'installation et a soumis leur reprise à son accord préalable", précise le communiqué qui insiste surtout sur le décalage entre le signalement de l'incident, le 6 octobre, et les événements eux-mêmes, qui datent de juin dernier.

"Ce délai est tout à fait inacceptable", a tonné Laurent Kueny, le chef de la division de Marseille de l'ASN, qui pointe par ailleurs un "problème de méconnaissance partielle" des données concernant les quantités de matière présente.

Le CEA explique de son côté n'avoir déclaré l'incident qu'en octobre parce qu'il préférait "attendre d'avoir une vision globale des stocks" de plutonium. "Nous sommes de bonne foi", plaide Henri Maubert, un de ses porte-parole.

Jean-Louis Borloo n'est pas tout à fait de cet avis. Le ministre de l'Ecologie rappelle que "l'exigence de transparence doit être absolue en matière de sûreté nucléaire" et "regrette profondément qu'un tel délai se soit écoulé entre la découverte de cette situation et sa déclaration". "Cette transparence et cette exigence de sécurité sont les conditions incontournables de la fourniture d'électricité d'origine nucléaire, elles seront respectées", a-t-il tranché.

Greenpeace France "considère vraiment qu'il s'agit d'une des situations les plus graves et les plus critiques que l'on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps".

"Il est quand même incroyable que la comptabilité du plutonium qui devrait se faire en grammes - or, là, on parle quand même de l'équivalent de cinq bombes nucléaires - on ne soit pas capable de la faire à la dizaine de kilos près, c'est hallucinant", s'est étonné Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire au sein de l'assocation écologiste.

Créé en 1964, l'installation en question baptisée ATPu a eu pour activité principale la production de combustible MOX pour les réacteurs nucléaires. Son activité industrielle a été arrêtée en 2003 et elle était en cours de démantèlement depuis mars 2009.

"L'affaire de Cadarache est entre les mains du procureur"

Par Vincent Olivier, publié le 15/10/2009 12:29 - mis à jour le 15/10/2009 12:41

Pour l'Autorité de sûreté nucléaire, aucun doute : à Cadarache (Bouches-du-Rhône), les procédures réglementaires n'ont pas été respectées par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Le point avec Jérôme Rieu, directeur des installations de recherches et des déchets de l'ASN.

Dans quelles conditions l'Autorité de sûreté nucléaire a-t-elle été informée de ces dysfonctionnements?

Le 6 octobre dernier, nous recevons un fax émanant de la direction du site de Cadarache, dans lequel le CEA avoue qu'il connaissait la situation depuis juin dernier et avançe cette explication : ils avaient besoin d'un certain temps pour consolider les informations... Le 9, nous envoyons sur place une équipe afin de mieux comprendre ce qui s'était passé exactement. Après avis de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), nous avons décidé de classer cet incident en "niveau 2" sur une échelle qui en compte 7.

Concrètement, que signifie ce niveau 2?

Qu'il n'y a pas eu de conséquences sur la santé mais qu'une telle situation comportait, potentiellement, des effets graves. Elément supplémentaire, voire aggravant : le retard dans la déclaration notifiée à l'ASN, retard qui témoigne de ce que nous appelons une "mauvaise culture de sûreté".  Pour mémoire, nous avons enregistré un incident de niveau 2 au début janvier 2009 à Marcoule (Gard), mais aucun en 2008 ni en 2007. Même si ce n'est pas rarissime, cela n'a rien d'anodin.

Quelles sont les sanctions envisagées?

Je vous rappelle tout d'abord que les santions ne sont pas liées au niveau de gravité d'incident. En revanche, le délai de déclaration mérite qu'on y regarde de plus près. Voilà pourquoi nous avons demandé à l'exploitant (le CEA) et à l'opérateur (Areva) de suspendre, au moins provisoirement, les travaux de démantèlement. Enfin, nous avons transmis notre procès-verbal au procureur de la République, qui décidera des éventuelles suites judiciaires à donner à cette affaire.

17.07.2009

Déchets nucléaires: un inventaire controversé

Déchets nucléaires: un inventaire controversé

01/07/2009 12:38
Mardi 30 juin, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a rendu public son inventaire triennal des matières et déchets radioactifs. Les associations dénoncent le manque de contre-expertise.

1.152.533 mètres cubes de déchets radioactifs ont été répertoriés fin 2007, soit 2 kilogrammes par an et par habitant. 68,8% de ces déchets sont dits de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC dans le jargon), composés essentiellement de déchets issus de l’exploitation et de la maintenance des installations nucléaires. 20,1% appartiennent à la catégorie très faible activité et proviennent pour la plus grande partie du démantèlement des installations nucléaires ou d’industries classiques utilisant des matériaux radioactifs; les pourcents restants se partagent entre les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL), de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et de haute activité (HA). Ces derniers sont les résidus du recyclage des combustibles nucléaires. S’ils ne représentent que 0,2% du volume des déchets, ils sont responsables à presque 95% de la radioactivité totale des déchets radioactifs français. C’est l’Andra qui le dit, et le publie sur son site internet, en vertu de la loi du 28 juin 2006, qui précise que la mise à disposition du public de ces informations fait partie de ses missions. Tous ces chiffres sont donc tirés de l’inventaire 2009, présenté hier à la presse.

Pour chaque type de déchets, l’Andra estime les quantités qu’il y aura à gérer dans les années à venir, et présente les solutions de stockage décidées par elle-même, «puisque l’inventaire se veut maintenant un véritable outil de gestion à long terme», indique François-Michel Gonnot, président du conseil d’administration de l’agence. Depuis un décret d’avril 2008 (1), ce document est en effet une donnée du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs.

Pour le réaliser, l’Andra collecte les déclarations des producteurs de déchets, puis les vérifie via son comité de pilotage, présidé par la directrice générale de l’Andra, Marie-Claude Dupuis, et composé de membres extérieurs à l’agence (ministère en charge de l’environnement et de l’énergie, Autorité de sûreté nucléaire, représentants des producteurs de déchets et, à titre d’observateur, quelqu’un de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques et quelqu’un de la Commission nationale d’évaluation). Pas d’association de protection de l’environnement, donc. «Le Comité a été mis en place en 2001, sans association. Mais nous n’excluons pas la possibilité d’envisager leur présence», indique Christine Trentesaux, en charge de l’inventaire à l’Andra. Pour l’instant, Marie-Claude Depuis a eu beau répéter que «l’inventaire est un outil de transparence», ce n’est pas l’avis de toutes les associations.

«Les associations sont écartées de la gestion des déchets radioactifs», déplore Arnaud Gossement, porte-parole de France nature environnement. Le choix des deux communes de l’Aube pré-selectionnées pour accueillir les déchets FA-VL d’ici 2019 illustre cette constatation, puisqu’aucune concertation avec les parties civiles n’a eu lieu, rappelle FNE qui regrette par ailleurs que la loi de 2006 n’ait fait qu’aggraver les choses, alors qu’elle devait apporter plus de transparence. «L’Andra est exploitant, juge et parties, et il n’y a pas de contre-expertise. Il faut la croire sur parole. Elle est désormais détachée de la tutelle politique», estime Arnaud Gossement.

«Nous n’avons aucun rôle à jouer au niveau de l’inventaire, souligne Christine Gilloire, une ancienne de FNE, en charge des questions nucléaires. Nous n’intervenons que pour des questions de sites pollués et de petit nucléaire familial», c’est-à-dire les objets radioactifs encore en circulation (type montres ou minéraux de collection, objets au radium à usage médical, etc.) ou les logements contaminés au radon, via la Cnar, la Commission nationale des aides dans le domaine radioactif. Une commission qui comprend également l’association Robin des bois. Si «la Cnar fonctionne bien», estime Charlotte Nitard, porte-parole de Robin des bois, l’inventaire pose problème. L’association a transmis à l’Andra des informations sur des sites de stockage de cendres de charbon. «Nous n’avons pas été avertis de la diffusion de l’Inventaire, regrette-t-elle. Et les sites que nous avons signalés ne figurent pas dans l’inventaire». Explications de l’Andra: «Si les producteurs de déchets ne les déclarent pas, nous n’investiguons pas». Pour l’inventaire 2009, le contexte réglementaire (décrets publiés en 2008) a été un peu tardif. Cependant, l’Andra estime que le rapport est «très dense et intéressant, mais pas directement exploitable». «Nous en tiendrons compte pour le prochain inventaire», indique Christine Trentesaux.

(1) Dans le JDLE «Parution d'un décret relatif à la gestion des déchets radioactifs»

JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT