12.11.2009
Le scandale de la distribution de l'eau
Le scandale de la distribution de l'eau
Exclusif. L'enquête du JDD révèle l'état calamiteux des réseaux d'eau potable en France. Un litre sur quatre est perdu. Coût de ce gaspillage pour la collectivité: 2 milliards d'euros.
Les habitants de Rouen savent-ils que les jolies ruelles pavées de la vieille ville cachent un grave problème pour l’environnement et… leur pouvoir d’achat? Ceux d’Avignon, de Nîmes, d’Amiens ignorent sans doute qu’ils sont, eux aussi, concernés, comme la plupart des Français. Le JDD révèle un scandale aussi invisible que silencieux. L’état des canalisations du pays est calamiteux, à quelques exceptions près. Fuites jamais traitées, ruptures intempestives… Chaque jour, des milliers de mètres mis en distribution n’arrivent jamais aux consommateurs.
Notre enquête dévoile la gravité de la situation dans les plus grandes villes. Des pertes colossales sont enregistrées partout, sans distinction de couleur politique du maire ou du mode de gestion, en régie ou déléguée au privé. Ce palmarès édifiant est réalisé pour la première fois à la lumière des rapports réalisés par les collectivités locales, que le JDD a rassemblés. Nîmes occupe la malheureuse première place de notre classement (voir ci-dessous). Seuls 6 litres sur 10 parviennent aux consommateurs de la ville. A Rouen, on reconnaît aussi les dégâts. Plus de 3 litres sur 10 se perdent en cours de route. Les efforts d’investissement de la régie ont été portés de 6 millions d’euros par an à 10 millions. "Ce n’est pas un problème d’exploitation mais de l’état du sous-sol", plaide Alain Renaud, directeur du pôle Eau et Assainissement.
Une facture de deux milliards d'euros
Quelle est l’étendue du problème à l’échelle du pays? Selon de récents calculs du ministère de l’Ecologie, 1 litre sur 4 disparaît dans une fuite ou une rupture de canalisation. Ce taux de 25% est nouveau. D’anciens rapports évoquaient plutôt 20%, statistique retenue jusqu’ici comme moyenne par les compagnies privées d’eau et les régies. Le scandale est écologique. Ces centaines de milliers de mètres cubes sont prélevés dans les rivières et les nappes pour rien. Il est aussi économique: cette eau est traitée par les usines pour être rendue potable mais elle n’arrive jamais aux robinets. Le calcul est implacable. Un mètre cube revient environ à 1,42 euros. Les réseaux perdent 1,5 milliard de mètres cubes par an. Le coût pour les Français est ainsi évalué à plus de 2 milliards d’euros.
Elus locaux, régies et compagnies se renvoient les responsabilités. Une chose est sûre, les communes méconnaissent souvent leurs réseaux. La moitié des canalisations ont plus de quarante ans et l’on ignore pour beaucoup leur emplacement précis, la date de pose et le matériau de construction… Pour ne rien arranger, les travaux se font au goutte-à-goutte. "Il y a peut-être eu un peu de laxisme", murmure- t-on à la Fédération des collectivités concédantes et en régie, l’association des élus locaux intéressés par l’eau, l’électricité et le gaz.
Un minimum de pertes est inévitable
Le gouvernement va intervenir. Réagissant à notre enquête, la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno, considère que la situation ne peut plus durer (voir ci-contre). Elle critique la passivité des collectivités et appelle à une prise de conscience. Le Grenelle va fixer des objectifs à atteindre en fonction de la taille des agglomérations en instaurant un mécanisme assimilable à un bonus-malus. Les villes devront, en moyenne, parvenir à 15% de pertes. Les ingénieurs disent qu’un minimum de pertes est inévitable. Les sous-sols bougent, les consommations varient, le climat use les matériaux et les joints fatiguent.
Il n’empêche. A l’autre bout de l’échelle, plusieurs villes prouvent qu’il est possible d’agir. Paris, meilleur élève de France, est un cas atypique. D’autres témoignent de leurs efforts. "Nos ressources se trouvent dans des nappes superficielles, elles viennent rapidement à manquer s’il ne pleut pas. La solution était d’investir pour ne pas gaspiller", explique-t-on à Rennes, où près de 5 kilomètres de canalisations sont changés chaque année sur un total de 519 kilomètres. A Reims, "c’est une philosophie". "Nous avons le souci d’assurer la pérennité de notre patrimoine sans reporter la facture sur les générations futures", savoure Jean-Christophe Inglard, directeur de l’eau de Reims Métropole. Les premiers de la classe peuvent fanfaronner.
Nicolas Prissette (avec Nolwenn Le Blevennec) - Le Journal du Dimanche
Dimanche 08 Novembre 2009
Veolia et Suez ne s'estiment pas responsables
Pas question d’être à nouveau pointées du doigt. Les compagnies privées d’eau potable relativisent l’ampleur des pertes.
"Les réseaux sont probablement en meilleur état en France qu’ailleurs", déclare Marc Reneaume, le patron de Veolia Eau. "Le rendement est de bon niveau, nous sommes dans la moyenne européenne alors que nous avons d’habitat rural", renchérit sa concurrente Isabelle Kocher, nouvelle patronne de la Lyonnaise des Eaux (Suez). Les deux entreprises alimentent deux grandes villes sur trois. Elles renvoient la responsabilité aux élus locaux. "Ce sont eux qui définissent la politique de l’eau", rappelle Isabelle Kocher. De fait, les maires ou présidents d’agglomération ont la charge des canalisations.
Les communes sont propriétaires des tuyaux, de l’usine de production jusqu’aux compteurs des habitations. "Certaines mairies ont privilégié la qualité des eaux distribuées ou l’assainissement et ont un retard à rattraper. On peut estimer que 40% des services investissent trop peu, il s’agit souvent de collectivités de taille modeste", glisse le directeur général de Veolia Eau.
La tentation du pis-aller est forte
Dans notre palmarès, les bons et les mauvais élèves relèvent autant de leur gestion que d’une régie municipale. Avignon, très mal classé, est sous contrat avec Veolia mais le groupe dirigé par le futur patron d’EDF Henri Proglio gère aussi Rennes, deuxième meilleur réseau de France derrière Paris. L’agglomération de Nîmes se répartit entre la Saur (n° 3 du marché, filiale de la Caisse des dépôts) et les autres compétiteurs. "L’idée reçue est que l’eau est perdue mais en réalité elle retourne au milieu naturel", tempère Marc Reneaume (Veolia). Mais cela a un coût…
Dans les contrats, les opérateurs privés doivent traiter les fuites et les réparations courantes. La mairie prend en charge les investissements lourds. Un schéma simple, en théorie, compliqué en pratique. "Nous avons des obligations contractuellesmais il y a aussi une question d’équilibre économique", dit un patron. Changer 1 km de conduites coûte 100 000 euros, contre 1 000 euros pour la réparation d’une fuite. La tentation du pis-aller est forte.
A l’opposé, certaines collectivités, appuyées par les chambres régionales des comptes, ont reproché aux entreprises d’avoir empoché les provisions pour investissement, jamais déboursées. La controverse a eu lieu à Paris mais aussi à Lyon, Lille, Bordeaux… Vivendi, à l’époque Messier, fut accusé d’avoir caché 4 milliards d’euros dans une compagnie d’assurances domiciliée en Irlande. Dans ces villes, les contrats ont été renégociés. Et Veolia et Suez font désormais assaut de propositions pour économiser les ressources. "Il va falloir investir davantage mais surtout plus intelligemment, en généralisant les nouvelles technologies de mesure en temps réel, par exemple. Cela permet de gagner très vite quelques pour-cent de rendement supplémentaires", insiste Isabelle Kocher. Les temps semblent changer.
N.P. - Le Journal du Dimanche
Dimanche 08 Novembre 2009
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Les villes françaises qui gaspillent le plus d'eau
Les villes françaises qui gaspillent le plus d'eau
Par LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 08/11/2009 10:53 - mis à jour le 08/11/2009 15:20
La palme en matière de pertes des réseaux de distribution d'eau revient à Nîmes, d'après le Journal du Dimanche. Paris est le meilleur élève.
Les pertes des réseaux de distribution d'eau connaissent de très importants écarts entre villes et atteignent jusqu'à 41% à Nîmes, selon une enquête du Journal du Dimanche auquel la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno a déclaré qu'il fallait réduire ces pertes à 15%.
Après avoir consulté les rapports annuels sur les prix et la qualité de l'eau des 57 plus grandes villes françaises, le JDD a dressé une carte des "20 villes françaises qui gaspillent le plus: après Nîmes, la seconde place revient à Avignon avec 35,5% de l'eau produite qui n'arrive pas chez les usagers, devant Rouen (31,7%), Amiens (28,7%) et Toulon (26,7%).
Le meilleur élève est Paris, avec seulement 3,5% d'eau gaspillée, un résultat dû, selon le quotidien dominical, à "l'oeuvre du préfet Haussmann, qui a développé les galeries souterraines au 19e siècle". Ces galeries donnent accès à pied à 1800 km de canalisations, "un cas unique en France, qui permet de détecter et de réparer très vite la moindre fuite", précise le journal.
La deuxième ville au classement est Rennes avec 5% de pertes, suivie par Reims et Tours (10%), puis Limoges (11,7%).
"Quand vous apprenez que les pertes représentent en moyenne 25% de l'eau mise en distribution en France, c'est souvent difficile à croire", a déclaré dans une interview au JDD Mme Jouanno.
"Remplacer une canalisation coûte plus cher que de colmater une jointure, ce qui n'engage pas à faire les travaux nécessaires, hélas", regrette la secrétaire d'Etat.
"Les collectivités ont l'obligation par la loi de rechercher les fuites", rappelle-t-elle avant d'ajouter que "nous prévoyons de leur demander de ramener leur taux de perte à 15%, voire moins dans les zones urbaines denses".
Les compagnies privées de distribution Veolia Eau et Lyonnaise des Eaux (Suez), qui alimentent les deux tiers des grandes villes, "renvoient la responsabilité aux élus locaux", selon le JDD.
Elles estiment que les réseaux français sont "en meilleur état qu'ailleurs (Veolia) ou que leur rendement se situe "dans la moyenne européenne" (Suez).
00:28 Publié dans PATRIMOINE NATUREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
15.10.2009
Pipeline rompu : la nappe phréatique de Crau est touchée
Pipeline rompu : la nappe phréatique de Crau est touchée
NOUVELOBS.COM | 08.09.2009 | 10:59
Des associations de défense de l'environnement accusent la Société du pipeline sud-européen de procéder à "une dépollution qui accentue le désastre écologique" causé par la rupture de l'oléoduc.
La Société du pipeline sud-européen (SPSE), dont une conduite s'est rompue début août dans la réserve naturelle de Coussouls de Crau (Bouches-du-Rhône), provoquant une importante pollution aux hydrocarbures, a reconnu lundi 7 septembre que la nappe phréatique était touchée.
"Des signatures (traces) en hydrocarbures sur certains des piézomètres (instruments de mesure installés autour de la zone polluée, ndlr) ont pu être relevées", a indiqué dans un communiqué la société qui appartient à plusieurs groupes pétroliers dont le français Total.
4.000 m3 de pétrole dans la réserve
"Une campagne de prélèvements et d'analyses faite sur les puits et captage d'eau potable à proximité ne révèle aucun signe de pollution", a ajouté la SPSE qui compte déterminer la part de pollution de la nappe qui lui est "imputable" et pourrait mettre en oeuvre un protocole de traitement de la nappe "en cas de pollution avérée".
Des analyses doivent également mesurer les impacts éventuels sur la faune et la flore.
Ce communiqué a été publié à la suite d'une visite de presse organisée lundi par la SPSE sur le chantier de dépollution. La rupture d'un oléoduc avait entraîné le 7 août le déversement de 4.000 m3 de pétrole dans la réserve.
Selon une première estimation effectuée en août, les travaux de dépollution consistent à retirer 36.000 tonnes de terre sur cinq hectares touchés, avec une rotation d'environ 1.500 camions. Mais un volume de terre supplémentaire "très significatif" devra encore être retiré, la pollution ayant été, par endroits, plus profonde qu'initialement estimé, a précisé la SPSE dans le communiqué.
"Une dépollution qui accentue le désastre écologique"
Ces annonces interviennent alors que des associations de défense de l'environnement ont accusé lundi la société de procéder à "une dépollution qui accentue le désastre écologique" causé par la rupture de l'oléoduc.
Ces associations "redoutent que la priorité pour la SPSE soit juste de remettre le pipeline en état de marche au plus vite", selon un communiqué signé notamment par France Nature Environnement (FNE), l'Union régionale du Sud-Est pour la sauvegarde de la vie, de la nature et de l'environnement (URVN) et la Ligue pour la protection des Oiseaux (LPO).
Elles réclament une réunion urgente avec tous les acteurs concernés pour établir un cahier des charges sous tutelle de l'Etat, un suivi du chantier de dépollution et une analyse sur l'état des canalisations qui traversent la Crau.
Selon elles, "la circulation se fait de manière désordonnée" sur le chantier et "les engins roulent et écrasent végétaux et animaux sur plus de 13 hectares de milieu naturel protégé" alors qu'"aucune voie d'accès n'a été définie en accord avec la réserve naturelle".
La SPSE a répondu à ces accusations dans son communiqué tout en reconnaissant quelques dérapages par rapport au protocole de dépollution retenu: il a fallu agir, selon elle, "dans une grande urgence" pour éviter une extension de la pollution par pénétration dans le sol et via des épisodes pluvieux.
La société assure avoir mis en place "le maximum de mesures de protection et aujourd'hui il y a un plan de circulation très strict, avec une seule voie de passage", a expliqué une porte-parole.
"Les camions entrent par convois, les pistes de circulation ont été réduites, on les arrose pour éviter les soulèvements de poussière", a-t-elle poursuivi, assurant que la SPSE travaillait en totale concertation avec les responsables de la réserve.
(Nouvelobs.com avec AFP)
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Eaux souterraines: une ressource «invisible» à partager
Eaux souterraines: une ressource «invisible» à partager
07/09/2009 12:16 JOURNAL DE L ENVIRONNEMENT
La question des eaux souterraines transfrontalières et la mise en œuvre de la résolution des Nations unies de décembre 2008 ont été débattues fin août à Stockholm, lors de la Semaine mondiale de l’eau. Explications avec Daniel Zimmer, directeur associé au Conseil mondial de l’eau et Alice Aureli, spécialiste du Programme hydrologique international (PHI) de l’Unesco.
Que représentent les eaux souterraines à l’échelle de la planète?
Alice Aureli
Les aquifères souterrains, dont une majorité est transfrontalière, contiennent 96% de l’eau douce de la planète. A l’heure actuelle, 65% sert à l’irrigation, 25% à l’eau potable et 10% à l’industrie. C’est l’Unesco qui a publié la première carte de ces réserves en 2008 (1). 273 aquifères partagés par plusieurs pays ont été recensés: 68 sur le continent américain, 38 en Afrique, 65 en Europe orientale, 90 en Europe occidentale et 12 en Asie, où le recensement se poursuit. Les plus importants en taille se trouvent en Amérique du Sud et Afrique du Nord. L’Afrique centrale possède aussi des réserves importantes mais elles sont mal connues et rarement exploitées. Et certains aquifères «profonds» n’ont pu être recensés faute de moyens financiers et techniques.
Pourquoi sont-elles sources de tensions grandissantes?
Daniel Zimmer
Le développement des technologies de pompage décentralisé, dans les années 80, s’est accompagné d’une explosion des pompes électriques chez de nombreux petits agriculteurs, dans de nombreux pays en développement souvent avec la bénédiction de l’Etat, comme en Inde et au Mexique, mais sans véritable politique de gestion associée. Depuis 20 ans, la croissance démographique a entraîné une hausse des prélèvements. Or, le taux de renouvellement des réserves aquifères, variable selon les zones, est souvent mal connu. Certains aquifères situés à plus de 1.000 mètres de profondeur sont très peu réalimentés. D’où un risque de surexploitation, et de pénurie en cas de sécheresse. La pollution représente un autre problème. Elle est surtout engendrée par le rejet des eaux usées à la périphérie des villes, par les engrais agricoles, la salinisation due à des irrigations mal contrôlées (le taux de salinité naturel de l’eau est souvent au moins de 1 gramme par litre), la nature des sols ou le pompage en zone côtière.
Quels problèmes spécifiques posent les aquifères transfrontaliers?
Daniel Zimmer
On connaît depuis longtemps les enjeux géostratégiques liés aux eaux de surface transfrontalières. Mais les eaux souterraines, par définition, ne sont pas visibles. Toute pollution ou tentative de surexploitation par un pays voisin n’est donc pas immédiatement détectable.
Néanmoins, contrairement à ce qui se passe pour les eaux de surface, il n’y a pas pour les aquifères d’asymétrie entre les pays de l’amont –cherchant à contrôler la ressource- et ceux de l’aval. Cela devrait favoriser la coopération entre pays. En 30 ans, des évolutions ont d’ailleurs eu lieu. Un des premiers systèmes de gestion concertée a été mis en place dans les années 90 pour l’aquifère des Grès nubiens en Afrique du Nord- l’un des plus grands au monde- entre l’Egypte, la Lybie, le Soudan et le Tchad.
Quel est l’objectif de la résolution sur les eaux souterraines transfrontalières, adoptée lors de l’Assemblée générale de l’Onu le 11 décembre 2008?
Alice Aureli
En Europe, la gestion des eaux souterraines est encadrée par la directive-cadre sur l’eau. Dans d’autres régions le cadre juridique fait souvent défaut. Or, comme les systèmes transfrontaliers s'étendent sous plusieurs États, leur exploitation suppose des mécanismes de gestion concertée. La résolution des Nations unies de décembre 2008 est en grand pas vers la gestion durable des ces aquifères car elle propose aux pays concernés des critères de bonne conduite visant à limiter la surexploitation par un pays riverain et la pollution.
Elle permet en outre de combler une lacune de la Convention des Nations unies de 1997 sur les cours d’eau transfrontaliers. Ce texte, rédigé par des experts en droit international, avait négligé, à son insu, 80% des eaux souterraines en ne considérant que celles qui étaient reliées à un fleuve international. En 2002, le rapporteur spécial de la Commission de droit international des Nations unies et ambassadeur du Japon, Chusei Yamada, a changé la donne en faisant appel aux hydrologues de l’Unesco pour co-rédiger les 19 articles inclus dans la résolution de 2008.
Quelles sont les prochaines étapes?
Alice Aureli
Le texte actuel, non contraignant, n’a qu’une portée «éthique». C’est pourquoi nous souhaitons le transformer en Convention internationale, à l’occasion de l’AG de l’Onu à New-York en 2011. Entre-temps la conférence organisée par l’Unesco à Paris en décembre 2010 constituera une étape importante. Le sujet reste toutefois sensible, les eaux souterraines étant un trésor «caché» parfois difficile à dévoiler. Les dirigeants devront toutefois comprendre que travailler avec son voisin permet de mieux profiter de leurs ressources.
La réunion de Stockholm a-t-elle permis des avancées?
Alice Aureli
Oui, le colloque a permis d’envoyer un signal positif pour 2011. Plusieurs institutions internationales (2) ont accepté de travailler ensemble et de faire connaître la résolution onusienne aux décideurs. Par ailleurs, plusieurs témoignages intéressants ont été présentés, comme celui de la structure de gestion partagée entre les Etats-Unis et le Mexique.
(1) Dans le JDLE «Une carte mondiale des réserves transfrontalières»
(2) Conseil mondial de l’eau, Partenariat mondial sur l’eau, Fonds mondial sur l’eau, l’Organisation des Etats américains, le Conseil des ministres africains sur l’eau, etc.
03:25 Publié dans PATRIMOINE NATUREL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
09.09.2009
SOS monde sauvage
SOS monde sauvage
Par Cyril Hofstein
14/08/2009 | Mise à jour : 19:49 LE FIGARO
Si aucune mesure n'est prise rapidement, de nombreuses espèces animales et végétales vont encore disparaître. Scientifiques, experts, personnalités tirent la sonnette d'alarme.
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Sommes-nous au bord d'une extinction massive ? Pour le spécialiste le plus alarmiste de la communauté scientifique, Edward Wilson, professeur à l'université d'Harvard aux Etats-Unis, la Terre perdrait chaque année 0,25 % de sa biodiversité, soit entre 10 000 et 40 000 espèces par an. De deux à quatre par heure. Des chiffres terrifiants. Sommes-nous entrés dans la sixième extinction, comme l'assurent de nombreux experts ? La sixième grande crise de la vie sur Terre, plus terrible encore que celle qui provoqua, il y a 65 millions d'années, la fin des dinosaures ? Pour la plupart des scientifiques, le taux d'extinction des espèces serait aujourd'hui 10 000 fois supérieur à ce qu'il était avant l'apparition de l'homme. Et ce n'est qu'un début.
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a déjà recensé 820 disparitions d'espèces sauvages depuis cinq cents ans. Sans compter celles dont nous ignorons encore l'existence, tant notre connaissance du monde animal demeure fragmentaire. Tant sont nombreuses les disparitions silencieuses, d'oiseaux, de petits mammifères, d'insectes, de végétaux et de micro-organismes, morts en même temps que la destruction de leur environnement.
«Ces chiffres doivent être interprétés, explique, Jean-Philippe Siblet, directeur adjoint du service du patrimoine naturel au Muséum national d'histoire naturelle. En effet, comment concilier le catastrophisme et l'inquiétude des scientifiques et ces 820 espèces perdues à jamais, un chiffre à peine supérieur au taux normal d'extinction des espèces? En fait, si nous possédons bien le monde des mammifères et des oiseaux, nous ne connaissons que très approximativement l'univers des insectes et des micro-organismes, qui constituent l'essentiel de la biodiversité terrestre aujourd'hui menacée.» Un constat qui conduit plusieurs chercheurs à estimer le nombre d'espèces vivantes sur notre planète entre 10 et 80 millions, contre quelque 1,5 million actuellement répertoriées.
En plus des animaux clairement menacés, une biodiversité totalement inconnue est aussi en train de disparaître à grande vitesse à mesure que les grandes forêts tropicales s'étiolent, victimes de la surexploitation, des incendies, des déplacements de populations et des cultures d'essences uniques, comme l'eucalyptus ou le palmier producteur d'huile... Fragiles, uniques, ces forêts couvrent environ 6 % des terres émergées et abritent plus des deux tiers du monde animal connu et inconnu. Au Brésil, en Indonésie, au Cameroun, à Bornéo, à Sumatra, à Madagascar ou aux Célèbes, le compte à rebours a commencé. Et tout se joue désormais en années. Après, il sera trop tard, car comment sauver une espèce dont l'écosystème est détruit à jamais ? La loi naturelle est implacable : quand 90 % d'un habitat disparaît, 50 % des espèces associées meurent.
La liste rouge de l'UICN, qui recense 16 928 espèces animales et végétales en danger en 2008, contre 10 533 en 1996, estime actuellement que 12 % des oiseaux, 23 % des mammifères, 32 % des amphibiens, 42 % des tortues et 25 % des espèces de conifères sont en danger d'extinction. A ce rythme et à titre d'exemple, plus de 90 % de la Grande Barrière de corail devrait avoir disparu en 2050, les manchots Adélie peuplant l'Antarctique verront sans doute leur nombre baisser de 70 % et les ours polaires auront disparu de leur milieu naturel d'ici à la fin du siècle. Et la liste est loin d'être exhaustive.
Les activités humaines en accusation
D'après l'Académie des sciences américaines, ce processus de disparition aurait débuté il y a environ quatre-vingt mille ans, lorsque l'homme a commencé à coloniser l'ensemble de la planète. Malgré la faible population humaine et son morcellement, certaines espèces animales ont été rapidement surexploitées, notamment dans les espaces insulaires. Puis, avec le développement de l'élevage et de l'agriculture, il y a dix mille ans, les choses se sont accélérées pour atteindre un pic avec la révolution industrielle au début du XVIIIe et au XIXe siècle en Europe.
Aujourd'hui, le processus est le même. Seule l'échelle a changé avec le progrès technologique, l'exploitation massive des ressources naturelles et l'augmentation exponentielle de la population humaine, passée de 2,5 milliards dans les années 50 à 6,7 milliards en 2008, et peut-être à 9,5 milliards en 2050. Désormais, aucune niche écologique n'est à l'abri de l'homme, qui a transformé le paysage en fonction de ses besoins. Presque partout, les prairies tempérées sont devenues des champs cultivés, les forêts des espaces cernés par la surexploitation et l'urbanisation, les littoraux ont été réduits à d'étroites bandes côtières polluées, les mangroves, quand elles n'ont pas totalement disparu ou été étouffées par les pesticides, transformées au mieux en zones d'élevage industriel de crustacés... Et la course aux nouvelles énergies fossiles, l'extraction du lithium ou d'autres métaux rares, promet déjà de n'épargner aucun biotope ni sur terre ni en mer. «A cela, précise le World Wildlife Fund (WWF), s'ajoutent la fragmentation et la perte des habitats, particulièrement dans les zones tropicales, le commerce international des animaux menacés d'extinction et l'introduction d'espèces invasives favorisée par la mondialisation.»
Un autre péril hypothèque aussi l'avenir du monde sauvage : le changement climatique. Pour des espèces aussi diverses que les tigres, les grands cétacés ou les orangs-outans, déjà menacés d'extinction depuis des décennies par la surexploitation et la destruction de leur habitat, le réchauffement global de la planète pourrait être fatal. Le quatrième rapport d'évaluation du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), publié en 2007, prévoit des conséquences désastreuses si aucune réduction massive des émissions de gaz à effet de serre ne se produit. En clair, si la température augmente entre 1,5 °C et 2,5 °C d'ici à 2050, de 20 à 30 % des espèces vivantes seront confrontées à un risque majeur d'extinction.
«Les plus menacées sont les espèces vivant dans les zones où le réchauffement est supérieur à la moyenne, comme dans les régions polaires, explique le WWF, celles dépourvues de toute capacité d'adaptation ou dont l'effectif de population est déjà trop faible pour leur permettre de s'adapter à l'évolution rapide de leur environnement. Sans l'adoption de mesures substantielles à court terme, il y a fort à parier que la conjugaison des effets du réchauffement climatique et des menaces préexistantes ne poussent un grand nombre d'animaux au bord de l'abîme.»
Une pression renforcée sur la biodiversité
L'impact de ce phénomène n'a pas encore été totalement évalué. Mais si le climat se modifie, et avec lui la biologie de nombreux animaux, certains dispositifs actuellement en place pour assurer leur protection risquent d'être remis en cause. Ainsi, l'élévation des températures pourrait conduire au déplacement d'espèces en dehors des zones où elles étaient initialement en sécurité. La création de vastes «aires protégées» risque ainsi d'être partiellement abondonnée car la taille des réserves doit d'abord être adaptée au fonctionnement des écosystèmes. Il ne suffira plus de clôturer des espaces définis par l'intérêt des hommes pour sauver les espèces. Or l'élévation du niveau des mers et les nouveaux besoins des hommes en termes d'espaces renforceront la pression sur la biodiversité et les rivalités pour le contrôle des territoires.
L'enjeu est considérable et sa portée dépasse la seule question de la protection du monde sauvage. Il interroge aussi l'identité humaine. Sans aller aussi loin qu'Edward Wilson, qui se demande si l'homme n'estpas «une anomalie de l'environnement» dont «l'intelligence venue par erreur pourrait être fatale à la biosphère», la situation est suffisamment préoccupante pour poser les vraies questions sur la continuité du développement de notre civilisation. Car en moins de deux siècles, l'homme a réussi à révolutionner jusqu'au principe même d'extinction. Les cinq épisodes connus de disparition massive des espèces ont été produits par des accidents climatiques à long terme ou des catastrophes naturelles. Désormais, c'est l'extension et le développement d'une seule espèce terrestre, la nôtre, qui en porte la responsabilité.
Alors comment créer des réserves naturelles efficaces ? Restaurer les écosystèmes en danger et transformer les comportements des hommes envers la nature ? Quelle place accorder au vivant ? Faut-il limiter la démographie ? La consommation ? La pollution issue des activités humaines ? Comment concilier le monde naturel et l'évolution des modes de vie, les besoins alimentaires, la course à l'énergie et à la croissance économique des pays émergents ? Aujourd'hui, les initiatives sont nombreuses, à l'image de la Convention sur la biodiversité créee en 1992 et signée par 190 pays, qui s'est fixé comme objectif d'enrayer la perte de biodiversité d'ici à 2010. Partout, la prise de conscience semble effective, d'autant que la plupart des Etats ont réalisé, même tardivement, que l'appauvrissement biologique aura un coût économique considérable. Sans biodiversité, plus de nourriture, d'eau, de médicaments, de fibres textiles, de pollinisation...
«Mais si rien n'est fait à temps pour inverser la tendance, lance Jean-Philippe Siblet, nous perdrons une part considérable du patrimoine vivant. La biodiversité est notre assurance-vie. Si elle continue à s'appauvrir, nous risquons peut-être de passer à côté des molécules ou des substances qui pourraient aider l'homme à guérir de nombreuses maladies ou à révolutionner son mode de vie. Ce serait une terrible tragédie.» Tout doit impérativement se jouer dans les cinquante années à venir. Après, il sera trop tard.
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30.08.2009
En Savoie, la préservation de la montagne se heurte à la logique économique
En Savoie, la préservation de la montagne se heurte à la logique économique
LE MONDE | 07.08.09 | 14h13 • Mis à jour le 07.08.09 | 14h13
Chambéry Correspondante
Le projet est emblématique de la course sans fin à l'aménagement de la montagne : la liaison entre Bonneval-sur-Arc, site classé, et Val-d'Isère (Savoie), qui passerait dans le périmètre du coeur du parc national de la Vanoise, évoquée depuis des décennies, est à nouveau d'actualité. La Société des téléphériques de Val-d'Isère étudie le dossier depuis plusieurs mois. En 1994, une précédente tentative avait suscité une telle mobilisation des associations de protection de la nature que le ministre de l'environnement de l'époque, Michel Barnier, avait préféré refermer le dossier.
Michel Bouvard, député UMP de Savoie, soutient le projet, mais a saisi le ministère de l'écologie. "Ce que j'espère, avance-t-il, c'est qu'aujourd'hui on comprenne que le débat sur la politique de l'environnement, ce n'est pas seulement le débat sur les limites du Parc. On doit être dans une approche globale environnementale et de développement durable."
Certains arguments du député de Savoie se retrouvent dans la directive territoriale d'aménagement (DTA) des Alpes du Nord, en cours d'élaboration. Une directive que combat pourtant l'élu savoyard, tout comme Hervé Gaymard, député UMP de la Tarentaise et président du conseil général de la Savoie. Ce projet de cadrage réglementaire prévoit de freiner, sur l'ensemble du massif des Alpes du Nord, les programmes immobiliers et les extensions de domaines skiables, en se référant explicitement aux effets annoncés du réchauffement climatique et à l'enjeu, qualifié de primordial pour les secteurs de montagne, de la préservation de l'espace.
Le texte final, issu de la concertation avec les élus, transmis le 16 juin à Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie et de l'aménagement du territoire, présente toutefois des assouplissements notables. Il supprime notamment la limitation stricte de l'urbanisation touristique dans les stations, ainsi que le caractère d'exception des liaisons entre domaines skiables.
Mais ce n'est pas encore assez pour les élus savoyards : "Le développement durable ne peut pas se faire sans les stations de sports d'hiver, qui sont le moteur économique d'une grande partie du massif alpin", rappelle Michel Bouvard, qui s'inquiète "qu'on impose finalement par le haut des choses qui n'aient pas été consenties et partagées par l'ensemble des acteurs d'un massif".
Le texte doit désormais faire l'objet de délibérations dans les collectivités territoriales et passer en enquête publique, avant d'être rendu opposable par un décret en Conseil d'Etat, courant 2010. "On est arrivé à un degré d'assouplissement tel qu'au-delà, le document tombe de lui-même, prévient Jacques Gérault, préfet de la région Rhône-Alpes. Cela deviendrait un exercice dérisoire."
En Savoie, où le tourisme représente 50 % du produit intérieur brut, la prise de conscience du changement climatique n'en est qu'à ses prémices. Le plan tourisme 2007-2013 du département, voté en juin 2006, maintient le modèle de croissance économique des stations, en subventionnant les équipements en neige de culture pour les stations de moyenne montagne et les interconnexions entre domaines skiables.
Cependant, le conseil général a lancé en 2007 la rédaction d'un Livre blanc du changement climatique, dont la publication est annoncée pour le mois de septembre. Ce document pose d'emblée que le réchauffement climatique est deux fois plus fort dans les Alpes que dans le reste de l'Europe et met à plat toutes les données concernant les impacts possibles de la hausse des températures et de l'évolution des précipitations, ainsi que leurs conséquences sur le milieu naturel du territoire alpin : recul des glaciers, fonte du permafrost, accélération du processus d'érosion.
"Nous sommes dans un vide de réponses, un vide de connaissances, avertit Jean-Jacques Delannoy, de l'université de Savoie, qui préside le groupe de travail sur le changement climatique mis en place par le département. Les modèles climatiques sont au niveau planétaire, et il faut les décliner à l'échelle locale. Ce travail sur l'état de la connaissance est une manière de mettre les élus devant leurs responsabilités. On ne pourra pas dire : "on ne savait pas"."
Une fois ce travail effectué, il faudra encore construire une stratégie d'adaptation qui prenne en compte cette donne du changement climatique. Mais avec quel modèle de développement ? La mission confiée à l'Institut de la montagne, implanté à Savoie Technolac, qui était d'être force de propositions pour la société civile, a montré ses limites ce printemps.
L'établissement a fermé son unité de recherche en avril. Sa directrice, Carmen de Jong, spécialiste de l'hydrologie dans les massifs montagneux, avait dénoncé les conséquences de l'utilisation de la neige de culture sur l'environnement, provoquant une levée de boucliers des élus et des exploitants de remontées mécaniques.
Jean-Jacques Delannoy s'est vu confier la tâche de rédiger une nouvelle feuille de route, pour, dit-il, "recréer un climat de confiance" entre des élus inquiets et le monde de la recherche.
Nathalie Grynszpan
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12.08.2009
La gouvernance de l'eau est-elle à la hauteur des enjeux ?
La gouvernance de l'eau est-elle à la hauteur des enjeux ?
Les comités de bassin, petits parlements à l'échelle des six principaux bassins hydrauliques français, se réunissent actuellement pour décider de la politique de l'eau. A la fin de l’année, ils devront arrêter les SDAGE (Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux) soit la stratégie des six années à venir et les mesures pour parvenir à 66 % des masses d’eau en bon état en 2015. Le dernier état des lieux, de 2004, les chiffrait à moins de 25% et les études qui ont été faites depuis montrent que la situation ne s’améliore pas, voire se détériore par endroits. Pour la nappe phréatique de la Beauce, exemple emblématique, on sait que le 100% de bon état en 2027, imposé par la directive cadre sur l’eau (DCE) européenne est compromis.
Affaiblissement des textes
Aujourd’hui, la France vise les 66% d’ici 2015 sur la totalité du territoire. C’est le nouvel objectif, fixé par le Grenelle de l’environnement. Les copies doivent être révisées pour cinq des six bassins versants : de 66 à 72% d’eaux en bon état en Rhin-Meuse, de 40 à 50% en Artois-Picardie et de 45 à 61% en Loire-Bretagne, pour ne citer qu’eux. Et pourtant, au fur et à mesure que l’on s’achemine vers la version finale des textes, ceux-ci perdent en précision, « s’affaiblissent », déplore le réseau FNE : « En Loire-Bretagne, tout ce qui pouvait contribuer à un réel changement des pratiques agricoles est devenu simple recommandation, incitation… » écrit Josselin de Lespinay, du Val de Loire. « Au final, certains écologistes ne voteront pas mais on se félicitera des avancées par rapport au dernier Sdage" [ndlr :1996]. « Mais les mesures vont-elles être assez contraignantes pour préserver les zones humides ? » renchérit Bernard Rousseau, responsable du Réseau Eau de FNE et membre du comité de bassin Loire-Bretagne.
Du côté des représentants des agriculteurs, au sein du même comité de bassin, on se félicite d’avoir fait avancer le consensus : « l’écrit initial n’était pas compatible avec l’équilibre nécessaire entre préservation de l’environnement et maintien de l’activité agricole » déclare Joseph Ménard, de l’Assemblée des chambres d’agriculture (APCA) qui rappelle que « 40% des emplois dépendent indirectement de l’agriculture en Bretagne ». La position assumée du collège qu’il représente au sein du comité est « d’éviter la surenchère de mesures sur les territoires ». Mission accomplie sur l’équilibre de la fertilisation en phosphore notamment, « en retrait par rapport au droit national en vigueur » s’insurge FNE. Par ailleurs, les agriculteurs ont obtenu des mesures particulières de financement pour la protection de territoires fragiles. Comment en vient-on à réduire la portée d’un texte, alors qu’on a des obligations de résultats ambitieux de l’Europe, du ministère de l’Ecologie et des citoyens eux-mêmes consultés en 2008 par enquête publique ?
La représentativité en question
La représentativité des usagers de l’eau au sein des comités de bassin est un élément central de réponse. Agriculteurs, industriels, associations de défense de l’environnement et de consommateurs se partagent 40% des sièges « usagers » en comités (pour le reste, 40% sont des élus et 20% des représentants de l’Etat). Mais les usagers économiques, ayant le plus gros impact sur les milieux aquatiques, sont plus représentés que l’usager particulier, qui est pourtant le principal payeur. Au comité Loire-Bretagne, les voix de l’agriculture et des industriels (dont certains du secteur agricole) totalisent 46 sièges tandis que les associations de pêcheurs, de consommateurs, etc, qui défendent en priorité la qualité de l’eau sont moins de vingt.
« Les leaders de chaque corps de représentants sont tous entendus de la même façon dans la recherche de consensus » tente de rassurer Philippe Deneuvy, sous-directeur Eau et Planification au ministère de l’Ecologie. Celui-ci défend le système des comités de bassin, mis en place en 1964 en France, comme « le meilleur moyen d’avoir un consentement à payer de la part des industriels. La structure est autonome financièrement –l’argent de l’eau va à l’eau- et pluriannuelle pour une meilleure stabilité. »
Financement en suspens
Mais au moment du vote des textes, les défenseurs de l’environnement dépendent des élus pour contrebalancer leur faible nombre. « Impossible de compter sur une majorité des élus pour défendre la société civile » pour Josselin de Lespinay, de FNE, « beaucoup d’entre eux sont des représentants des communes rurales, souvent agriculteurs ou très proches du monde agricole ». Sans compter que les organisations professionnelles sont mieux armées en conseil juridique que les associations et les élus.
La représentativité dans la confrontation des intérêts divergents est d’autant plus problématique que l’on aborde aujourd’hui des problèmes plus complexes que jamais et donc plus conflictuels, comme les pollutions diffuses et la morphologie des cours. « Le consensus ne vaut pas unanimité » rappelle Philippe Deneuvy. La crise s’invite en objet supplémentaire de tension. Les collectivités ne souhaitent pas, en effet, s’engager de manière précise dans le financement des programmes de mesures.
| Hélène Huteau Mis en ligne le : 21/07/2009 © 2009 Novethic - Tous droits réservés |
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21.07.2009
Espèces in extremis
Espèces in extremis
grand angle
Un rapport alerte sur le rythme d’extinction du vivant, de 100 à 1000 fois plus rapide qu’aux temps géologiques anciens.
Par ELIANE PATRIARCA / LIBERATION
A la lecture du rapport de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN), publié hier, qui dresse l’état des lieux de la biodiversité mondiale, ce sont les mots de René Char qui reviennent en tête :«La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.» «Wildlife in a Changing World» («Les espèces sauvages dans un monde en mutation»), ce sont 180 pages plutôt déprimantes mais indipensables, pour savoir, comprendre et agir.
L’UICN, qui compte plus de 1 000 membres, gouvernements et ONG, y montre que l’objectif que s’était fixé en 2002 la communauté internationale («stopper l’érosion de la biodiversité en 2010»), ne sera pas atteint. «Lorsque les Etats prennent des mesures pour réduire la perte de biodiversité, il y a quelques avancées, mais nous sommes loin de pouvoir inverser la tendance», déplore Jean-Christophe Vié, directeur adjoint du Programme de l’UICN pour les espèces et rédacteur principal de la publication. Surtout, le rapport souligne que le déclin continue à une vitesse fulgurante : les espèces animales et végétales s’éteignent à un rythme 100 à 1 000 fois plus rapide qu’au cours des temps géologiques anciens. Un rythme qui ressemble à celui des cinq grandes crises d’extinctions dont celle qui a vu disparaître les dinosaures il y a 60 000 ans.
Aucune espèce indemme
L’étude analyse les données de quelque 45 000 espèces recensées dans la Liste rouge, un inventaire qui au fil des années est devenue la référence mondiale sur l’état de conservation du vivant. L’UICN répertorie 869 espèces éteintes et 16 928 menacées d’extinction. C’est un nombre très sous-estimé puisque «l’analyse ne porte que sur la Liste rouge, rappelle Florian Kirchner, chargé de programmes Espèces pour le comité français de l’UICN, soit 2,7 % des 1,8 million d’espèces décrites dans le monde, mais il représente un instantané utile de ce qui arrive à l’ensemble du vivant.»
Toutes les espèces sont touchées mais certaines plus que d’autres : près d’un tiers des amphibiens, plus d’un oiseau sur huit et près d’un quart des mammifères risquent de disparaître. Pour certaines catégories de végétaux, comme les conifères et les cycadacées, un groupe de plantes qui existe depuis très longtemps, la situation est encore pire, avec respectivement 28 % et 52 % d’espèces menacées.
Dans les océans, dont les fonds sont encore très méconnus, la surpêche, les espèces envahissantes, l’urbanisation du littoral et la pollution sont les principales calamités. Un tiers des espèces de requins et de raies de haute mer (dont le grand requin blanc et le requin-marteau) sont menacés : ils sont pêchés essentiellement pour la viande mais aussi pour leurs ailerons, en particulier en Asie, où ils sont servis en soupe. De plus, six des sept espèces de tortues marines risquent d’être anéanties.
Autres victimes les coraux qui forment des récifs (27 % en danger sur les 845 espèces existantes). «Imaginez la pêche sans poissons, l’exploitation forestière sans arbres, le tourisme sans récifs coralliens, les cultures sans pollinisateurs», alerte Jean-Christophe Vié.
Le climat, calamité du futur
Dominant dans le débat sur l’environnement, le changement climatique n’est pas, à l’heure actuelle, le principal fléau pour les espèces sauvages. La destruction des habitats naturels en faveur de l’urbanisation ou de l’agriculture ; la surexploitation (surpêche, déforestation, braconnage) et l’invasion des espèces exotiques (comme en France, la tortue de Floride ou le frelon asiatique) sont les trois «grands exterminateurs». Mais l’UICN a étudié les caractéristiques biologiques de 17 000 espèces d’oiseaux, d’amphibiens et de coraux formant des récifs, et elle conclut qu’une bonne partie des espèces actuellement non menacées sont vulnérables au réchauffement du climat. «C’est le cas des espèces à faible capacité migratoire, ou à exigence écologique très forte [tortues de mer ou coraux] ou encore qui vivent en montagne», explique Florian Kirchner.
Un tableau très noir donc que l’UICN veut éclairer néanmoins par quelques bonnes nouvelles : le déclin peut être enrayé par des efforts judicieux de conservation. En 2008, 40 espèces ont vu leur statut s’améliorer chez les mammifères, dont la baleine à bosses, le castor et le bison d’Europe ou l’éléphant d’Afrique.
Dans cette course planétaire contre la montre, l’UICN plaide pour qu’à l’heure de la crise économique mondiale, «la nature soit reconnue comme la plus grande entreprise du monde, œuvrant gratuitement au profit de l’humanité entière». De quoi «justifier des efforts aussi importants pour sauver la nature que pour préserver l’activité économique et financière», selon Jean-Christophe Vié.
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France : 507 captages d'eau menacés par la pollution diffuse
France : 507 captages d'eau menacés par la pollution diffuse
LE 04/07/2009
France - Les ministères chargés de l'Écologie, de la Santé et de l'Agriculture ont publié une liste de 507 captages d'eau particulièrement pollués par les nitrates et les pesticides. Tous feront l'objet d'une protection renforcée, comme s'y était engagé le Grenelle de l'Environnement.
Sur 856 ouvrages de prélèvement, 507 se sont révélés particulièrement menacés par la pollution par les nitrates et les pesticides, révèlent les trois ministères concernés par la question.
La diffusion de cette liste est la première étape de l'engagement pris par le Grenelle de l'Environnement à l'horizon 2012, concernant la protection de l'aire d'alimentation des captages d'eau les plus touchés par les pollutions diffuses.
Les 507 captages qui feront l'objet d'un renforcement de protection ont été sélectionnés parmi les 11 000 que compte la France selon trois critères : leur niveau de pollution, leur caractère stratégique par rapport à la population desservie et enfin, la volonté de récupérer certains captages laissés à l'abandon. Ce processus sera mis en place au plus tard à l'automne 2011 précise le communiqué publié par les ministères de l'Environnement, de la Santé et de l'Agriculture.
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16.06.2009
Directive cadre européenne sur l’eau : citoyens écoutés...citoyens entendus ?
Directive cadre européenne sur l’eau : citoyens écoutés...citoyens entendus ?
[29.05.2009]
Du 15 avril au 15 octobre 2008, nos concitoyens étaient consultés sur la future politique de l'eau. Passée inaperçue au niveau national, cette consultation était pourtant imposée par une directive européenne, la Directive Cadre sur l'Eau (DCE). Temps fort de la mise en œuvre de cette directive, cette consultation constitue une étape essentielle dans le processus de révision des Schéma Directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). Alors que le MEEDDAT et les Agences de l’eau rendent public les résultats, FNE, fortement impliquée dans cette démarche participative, souhaite également publier son bilan .
Les citoyens réclament des objectifs plus ambitieux
La consultation de 2008 a montré une participation du public plus importante qu’à l’occasion de celle du même genre organisée en 2005 : : au total, près de 410 000 réponses, représentant 1,48% de la population, soit une hausse de 84% par rapport à 2005. De manière générale, la population a demandé l’élaboration d’objectifs environnementaux plus ambitieux pour préserver et restaurer la ressource en eau et les milieux aquatiques. Sont particulièrement montrés du doigt les pollutions agricoles et la non application du principe pollueur-payeur…
Une forte implication des associations
Les associations se sont particulièrement investies dans la démarche, auprès du public, par des actions de communication, d'information, de sensibilisation : conférences-débats, stands lors d'événements ponctuels, expositions… Plus de 60 associations affiliées à FNE ont mené près de 400 actions sur une grande partie du territoire et ont ainsi contribué à la distribution de près de 15 000 questionnaires ! Quelle est la plus-value de ces actions d’accompagnement réalisées par les associations ? L’instauration d’une culture de l’eau par des informations en continu, une meilleure compréhension et appropriation des enjeux, une meilleure explication des questionnaires, pour une participation éclairée des citoyens.
Un manque de communication des institutions
Même si 1.48% de réponse au niveau national est, d'un point de vue statistique plutôt satisfaisant, FNE ne peut se satisfaire d’une timide campagne de communication nationale autour de cet événement. Au niveau des bassins, des efforts importants ont été réalisés par rapport à 2005, mais ils ne pouvaient à eux seuls lancer une campagne d’ampleur nationale qui ne pouvait être que gouvernementale. Comment sensibiliser la population sur un sujet aussi important que la préservation de notre ressource vitale qu'est l'eau, sans un appui national digne de ce nom ?
Et après ?
Le mouvement FNE milite maintenant pour que les demandes du public soient réellement prises en compte et qu’elles contribuent à améliorer les projets de SDAGE. Une dernière consultation, achevée le 5 mai, a été menée auprès des Assemblées telles que les Conseil Régionaux et Généraux ou les Chambres d'agriculture a été organisée. FNE et ses associations se sont une nouvelle fois mobilisées pour être auditionnées et faire entendre leur voix auprès de ces acteurs !
Ne reste maintenant plus que 5 mois pour donner du corps aux textes…
Pour Bernard Rousseau, responsable des politiques Eau de FNE : « Cet exercice de démocratie participative à travers ces différentes consultations est essentiel… L’enjeu est de taille et nous sommes dans la dernière ligne droite ! En effet, l'arbitrage final est entre les mains des Comités de bassin pour l’écriture définitive et la validation des SDAGE. Ceux-ci s’appliqueront dès 2010 pour une durée de 6 ans. Les avis du public devront percoler dans ces SDAGE si l’on ne veut pas voir s’essouffler cet élan citoyen ! »
Pour télécharger le bilan de FNE, voir le site dédié à la DCE de FNE :
http://eau.fne.asso.fr/fr/consultation/consultation-2008....
Pour télécharger la synthèse des résultats du MEEDDAT et des agences de l’eau :
http://www.developpement-durable.gouv.fr/article.php3?id_...
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