17.11.2009
Une révolution pacifique
Une révolution pacifique
jeudi 22 octobre 2009, par Louis Aminot
POLITIS
Il n’y aura pas de changement durable sans une transformation démocratique à la fois sociale, culturelle et écologique.
« La vie politique et sociale a été faite de beaucoup de désillusions. Y mettre de l’espoir et de grandes ambitions n’est pas du tout à proscrire. » Maurice Kriegel-Valrimont
Il n’y aurait rien de déraisonnable à concevoir la paix, ses questionnements, problèmes et propositions de réponses, en tant que pilier central du processus de transformation sociale et écologique de nos sociétés. « Révolution verte » et « contribution climat énergie » ont bon dos. Belle trouvaille en vérité. Regroupés sous le parapluie du Grenelle, nos édiles, énarques assermentés et gens de pouvoir, n’imaginent rien de mieux que de carboniser les gens de peu avec de nouvelles taxes et charges. Décidément, la guerre des idées fait rage sur le front des porte-monnaie, jamais des coffres-forts. Énième preuve par neuf que l’éducation et l’irrigation des consciences à la hauteur des changements à entreprendre exigent un sérieux effort idéologique et politique, individuel et collectif. L’adhésion des peuples à une conscience universelle ne supportera aucun retard.
En 1987, les Rénovateurs communistes publiaient leur manifeste : la Révolution, camarades ! En exergue, ils inscrivaient Karl Marx et Friedrich Engels : « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. » Balayé par les orthodoxies, ce concept fait de nos jours un tabac. Tragiques ou pathétiques, les tentatives et expériences du siècle précédent autorisent au moins un enseignement. Des changements durables ne s’épanouiront que dans un extraordinaire affrontement politique, en tant que processus inédit de transformation démocratique poussé jusqu’à la métamorphose sociale, culturelle, écologique, elle-même démocratique. Dégagée des rites, règles et considérations de type militaire, la révolution vérifie sa force de conviction dans ses capacités d’avant-garde à échapper à l’avant-garde. La révolution ne se décrète pas, elle ne se programme pas, elle n’est ni l’affaire d’un soir, ni une fin en soi. Définie et comprise comme la démocratie du changement, la révolution est beaucoup plus que l’objectif, elle est le sens du mouvement.
Attentive à tout ce qui bouge et veut naître, prioritairement attentive aux droits des femmes, des enfants et des jeunes, la proposition révolutionnaire tend une main généreuse, solidaire, multipliée aux confins de ce monde souillé du sang des victimes de la férocité de l’argent. La révolution ouvre les portes d’un futur pacifique générateur de citoyenneté et de liberté. Elle surgira d’une volonté massive, astronomique, convergente avec un projet politique conforme aux exigences contemporaines d’égalité et de démocratie… ou ne sera pas. Aucune loi historique ne l’affirme inéluctable. Elle est seulement souhaitable, rien ne la proscrit non plus. Indomptable, imprévisible, l’humanité vous joue de ces tours ! Il arrive que les peuples en mouvement fassent irruption là où personne ne les attendait plus. Pour déverrouiller la surexploitation de la force de travail, poursuivre la liquidation des services publics et des acquis de la Libération, ultras ou sociaux, les européistes acharnés ne rivalisent que dans la méthode. Les uns et les autres foulent aux pieds le droit et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les délices et vertiges du pouvoir retournent jusqu’aux plus ardents à se repaître des valeurs de la gauche. Ces spécieux serviteurs révèlent un sacré aplomb dans la requalification de leurs renoncements et trahisons en réalisme et en courage. À les croire, ils oseraient se salir les mains dans le cambouis de la gestion des affaires publiques et de l’intérêt général, contrairement à d’autres qui s’esquiveraient lâchement. Misérable entourloupe. L’origine de leur abdication se niche ailleurs. Dans l’égo-carriérisme, le manque de vertu politique, le refus de s’appuyer sur le désir de changement, la négation de la démocratie et d’une autre voie. Ces abandons confessent a minima une incroyable naïveté, assurément une détestable duplicité. En se retournant comme les galettes de nos aïeules, ces vils serviteurs injurient l’intelligence des peuples. Deux conceptions de gestion de l’intérêt général s’affrontent au quotidien, à tous les niveaux. La plus répandue se vautre dans les nimbes de l’ordre établi. La plus déterminée bouscule ses fondements. Son déploiement contribue à l’identification des obstacles.
Modestes, étriqués, les premiers pas « unitaires » constatés dans la sphère de la gauche de la gauche indiquent la bonne direction. Les faiblesses paraissent surmontables. Elles résident dans l’absence d’un projet susceptible d’apporter des « réponses concrètes aux problèmes concrets ». Mais, l’une n’allant pas sans l’autre, elles résident essentiellement dans la dispersion de la force motrice sans laquelle, face aux réactions du système, la gauche se noie dans ses embarras et reculades. Les dérives du Parti socialiste – la facilité serait de ne regarder que ses transfuges et coopérants de « l’ouverture » – font mal au peuple de gauche. Échaudées, les couches populaires ne lui font plus confiance. Non sans raison, elles doutent de sa volonté et de ses capacités à imposer le changement. Le contentieux est lourd ; peu importe la manière, elles choisissent de le faire savoir. Remis à sa place et placé devant ses responsabilités, le Parti socialiste se garde d’afficher ses prétentions hégémoniques. Profil bas, il se contente de susurrer son péché mignon à s’autoproclamer pivot de la gauche. Ambivalence du pivot qui s’enfonce ? L’appétit des places et maroquins, cause et conséquence du mal socialiste ? Plutôt ses tentations sociales-libérales ? Son européisme frénétique ? Son désintérêt pour les couches populaires ? C’est un fait, le bateau socialiste gîte sur tribord. Béante, la brèche a alimenté les pseudo-sauveteurs du MoDem puis l’alliance de courants écologistes, parmi lesquels des altermondialistes. Cette situation apporte sur bâbord de l’eau au moulin du raisonnement.
Pour avancer vers la transformation sociale, écologique, démocratique, la gauche doit marcher sur deux jambes. Or, affaiblie, sans ambition, sa jambe gauche boitille et toute la gauche avec elle. Aux urgences, et vite, serait le mieux ! Cette idée gagne du terrain. Elle résulte de l’expérience commune. La gauche est repérable dans l’histoire. En gros, elle représente le camp du progrès. Soyons clairs, la notion de gauche n’incarne pas nécessairement le camp des luttes, elle n’exprime pas forcément la proposition d’ouverture d’un processus démocratique de rupture ou de dépassement du capitalisme. Sur ce point, la gauche vasouille lorsque son courant progressiste, révolutionnaire, le plus déterminé à changer le cours des choses, se perd dans les sables du sectarisme et de la division. À l’évidence, face aux enjeux, il serait bienvenu que ses diverses composantes ne s’autorisent plus un seul égarement. Tant mieux si la conscience de l’obligation de correction et de rééquilibrage (de la gauche) continue de progresser. Le temps est venu de s’atteler plus hardiment à la tâche. Il faut en premier lieu changer le moteur fatigué de la gauche. Pour aller loin, elle a besoin d’un moteur neuf, solide, conçu, fabriqué, mis au point et conduit par toutes et tous. Les bricolages répétés du Parti communiste ne font pas le compte. La gauche a besoin d’une nouvelle force motrice, unitaire, ouverte et dynamique, capable d’affronter et de maîtriser les obstacles, capable d’ouvrir une perspective, de rassembler et d’entraîner les forces indispensables à la réussite démocratique du changement.
Au diable les tergiversations. Élégance et révolution. Épuisé d’avoir trop biaisé avec le réel, feu le grand Parti communiste s’inscrirait de belle manière dans l’histoire en prenant sa part à la valorisation de « l’idée communiste » dans le passage assumé du relais et dans sa contribution concrète à l’enfantement. Une obstination à parodier les heures révolues constituerait une entrave inutile au mouvement en cours. La nouvelle force motrice finira par naître. Le potentiel existe. Tôt ou tard, les générations montantes submergeront les réticences. Mieux vaut, ici et maintenant, oser passer de la petite à la grande entreprise. Mieux vaut oser penser et organiser la sortie de l’ensemble de la gauche de son enlisement.
Louis Aminot
Ancien ouvrier à l’arsenal de Brest, ancien secrétaire fédéral du PCF-29, il a rompu avec le parti communiste en 1986. Il fut également élu de Brest de 1977 à 2001 et directeur des relations publiques de Sevran (93) de 2004 à 2009. Il a publié un livre relatant sa jeunesse d’apprenti et d’ouvrier de l’arsenal de Brest, dans les années 1950, Zef ou l’enfance infinie, Syllepse, 2008, 196 p., 13 euros.
00:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
11.11.2009
Rattrapage
Rattrapage
LEMONDE.FR | 07.11.09 | 14h23
Malgré les 44 jours de grève et de blocage ponctués d'incidents à l'origine de la mort d'un syndicaliste, la crise sociale des Antilles, au début de l'année, aura été bénéfique. Durant huit mois, plusieurs milliers de personnes ont participé aux Etats généraux organisés dans les territoires et dans l'Hexagone. En guise de conclusion, Nicolas Sarkozy a fixé, vendredi 6 novembre, une "feuille de route" en 137 propositions pour "repenser la relation entre la France et l'outre-mer".
Le président de la République voulait en finir avec la politique d'assistance à l'égard de l'outre-mer. Il s'est retrouvé confronté aux excès de la "profitation" et de l'"économie de comptoir" dénoncés par les collectifs syndicaux, du LKP en Guadeloupe et du "5 février" en Martinique. Effet cumulé de la crise financière: le chômage a fait un bond surtout parmi les jeunes, désœuvrés pour la moitié d'entre eux. En Martinique, 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. L'illettrisme fait des ravages en Guyane. Face à ces injustices persistantes, les mesures du gouvernement témoignent d'une prise de conscience et d'une solidarité renouvelée à l'égard de l'outre-mer. Mais elles ne sont pas à la hauteur des objectifs de rattrapage qu'exigerait l'égalité de traitement par rapport au reste de l'Hexagone.
Les ultramarins, qui s'estiment trop souvent ignorés – sauf en période de crise –, apprécieront sans doute le geste de "reconnaissance" du chef de l'Etat, qui a promis que 2011 serait une "année pour la promotion des cultures". "Nos outre-mer, a-t-il proclamé, nous rappellent combien la France a une identité plurielle. L'universalisme de notre pays n'est rien d'autre que le fruit de ce constant métissage." A ceux qui craignent un "largage" de la République, le président a répondu que "la question de l'indépendance ne sera pas posée".
M.Sarkozy promet le renforcement du rôle et des pouvoirs de l'Etat. Il a prévu de créer des groupements d'intervention de la concurrence et de nommer des commissaires au "développement endogène", des "sous-préfets à la cohésion sociale", tandis que les préfets pourront se substituer aux collectivités en cas de défaillance. Le gouvernement s'est aussi engagé à investir dans la santé, le logement, l'éducation. Le programme est ambitieux, mais, sauf à de rares exceptions, il n'est assorti d'aucun calendrier ni d'aucun financement. A la veille d'échéances électorales – le référendum statutaire en Martinique et en Guyane le 17 janvier et les régionales en mars –, cette lacune aurait pour le moins mérité d'être corrigée.
00:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
31.10.2009
Un peu de temps pour rectifier le tir des réformes ?
Un peu de temps pour rectifier le tir des réformes ?
publié le 23 septembre 2009 LOCALTIS
Les présidents de conseils généraux réunis pour leur 79e congrès ont largement remis en cause les scénarios actuels de réforme de la fiscalité locale et de réforme des collectivités. Ils misent maintenant sur les délais supplémentaires qui devraient être donnés aux parlementaires et élus locaux pour retoucher les projets. La convergence des visions n'a toutefois pas permis l'adoption d'une motion commune.
Il y aura finalement un peu plus de temps que prévu. A la fois pour la réforme des collectivités et pour celle de la fiscalité locale. La première avait initialement été annoncée pour l'été, puis pour septembre, et devrait maintenant en principe être présentée à la mi-octobre - voire un peu plus tard - en Conseil des ministres. Ensuite, "la discussion générale débutera au Sénat avant la fin de l'année et se poursuivra si besoin après les régionales", a indiqué Brice Hortefeux mardi 22 septembre lors de son intervention devant les présidents de conseils généraux réunis à Clermont-Ferrand pour leur 79e congrès (voir ci-contre notre article de mardi : "Brice Hortefeux maintient le cap"). Gérard Larcher, le président du Sénat, venu conclure cette première journée de congrès, a été explicite : "Ce retard, je l'ai souhaité." Et parce que nombre de points de l'avant-projet de loi méritent d'être précisés, voire réinterrogés, il a été demandé - et obtenu - que le texte ne fasse pas l'objet d'une procédure accélérée. Il y aura donc bien quatre lectures. Et cela "prendra du temps", a prévenu Gérard Larcher. "Au moins six mois", estime-t-il. Tout en soulignant qu'il ne s'agit en aucun cas d'enterrer ni de reporter la réforme. Ces mois de discussion permettront "au Sénat d'exercer pleinement ses responsabilités", notamment, pour Gérard Larcher, sur le mode de scrutin applicable aux conseillers territoriaux, sur le statut des métropoles, sur la relation région-département... Ils permettront, aussi, de s'appuyer davantage sur les propositions de la commission Belot. "Si on mettait trois quarts de Belot et un quart de Sarko, je crois qu'on arriverait à un cocktail assez acceptable", a résumé le président du Sénat. En précisant que "la partie agenda sur la date de 2014 [pour l'élection des conseillers territoriaux], qui ne soulève pas de grande difficulté, pourra être disjointe et faire l'objet d'une procédure accélérée".
Redonner de l'autonomie fiscale
Quant à l'"autre" réforme, celle liée à la suppression de la taxe professionnelle, il semblerait là aussi, à écouter tant le ministre de l'Intérieur que le président du Sénat (lequel s'en est récemment entretenu avec Nicolas Sarkozy), qu'un laps de temps supplémentaire soit envisagé. Gérard Larcher a en effet indiqué que le volet entreprises serait "découplé" du volet répartition des recettes fiscales entre collectivités à partir de 2011 (pour 2010, les choses sont réglées pour les collectivités puisque la taxe professionnelle sera compensée par une dotation d'Etat). "On a un peu de temps pour travailler", a de même indiqué Michel Mercier, président du conseil général du Rhône et nouveau ministre de l'Espace rural et de l'Aménagement du territoire, venu mardi à Clermont-Ferrand.
A Clermont-Ferrand toutefois, tout le monde n'interprète pas les choses exactement de la même façon. Pour Claudy Lebreton, le président de l'Assemblée des départements de France (ADF), cela signifie que la question de la répartition des nouvelles ressources fiscales ne sera inscrite que dans la loi de finances pour 2011. Jean Arthuis, le président de la commission des finances du Sénat, intervenu ce mercredi 23 septembre au congrès de l'ADF, imagine plutôt que "le volet collectivités locales, s'il est dans la loi de finances pour 2010 [présentée en Conseil des ministres le 30 septembre], ne serait pas dans la première partie", permettant ainsi aux parlementaires de ne pas le voter et de "prendre six mois" pour rediscuter les choses. Et notamment d'étudier la façon de redonner aux départements et aux régions l'autonomie fiscale que le projet actuel préparé par Bercy leur a retiré totalement (pour les régions) ou presque (pour les départements). Jean Arthuis a d'ailleurs relevé que dans la mesure où le président Sarkozy a évoqué une révision des bases locatives 2010, il serait souhaitable que la discussion des deux réformes fiscales soit "concomitante".
Une part de CSG via la CNSA ?
Quoi qu'il en soit, les élus départementaux misent dès à présent sur ce nouveau temps de débat qui semble se profiler. "Nous avons une année pour continuer la discussion", indiquait Claudy Lebreton ce 23 septembre aux autres présidents de conseils généraux. Tout au moins, ils le souhaitent et le demandent. Et renouvellent du coup un certain nombre de revendications déjà anciennes dont le projet actuel n'a pas tenu compte. La table-ronde consacrée mercredi matin à la fiscalité en a largement témoigné. Les échanges avaient de ce fait parfois un petit air de déjà-vu. On a reparlé de la nécessité de renforcer la péréquation ("La péréquation, depuis qu'on l'a inscrite dans la Constitution, on n'en fait plus !", a ainsi lancé Augustin Bonrepaux, président du conseil général de l'Ariège. De l'aberration que représente le financement par les départements de projets relevant des compétences de l'Etat (lignes à grande vitesse, programmes de modernisation des itinéraires routiers, malgré l'engagement d'un "décroisement" des financements sur les routes...). Du risque inhérent au remplacement d'une ressource fiscale par une dotation dont on ne sait jamais très bien ce qu'elle deviendra au fil des années. Du poids des dépenses sociales et de la nécessité, comme le clame l'ADF, de faire financer les dépenses relatives aux allocations nationales de solidarité par le transfert d'une part d'impôt national tel que la CSG.
Sur ce dernier point d'ailleurs, Claudy Lebreton indique avoir ré-abordé le sujet mardi avec Brice Hortefeux. Si le transfert direct d'une part de CSG est, nous dit-on, exclu par l'Elysée, une piste proposée par le président de l'ADF pourrait peut-être trouver un écho plus favorable : bénéficier d'une part de CSG via la CNSA, comme c'est en fait déjà en partie le cas aujourd'hui. Le président de l'ADF en fait une priorité... et un préalable : en cas d'accord là-dessus, les représentants des départements pourraient se montrer ouverts sur d'autres points, telle que la revendication intercommunale (portée par l'ADCF, l'Acuf et l'AMGVF) de bénéficier d'une part de la future cotisation complémentaire.
En ordre dispersé
Si les questions ne sont guère nouvelles, la crise et ses conséquences en ont clairement modifié la teneur. Mercredi comme la veille, les témoignages de situations financières "dramatiques" n'ont pas manqué. Notamment du côté des départements ruraux. Dépenses sociales qui montent en flèche et droits de mutation qui suivent exactement le mouvement inverse y sont pour beaucoup. Alors, lorsque la perspective de la suppression de la taxe professionnelle vient porter l'incertitude à son comble... un quart des départements affirment qu'ils ne vont pas pouvoir élaborer leur budget. Beaucoup, en tout cas, savent qu'ils vont devoir trancher. "Va-t-on supprimer toutes nos aides aux communes ?", s'interroge Arnaud Montebourg, président du conseil général de Saône-et-Loire, qui parle d'un "budget préfectoral", tant les dépenses obligatoires y sont prégnantes. Les tensions financières sont telles que selon Marie-Françoise Peyrol-Dumont, présidente du conseil général de la Haute-Vienne, "si la réforme fiscale telle qu'elle se présente aujourd'hui va à son terme, la réforme des collectivités n'aura même plus lieu d'être" tant les départements auront d'emblée été mis à mal. "Nous voulons juste pouvoir continuer à mener les politiques pour lesquelles nous avons été élus", poursuit-elle.
A entendre les interventions des uns et des autres, tous les présidents semblent opposés au scénario actuel de Bercy. Y compris dans les rangs de la majorité présidentielle. Phlippe Adnot, président UMP du conseil général de l'Aube, l'a ainsi critiqué avec virulence, contestant le diagnostic de départ, à savoir le fait que la TP serait une cause de délocalisations. Il rejette personnellement aussi le scénario de la spécialisation, estimant que "aujourd'hui, ce qui fait notre force, c'est la diversité des impôts". Pour lui, aucune piste n'est à exclure de la réflexion qui se ré-ouvre, même pas par exemple le rétablissement de la vignette automobile. Son jugement sur la réforme des collectivités n'est d'ailleurs guère plus tempéré. Là encore, Philippe Adnot remet en question "le postulat de base", celui d'élus qui coûteraient trop cher. D'autres présidents de droite, s'ils peuvent difficilement s'opposer frontalement à l'idée des conseillers territoriaux, ne manifestent guère d'enthousiasme. Et on n'aura évidemment entendu personne se prononcer pour la suppression de la clause générale de compétence...
Jusqu'à mercredi après-midi, beaucoup pensaient que ce front presque unanime donnerait lieu à l'adoption d'une motion commune à l'ensemble des présidents. Cela n'aura finalement pas été le cas. Les logiques partisanes auront eu gain de cause. Le groupe "droite, centre et indépendants" (DCI) de l'ADF a choisi de formuler son propre communiqué, accompagné d'un message au gouvernement et aux parlementaires. Dont le contenu ne diffère guère, sur le fond, de la résolution adoptée par la majorité de gauche de l'ADF. Michel Dinet (Meurthe-et-Moselle), qui a travaillé pendant plusieurs années au "projet" de l'ADF jusqu'à l'adoption à l'unanimité, en décembre dernier, d'un corpus de vingt propositions, est le premier à regretter que la cause des départements se défendra en ordre dispersé.
Claire Mallet, à Clermont-Ferrand
03:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
30.10.2009
Ces vraies réformes que le G20 ne fera pas
Ces vraies réformes que le G20 ne fera pas
Philippe Cohen et Sylvain Lapoix | Vendredi 25 Septembre 2009 à 07:01
MARIANNE 2
Alors que le dérisoire sommet de Pittsburgh n'est pas parvenu à surmonter les divergences entre Anglosaxons et Européens sur la limitation des bonus, Marianne2 montre qu'il existe des solutions relativement simples pour assainir le monde de la finance.
Soyons clair : nous ne pensons pas que la crise de l'automne dernier n'est que la conséquence des excès du monde de la finance. C'est exactement le contraire qui s'est passé : ce sont les excès de la finance qui sont les conséquences d'une crise systémique marquée par la compression salariale dans les pays développés, la paupérisation des classes moyennes et la surexploitation des travailleurs dans les pays en développement.
Cependant, les élites continuent de faire croire qu'une meilleure régulation du capitalisme financier suffirait à faire repartir la machine. Une histoire à dormir debout : les subprimes n'ont existé que pour suppléer à un déficit de consommation et d'investissement des classes moyennes appauvries. Bref, sans rééquilibrage du rapport de force global entre capital et travail, les mêmes causes risquent fort de provoquer les mêmes effets : on prêtera aux pauvres pour qu'ils consomment, et sous une forme ou une autre, on « titrisera » leurs crédits pour continuer à vendre des maisons et des biens de consommation.
Pour autant, limiter la spéculation et l'impérialisme de la finance n'est pas inutile. Une telle option permettrait de réorienter le capitalisme vers la production de vraies richesses et non de le cantonner dans la prolifération de papier-monnaies de toutes natures.
Nous nous sommes donc plongés dans la littérature des économistes les plus critiques, Frédéric Lordon, Paul Jorion, Aurélien Bernier et d'autres encore. Et nous avons sélectionné quatre options qui semblent à même de faire reculer la financiarisation du capitalisme :
1) Sanctuariser les banques de dépôts
Avant d'essayer de sauver la finance d'elle-même, la première mesure raisonnable consisterait à protéger les autres de ses humeurs. Sans le lien entre banques de dépôt et banques d'investissement, jamais la crise des subprimes n'aurait mis en péril les simples épargnants ou impacté si violemment sur le crédit et, par là même, sur l'économie réelle.
Avancée par Henri Guaino, l'idée est également défendue par de nombreux économistes : il faut revenir au Glass-Steagall Act de 1933 qui séparait clairement les établissements de dépôts et les banques spéculatives.
Les banques commerciales retrouveraient ainsi leur utilité sociale, leur métier «terne et ennuyeux» comme le décrit Frédéric Lordon, par opposition aux paillettes et voitures vrombissantes de l'imaginaire de la haute finance : prêts aux particuliers et aux entreprises, gestion sécurisée de l'épargne, etc. A responsabilité sociale, soutien d'Etat : Lordon suggère qu'à elles seules soient ouvert le marché interbancaire qui se chargerait de palier à leurs éventuels besoins de refinancement.
A cela, on pourrait ajouter l'abrogation pure et simple du Gramm-Leach-Bliley Act , voté par l'administration Clinton, qui fêtera ses dix ans le 12 novembre prochain, et qui permet jusqu'à aujourd'hui la fusion d'établissements de dépôt, d'investissement et de compagnies d'assurance, créant des monstres de risques comme Citigroup (fusion de Citibank et de l'assureur Travelers Group).
Un principe clairement résumé par Nassim Taleb : «nous devons apprendre à vivre dans un monde où les entrepreneurs prennent des risques mais surtout pas les banquiers !» Conséquence probable : la fin du «too big to fail» / «trop gros pour mourir» qui a obligé les Etats à refinancer d'immenses maisons de spéculation pour éviter que les clients de leurs banques de dépôts soient privés de leurs économies. Ce sera toujours ça de moins dans la dette publique !
2) Abolir la spéculation sans risque
L'une des causes première de la crise a été parfaitement identifiée : les acteurs financiers prenaient des risques inconsidérés, se «couvrant» par toute sorte de produits... qui eux-mêmes étaient titrisés pour être vendus et faire l'objet de spéculation ! Résultat : pour 40 trillions (mille milliards) de dollars de PIB mondial annuel, 680 trillions de produits dérivés étaient échangés sur les marchés.
Autre technique utilisée pour dépenser plus qu'on ne pouvait : les «effets de leviers» par dette. Que ce soit en dette pure ou «avec marge» (versement d'une somme à contraction du prêt), les divisions tradings des banques ont usé et abusé de la méthode, atteignant des démultiplicateurs de 30 empruntés pour 1 détenu en fonds propres ! Conséquence de ces mécanismes : ayant à leur disposition des sommes sans rapport avec leurs fonds propres, les agents prenaient des risques bien plus élevés qu'ils pouvaient en assumer en réalité, d'autant plus que les pertes étaient «couvertes» par des assurances qui, titrisées, n'étaient pas plus sûres que les actions avec lesquelles ils jonglaient.
Une véritable moralisation du capitalisme passerait par une limitation des effets de levier pour les banques d'investissements mais aussi pour leurs clients (hedge fund et prime broker) : Frédéric Lordon propose un ratio de 2 ou 3, maximum. Quant aux marchés de dérivés, autant les fermer carrément : au lieu de faciliter la couverture, ils les affaiblissent à chaque fois qu'une crise survenait, au moment même où elle est la plus utile. Disposant de moins de liquidités et devant faire face aux conséquences de leurs prises de position, les banques d'investissements seraient bien moins tentées de jongler avec les positions à risque et reviendraient à des pratiques plus mesurées. Et, qui sait, seraient tenter de miser sur des secteurs qui en ont vraiment besoin !
3) Imposer la transparence sur les produits financiers
Pour Frédéric Lordon, «l'excès de sophistication financière» est l'une des deux causes de la crise, avec l'anomalie de profitabilité. Trop complexes, les produits financiers ont rendus les circuits de propagation du risque illisibles, reliant le porte-feuille d'actions de la ville de Saint-Etienne à l'insolvabilité des ménages pauvres du fin fond des Etats-Unis ! Pour construire une économie d'après crise, il faut des fondations neuves et claires, une architecture financière à poutres apparentes où chaque faiblesse peut être repérée, pour éviter que le premier souffle terrasse Wall Street à nouveau.
Pour cela, pas de secret, il faut freiner l'innovation et faire contrôler tout produit mis en circulation dans les marchés financiers. A la chute de Lehman Brothers, certains produits complexes échangés étaient accompagnés de notice explicatives de 200 pages : l'ordre nécessaire pour acheter et vendre 200 000 unités prenait moins de dix secondes. Et on s'est ensuite étonné de ne pas avoir vu la faille dans le système sous ces montagnes de paperasse mathématique...
Un contrôle cohérent impliquerait un organisme public, composé d'agents de contrôle indépendants des marchés, chargés de décrypter selon des critères de clarté et de risque tout produit mis en circulation. Ces critères s'appuieraient sur une charte internationale de lisibilité des produits financiers établie par une organisme composé de représentant des Etats et surtout pas des banques d'investissement.
4) Interdire la spéculation sur les biens de première nécessité ou d'intérêt général
Depuis de nombreuses années, un duo infernal pourrie la vie de centaines de millions d'agriculteurs dans le monde : le pétrole et Goldman Sachs. Spécialiste des marchés à terme en matière première, la « Firme », comme on surnomme cette banque à Wall Street, fait la pluie et le beau temps sur les prix du pétrole : une étude prévoyant une hausse et elle fait flamber les cours dans l'heure, une prévision d'évolution négative et le baril touche le fond... Des fluctuations qui mettent en dangers financiers quotidiens les paysans, écrasés entre le prix du gasoil et celui des pesticides dérivés de l'or noir...
Tout cela serait juste inquiétant si les productions agricoles n'étaient pas elles-mêmes côtées et ne faisaient l'objet de spéculation sur les marchés à terme qui parient, à 3, 6 ou 12 mois, sur leur prix futur, influençant le prix actuel. Résultat : du riz au blé en passant par le fourrage pour animaux, rien des subsistances n'échappent à la bourse de Chicago où sont côtés ces valeurs. Ce n'est pas pour rien qu'un spéculateur comme Charles Beigbeder a vendu son affaire dans l'électricité pour acheter des terres en Ukraine. Ainsi, pour engendrer du profit, les spéculateurs ont tout intérêt à voir monter ces prix, causant l'explosion du prix de l'alimentation dans le monde entier. Avec tous les marchés à terme sur les produits de première nécessité, il est temps que la Bourse de Chicago ferme !
La spéculation sur les matières premières est tellement intégrée dans les marchés financiers que c'est un ancien cadre de Goldman Sachs, Gary Gensler, qui dirige l'agence de surveillance des marchés des matières premières ! Dans la logique de la séparation entre économie réelle et spéculation pure, cette agence n'aura plus de raison d'être.
De même, comme le suggère Aurélien Bernier, secrétaire national du Mouvement politique d’éducation populaire, le marché des droits à polluer relève de la même absurdité : censé réduire les émissions de gaz à effet de serre en distribuant des quotas, il a donné lieu à un effondrement du prix de la tonne de carbone de 30 à 1€ et encourage les usines à fuir dans les pays qui ne se soumettent pas à ces principes. Le tout en créant une nouvelle source de spéculation pour les traders qui titrisent déjà des bons d'émission carbone !
Dans cette logique, le bon sens voudrait qu'on interdise également la titrisation du risque assurantiel, notamment les fameuses subprimes de la mort que préparent avec application le Crédit Suisse ou Morgan Stanley en mêlant à leurs produits des polices d'assurance décès. Par sécurité, au cas où des petits malins inventeraient l'idée dans la nuit, il serait bon de sanctuariser l'eau douce : on ne sait jamais ce qu'iront inventer les traders pour fabriquer de la valeur.
Mais une fois privés de tous ces produits à titriser, sur quoi miseront les spéculateurs, me direz-vous ? Sur la réussite des entreprises, sur de bonnes idées ou des secteurs porteurs. Les banques d'investissement, mises face à leurs responsabilités, apporteraient des moyens aux sociétés qui leur paraissent solides ou prometteuses : nouvelles technologies, développement durable, loisir... Un vrai plan de relance financé par les traders : elle est pas belle la moralisation du capitalisme quand on y réfléchit sans les banquiers ?
03:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
19.10.2009
Mélenchon désespère: la base communiste préfère le PS au NPA
Mélenchon désespère: la base communiste préfère le PS au NPA
Laureline Dupont et Jessica Thomas - Marianne | Lundi 14 Septembre 2009 à 07:47
Jean-Luc Mélenchon a passé trois jours à la fête de l'Huma. Son but : convaincre le parti communiste de poursuivre l'aventure du Front de gauche sans les socialistes. Les militants communistes ont passé trois jours à la fête de l'Huma. Leur but : convaincre le parti communiste d'élargir le Front de gauche aux socialistes.
« C'est la luu tteu finaa leu, groupons nous zet demain... » Jean-Luc Mélenchon est aux anges. Il en est tout sourire. Main dans la main et poings levés avec le PC, le NPA, les alternatifs, la gauche unitaire, c'est ainsi que se clôt son discours, au stand du Parti de Gauche, samedi, à la Fête de l'Huma. 19h. C'est la fin du grand débat de l'après midi : «L'alliance durable de l'autre gauche, une solution pour battre la droite?».
Sur les affiches, le ton est donné : « Elargir le Front de gauche, régionales, présidentielle, législatives ». Dans les discours, le mot « élargir » accroche. Il n'est pas bien clair. Il change de définition comme de voix. « Ne me traitez pas comme un socialiste » clame Mélenchon. La foule rit un peu. « Je ne suis pas dans les startings blocks. Mon ambition en tant qu'homme, ce n'est pas de devenir président. C'est d'être le fondateur de la nouvelle grande force politique de ce pays ».
« Ne me traitez pas comme un socialiste »... il est bien là, l'os qui reste en travers du sandwich. La position de Mélenchon est claire : l'élargissement a des limites. On ne s'allie pas avec n'importe qui. Et surtout pas avec son parti d'hier, le PS. En revanche, celui qui a milité trente ans au PS donne du « camarade » au PC, et même au NPA. Ils sont presque de la famille. « Pierre » et « Pierre François » sont ses copains. Entendre « Pierre Laurent », le coordinateur national du PCF, et « Pierre François Grond », le « numéro 2 » du NPA.
Chez d'autres hommes de la tribune, « élargir » peut s'élargir encore. Pierre Laurent, par exemple: « C'est une affaire de contenu ». Un peu hésitant, un peu prudent peut-être, il parle à petits pas d'une possible alliance avec le PS. « Tout ça marche à condition qu'on veuille que ça marche. » Il ne s'avance pas. On se confuse, alors on chante. Et la foule chante en coeur.
La foule, d'ailleurs, est nombreuse, agglutinée, debout, gênée par les chaises qui encombrent le stand, pour les chanceux qui ont pu y entrer. Les autres bouchent l'avenue Louise Michel, domicile éphémère du Parti de gauche. Des hauts parleurs retransmettent pour les éloignés, sans se soucier des décibels, les paroles et les chants des politiques invités. On essaye d'oublier les échos de la chorale qui chante dans le stand d'à côté, et l'envie lancinante de s'assoir. Les gens se parlent à l'oreille, fument quelques cigarettes, et tournent les yeux, concentrés, tous dans la même direction, tentant, peut-être, d'apercevoir par dessus les centaines de têtes de tous âges la voix qui gueule dans l'allée. Tous dans la même direction, et ça a presque du sens. Car si, quand on parle d'une stratégie nationale d'alliance avec le PS, les dirigeants du PC s'embrouillent au point qu'on ne sait pas qui jouera avec qui, dans les rangs, la confusion n'est pas si grande. La position des militants présents sur une possible alliance avec le PS est même étonnamment cohérente. Elle devance, en quelque sorte, la position finalement adoptée par le PCF, qui appelle depuis dimanche soir à un Front de gauche incluant les Verts et le PS.
Les militants communistes unitaires pour trois
Affiches à la main et tee-shirt flanqué de l'inscription « Stoppons la grippe capitAliste », une sympathisante PC se confie : « Je pense qu'il faut élargir le Front de gauche et je suis prête à toutes les alliances si c'est de façon ponctuelle ». Quelques allées plus loin, le secrétaire départemental de la fédération communiste des Hautes-Alpes se dit prêt à une alliance avec le PS. « Tout dépend du programme et de leurs liens avec le MoDem. Dans ma région, on a pu travailler avec le PS, donc je pense qu'il faut discuter et trouver l'alliance la plus large possible ».
Tandis que la direction du PC peine à dégager une ligne de conduite claire pour les régionales, militants et sympathisants semblent, eux, savoir ce qu'ils veulent. Et surtout, tous semblent vouloir la même chose. «Le front le plus large possible» résonne comme une ritournelle envoûtante. Le PS inquiète à cause de ce que certains appellent ses « dérives centristes », mais beaucoup considèrent sa présence dans un front de gauche élargi comme une condition sine qua non de la victoire aux élections à venir. Seul le NPA fait grincer des dents les communistes. « Tant que le NPA gardera ses positions sectaires, on ne veut pas d'alliance avec lui. Ils n'ont pas voulu du Front de gauche aux européennes », souligne cette militante.
Finalement, dans l'esprit des militants, les portes du Front de gauche doivent s'ouvrir davantage au PS qu'au NPA. Les communistes de base n'ont qu'une idée en tête : battre la droite. Et une alliance avec le PS apparaît comme la meilleure solution pour y parvenir. Quant à leurs dirigeants, beaucoup de fédérations régionales ne pensent sauver leurs élus qu'au prix d'une reconduction de l'alliance avec le PS. Les dirigeants socialistes le sentent bien qui accentuent la pression : chez Nicolas Demorand dimanche soir, Vincent Peillon a mis le CPF au pied du mur : il doit choisir, a-t-il dit en substance, car il ne peut tantôt privilégier l'union avec le PS, tantôt jouer l'autre gauche.
Car c'est justement là que se situe le noeud du problème. Jean-Luc Mélenchon s'est époumoné près d'une heure à la tribune et compte bien peser dans les décisions du Parti communiste. Or, si Pierre Laurent ou Marie-George Buffet hésitent, se tâtent et tergiversent, le président du Parti de gauche lui, est catégorique : pas d'alliance avec le PS. Alors quand on lui demande ce qu'il pense du souhait des militants communistes de voir le Front de gauche s'élargir jusqu'aux frontières du Parti socialiste, il tente de garder son calme. Silence. Regard interloqué. « Je ne vous crois pas ! », lance-t-il finalement. On insiste. Il explose : « Vous les avez trouvés où vos militants ?? Au stand chouchen ? ». C'est pourtant le même Mélenchon qui se félicitait dans le JDD de dormir dans un camping-car pendant la Fête de l'Huma pour être « dans le bain et comprendre ce que veulent les militants ». C'est plutôt raté.
Article actualisé le lundi 14 septembre à 8h 09
03:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
11.10.2009
Espoir à gauche de la gauche
Espoir à gauche de la gauche
jeudi 3 septembre 2009, par Denis Sieffert POLITIS
Si l’on en juge par les comptes rendus, voilà donc le Parti socialiste requinqué. Pendant trois jours, les langues de vipère se sont tues. Et sur les photos à demi posées des caciques au milieu de leurs courtisans, les visages sont hilares. Quant à « Martine », elle s’est finalement imposée dans son rôle de sainte patronne de la tribu. Dans la fameuse série de livres pour enfants (un peu passés de mode, il est vrai), c’était la réédition de Martine apprend à nager. Et cela, au milieu des crocodiles qui guettaient un faux mouvement sous l’écume médiatique d’une opération « primaires » rondement menée. Si la Première secrétaire n’avait pas obtempéré, les « rénovateurs » (dénomination plus avenante pour les mêmes reptiles carnivores) n’auraient pas tardé à lui faire un mauvais sort. Plutôt que d’aller contre le courant, Martine Aubry a donc préféré l’accompagner. Sans zèle excessif, c’est le moins que l’on puisse dire.
Va donc pour des primaires ! Mais, comme on ignore tout de cette nouvelle pierre philosophale censée sauver le parti d’une mort certaine, la concession ne l’engage que modérément. Au-delà des apparences, le Parti socialiste reste menacé par deux périls : l’immobilisme, en effet, qui le condamne à une déchéance lente mais certaine ; et sa transformation en parti démocrate centriste, allié fusionnel du MoDem et de la droite des Verts. Dans cette seconde hypothèse, la machine électorale serait certes sauvée – et c’est visiblement ce qui importe le plus aux partisans d’une primaire étendue –, mais la formation politique qui résulterait de cette transformation n’aurait plus grand-chose à voir avec la gauche. Le préjudice serait donc considérable. On accroîtrait la personnalisation de la politique, et on accentuerait le primat de l’élection présidentielle sur tous les autres scrutins. Il va sans dire que ce mode opératoire induirait mécaniquement un glissement vers la droite. Dans tous les cas, il est donc plus prudent d’investir nos espoirs (c’est l’investissement le plus précieux en ces temps de crise) à gauche de la gauche. De ce côté-là aussi, c’était la grande semaine des universités d’été. Ils étaient cinq cents au Vieux-Boucau avec les communistes, trois cent cinquante à Aubagne, où se réunissait la toute jeune Fédération pour une alternative sociale et écologique, trois cents à Clermont-Ferrand pour les « remue-méninges » du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. La prime de la participation revenant, comme l’an dernier, au NPA et aux Verts. Les premiers ont rassemblé mille cinq cents militants et sympathisants à Port-Leucate, et les seconds près de deux mille à Nîmes (voir Politis de la semaine dernière). Voilà, selon nous, les acteurs d’une vraie recomposition à gauche. Notre credo, celui que nous avions exprimé dans notre Appel de Politis en mai 2008, reste celui de la plus grande unité possible.
Sous quel label ? Peu importe ! Les querelles de préséance ou d’antériorité ne doivent plus avoir cours, tant les impératifs sociaux et écologiques imposent l’urgence. Il nous semble aujourd’hui que le meilleur instrument pour ce rassemblement, c’est le Front de gauche. La proposition de Jean-Luc Mélenchon d’un « front durable », sorte de « pacte » (nous reprenons ici le mot que nous avions employé dans notre appel) entre toutes les forces citées plus haut, doit être examinée par tous. Il s’agirait d’envisager dans un même élan les régionales, la présidentielle et les législatives, et, bien sûr, des attitudes communes face aux échéances sociales. Pour cela, le PC doit s’inscrire dans la continuité de sa stratégie des européennes. C’est, semble-t-il, le vœu de la direction. En espérant que les « barons » locaux qui joueront un autre jeu seront le moins nombreux possible. La Fédération, qui regroupe communistes unitaires, Alternatifs et comités antilibéraux, et dont la réalité et la représentativité ne sont plus contestables, semble prête à s’engager dans la bonne voie. Tout comme elle revendique légitimement de participer aux groupes de travail que Marie-George Buffet propose de mettre en place.
La question est plus délicate pour le NPA, toujours rétif à l’idée de s’associer à des forces qui pourraient ensuite renverser leur alliance au bénéfice d’un PS « modemisé » plus que modernisé. Le risque existe toujours, quelle que soit la sincérité des principaux acteurs du Front de gauche. Mais, précisément, c’est par son engagement que le NPA le réduira au maximum. Plus complexe encore est le problème du positionnement des Verts, tirés à hue et à dia entre la stratégie centriste de Cohn-Bendit et une majorité de militants ancrés à gauche (voir à ce sujet l’entretien avec Cécile Duflot). Pour eux, la question ne se pose pas immédiatement. On ne saurait cependant les laisser hors de ce débat. La réussite d’une telle entreprise suppose, pour les uns, la fermeté de l’engagement ; et, pour les autres – PCF, PG, Gauche unitaire –, le respect des identités politiques de leurs nouveaux partenaires. Si nous pouvons aider à réfléchir à toutes les formes de ce rassemblement, nous le ferons. Les « Assises pour le changement » que nous allons proposer à tous pour les 7 et 8 novembre (et dont nous reparlerons la semaine prochaine) s’inscriront évidemment dans cette logique.
03:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
07.10.2009
Royal veut «taxer les compagnies pétrolières»
Royal veut «taxer les compagnies pétrolières»
01.09.2009, 11h12 | Mise à jour : 14h54 LE PARISIEN
Ségolène Royal fourmille d'idées. L'ex-candidate socialiste à la présidentielle a précisé ses positions en matière de taxe carbonne, après ses déclarations contre la taxe telle qu'elle est envisagée par le gouvernement après les préconisations de l'ex Premier ministre socialiste Michel Rocard. Mardi en conférence de presse, elle a enfoncé le clou à l'Assemblée nationale.
«Avant de taxer les ménages qui ont besoin de leur voiture pour se déplacer et n'ont pas d'autres choix, il faut taxer les compagnies pétrolières et Total», a-t-elle asséné. Il faut «faire contribuer les compagnies pétrolières et énergétiques à la mesure des profits qu'elles réalisent du fait de la consommation d'énergie fossile», a ajouté la présidente de la région Poitou-Charentes.
Un peu plus tôt ce matin sur les ondes de RTL, elle était revenue sur sa position contre la taxe carbone . La présidente de Poitou-Charente a même lancé : «Je me demande si finalement je ne serais pas la meilleure candidate écologiste à l'élection présidentielle».
Après son intervention sur France 2 lundi soir, ces propos ont tout d'une opération déminage après son discours dénonçant le projet de taxe carbone en ouverture de l'université d'été du parti socialiste de la Rochelle (Charente-Maritime). Elle avait alors jugé le projet de taxe carbone d'«absurde, injuste, insupportable». Des propos mal compris alors que l'ex-candidate s'était pourtant engagée «solennellement» à mettre en oeuvre une «adaptation de la taxe carbone» en janvier 2007, lors de la signature du pacte écologie avec Nicolas Hulot.
Mardi sur RTL, Ségolène Royal a cherché à mieux expliquer sa position contre la taxe carbone pour ne surtout pas se laisser prendre en défaut sur la question de l'écologie, son cheval de bataille.
La taxe carbone «n'a rien d'écologique»
«Le gouvernement va être obligé de revoir sa copie parce que les Français n'acceptent pas qu'on instrumentalise l'écologie uniquement pour leur faire payer un nouvel impôt, uniquement parce que les caisses de l'Etat sont vides et qu'il faut les remplir».
Les Verts et les socialistes en prennent aussi pour leur grade. «Pourquoi est-ce que ça dérange ce que je dis, parce qu'il y avait un consensus mou de toute la classe politique, y compris d'ailleurs de Noël Mamère (Verts) et des socialistes pour dire: "On va se repeindre en Vert, on va se donner bonne conscience en adhérant à un impôt"» alors que celui-ci «n'a rien d'écologique», a poursuivi Mme Royal sur RTL. Pour elle, si le parti socialiste fustige désormais la taxe carbone, c'est grâce à elle.
03:39 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
04.10.2009
A La Rochelle, Martine a souri !
A La Rochelle, Martine a souri !
Renaud Dély - Marianne | Samedi 29 Août 2009 à 12:00
La rénovation du PS est en marche : sa première secrétaire est de bonne humeur ! Enfin, jusqu’à un certain point…
Incroyable ! Le PS avait un chef, et personne ne le savait. Mieux encore, ce chef, en l’occurrence, une sacrée cheftaine, est heureuse de diriger les socialistes, ravie de les conduire aux régionales, radieuse de les mener sur le chemin escarpé de la « rénovation de A à Z ». Bref, Martine Aubry prend du plaisir à la tâche. Tel est, en gros, le message de l’opération de communication montée par la première secrétaire du PS depuis le début de l’université d’été de la Rochelle. Evénement : Martine a souri ! La rénovation est en marche…
Depuis neuf mois, on doutait que la maire de Lille ait jamais eu envie de se retrouver à la tête du bateau ivre de Solférino. Elle n’avait été candidate, à l’issue du calamiteux congrès de Reims, que poussée voire contrainte par ses amis avec pour seule mission de faire barrage à Ségolène l’hérétique. Elle n’avait été élue que d’une poignée de voix dans des conditions douteuses et contestées. Et depuis, Martine Aubry avait récolté une raclée aux européennes du 7 juin et s’était appliquée à maintenir le PS dans un coma profond : rien, pas une décision d’envergure pour sortir les socialistes de la nasse, pas l’ombre d’un travail programmatique pour secouer une pensée social-démocrate moribonde, pas même l’esquisse d’une réflexion collective par rapport aux conséquences de la grande crise. L’encéphalogramme désespérément plat du parti avait conduit le turbulent Arnaud Montebourg à juger que le PS ressemblait « de plus en plus à la RDA ». Et puis voilà qu’à la Rochelle, Martine Honecker se prend pour Gorbatchev… Elle se rallie d’abord aux primaires dites « ouvertes », procédure que les socialistes ont fâcheusement tendance à prendre pour une solution alors qu’il ne s’agit que d’un outil. Aubry promet ensuite d’en finir avec le cumul des mandats, pour le plus grand malheur des « cumulards » professionnels qui l’entourent à la direction (Claude Bartolone, François Lamy, etc). Mieux encore, elle discute de façon apaisée avec les journalistes qu’elle a reçu vendredi soir pour un «cocktail dinatoire » en plein air dans une ambiance détendue… digne d’une fête de la Fraternité de Ségolène !
03:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
Mélenchon: «Le décervelage mené par les sociaux-démocrates se paye comptant»
Mélenchon: «Le décervelage mené par les sociaux-démocrates se paye comptant»
Gérald Andrieu - Marianne | Lundi 31 Août 2009 à 07:01
Le «patron» du PG a fait sa rentrée à Clermont-Ferrand visiblement apaisé. Aux reproches d’Olivier Besancenot, il préfère ne pas répondre. Les difficultés rencontrées pour faire perdurer le Front de gauche? Il les reconnaît. Les bons résultats des écologistes ? Il arrive à y voir quelque chose de positif. Sa seule indignation, il la réserve finalement aux «sociaux-démocrates» en général et au PS en particulier.
Marianne2.fr : Le NPA continue à crier « unité, unité », mais comment ne pas croire qu’il ne s’agit là que d’une posture ?
Jean-Luc Mélenchon : Je ne sais pas et je n’ai pas envie de savoir. Je m’occupe seulement des actes politiques qui sont posés. Avec ça, on a déjà assez à faire. Ce que je peux dire, c’est que nous sommes un peu victimes de ce qu’on craignait le plus : le dialogue par médias interposés. Tant que je n’ai pas rencontré à nouveau le NPA pour faire le point, je ne me prononce pas. C’est que j’ai trop de signaux contradictoires. D’un côté, l’interview d’Olivier Besancenot donnée à Marianne2, qui, à mes yeux, était un événement quand même marquant. De l’autre les messages qui nous viennent de certains dirigeants du NPA. Honnêtement, je suis un peu perplexe sur l’état d’esprit du NPA. Ce dont je suis sûr, c’est que nous nous sommes quittés fin juillet bons amis et disponibles pour faire l’unité.
C’est ce que vous reproche Olivier Besancenot : votre précipitation à annoncer un accord entre vos deux formations pour les régionales ?
Mettons ça sur le compte de mon ardeur juvénile ! Plus sérieusement, je n’ai pas eu le sentiment d’outrepasser ce que l’on s’était dit. Ce jour-là, il a été avancé plusieurs choses essentielles. Premièrement, qu’ils étaient disposés à faire des listes autonomes unitaires au premier tour. Deuxièmement, qu’ils étaient disponibles pour faire des fusions avec la liste de gauche arrivée en tête pour le deuxième tour. Ils avaient appelé ça : « fusion technique ». Quelques jours plus tard, dans le cadre d’une autre réunion, Pierre-François Grond (le « numéro 2 » du NPA, ndlr) avait parlé de « fusion démocratique », le mot « démocratique » étant ajouté pour tenir compte du fait que cette fusion de listes devait garantir la représentation proportionnelle au nombre de voix recueillies. Tout ça je ne l’ai pas inventé : ça a été dit, ça a été acté. Il y avait un socle acquis.
«Ça serait absurde de dire que les régions n’ont aucun bilan positif»
Et pendant ce temps-là, vos camarades communistes, eux, jouaient la montre et continuent encore à le faire ?
Moi, je comprends ce que disent les communistes. Ils sont présents dans vingt régions sur vingt-deux, à la fois dans les assemblées et dans les exécutifs. Il est légitime qu’ils estiment avoir leur part au bilan positif de ces régions. Et ça serait absurde de dire que ces régions n’ont aucun bilan positif. De la même manière, je comprends qu’ils aient une approche plus régionale que nationale compte tenu, d’une part, de cette expérience concrète et, d’autre part, au vu de leurs statuts. Les statuts des communistes délèguent la décision à l’échelon concerné, l'échelon local. C’est difficile. Je ne vais pas cacher cette réalité. Il est possible que le résultat final ne soit pas très cohérent. En tout cas, moi je ferais tout pour que ce soit cohérent.
Des problèmes de cohérence puisque, apparemment, on se dirige vers des accords à géométrie variable d’une région à l’autre ?
Il y a des points de vue très différents, régionalement, aussi bien au NPA que chez les communistes, et dans deux sens diamétralement opposés. Il y a des endroits où le NPA veut entendre parler d’alliance avec personne, ni au premier ni au second tour. Parallèlement, il y a des régions où les communistes seraient disponibles pour des alliances dès le premier tour avec le PS. Il va donc falloir beaucoup de doigté pour résoudre cette difficulté.
Et puis il y a les difficultés que l’on n’a pas encore traitées. Prenons un exemple : nous, nous sommes absolument hostiles à l’alliance avec le MoDem et jamais on ne cautionnera une telle alliance. Mais que fait-on dans le cas où, au deuxième tour, les socialistes ramènent dans leur fourgon le MoDem. Là, la fusion de listes ne sera jamais autre chose que « technique ». Mais sur cette question-là, j’avoue ma perplexité. Je suis perplexe parce qu’on a un devoir de rassemblement au deuxième tour et que le MoDem rend ça impossible.
«Les primaires, c’est une nouvelle machine à se donner des claques!»
Votre nouvelle stratégie, c’est ce fameux paquet électoral : un projet commun pour les trois prochains scrutins à venir. Mais quand on voit les difficultés que vous avez à vous accorder pour les régionales, on peut légitimement douter de la réussite de cette stratégie ?
Quand j’avance l’idée du paquet, je sais très bien que les trois élections sont de natures différentes. Mais ce que j’espère grâce à ce paquet, c’est que les électeurs de gauche qui, massivement s’abstiennent aujourd’hui, retrouvent une raison de participer à ces élections et qu’ils comprennent que chacun participe à un effort de longue durée.
Je prends cette initiative pour deux raisons. La première, c’est que j’essaie de mettre sur la table quelque chose qui correspond à ce que nos différents partenaires ont eu l’occasion de nous dire : le « front durable », c’est bien l’expression utilisée par le NPA ? Et puis il y a une deuxième raison : c’est que les socialistes ont pris, eux, une initiative qui modifie le champ politique : les primaires. On ne peut pas en rester simplement à critiquer cette nouvelle machine à se donner des claques qu’ont inventée les socialistes. Il faut que l’on soit proposant. Si d’un côté, les socialistes organisent leurs primaires, de l’autre, nous, nous faisons une proposition globale qui permettra de créer une unité cohérente par rapport à la foire d’empoigne que va être cette primaire. Je trouve que ça nous installe dans une dignité, dans un statut de force tranquille.
Si on imagine le pire des scénarios : le NPA décide de faire cavalier seul et le PC n’affiche pas de ligne claire au niveau national, qu’est ce que ça signifie pour le PG ?
Par nature, je préfère imaginer le meilleur des scénarios ! Mais là, ça serait une catastrophe, un champ de ruine, un échec et ce n’est pas la peine d’essayer de le cacher. Pour nous, au PG, ça voudrait dire de très mauvais moments à passer. Ça, c’est le pire des scénarios. On peut imaginer aussi le meilleur. Je reste persuadé qu’une alliance de “l’autre gauche” solide, raisonnée, proposante et positive peut nous permettre de passer devant. Je sais qu’il y a souvent du scepticisme. Mais ceux qui sont sceptiques ne tiennent aucun compte de l’état de la société, de ses déchirures, de ses aspirations à trouver des solutions réelles, des solutions qui ne peuvent qu’être radicales. La crise écologique ? Ce n’est pas avec des “mesurettes” que l’on va s’en sortir. La crise financière ? La question n’est pas de savoir si elle va s’amplifier mais quand elle va rebondir ? Les causes de la crise financière sont toujours à l’œuvre.
«L’écologie politique n’abaisse pas le niveau d’exigence sociale»
Vous expliquez que la société évolue, que les aspirations ne sont pas les mêmes. Mais dans le même temps, on constate que la crise qu'a traversé la social-démocratie lors des européennes n'a pas profité à « l’autre gauche » : Die Linke — le parti dont vous vous êtes inspiré — ne progresse pas en Allemagne et reste une simple force d’appui pour construire des majorités au coup par coup ? (1)
Clairement, ça prouve que la décomposition de la social-démocratie ne renforce pas la gauche. Ce qui est un scénario imprévu. Le travail de décervelage et d’ahurissement qui est mené par les leaders sociaux-démocrates se paye comptant : l’égarement de l’opinion des travailleurs. Cette désorientation s’est surtout traduite par de l’abstention. Il y a pourtant un aspect positif que j’observe en France. C’est que ça s’est aussi traduit, en partie, par un renforcement de l’écologie politique. Incontestablement, même si on désapprouve les orientations stratégiques des écolos, il y a quand même un contenu progressiste.
Évidemment, je préfèrerais que ça se tourne vers nous mais, honnêtement, je ne suis pas désolé que les écologistes en aient capté l’essentiel. C’est plutôt un bon signe. D’ailleurs à l’heure qu’il est, le potentiel réformiste de l’écologie politique est supérieur en France à celui du mouvement socialiste. C’est aussi pour ça que nous avons fait de l’écologie un des thèmes centraux de notre « remue-méninges ». Car contrairement à ce que croyait la première gauche, l’écologie politique n’abaisse pas le niveau d’exigence sociale. Ce n’est pas vrai. Moi je considère que l’écologie élève l’exigence révolutionnaire d’un projet de gauche.
03:47 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane
«Il y a chez Les Verts un assèchement intellectuel total!»
«Il y a chez Les Verts un assèchement intellectuel total!»
Gérald Andrieu - Marianne | Dimanche 30 Août 2009 à 18:00
L’université d’été du Parti de gauche a débuté vendredi à Clermont-Ferrand. Aujourd’hui, est montée à la tribune Martine Billard, députée de Paris qui vient de quitter Les Verts pour se rapprocher de la formation dirigée par Jean-Luc Mélenchon. Un rapprochement qui, apparemment, se fait sans «aucun regret»…
Marianne2.fr : Désormais doit-on dire Martine Billard, membre du PG ?
Martine Billard : Non, je n’ai pas ma carte. Avec Paul Ariès (théoricien de la décroissance et rédacteur en chef du journal Le Sarkophage, ndlr), nous avons simplement lancé un appel pour la constitution d’un Parti de gauche écologiste. Il y a pour l'instant une centaine de signatures. Certains des signataires ont déjà démissionné des Verts, d’autres le feront quand la liste sera rendue publique et d’autres avaient été déjà exclus en 2005, soit sur la question du TCE, soit sur le cas Bové. À ceux-là, il faut ajouter des militants issus d’autres forces politiques.
Mais vous êtes pour ainsi dire l’invité d’honneur de cette université d’été. On a l’impression que vous êtes présentée comme une « prise de guerre » du PG ?
« Prise de guerre » ? C’est la presse qui dit ça. C’est une expression un peu militariste et, surtout, un peu trop méprisante à mon goût. Déjà, il ne s’agit pas d’une démarche individuelle mais d’une démarche collective. Notre histoire se terminait chez Les Verts. Aujourd’hui, nous ouvrons des discussions avec le Parti de gauche et nous attendons de voir si nous pouvons peser sur son programme. Pour l’instant, nous n’avons pas de divergences flagrantes. Quand par exemple j’écoute Jacques Généreux à la tribune, je me retrouve, il n’y a pas de problèmes. Après, il faudra voir une fois que les choses vont se cristalliser, si les idées qui sont retenues sont conformes à nos positions.
Vous avez, c'est certain, suivi de près les journées d’été des Verts à Nîmes. Ce rassemblement ne vous a-t-il pas fait regretter votre choix ?
Je n’ai aucun regret. Ça a même provoqué chez nous une sorte de cri du cœur du genre : « Nous avons fait le bon choix ! » Car ce qu’on a pu voir à travers ces journées d’été, c’est qu’il y a bien un projet politique en cours : un projet de recentrage, un projet porté par Daniel Cohn-Bendit, par les gens autour de lui, par « Gaby » Cohn-Bendit avec son association Les Amis d’Europe-écologie et par les proches de Nicolas Hulot. On sait comment ça va se terminer : ça va finir comme en Italie...
«Chez Les Verts, des compromis, il y en a eu beaucoup trop»
Cécile Duflot, lors de ce rassemblement a tout de même tenté de « gauchiser » un tant soit peu son discours pour faire contrepoids à celui de Daniel Cohn-Bendit ?
C’est sûr, certains d’entre eux sont capables de prononcer des discours très à gauche, d’écrire des tribunes très à gauche. Mais les pratiques, elles, ne suivent pas. Chez Les Verts, on trouve beaucoup de militants dans le domaine environnemental, un peu dans le domaine sociétal. Et dans le champ social : personne ou presque...
Vous ne regrettez donc pas non plus de vous être rapproché du PG ?
Non. Au PG, pour nous faire comprendre, fatalement, on est obligé de reformuler nos idées, de préciser notre pensée. Chez Les Verts, tout le monde rabache le même discours depuis des années : il y a chez eux un assèchement intellectuel total ! C’est simple : il n’y a plus d’intellectuels du tout ! Dans le domaine social, à nouveau, les Verts ont des idées pour ceux qu’ils nomment les « exclus ». C’est bien. Je ne vais pas dire le contraire. Mais au-delà des « exclus », pour les autres, ceux qui gagnent le SMIC ou un peu au-dessus du SMIC, qu’ont-ils à proposer ? Rien. Il n’y a pas de programme.
Le PG, en tant qu’artisan du Front de gauche, se fait le trait d’union entre le NPA et le PCF qui ont des points de vue très différents en matière d'environnement, notamment sur la question du nucléaire. La situation risque tout de même d’être délicate pour vous ?
Les alliances, grâce aux Verts, je connais ! Dans le cadre d’alliance, on est obligé d’avoir des désaccords. Le problème, ce n’est pas d’avoir ces désaccords, c’est de vouloir les cacher ou, pire, de chercher une position commune qui ne convient à personne. Et chez Les Verts, des compromis, il y en a eu beaucoup trop. Je vais peut-être passer pour un vieux croûton, mais si on cherche la force politique idéale, on ne fait rien…
03:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loc maria plouzane








